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Lumière sur

Station balnéaire

1. Les débuts de la station balnéaire (fin 19e siècle-début 20e siècle)

1.1 La crise du phylloxera (1863-1874). La Société des Terrains du Littoral (1881-1895)

Il faut attendre le début du 20e siècle pour voir la villégiature se développer, autrement que de façon très marginale, sur la côte varoise comprise entre Hyères et Saint-Raphaël, correspondant à la côte rocheuse des Maures. Ceci est principalement dû aux difficultés d'accès : pas de liaison ferroviaire avant 1890, pas de route carrossable avant 1895 (Cf. dossier Présentation de la commune de Sainte-Maxime).

Le dessein de faire de Sainte-Maxime une station balnéaire voit le jour vers 1880. La crise du phylloxera qui touche gravement les producteurs de vin dans les années 1860-1870 y joue un rôle majeur. L'économie de Sainte-Maxime reposait en grande partie sur la production et l'exportation de vin de bonne qualité, par la mer, en direction de la région niçoise. La crise entraine une nécessité de reconversion. L'exemple de la réussite des stations voisines amène le conseil municipal à exprimer en 1881 le désir de favoriser la construction de villas (le site commençait déjà à attirer et fixer quelques étrangers) en mettant à la vente des terres communales [1]. Ce projet est facilité aussi par la possibilité d'acheter aux agriculteurs, ruinés ou très endettés, des terres à bas prix, anciennes vignes ou collines de faibles rendements. C'est le début d'une intense spéculation foncière à l'instar de ce qui s'était passé sur d'autres secteurs de la côte.

La Société des Terrains du Littoral, fondée à Marseille en 1881 par Félix Martin et Périclès Zarifi, achète la même année pour 1 million de francs de terrains à la commune (à peu près 50 hectares entre 1881-1882) [2]. D'origine grecque, d'une famille enrichie dans le commerce du blé de la mer Noire vers la Méditerranée et l'Europe, Périclès Zarifi avait ouvert avec son oncle un comptoir de la société familiale à Marseille. L'instauration de tarifs douaniers prohibitifs l'entraine, au début du 20e siècle, à se reconvertir et à fonder une nouvelle société spécialisée dans les investissements dans de grands projets économiques et industriels, raffineries de sucre Saint-Louis, Compagnie Française d'Afrique Occidentale, Société Marseillaise de Crédit [3]. Félix Martin est maire de Saint-Raphaël depuis 1878. Associés au sein de la Société des Terrains du Littoral, Félix Martin et Périclès Zarifi réalisent des opérations entre Sainte-Maxime et Saint-Raphaël dont la création de la nouvelle station de Saint-Aygulf. A Sainte-Maxime, ils achètent des terrains boisés, exposés au sud, sur les pentes douces de la colline de Bellevue au nord de la route d'Italie. En 1885 [4], des terrains communaux sont accordés à la Société pour le percement d'un boulevard entre le Grand Hôtel et le chemin du sémaphore (impasse Stanislas-Bérenguier). Ces lotissements n'auront cependant pas vraiment de succès. Il faudra attendre l'arrivée du train et de la route (1895) et même les années 1914-1915 pour constater un véritable essor de la construction.

1.2 Un village en mutation : évolutions urbaines

Au début des années 1880, Sainte-Maxime n'est encore qu'un village de marins et d'agriculteurs dont le bâti n'a pas beaucoup évolué depuis 1814 (date du plan cadastral napoléonien). A l'ouest, l'entrée du village correspond à la place Louis-Blanc (place de la Croix). Au-delà se trouvent des zones marécageuses et des fosses à fumier. On compte en 1876, 608 habitants au village, 130 sur le littoral et 244 sur les collines [5].

Toutefois dès 1883, la municipalité anticipe l'évolution à venir par la décision de faire établir un plan d'alignement pour prévoir l'emplacement des constructions futures et éventuellement procéder à des démolitions. C'est ce qui était prévu pour l'ilot de maisons de pêcheurs entre la rue Gabriel-Péri et le bord de mer. Cette démolition ne se fera pas. Le plan d'alignement est validé en 1888 sous la municipalité de Stanislas Bérenguier. Jeune maire de 31 ans élu en 1888, celui-ci comprend bien les nouveaux enjeux pour sa commune. Il essaie de faire adopter par son conseil municipal des mesures dont l'éclairage au gaz, la construction d'un abattoir, d'un poste de gendarmerie, le projet de concession d'un casino municipal. Ses projets sont en partie rejetés par les anciens et il devra se retirer en 1889. Il sera à nouveau élu de 1919 à 1922 [6].

