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ensemble fortifié des îles d'Hyères

Champ des Recherches

L'étude des ouvrages des îles d’Hyères s’est faite en trois phases :

1. Visite détaillée des ouvrages et prises de vues photographiques du 9 au 27 octobre 1989.

2. Recherches d'archives, à Paris, du 8 au 27 janvier 1990.

3. Recherches d'archives, à Toulon, en mars 1990.

L'étude a porté sur les ouvrages situés sur les îles stricto sensu (Grand Ribaud, Porquerolles, Petit Langoustier, Port Cros, Bagaud et le Levant) alors qu'administrativement, et ce très longtemps, les Arrondissements d'Artillerie, d'une part, et des Fortifications des îles d'Hyères, d'autre part, couvraient, en fait, toutes les batteries et ouvrages couvrant la rade d'Hyères, y compris ceux du continent (Giens, Benat, Brégançon etc ...) exclus du présent travail.

- Sauf sur l'île du Levant, où se sont révélés des problèmes d'incompatibilité entre l'enclave militaire du C.E.M. et la partie civile, les opérations sur le terrain se sont déroulées dans d'excellentes conditions, en particulier grâce à l'appui considérable des autorités du Parc National de Port Cros.

- En ce qui concerne les recherches historiques, les archives de l'Inspection du Génie, au Service Historique de l'Armée de terre, à Vincennes, devaient normalement permettre de jalonner de manière serrée et précise l'évolution des ouvrages de 1691 environ à 1870, à partir, en particulier de l'Article 8 (Places Françaises). Or, il se trouve que les trois premiers cartons (1694-1816) couvrant la période la plus active des monuments, ont disparu dans un incendie (de même, pour des raisons de classement alphabétique, que ceux d'Huningue et du fort de Joux) et il n’y a aucun espoir de retrouver ailleurs la somme d'informations qu’ils représentaient.

- Les cartons restants (1817-1874) couvrent des périodes de reconstruction et de restructuration mais d'un moindre intérêt. On a exploité les fonds de l'Article 4 - 2ème section (Frontières maritimes) constituées de mémoires d'ensemble sans étude de détail des ouvrages, et de l'Article 21 - section 4 (objets d'art : défense des côtes) ainsi que les atlas de la bibliothèque (atlas de Louis XIII, des Côtes de Provence 1719, atlas de Louis XV, atlas des Batteries de Côte 1818-1822, atlas de la Commission de 1841 et suivantes, etc ...).

- Devant les lacunes constatées ci-dessus, on a prospecté, aux Archives Nationales, le fonds des Plans de la Marine (M.A.P. série G 204 à 213 archives anciennes de la Direction centrale des Travaux Maritimes) où se trouvent, plus ou moins éparpillés, des plans du milieu du XVIIIe siècle de même origine que ceux de Vincennes, mais privés de leurs textes d'accompagnement.

Par contre, à la bibliothèque de l'arsenal, les plans du marquis de Paulmy n'apportent rien de plus que les fonds précités.

- Les archives de l'ancienne Chefferie du Génie de Porquerolles, provenant de la dissolution de l'arrondissement de Toulon, et actuellement déposées au Centre de Documentation et de Recherche de la IIIe R.M. à Toulon sont, malgré des manques, très riches en ce qui concerne le travail concret de tous les jours des officiers chargés des fortifications à partir de 1743. Elles sont particulièrement abondantes pour la période de Révolution, de l'Empire et surtout les travaux consécutifs à l'action de la "Commission mixte" de 1841, jusqu'aux environs de 1885, date à laquelle l'organisation de la Chefferie semble avoir changé. Ce fonds comporte pour l'Article l (mémoires généraux) un carton, et l'Article 2 (travaux et projets) vingt cartons.

- Enfin, on a pu obtenir, au Centre des Archives de l’Armement, à Chatellerault, les plans des matériels de 164 mm modèle 1893-96 M (armant, en 1940, la batterie haute des Mèdes) et de 138 mm modèle 1887 et 1910, derniers matériels ayant armé les ouvrages de défense des côtes.

Pour cerner l'ensemble de la question, il serait souhaitable de prospecter :

- le cabinet des Estampes

- les fonds des cartes et plans de la B.N.

- les archives de Turin (atlas du duc de Savoie Emmanuel Philibert) toutes recherches qui ne pouvaient tenir dans le délai imparti.

- En matière de bibliographie, les quelques ouvrages sur la défense des côtes sont trop récents pour prendre en compte autre chose que les monuments postérieurs à 1870. Par contre il convient de noter l'intérêt du petit livre de Ph. Caron "Découverte historique des forts des îles d'Hyères " qui malgré d'inévitables erreurs techniques, associe un très sérieux effort de réflexion à une importante recherche.

Généralités historiques

En l'absence de documents précis quant à la date de construction des différents ouvrages, on est réduit à fixer celle-ci dans de grands intervalles de temps, ou la déduire à partir d'analogies avec d'autres ouvrages, avec toutes les restrictions applicables à ces hypothèses.