C'est aussi en 1888 que sont achevés les travaux de la route nationale dans son tronçon correspondant à Sainte-Maxime. Le premier tracé envisagé était de suivre les rues principales traversant le village, rue Gambetta (rue de la Bourgade) et rue de Lorraine (rue des Beaux-Esprits) pour ressortir par l'avenue Berthie-Albrecht (route d'Italie). C'est finalement le tracé actuel, par le bord de mer, qui est choisi afin de préserver le village. Cela nécessite une reconfiguration du rivage à cet endroit. Jusque-là les maisons sur l'avenue Charles-de-Gaulle donnaient directement sur l'eau, où étaient en retrait au bord d'une étroite plage où l'on tirait les pointus. L'aménagement de la route nécessite un remblayage et un mur de soutènement. La route qui prend le nom de boulevard du littoral, est faite sur des espaces gagnés sur la mer, processus qui se poursuivra lors de tous les aménagements du 20e siècle.

Le nouveau boulevard est jalonné de places. La place des Platanes (Victor-Hugo) est antérieure à 1888. Elle est bordée de nouveaux commerces et de cafés, Café de France (qui date selon sa publicité de 1852) et Café de La Marine. En 1900, ces deux cafés payent leur droit de terrasse [7].

La place des Palmiers (Ludovic-Bietti) est aménagée sur un espace correspondant à l'extrémité de la rue du Port (rue Gabriel-Péri), à une petite plage abritée par la jetée de 1748 et à la mer. C'est le fruit d'un remblaiement. Le garde-corps en fer forgé, toujours en place, qui la borde est installé en 1889. Elle est plantée de palmiers en 1892 et agrémentée d'une fontaine (déplacée) commémorant l'arrivée de l'eau courante à Sainte-Maxime en 1896 (la partie basse du monument se trouve à présent place Jean-Mermoz). Vers 1900, le nord-ouest de la place est bordé par l'Hôtel du Commerce et le Grand Café des Palmiers. L'Hôtel Les Palmiers a été reconstruit en 1927. L'escalier qui relie la place à l'avenue a été aménagé à la fin des années 1930 [8] [9].

L'actuelle place Mireille-de-Germond est l'ancienne place de l’Église, espace public bordé par l'église, la Tour carrée (maison commune puis mairie de 1791 jusqu'aux années 1930) et le cimetière (jusqu'en 1883). Des micocouliers sont plantés en 1852 en remplacement des mûriers ce qui lui vaut le nom de place des Aliziers en 1888 [10]. La place est réaménagée à la fin du 19e siècle avec l'ajout d'une balustrade en terre cuite (à présent remplacée) en balcon sur le boulevard du Littoral (Charles-de-Gaulle).

Parallèlement à ces aménagements, des villas commencent à se construire. A la sortie orientale du village, elles sont alignées le long de l'avenue d'Italie (avenue Berthie-Albrecht) et datent des années 1900-1904, puis à la Batterie orientale, elles sont en retrait dans de vastes jardins (Les Liserons, Sans Souci (1909), Les Cistes (1914). A l'ouest, sur le côté sud de la place Louis-Blanc, des maisons remplacent vers 1895-1910 la fabrique de briques et tomettes de Lazare Pisani. Ces villas ont une façade antérieure sur la place, au nord, et un jardin au sud accessible par un portail sur le boulevard du Littoral (Charles-de-Gaulle). Au bout de l'alignement se trouvait la villa construite en 1891 par Gustave de Maupassant. Le village est alors dominé par le château de Jules Meissonnier (1883) et quelques grosses demeures occupent des positions isolées, Les Myrtes (1887) et Villa Croisette (1900) à la Croisette, Massilia (1882) à la Madrague ou ce qui deviendra la villa Toi et Moi à Meinier.

Entre 1891 et 1917, la majorité des constructions est réalisée à proximité du village, à la Batterie orientale (30), au Plan (19), c'est à dire le quartier à l'ouest du village et à Gauthier (11), au nord, à la sortie vers le Plan de la Tour [11]. La Batterie et le Plan regroupent des constructions liées à la villégiature. Gauthier est un lieu-dit plus populaire où voisinent des maisons pour la population locale et des ateliers.

1.3 De nouveaux équipements pour de nouveaux usages

Parallèlement à ces opérations de vente de terrains et pour contribuer à faire de Sainte-Maxime une véritable station de villégiature, la Société des Terrains du Littoral construit dans les années 1880, le Grand Hôtel, à la Batterie orientale. En 1895, il est donné à bail à Henri Saudan, jeune hôtelier suisse qui en devient propriétaire en 1897 et décide de le maintenir ouvert pendant la saison d'été, décision alors novatrice [12]. Le Grand Hôtel attire une clientèle anglo-saxonne. C'est le seul hôtel mentionné dans les éditions du guide Michelin 1900 et 1913. Il assure alors le ravitaillement en essence et propose un garage pour 10 voitures. Le guide Michelin ne mentionne pas l'Hôtel du Commerce sur la place des Palmiers, pourtant ouvert dès le début du 20e siècle, mais en 1913 il signale la présence d'un syndicat d'initiative, de la poste, du télégraphe, d'un médecin, d'un pharmacien (depuis 1886) [13].

En 1888, un certain monsieur Brun fait une demande pour construire à ses frais et exploiter un casino pendant 20 ans. En 1896, un établissement de bains existe sur la plage à l'emplacement de l'actuel casino [14].

L'eau courante potable (1896), le tout à l'égout (1909) et l'éclairage public (1912) modernisent la ville.

1.4 Les villégiateurs

L'abbé Calteaux, curé de Sainte-Maxime note à plusieurs reprises la présence d'étrangers (c'est à dire étrangers à la région). En 1892 : de nombreuses familles étrangères qui sont en ce moment dans le pays ont suivi les offices ; à Pentecôte 1894 : mauvais temps pour les étrangers ; 1901 : familles étrangères ont donné pour l'église ; 1902 : Les étrangers sont plus nombreux pour la saison d'hiver cette année. Ils commencent à s'intégrer à l'église. En mai 1903, le curé signale la présence accentuée de familles étrangères qui viennent chaque année passer la saison d'hiver à Sainte-Maxime. En janvier 1904 pour la fête de la Sainte Enfance, une bonne partie de l'assistance est étrangère et en majorité protestante. Ces notes nous confirment que c'est encore la saison d'hiver qui dominent et qu'il s'agit d'une clientèle vraisemblablement anglo-saxonne [15].

La présence de ces hivernants ne se traduit pas très fortement par la construction de villas. Il semblerait qu'il s'agisse d'une clientèle plus volatile séjournant à l'hôtel où en locations meublées. L'Agence Générale Immobilière Provensal proposant ce genre de services est fondée en 1889. Dans le Registre des déclarations concernant les constructions nouvelles nous avons noté pour la période 1891-1914, 98 constructions (de tous types) faites par des locaux, 12 par des régionaux, essentiellement varois, 16 par des Français d'autres régions (Lyon, Paris, Nîmes) et 1 étranger (Genevois). Les quelques villas-châteaux de la fin du 19e siècle ne sont pas vraiment le fait de villégiateurs. Ce sont plutôt de grands domaines agricoles ou viticoles comme la Villa Croisette, Les Myrtes ou Massilia construites par des locaux où des propriétaires de la proche région. Jules-Antoine Meissonnier aux Tourelles (1883) est un notable, propriétaire terrien, issu d'une lignée de consuls et de maires locaux. Le château passe en 1912 à un véritable villégiateur, Léon Gaumont, pionnier de l'industrie du cinéma et fondateur de l'empire Gaumont. La villa Les Myrtes (1887) est l’œuvre de Charles Truc, propriétaire au Luc (83). C'est plutôt une maison de notable sur un domaine agricole. La personnalité de Victor Faga, commanditaire de la Villa Croisette, est plus complexe d'autant plus que nous manquons d'information sur son parcours. Né à Chambéry, marié à Paris, nous ne savons pas ce qui l'amène à acheter un domaine agricole et à y faire construire une grande villa en 1900. A-t-il des liens avec la Compagnie de chemin de fer Sud France ? Est-il attiré par les affaires foncières (En 1902, il achète des terres agricoles mises en vente par le chemin de fer canadien) ? Est-ce à cause de la santé de son épouse (qui décède à Sainte-Maxime en 1903) qu'il s'installe à Sainte-Maxime ? Quoi qu'il en soit Victor Faga est domicilié à Sainte-Maxime à partir de 1900 et les deux époux seront inhumés au cimetière de la Croisette.

On peut considérer que la consécration de Sainte-Maxime en tant que station balnéaire est assurée dès 1894, date à laquelle elle demande l'appellation de Sainte-Maxime-sur-Mer [16]. En 1906, la population du village est de 821 habitants (+ 213 depuis 1876), celle du littoral a augmenté de 52 habitants alors que celle des collines a baissé de 98 habitants [17]. L'augmentation du nombre des constructions prend un tour significatif en 1914 et 1915, mais il faut compter avec le coup d'arrêt de la guerre et il faudra attendre 1925 pour retrouver le même niveau de développement [18].