L'étude des matériaux ne permet guère de déductions probantes : le moellon de schiste local a été utilisé pendant toute la période courant du XVIe à 1870, et la brique employée tant pour les réparations que les travaux plus importants à partir du XVIIe. Sous cet aspect, les enduits - à condition de pouvoir être datés - sont plus parlants : on distingue parfaitement la différence entre l'enduit à grain fin mélangé de brique pilée de la Tour du Grand Langoustier, et l'enduit à base de galets de l'enceinte extérieure de l'Alycastre.

Les quatre grandes générations d'ouvrages

I. Des origines à François 1er

- Avant les ouvrages actuels a existé une génération antérieure, vraisemblablement médiévale, dont des témoins se discernent encore dans l'île du Levant, sur la pointe du Castelas, et sur la pointe du Titan, sur le site de la batterie de l'Empire. L'ingénieur Milet de Monville, dans un mémoire du 2 avril 17471 parle "d'un ancien fort du Titan ... contenait dans son enceinte des casernes, chapelle, citerne et magasins ; il reste encore quelques tronçons de canon sur la plateforme", et en précise l'emplacement sur une carte du 6 novembre, même année2.

Batterie du Titan sur l'île du Levant. Vestiges du soubassement d'une tour.Batterie du Titan sur l'île du Levant. Vestiges du soubassement d'une tour.Une petite tour cylindrique, encore visible aujourd'hui, intégrée à la batterie 1er Empire, figure en élévation et plan, dans l'atlas des batteries de côte 1818-22.

Par contre, sur tous les documents retrouvés, la petite tour dont les vestiges sont visibles sur la pointe du Moulin, à Port Cros, est désignée comme "Moulin à Vent".

- Le folio 24 du tome III de l'atlas du duc Emmanuel-Philibert - donc antérieur à 1580 - consiste en un dessin représentant la rade et les îles d'Hyères vues du nord. On y remarque, en premier plan, le château de Brégançon, à Port Cros et à Porquerolles, un château (les futurs fort du Moulin et Sainte-Agathe) à l'exclusion de toute autre construction. Les autres îles sont désertes. Cette vue confirme, donc, l'existence des deux ouvrages attribués à François 1er, qui, par ailleurs, on le sait, a fait terminer la grosse tour de Toulon, construire celle du Havre (1518) et la tour Gabriel, au Mont Saint-Michel (v. 1530) sans parler de la grosse tour de Navarre, à Langres, type d'ouvrage cylindrique qui restera en usage largement jusqu'à Henri II : on constate, d'ailleurs, des analogies de structure entre la tour Sainte-Agathe, à Porquerolles, et la tour d'Enfer, à Metz (reconstruite après le siège de 1552, puis noyée dans un bastion vers 1562).

- Or les cartes anciennes du littoral font état de nombreuses tours isolées établies à toutes les époques (tour "sarrazine" de Brégançon, tour de Marepegue ou de Malpague, de Carcefière, etc ...) pour la surveillance des côtes contre les descentes des barbaresques. Ce phénomène ne peut que se rapprocher de celui des tours génoises, en Corse, dont plus de soixante exemplaires ont été construites entre la fin du XVe et le XVIIIe, mais surtout dans la seconde moitié du XVIe et la première moitié du XVIIe. Il en ressort que la tour, le plus souvent isolée ou parfois réduit d'un ouvrage plus vaste, est admise très tôt module de base du système de défense des côtes méditerranéennes contre un danger permanent que seule l'expédition d'Alger, en 1830, fera disparaître définitivement.

Bien que situées hors du territoire national à l'époque considérée, les tours génoises de Corse, rondes ou carrées, ne laissent pas de présenter des analogies structurelles avec les ouvrages de Richelieu aux îles d'Hyères et environs.

II. Les ouvrages de Richelieu

Isle et fort de Langoustier. Vers 1635.Isle et fort de Langoustier. Vers 1635.Une planche de l'atlas de Tassin3 (vers 1635) donne une carte de la presqu'île du Langoustier où figurent comme existants :

- le fort du Petit Langoustier

- le fort de l'Etoile

- le retranchement de Port Fer, barrant l'isthme

Par contre, le fort du Grand Langoustier n'apparaît pas encore.

- On sait par ailleurs que le cardinal de Richelieu achète les "îles d'Or" et Port Cros aux Gondi le 31 janvier 16354. Les îles sont ensuite revendues, le 21 août 1656, par le duc de Richelieu.

- L'atlas dit "de Louis XIII"5 recueil de documents très variés réalisé vers 1640, donne les vues des ouvrages existant aux îles d'Hyères :

A Porquerolles :

- Tour de l'Eminence (en fait le Grand Langoustier) avec sa tour carrée à deux étages de feux, sans enceinte extérieure

- Tour de Langoustier (Petit Langoustier)

- Port Fer (retranchement tenaillé fermant l'isthme de la presqu'ile du Langoustier).

- Le Fort de l'Estoile. Ouvrage tenaillé fermé, près de la pointe Sainte-Anne.

- La tour de Porquerolles (actuel fort Sainte-Agathe).