2. Sainte-Maxime. Une station des Années folles

La reprise de la fréquentation a lieu à partir de 1920. Les séjours d'été et les bains de mer prennent alors plus d'importance. En 1923, la mairie axe encore sa publicité sur la station climatique hivernale [19]. En fait, tourismes estival et hivernal coexistent. Dans un guide touristique de 1929, il est dit que Sainte-Maxime est encore une station où l'on vient l'hiver pour fuir l'humidité malsaine des villes, mais aussi l'été pour la plage, avec une allusion aux beaux corps bronzés. Il est à noter que le bas-relief qui décore l'élévation du casino construit en 1929 représente des nageurs. Il est dit que l'on s'amuse à Sainte-Maxime, que c'est une petite station élégante et gaie (suit une liste de fêtes se déroulant toute l'année), que c'est un centre de tourisme nautique et automobile où l'on peut pratiquer promenades et excursions. Un service maritime assure la liaison entre Sainte-Maxime et Saint-Tropez, la ville des peintres.

En 1929, Sainte-Maxime est encore une station en devenir. Le même guide pose la question Où est Sainte-Maxime ? , avec pour réponse : sur le littoral des Maures, riviera nouvelle qui se crée. 36. - Sainte-Maxime. - Le "Nautic-Bar" et la Route Nationale.36. - Sainte-Maxime. - Le "Nautic-Bar" et la Route Nationale.

2.1 Les villégiateurs

Si l'on se réfère au tableau présentant par année le nombre de maisons de la commune entre 1911 et 1954, on constate qu'après le coup d'arrêt de la guerre 1914-1918, il faut attendre 1925 pour voir une reprise de la construction et même un véritable envol qui sera constant jusqu'en 1936. Sur 389 constructions nouvelles (tous types de constructions) déclarées entre 1919 et 1939, 243 sont le fait de locaux, ce qui démontre la vivacité de la croissance de la ville due à l'installation de nouveaux habitants tirant profit de l'activité touristique, 28 sont réalisées par des régionaux, 115 par des Français d'autres régions et 3 par des étrangers. Il s'agit à une écrasante majorité d'une clientèle parisienne (75 sur 115) qui construit dans les années 1924, 1925, 1926. Les Lyonnais (9 constructions) arrivent loin derrière et les autres villégiateurs sont réparties sur le territoire français dont la Loire et l'Isère. Le faible nombre d'étrangers (2 Londoniens et 1 Genevois) montre que Sainte-Maxime est une station d'importance moyenne qui n'a pas une véritable clientèle internationale [20].

Il existe une version du guide de 1929 en anglais où est mentionnée la possibilité de pratiquer le culte anglican. Même s'ils ne construisent pas de villas, les Anglo-saxons sont donc tout de même présents tout au moins jusqu'à la chute de la livre sterling en 1931. Leur présence est également attestée par le golf aménagé aux Canonges par le capitaine Pearce (il fermera en 1936).

Sainte-Maxime attire dans ces année-là une clientèle d'artistes qui fait construire ou rachète des villas existantes. Léon Gaumont, en 1912, ou le poète Paul Géraldy, en 1913 avec la villa Toi et Moi, à Meinier, avaient donné le ton. On peut maintenant citer les romanciers Victor Margueritte (Clos de la Madrague, 1923) ou André Birabeau (Jean des Figues, 1925, à la Petite Corse), le dessinateur et Illustrateur Georges Lepape (Les Oursins, 1929) ou l'humoriste et chansonnier Pierre Dac (Sol y Sombra, vers 1930).

Le quartier de Virgili, à l'écart du village et de la mer d'environ 3 kilomètres, sur les pentes de la colline de Suane est un microcosme un peu particulier. En 1925, l'avocat et homme politique Jacques Sadoul, qui sera maire de Sainte-Maxime de 1945 à 1947, achète à Virgili un domaine agricole de plusieurs hectares sur lequel se trouve une bergerie qui deviendra Les Pins parasols. De vastes parcelles du domaine sont vendues. L'architecte Léon Azéma construit sa propre villa en 1931. En 1933, le sculpteur animalier Florentin Brigaud construit une villa dont il dessine lui-même les plans, Le Barjac. D'autres personnalités viennent s'installer à proximité dont Jean Perzel, peintre-verrier et créateur de luminaires d'art ou Jeanne Laurent, décoratrice. Ces personnalités entretiennent des liens très étroits jusqu'à la fin des années 1950.

2.2 Des lieux d'accueil et de loisirs

Ouvert en 1880, le Grand Hôtel était resté le seul hôtel, avec l'Hôtel du Commerce, jusqu'en 1914. Après la guerre s'ouvrent de nouveaux hôtels. La magnanerie Fabre qui avait été utilisée comme hôpital militaire devient l'Hôtel des Mimosas (1922), transformée par l'architecte René Darde qui construit également les hôtels Beau Site (1926) et Les Palmiers (1927). Dans les mêmes années on note aussi l'auberge de la Reine Jeanne (1926) à la Nartelle-nord, l'Hôtel de la Poste (1928), puis en 1933 le Grand Hôtel L'Arbois, une des rares réalisations d'inspiration moderne de René Darde. D'autres hôtels ou pensions de famille s'ouvrent dans les années 1920-1930. En 1936, les revenus de la taxe de séjour placent Sainte-Maxime loin derrière Saint-Raphaël mais juste après Bandol et Hyères et devant Le Lavandou et Sanary. [21].

[Dancing de L'Hermitage. Architecte : René Darde.] Photographie, 2e quart 20e siècle. [Dancing de L'Hermitage. Architecte : René Darde.] Photographie, 2e quart 20e siècle. Sainte-Maxime est présentée par les guides [22] comme une petite station où l'on s'amuse. Les dancings les plus prisés sont Le Carillon, doté d'un American Bar et L'Hermitage (American Bar, Tea Room et restaurant) dont la décoration intérieure est l’œuvre de René Darde. The Parlour propose un English Tea Room et La Potinière (actuel bar-tabac de la Poste), sur le boulevard du Littoral propose thés, goûters et porto. Au Grand Hôtel, Henri Saudan, son propriétaire, fait construire par René Darde en 1931 un restaurant en bord de mer Le Yacht et l'hôtel Les Palmiers est accompagné d'un restaurant provençal. Le Royal Cinéma propose des séances 2 à 3 fois par semaine. En 1926, une demande d'autorisation de jeux est déposée et le nouveau casino est inauguré en 1929.

Un boulodrome et un terrain de sport sont aménagés en 1935.

L'épicerie centrale offre denrées coloniales, produits de marque, liqueurs anglaises et françaises. Le guide mentionne également la présence d'un photographe et de la banque W.T. King dont le siège est à Saint-Raphaël et qui propose un service immobilier et un bureau de voyages.

Les services liés à l'automobile se sont multipliés : pompes à essence de la compagnie La Pétroléenne et de la Société Générale des Huiles et Pétroles [23], garages de réparation et de location de voitures. En 1936, un syndicat intercommunal est constitué en vue de la création d'un aéroport (non réalisé) dans la plaine de la Foux à Cogolin.

2.3 Du village à la station balnéaire : les modifications urbaines

Entre 1920 et 1940 on assiste à la densification du quartier du Plan c'est à dire le triangle constitué par la voie ferrée, la route du Muy (avenue Georges-Clemenceau) et le bord de mer. Conçu en 1913, on y applique encore les principes de l'urbanisme du 19e siècle. Le quartier est structuré autour de trois médianes : l'avenue de la gare (Jean-Jaurès), le boulevard Aristide-Briand poursuivi par la rue Pierre-Curie et l'avenue du Préconil poursuivie par la rue de Verdun. C'est le secteur de la commune qui connait la plus forte croissance avec 69 constructions (total communal : 602).

Les aménagements urbains portent sur le bord de mer. Une promenade est aménagée en 1923, élargie en 1930 et agrémentée d'un kiosque et de deux rangées de platanes qui la séparent de la route. La plage avec son établissement de bains connait également des aménagements.

Etablissement de bains en contrebas promenade.Etablissement de bains en contrebas promenade. Projet d'aménagement de la plage. Vue à vol d'oiseau. [Projet des années 1930.]Projet d'aménagement de la plage. Vue à vol d'oiseau. [Projet des années 1930.]

2.4 Les nouvelles extensions. Les lotissements

Peu à peu l'urbanisation de villégiature gagne la totalité du littoral et les proches collines. Les extensions pour la population permanente, qui augmente grâce aux emplois liés au tourisme, se font vers le nord-ouest, le long de la route du Plan-de-la Tour (quartier du Bouillonet). C'est le cas par exemple du lotissement Astier (1926) où se mêlent petites maisons populaires avec jardinets souvent sans assainissement (à présent restaurées et améliorées) et bâtiments artisanaux.

Les extensions se font sous la forme de lotissements de terrains communaux, de grands terrains privés qui avaient été achetés avant-guerre et mis en réserve ou de parcs de villas comme par exemple la villa Croisette (1926) ou Massilia (1927). La progression se poursuit au nord-est dans la continuité de ce qui existait à la Batterie : quartier de la Batterie orientale le long du bord de mer et de la rue d'Italie (Berthie-Albrecht) prolongée jusqu'au ruisseau du Val Seyton (1921). La Société des Terrains du Littoral poursuit les constructions sur les collines de Bellevue (lotissement Bellevue : 1924) et de la Batterie orientale. Le boulevard Bellevue est créé sur la colline du Sémaphore (1921) ainsi que le boulevard Beau Site. La Batterie orientale est un quartier de forte croissance avec 39 constructions entre 1920 et 1940 (total communal : 602).