- La tour de l'Alycastre.

Atlas de Louis XIII. Le fort du Grand Langoustier.Atlas de Louis XIII. Le fort du Grand Langoustier. Atlas de Louis XIII. Le fort de l'Etoile.Atlas de Louis XIII. Le fort de l'Etoile. Atlas de Louis XIII. Le fort Sainte-Agathe.Atlas de Louis XIII. Le fort Sainte-Agathe.

A Port Cros :

- Le château de Port Cros (actuel fort du Moulin).

- La tour de Port Mail (Port Man).

- Le fort de Sirla (fort de l'Estissac).

- La tour de l'Eminence.

Atlas de Louis XIII. La tour de Port Man.Atlas de Louis XIII. La tour de Port Man.Atlas de Louis XIII. Le fort de Sirla (fort de l'Estissac).Atlas de Louis XIII. Le fort de Sirla (fort de l'Estissac).

En outre, rappelons qu'à cette époque existent déjà, ou viennent d'être construits sur le continent, à la périphérie de la rade d'Hyères la Redoute au Pradeau (tour Fondue) et le fort de Brégançon.

Par contre, ne figurent pas sur les documents graphiques, les ouvrages du Grand Ribaud, dont les ruines sont signalées sur la carte I.G.N. au 1/25.000e et soigneusement reconnues par le commandant Gras6 chef du génie de Porquerolles, en 1858.

Analyse architecturale des ouvrages "Richelieu"

Or, à s'en tenir aux seuls ouvrages des îles d'Hyères, on trouve, en excluant les châteaux de Port Cros et Porquerolles attribués à François Ier :

a) quatre tours cylindriques (ou plutôt cylindro-tronconiques) : Petit Langoustier, Port Man, Estissac et Eminence (avant sa destruction)

Fort du Petit Langoustier.Fort du Petit Langoustier. Tour de Port Man.Tour de Port Man. Tour et fausse braye de l'Estissac.Tour et fausse braye de l'Estissac.

b) deux tours pyramidales à base carrée : Grand Langoustier et Alycastre.

Fort du Grand Langoustier.Fort du Grand Langoustier. Fort de l'Alycastre.Fort de l'Alycastre.

Aux tours cylindriques pourraient s’ajouter, sous réserve de découverte de documents inédits : la tour du Grand Ribaud, la tour du Graillon au cap d'Antibes (reconstruite en 1862 sur une base tronconique d'environ 5 m de haut, reste d'un ouvrage réputé ruiné sur les documents du XVIIIe siècle) et probablement d'autres à rechercher ou disparues (tour du "Fort de l 'Etoile"), voire projetées et non réalisées (cote 63 à Porquerolles).

Or, les quatre tours cylindriques et une tour à base carrée (l'Alycastre) présentent des analogies structurelles frappantes :

- rez-de-chaussée voûté sans autre accès que par un œil au sommet de la voûte ;

- premier étage en batterie d'artillerie à ciel ouvert (sauf à l'Estissac et à l'Eminence, mais dont le voûtement est peut-être postérieur ;

- couronnement avec chemin de ronde et parapet d'infanterie ;

- accès par escalier extérieur au niveau du premier étage, avec palier coupé d'un haha et défendu par une bretèche au deuxième étage ;

- cheminée et four à pain à l'étage de batterie etc...

Grand Langoustier : oeil de la voûte de la tour.Grand Langoustier : oeil de la voûte de la tour. Petit Langoustier : parapet d'infanterie.Petit Langoustier : parapet d'infanterie. Alycastre : escalier d'accès.Alycastre : escalier d'accès.

De plus, on constate que ces caractéristiques communes se retrouvent dans la tour Balaguier, à Toulon, dont le linteau de l'entrée porte gravée la date de 1636, et qui figure sous la désignation de "tour nouvellement faite", sur un plan de Toulon signé de l'ingénieur Honoré de Bonnefons. La seule différence réside dans la hauteur du rez-de-chaussée, ultérieurement divisé en deux niveaux par une voûte intermédiaire, et la présence là - et non à la batterie supérieure - du four et de l'entrée de l'édifice.

Si le plan carré s'explique pour l'Alycastre (pour pouvoir battre deux anses, l'une à droite l'autre à gauche du fort, chacune avec deux embrasures à directrices parallèles) elle s'explique moins, voire pas du tout pour le Grand Langoustier, où un ouvrage cylindro-tronconique eût tout aussi bien convenu voire mieux, semble-t-il.

Quant à la tour pyramidale du Grand Langoustier, elle diffère des précédentes par le fait que, pour des raisons inconnues, elle est voûtée jusqu'au sommet, et que les crêtes de feu se décomposent entre une batterie haute, sorte de cavalier sur plateforme portée par la voûte, et une crête d'infanterie périphérique enveloppant l'édifice aux deux-tiers de la hauteur. Par contre, l'accès se fait, comme dans les autres ouvrages, à mi-hauteur, à l'étage intermédiaire, lui aussi doté d'un four dans une cheminée.