La Croisette

Après le Plan, la Croisette est le secteur de la commune où les constructions sont les plus nombreuses entre 1920 et 1940 (45 sur 602). C'est le secteur situé au sud-ouest du Préconil, jusqu'à la limite avec Grimaud. Deux grandes villas isolées Les Myrtes et la Villa Croisette y avaient été construites dans de grandes propriétés à la fin du 19e siècle. A partir des années 1925, des villas sont construites sur la pointe de la Croisette, sur la Grande Pointe et au début de la montée de la Grande-Croisette. En 1926, Georges Vimort, architecte parisien et Louis Delhorbe, alors propriétaires de la Villa Croisette, lotissent les 5 hectares de la propriété (lotissement Vimort) [24].

Un peu en retrait par rapport à la mer, aux Bouteillers, le comte de Lesterpt loti en 1926 6 hectares achetés en 1913 pour y construire des villas de villégiature plus modestes ou destinées à une clientèle locale.

La Madrague

Jean Pourrière, industriel à Marseille, réalise le lotissement (approuvé en 1927) d'une partie des 5 hectares de terres de la villa Massilia dont il est alors propriétaire.

Entre 1920 et 1940, 9 constructions sont réalisées à la Madrague.

Petite Corse

Le lotissement la Petite Corse est construit sur la pente nord-est du cap des Sardinaux, de la ligne de crête (40 mètres d'altitude), à la mer. L'ingénieur René Tavernier avait participé à la construction de la route littorale vers 1890. Vers 1906, il avait acheté 12 hectares de terrains dont il souhaitait lotir la partie nord. Il dessine les plans et viabilise le nouveau quartier puis revend au promoteur parisien Serge Paulmier. La Compagnie d'Entreprises Immobilières est constituée en 1926 et le lotissement est approuvé mais la mise en œuvre ayant pris du retard et le contexte des années 1930 devenant moins favorable, la société connait des difficultés. A la veille de la guerre seules une dizaine de maisons sont construites et un hôtel (1931).

La Nartelle

La Nartelle s'étire le long des deux grandes plages de sable de la Nartelle et des Éléphants. Elle constitue une petite station balnéaire desservie par une halte ferroviaire depuis 1892. Quelques villas (comme Philinoe en 1902) étaient construites en bord de mer alors que la plaine était occupée par des vignes et des canniers et les collines par quelques bastides, dont l'Ermitage. Le guide de 1929 présente la Nartelle comme possédant une belle plage et de nombreuses villas et auberges où séjournent artistes et hommes de lettres. On peut citer l'Auberge de la Reine Jeanne (1926) construite pour Emilien Brocherioux, promoteur du lotissement, complétée par un établissement de bains en 1937.

La Nartelle est l'objet de plusieurs opérations de lotissement. La plus vaste est celle du Domaine de la Nartelle, réalisée sur une centaine d'hectares de forêt qui appartenaient à Yvan Misson alors consul de Belgique, associé à Willy Lamot, également consul de Belgique, dans le cadre de la société de ce dernier, la Société Terrienne de France et des Colonies, domiciliée à Nice. Le projet de parc résidentiel collectif est approuvé en 1927. Une publicité de 1929 montre que plusieurs villas y ont déjà été construites. Le lotissement est situé à la Nartelle-nord.

Le lotissement Indo-Provence (1926) se situe également à la Nartelle-nord, de part et d'autre du boulevard de Provence. Il a été dessiné par l'architecte Henri Senft pour Emilien Brocherioux, éditeur parisien et promoteur à Sainte-Maxime dans le cadre de la Société Littoral Atlantique Méditerranée et Extension. Il est constitué de 14 lots (certains ont été recoupés depuis) de 356 à 3350 m² [25].

Entre 1920 et 1940, 38 constructions nouvelles sont déclarées.

La Garonnette

La Garonnette est située à flanc de coteau, à l'embouchure du ruisseau de la Garonnette, en limite nord de la commune, dans la continuité de la station balnéaire du Val d'Esquières, sur la commune de Roquebrune-sur-Argens. La Garonnette bénéficie de la notoriété du Val d'Esquières qui est alors une station climatique d'été et d'hiver mondaine, où René Darde a construit en 1932, la Résidence, seul hôtel de luxe entre Hyères et Saint-Raphaël.

La Garonnette fait aussi l'objet de lotissement en 1929 et 1931.