Enceintes

Il n'y a rien à dire de particulier pour les enceintes tenaillées, à plan régulier ou non, enveloppant ces tours : il s'agit d'une première ligne de défense contre un coup de main, permettant d'obtenir un certain espace protégé pour recevoir des détachements de renforts et quelques pièces d'artillerie.

Tracé

Plan du fort de l'Estissac, 1719.Plan du fort de l'Estissac, 1719.Le choix du système tenaillé ne définit pas une époque particulière de la période postérieure à la crise du boulet métallique : il s'emploiera, au moins dans les travaux de campagne, largement jusqu'en 1870, particulièrement indiqué pour les ouvrages de petites dimensions, malgré le moins bon flanquement offert par l'obliquité des éléments adjacents. A noter, à ce propos, que des ouvrages précités, seul le fort de l'Estissac possède (avec la gorge du fort du Moulin) un front bastionné. Il n'est pas à exclure que la construction de ces enceintes n'ait pas été absolument simultanée de celle des tours-réduits, mais légèrement postérieure (Grand Langoustier).

Fossés

En ce qui concerne les enceintes, il est possible qu'elles aient été établies sans fossés. Et ceux-ci creusés ultérieurement : s'ils sont complets au Grand Langoustier, ils sont inachevés à l'Estissac et à l'Eminence (ouvrage primitif), inexistants à l'Alycastre. Or les demandes de fonds établies au XVIIIe siècle ne cessent de réclamer le creusement des fossés et le raidissement des escarpements.

Considérations sur l'implantation des ouvrages

Abstraction faite des aspects architecturaux et de construction, il y a lieu d'observer la répartition des ouvrages sur le terrain. On constate ainsi :

- à Porquerolles :

-- une sorte de "zone fortifiée", constituée par la presqu'île du Grand Langoustier et comprenant le fort du Petit Langoustier (défense de la Petite Passe), le fort du Grand Langoustier (à la fois fort d'occupation du sommet de la presqu'île, de défense des mouillages adjacents et de protection de l'Etoile et du Petit Langoustier), le fort de l'Etoile (sorte de camp retranché pour troupes de manœuvres, soigneusement défilé du large) et l'ouvrage de Port Fer (disparu), fermant l'isthme, couvert par le Grand Langoustier. Cette zone fortifiée constituant le réduit de Porquerolles et la tête de pont indispensable à une reconquête éventuelle.

-- un ouvrage isolé, l'Alycastre, chargé de la défense des anses adjacentes, mais dont la situation isolée présente, à l'évidence, des risques considérables.

- à Port-Cros :

Port-Cros : forts du Moulin, de l'Estissac et de l'Eminence.Port-Cros : forts du Moulin, de l'Estissac et de l'Eminence.-- un cas absolument typique de groupement de fortification de montagne, bien avant que cette notion ne soit exprimée, avec la répartition, en escalier, à environ 350 m de distance les uns des autres, du château de Port-Cros (fort du Moulin) en tant qu'ouvrage d'interdiction du port, du fort de l'Estissac comme ouvrage de protection, et de l'Eminence comme ouvrage de surveillance.

-- un ouvrage isolé, Port Man, avec une mission analogue à celle de l'Alycastre.

Il apparaît comme évident que, sauf pour l'Alycastre et Port Man, sortes de forts d'arrêt côtiers, tous les forts ont été implantés en groupements tactiques soigneusement pensés, et fondés sur un souci d'appui réciproque et d'action combinée.

L'ensemble fortifié du Grand et du Petit Langoustier

Presqu'île du Langoustier, 1818-1822.Presqu'île du Langoustier, 1818-1822.Divers mémoires militaires du XVIIIe et XIXe siècle considèrent la presqu'île du Langoustier un peu comme un réduit, et le point de débarquement possible pour un corps venant à la reconquête de l'île. Aussi il semble bien que cette conception ait prévalu dès le milieu du XVIIe siècle, puisque, comme le montre un dessin perspectif d'époque (Caron, p. 2) :

  • L'isthme était barré par un "fort" de Port-Fer (en fait, un retranchement tenaillé, aujourd'hui disparu, mais dont la réactivation a été envisagée en octobre 1811 et dont le bornage du terrain militaire a gardé la trace)
  • Le versant nord de la Pointe Sainte-Anne est en partie occupé par les vestiges du fort de l'Etoile, dit Camp de Louis XIV, Camp Sainte-Anne ou Camp des Masures, déjà représenté sur l'atlas de Louis XIII avec une tour centrale, bien défilé aux vues du large mais parfaitement vu du Grand Langoustier. Cet ouvrage a improprement été considéré par Caron (p. 62) comme projet non exécuté : la moitié nord de l'enceinte, effectivement établie en tracé tenaillé régulier, est parfaitement visible, avec des alignements de murs atteignant 2, 50 m de haut. La moitié sud, beaucoup plus réduite, a pu avoir été démolie au XVIIIe siècle - l'ouvrage étant déjà abandonné - pour dégager les champs de tir du Grand Langoustier, comme proposé par l'ingénieur Milet de Monville.
  • Le sommet de la presqu'île est occupé par le fort du Grand Langoustier qui y fait office de donjon.
  • Plus à l'est au-delà de l'isthme, un "fort-tour" était prévu au sommet de la cote 63 mais il n'a pas été construit.
  • La pointe nord est protégée par le fort du Petit Langoustier qui s'élève à 750 m du grand, avec de bonnes possibilités d'appui réciproque par le canon.

On a donc affaire ici dans la presqu'île à une véritable "zone fortifiée" en réduction, parfaitement cohérente et organisée, capable de servir de base à des troupes de réserve, d'agir sur la mer et les mouillages, de servir de tête de pont sur l'île. Le fort du Grand Langoustier apparaît comme le donjon de ce dispositif. Mais chaque ouvrage réalisé le fut séparément.

Pour en conclure avec cette période, on constate qu'au moins huit ouvrages (Grand et Petit Langoustier, l'Etoile, Port Fer, l'Alycastre, Estissac, Eminence et Port Man) ont été construits ex-nihilo, et deux (Moulin et Sainte-Agathe) remaniés, entre 1633 et 1640 environ – donc dans un laps de temps très court - que ces ouvrages ont été implantés et réalisés par un ingénieur militaire (ou assimilé) très compétent. Ces huit ouvrages se raccrochent au continent, en croisant leurs feux, avec l'ouvrage (ruiné) du Grand Ribaud et la redoute du Pradeau (Tour Fondue) et constituent donc un véritable système de défense de la rade d’Hyères. Si on y ajoute les travaux de Balaguier, à Toulon, et ceux d'autres édifices le long du littoral, on ne peut que prendre acte de la volonté stratégique au plus haut niveau qui a présidé à son établissement.

III. La Révolution et l'Empire

Après l'extraordinaire effort déployé, entre 1635 et 1640 ou 45, et bien qu'on n’ait que fort peu d'éléments antérieurs à 1743, l'organisation défensive des îles d'Hyères entre dans une période de semi léthargie d'un siècle et demi.

Vauban ne va pas aux îles d'Hyères7, qu'il dit connaître grâce aux plans de l'Ingénieur Niquet, chargé des fortifications de Toulon et sa région, sous l'autorité de Vauvic, intendant de la Marine.

En tout cas, c'est avant 1743 qu'auraient été voûtés les étages de batterie des tours de l'Estissac et de l'Eminence, à Port-Cros, s'ils avaient été construits, à l'origine, de manière identique à leurs homologues du Petit Langoustier et de Port Man.

De 1743 à 1792, les états annuels ne portent que sur de l'entretien ou des améliorations mineures : réfections d'enduits, de planchers, creusement de fossés ou raidissement d'escarpements. Le seul projet important - sans suite - porte sur la construction, à Bagaud (sur le site de la future Batterie du Sud) d'une redoute casematée, pour 24.500 livres.8

En 1792, les forts sont considérés comme en bon état mais, en 1793, tombent aux mains des anglais qui tentent de les détruire avant de les évacuer.

Lors de réoccupation consécutive des îles, les ouvrages sont sommairement déblayés plus ou moins remis en état et armés, tandis que plusieurs batteries sont établies (Bon Renaud, Républicaine ou de Lequin, Beaulieu, annexe du Grand Langoustier etc ...) à la suite de l'inspection des côtes effectuée par Bonaparte après la reprise de Toulon. Mais compte tenu du manque total de fonds, il ne peut s'agir que d'organisation de campagne destinées à parer au plus pressé.

Ce n'est qu'en 1810, que, dans le cadre de la stratégie du blocus continental, et sous l'impulsion personnelle de l'Empereur9 un effort sérieux et doté de crédits est entrepris. Les îles sont inspectées par le général du Génie Poitevin de Maureillan, en liaison avec le général Lariboisière, de l'Artillerie.

Par ailleurs, les plans types de 5 tailles de "tours-modèles" et de 2 "redoutes-modèles" ont été mis au point et approuvés en 1811.

Plusieurs projets sont élaborés : reconstruction complète du château de Port-Cros et de l'Eminence entre autres.

Mais, en fait, on ne disposera guère que de trois ans pour la réalisation, même si le climat permet de travailler sans grande interruption.

A la fin de l'Empire, le bilan s'établit ainsi :

Ouvrages d'avant 1792 :

[Plan et profil pour reconstruction du fort de l'Estissac.] 1811[Plan et profil pour reconstruction du fort de l'Estissac.] 1811- Le fort de l'Estissac est reconstruit et la tour agrandie.

- Le fort de Port Man est reconstruit et la tour améliorée.

- Le fort de l'Eminence a été démoli et un nouvel ouvrage est en construction.

- Le fort du Grand Langoustier est rétabli et la tour améliorée.

- Le fort du Petit Langoustier est rétabli.

- Le château de Port-Cros (Moulin) est en partie déblayé, mais non reconstruit.

- Le château de Porquerolles (Sainte-Agathe) est reconstruit et doté d'une poudrière.