Entre 1920 et 1940, 32 constructions nouvelles sont déclarées.

En 1936, la commune a une population de 2628 habitants (1503 en 1921) et le nombre des propriétés (maisons) est de 975 en 1939 (612 en 1919) [26].

3. Deuxième moitié du 20e siècle. Une expansion en continue

Durant la Seconde Guerre Mondiale, Sainte-Maxime subit certains dégâts. En août 1944, en prévision du Débarquement allié, les occupants font sauter les installations portuaires de la Méditerranée. A Sainte-Maxime, les explosions entrainent des dégâts dans le village. Quelques villas souffrent aussi du Débarquement du 15 août 1944 sur la plage de la Nartelle. En 1945, l'architecte-urbaniste Jean Semichon est pressenti par la municipalité pour la reconstruction et par là même l'extension de la station. Il prévoit l'achèvement de la route en moyenne corniche qui était projetée par le plan Prost, la création d'un centre de pêche amateur aux Sardinaux (non réalisé), d'un port de plaisance, d'une esplanade avenue Charles-de-Gaulle, le dégagement de la place Pasteur devant la mairie... Le plan est approuvé en préfecture en 1946 [27]. Il s'inscrira dans le plan d'aménagement du littoral varois de 1948.

Le tourisme se démocratise après-guerre. A la Petite Corse, vers 1946, un petit camping et un établissement de plage avec restaurant et parasols se sont ouverts et l'Auberge de la Reine Jeanne, à la Nartelle, propose également des tentes de bon niveau. Parallèlement c'est la fin des grands hôtels qui avaient été réquisitionnés pendant la guerre et sont ensuite transformés en immeubles en copropriété comme le Grand Hôtel et L'Arbois ou en centre de vacances pour jeunes comme Les Mimosas. L'hôtel Beau Site subsistera jusqu'en 1988. On comptait 32 hôtels en 1962 [28]. Il n'en reste en 2012 plus que 22 (principalement 2 et 3 étoiles) et deux terrains de camping.

En 1954, un arrêté municipal préconise la relance du tourisme qui tarde à se faire. Trois plages privées sont aménagées à la Petite Corse avec des cabanons sommaires pour se restaurer et boire. Ces aménagements existent encore dans une version modernisée. C'est le cas par exemple de l'établissement de plage Mario Plage, construit en 1955 sur des plans de l'architecte René Tomenotti et comprenant un bar-salon de thé et des cabines, douche, W-C. [29]. Propriété de Monsieur Flandin. Etablissement de plage. Commune de Ste Maxime. Var. Façade sur mer. Plan. Plan de masse. [Mario Plage à la Petite Corse.]Propriété de Monsieur Flandin. Etablissement de plage. Commune de Ste Maxime. Var. Façade sur mer. Plan. Plan de masse. [Mario Plage à la Petite Corse.]

Les constructions de maisons nouvelles ne reprennent vraiment qu'à partir de 1951, au bénéfice de la population locale (lotissements du Stade (1953) et Sud-France (1955), au Plan, lotissement du Bouillonnet (1957)) ou de passage (Le Grand Pin (1956) et Les Jardins de la Mer (1979), au Capet, l'extension du lotissement Massilia (1958), Valle Oréa (1963) et le Domaine de La Croisette (1980), à La Croisette, Le Jardin du Poète (1982), dans les jardins de la villa Toi et Moi, à Meinier [30]. Le nombre de propriétés bâties passe de 1092 en 1945 à 5851 en 2010 (dont 59% de résidences secondaires) et le nombre d'habitants de 2688 en 1946 à 13337 en 2011 [31].

Le port et la promenade

Dans la deuxième moitié du 20e siècle, les grands travaux d'aménagement urbain vont porter essentiellement sur le littoral : le port et la promenade.

L'actif port de commerce a laissé place à la fin de la Première Guerre Mondiale au port de pêche et à la plaisance, à partir des années 1930. Les statuts du Club nautique sont déposés en 1937. Les aménagements avaient peu changé depuis le 18e siècle. Ils se limitaient à la jetée de 1748, à la cale de halage de 1890 et à un appontement léger. Ces aménagements avaient de plus été détruits en juin 1944 lorsque les occupants avaient fait exploser les installations portuaires. Ils sont reconstruits en 1951 sans grand changement, avec une faible capacité d'accueil. Il faut attendre 1971 pour que d'importants travaux soient entrepris dotant Sainte-Maxime d'un véritable port de plaisance. Un nouveau bassin est aménagé au sud, face au quartier de La Batterie, délimité par une jetée orientée nord-ouest / sud-est. Équipé de deux môles (l'ancien et le nouveau) et de trois appontements légers, il a une capacité de 375 places. Le vieux port est également réaménagé et peut accueillir 388 embarcations. [32]. La jetée historique a été élargie formant une large esplanade, le quai Léon-Condroyer, où se trouvent la capitainerie, une galerie marchande, un restaurant, une aire technique. Le maître d’œuvre est Robert Mourgues, alors ingénieur subdivisionnaire à Sainte-Maxime [33]. Un nouveau projet d'agrandissement du port est actuellement à l'étude. La capitainerie et La Tour Carrée.La capitainerie et La Tour Carrée.