- Le fort de l 'Alycastre est réparé, amélioré, et aménagé pour le tir à la mer.

Nouveaux ouvrages (construits à partir de 1794 et améliorés sous l'Empire) :

- Batterie des Mèdes.

- Batterie de Lequin.

- Batterie du Lion, et enceinte en terre enveloppant le fort Sainte-Agathe.

- Batterie du Bon Renaud.

- Batterie annexe du Grand Langoustier.

- Batterie de Galéasson.

- Batterie de Bagaud est, sud, centre et nord (île de Bagaud).

- Batterie de la Galère.

- Fort de la Vigie.

- Batterie du Sud (Port-Cros).

- Batterie basse du fort du Moulin (Port-Cros).

- Batterie et blockhaus des Arbousiers (Ile du Levant).

- Batterie du Titan (Ile du Levant).

- Batterie du Grand Ribaud (dans l'île du même nom).

Tous les ouvrages de côte sont dotés de magasins à poudre et de corps de garde sous forme de petits bâtiments sans étage. On trouve également des "fourneaux à réverbère", pour le tir à boulets rouges.

Des projets de construction de tours~modèles ont été avancés : une tour n°1 est signalée "en construction" à Bagaud en 1811 (mais elle n'a pas dû dépasser le stade des travaux préliminaires). Une autre est prévue comme réduit central du nouveau fort de la Vigie à Port-Cros : à son emplacement, on élèvera une citerne et un magasin à poudre. Dans les tours des forts de Richelieu, les travaux - compliqués par l'exiguïté des lieux - visent à mettre ces tours - particulièrement robustes, avec des parois de 2, 5 à 4 m d'épaisseur - au standard des "tours modèles", avec magasins à poudre10 et d'artillerie et citerne au rez-de-chaussée, logement des hommes au premier étage - au moins pour les périodes de combat -. Si le rétablissement du fort de l'Etoile et du retranchement de Port Fer, envisagé en 1811, ne se fera pas, les travaux les plus importants seront la construction ex-nihilo du fort de la Vigie, et la reconstruction - à l'épreuve cette fois ci - des bâtiments du fort Sainte-Agathe. Mais le temps manquera pour reconstruire l'Eminence, dont l'érection en réduit central de Port-Cros était une idée nouvelle.

On notera qu'à la fin de l'Empire, l'arrondissement des îles d'Hyères prenait en compte, pour l'ensemble de la rade (îles et littoral continental) un total de 39 ouvrages (14 "forts" et 25 batteries) développant 254 pièces d'artillerie servies par 463 canonniers et 761 fantassins. Or, on estimait qu'i1 eut été nécessaire de disposer de 326 pièces et 2547 hommes, pour arriver à un niveau de sécurité convenable.

IV. L'œuvre de la Commission de 1841

En 1815, la chute de l'Empire met en sommeil la défense des côtes en général, et les îles d'Hyères en particulier, pour près de 30 ans, malgré quelques travaux d'entretien et l'élaboration de quelques projets.

La chute des Bourbons et l'arrivée sur le trône de Louis Philippe allait changer les choses et amener une remise à hauteur sérieuse des fortifications littorales pour ne voir que cet aspect d'un régime qui, s'il fut résolument pacifiste, accomplit une œuvre énorme en matière d'organisation défensive du territoire.

La crise politique internationale des années 1839-1840 fit craindre, un moment, un conflit armé entre la France et les anciens coalisés de 1815. Si le roi sut l’éviter, le gouvernement vit la nécessité de remettre en état les défenses côtières et continentales. Une "Commission mixte d'armement des côtes" fut créée en 1841, par le Ministre, sous la présidence du Général de la Hitte, avec pour mission de réexaminer la situation de tous les ouvrages de défense des côtes, d'essayer de résorber, en particulier, l'inflation qui s'était manifestée, en la matière, sous la Révolution et l'Empire, de réorganiser et d'améliorer celles à conserver ou à créer, et d'en normaliser l'armement.

Le cas de chaque arrondissement maritime composant le littoral fut traité par une sous-commission présidée par un des généraux membre de la commission : c'est ainsi que les îles d'Hyères, partie du 5e arrondissement (Toulon), furent prises en charge par le général de la place.

En matière d'armement, en lieu et place de la multitude de modèles de tubes et d'affûts utilisés jusque là, on adopta trois modèles de pièces, choisies dans les matériels en fer utilisés par la Marine : le canon de 30 (portée utile: 2400 m), l'obusier de 22 cm (même portée) et le mortier à plaque de 32 cm, portant à 4000 m, mais contre les navires immobiles seulement.

Les batteries, surtout celles isolées, devaient être dotées de réduits défensifs, servant à la fois de logement au gardien de batterie et à la garnison, de magasin à poudre et au matériel, et de "donjon" permettant de résister à une attaque d'infanterie et d'empêcher l'ennemi d'enclouer les pièces. Ces réduits pouvaient être implantés isolément comme "postes défensifs".

Une première série de plans types de réduits, présentée en 1845, à titre d'éléments de réflexion, ne reçut pas d'application, et fut remplacée, le 31 juillet 1846 par une seconde série de 6 plans types 3 "corps de gardes défensifs" à simple rez-de-chaussée et 3 "tours crénelées" à deux niveaux, adaptés chacun, selon sa taille, à des batteries de 12 pièces (60 hommes) 8 pièces (40 hommes) et 4 pièces (20 hommes) qui, eux, furent largement répandus le long des côtes.

Des plans types intermédiaires furent introduits en 1851 et également réalisés à partir de cette date.

La Commission présenta au Ministre, le 5 avril 1843, son rapport, synthèse du travail des 5 sous commissions. Les propositions furent examinées respectivement par les Comités d'Artillerie et des fortifications, puis en 1845 par une nouvelle commission de révision, avant d'être approuvées le 12 juillet 1847 : la réalisation pouvait commencer, selon les urgences soigneusement déterminées. Elles devaient s'étaler sur une quinzaine d'années, marquée par des périodes de ralentissement dues aux guerres de Crimée et d'Italie. Enfin, la crise de l'artillerie rayée vint, à partir de 1858, remettre en cause l'ensemble du travail.

Il convient de souligner que le travail de la Commission de 1841 s'appuya largement sur celui effectué, au Premier Empire, par ses homologues de 1811 : la continuité de la doctrine subsiste, même si elle ne se concrétise qu'à de longs intervalles.

Sans entrer dans le détail, on réduit effectivement le nombre total des ouvrages de 39 à 28 : le gain est faible, mais sachant les réductions beaucoup plus fortes opérées dans d'autres régions, on ne peut qu'en déduire l'importance accordée aux îles d’Hyères par les Commissions.

Dans les îles proprement dites, furent supprimées :

- A Porquerolles, la batterie avancée du Grand Langoustier et la batterie de la Galère,

- A Port-Cros, la batterie du Sud,

- A Bagaud, la batterie du Centre (un moment maintenue comme batterie unique puis, en 1856, abandonnée et les trois autres rétablies).

Les réduits-types de 1846 dotèrent les batteries isolées et, comme en 1811, les tours de Richelieu furent réutilisées, par mesure d'économie, chaque fois que la proximité de la batterie lui permettait de remplir le rôle de réduit.

Dès 1847, les batteries suivantes étaient créées ou réorganisées :

- Grand Langoustier (batterie unique, accolée au fort)

- Bon-Renaud, avec corps de garde défensif n° 2 (terminée en 1849)

- Lequin, avec corps de garde défensif n° 2 (terminée en 1849)

- du Lion (avec le fort Sainte-Agathe comme réduit)

- du Petit Langoustier (avec la tour comme réduit)

- Galéasson, avec tour crénelée n° 2 (1848)

- Batterie basse du château de Port-Cros (avec le fort du Moulin comme réduit)

- Batterie de Port Man (avec la tour et le bâtiment comme réduit) (1861)

- Batterie du Grand Ribaud

- Batterie de Bagaud est (avec corps de garde n° 2)

- Batterie de Bagaud sud (avec tour n° 2)

- Batterie de Bagaud nord (avec tour n° 2)

Sur le continent, deux batteries sont créées sur la côte est (commune de Bormes-les-Mimosas) : Cap Blanc entre 1850 et 1854 et Léoube en 1852.

Lequin.Lequin. Bon Renaud.Bon Renaud. Grand Ribeau.Grand Ribeau.Bagaud sud.Bagaud sud. Bagaud est.Bagaud est.

Une tour réduit fut également projetée au fort du Moulin mais non exécutée, ainsi qu'un corps de garde défensif à la place du casernement de Port Man.

La grosse batterie du cap des Mèdes devait donner du fil à retordre : la tour n° 1 se révélant incompatible avec les possibilités de défilement, de multiples projets successifs aboutirent, finalement, à la construction, vers 1860, de la caserne casematée non défensive qui existe encore aujourd'hui.

En 15 ans, cette période, bien spécifique de l'histoire de l’architecture militaire avait doté les îles de sept réduits et d'une caserne casemate "hors normes", très beau bâtiment, où la qualité et l'extrême rigueur d'une construction soignée remplacent les motifs ornementaux, caractéristique de la fortification du XIXe siècle. Restés intacts, ces ouvrages se reconnaissent à leur terrasse crénelée aux bretèches saillantes, à leurs encadrements de baie harpés en pierre de Costebelle et surtout, à l'édicule du fronton, tout classique, couvrant le débouché de l'escalier intérieur sur la terrasse.

Mais, avec la guerre du Mexique et surtout la crise de l'artillerie rayée, une page allait se tourner et une autre génération d'ouvrages naître sur les îles.

V. Les forts du général de Rivières (1870-1914)

En 1858, la crise de l'artillerie rayée ouvrait la voie à un accroissement considérable de la puissance et de la précision de l’artillerie. En matière de défense des côtes, elle s'ajoutait à d'autres perfectionnements, comme l'apparition des ceintures cuirassées et de la propulsion à vapeur des hélices sur les navires de guerre.