Une première promenade sur le front de mer avait été créée en 1923, élargie en 1930. La promenade actuelle, promenade Aymeric-Simon-Lorière, a été aménagée en 1971-1972 sur 2 hectares gagnés sur la mer. Les maîtres d’œuvre sont l'architecte Maxime Moreau qui réalise également l'office de tourisme (1974) construit sur la promenade, et les architectes-paysagistes Bessy. L'ensemble comporte également un terrain de pétanque. Il est inauguré en 1974 ainsi que la nouvelle plage publique. [34] Depuis 2008, un ambitieux projet de réaménagement est en cours. Le concours d'architecte de 2010 a retenu le cabinet Guillermin associé à l'architecte Rémi Mattioli. Les travaux ont commencé en octobre 2012.

NOTES

[1] GERMOND, Jean-Daniel de. Histoire et histoires... de Sainte-Maxime. P. 215.

[2] id. P. 61.

[3] BAGNOUD, isabelle. Des Marseillais à Crans.

[4] GERMOND, Jean-Daniel de. Histoire et histoires... de Sainte-Maxime. P. 63.

[5] FAUSSILLON, Edme. Sainte-Maxime, de l'agriculture ancestrale au tourisme roi, 1789-1999.

[6] GERMOND, Jean-Daniel de. Histoire et histoires... de Sainte-Maxime. P. 334-335.

[7] FAUSSILLON, Edme. Sainte-Maxime, de l'agriculture ancestrale au tourisme roi, 1789-1999.

[8] GERMOND, Jean-Daniel de. Histoire et histoires... de Sainte-Maxime. P. 282-287.

[9] GERMOND, Jean-Daniel de. Sainte-Maxime. P. 37-41.

[10] GERMOND, Jean-Daniel de. Histoire et histoires... de Sainte-Maxime. P. 283.

[11] Registre des déclarations concernant les constructions nouvelles, reconstructions, additions de constructions... 1891-1939.

[12] GERMOND, Jean-Daniel de. Histoire et histoires... de Sainte-Maxime. P. 374-375.

[13] Cité par RECOULES, André, dans Le Cap des Sardinaux d'hier à aujourd'hui.

[14] Matrice cadastrale des propriétés bâties. 1882-1898.

[15] Cité par GERMOND, Jean-Daniel de, dans Histoire et histoires... de Sainte-Maxime. P. 215.

[16] FAUSSILLON, Edme. Sainte-Maxime, de l'agriculture ancestrale au tourisme roi, 1789-1999.

[17] Id.

[18] Tableau présentant par année le nombre de propriétés bâties de la commune. Matrice des propriétés foncières bâties. 1914-1955.

[19] FAUSSILLON, Edme. Sainte-Maxime, de l'agriculture ancestrale au tourisme roi, 1789-1999.

[20] Registre des déclarations concernant les constructions nouvelles, reconstructions, additions de constructions... 1891-1939.

[21] FAUSSILLON, Edme. Sainte-Maxime, de l'agriculture ancestrale au tourisme roi, 1789-1999.

[22] Guide de Sainte-Maxime (Var). Vers 1929.

[23] Matrice cadastrale des propriétés bâties. 1910 mise à jour.

[24] Dossiers des lotissements communaux. Boîte 2.

[25] Id.

[26] Tableau présentant par année le nombre de propriétés bâties de la commune. Matrice des propriétés foncières bâties. 1914-1955.

[27] GERMOND, Jean-Daniel de. Histoire et histoires... de Sainte-Maxime. P. 97.

[28] FAUSSILLON, Edme. Sainte-Maxime, de l'agriculture ancestrale au tourisme roi, 1789-1999.

[29] Demande de permis de construire au nom de Monsieur Flandin.

[30] Dossiers des lotissements communaux.

[31] Évolution de la population de 1793 à 2011. Sources : EHESS et INSEE. Dans : Sainte-Maxime. Article Wikipédia.

[32] GERMOND, Jean-Daniel de. Histoire et histoires... de Sainte-Maxime. P. 348-351.

[33] Id. P. 345.

[34] Id. P. 352-354.

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