Les premières mesures consistèrent en renvoyer en usine les pièces de batterie de côte pour les rayer, et les doter des nouveaux obus explosifs : la portée du canon de 30, de 1840, soit 2400 m, passait en 1860 à 4500 m et même 6000 avec les pièces du système 1864. Mais ce n'était qu'un palliatif temporaire.

L'indispensable adaptation de la fortification ne put se faire qu'après 1870, dans le cadre de l'immense effort engendré par le choc de la défaite. La mise en service, à l'époque, de canons de côte en fonte, frettés et tubés en acier, de 19 et 24 cm modèle 1876 portant à 8 et 10.000 m, avec un tir plus rapide permis par la culasse mobile, permettait de couvrir des zones beaucoup plus vastes, donc de réduire notablement le nombre des batteries, sous réserve de donner à celles-ci une protection adaptée aux nouveaux projectiles.

La nouvelle Commission de défense des côtes, opérant sous l’égide du "Comité de défense" instauré en 1872 pour réorganiser l'ensemble de l'organisation défensive, et dont le général du génie Raymond Seré de Rivières fut à la fois le rapporteur et l'animateur, trancha dans le vif. On abandonna l’idée de rapetasser une fois de plus les vieux ouvrages au ras de l’eau, au profit d'ouvrages modernes implantés sur des points hauts, voyant loin et tirant vite et loin.

Sur les îles, deux ouvrages - ou groupes d'ouvrages - furent construits :

- à Porquerolles, les batteries nord et centre de Repentance, armées de 8 pièces de 24 cm modèle 1876 sur affût à pivot central, avec casemates et magasins terrassés conformes aux prescriptions techniques du 9 mai 1874

Fort de l'Eminence.Fort de l'Eminence.- à Port-Cros, le fort de l'Eminence, en chantier depuis 1812, abandonné, puis repris vers 1860 fut achevé en 1872, mis à hauteur de la protection requise et doté de 2 pièces de 24 cm. Ces ouvrages une fois en service, tous leurs prédécesseurs étaient rayés de la liste des batteries de côtes, et désarmés.

Ces six pièces devaient ajouter leurs feux à celui des 14 pièces du grand fort projeté à Giens, mais réduit à deux batteries (Badine et Vigie de Giens) alignant 7 pièces seulement, et des batteries de Léoube (4 pièces) et du fort de Brégançon (4 pièces) auxquelles s'ajoute en 1890 la batterie de Mauvanne pour couvrir la rade d'Hyères et ses passes, sans recoupement important des zones d'actions.

A peine le dispositif en place, qu'en 1886 la crise de l'obus torpille venait à nouveau rompre l’équilibre et exiger de profonds remaniements : tout ce que les crédits permirent se limite au creusement, aux batteries de Repentance, de magasins à poudre sous roc vers 1893. Peu après, le nouveau danger créé, pour les flottes de ligne, par les torpilleurs imposa la construction, à Repentance, d'une batterie annexe armée de 6 pièces de 95 mm modèle 1888 à tir rapide.

Le dispositif réalisé après 1870 resta en place, à l'identique, jusqu'en 1914, vieillissant peu à peu face à des cuirassés de plus en plus lourds et de plus en plus puissants : les combinaisons politiques firent qu'il n’eut pas à être mis à l'épreuve. A partir de l'automne 1914, les pièces de côte commencèrent à être enlevées pour servir à la constitution de l'artillerie lourde, réclamée à grands cris par les armées du nord-est : elles ne furent jamais remises en place.

VI. Dernières réalisations (1927-40)

Longtemps partagée entre l'armée de terre et la marine, la défense des côtes échut à cette dernière en 1918. Le matériel avait été enlevé, les ouvrages étaient pour la plupart caducs ; un nouveau programme s'imposait, concurremment avec celui de modernisation de la flotte.

La marine se contenta d'un minimum honorable en mettant en cuves bétonnées les excellents canons de 138 mm modèle 1881 et 1910, et de 164 mm modèle 93-96 et 87 démontés sur les navires vétérans de la grande guerre, mis à la ferraille après 1918 : il en résultait des économies substantielles, permettant d'obtenir une sécurité minimale sans compromettre le programme de construction des nouvelles unités.

Batterie haute des Mèdes.Batterie haute des Mèdes.Outre une batterie de 4 pièces de 138 modèle 1910 placée à l'île du Levant, la plus importante réalisation de cette génération fut la batterie haute des Mèdes, à Porquerolles, projetée en 1927 et construite de 1930 à 1932 pour 4 pièces de 164 modèle 1893-96 en cuves, avec magasin à munition sous roc et poste directeur de tir.

L'ouvrage, soigneusement construit, ne s'apparente cependant que de loin aux critères de protection adoptés pour les ouvrages de la ligne Maginot contemporaine. Autres besoins, autre conception du combat ... Après avoir traversé les turpitudes de la période 1940-44, avoir essuyé le feu des cuirassés "Lorraine" et "Ramillies", les canons furent finalement enlevés un peu après la guerre: avec eux s'achevait l'histoire des îles d'Hyères en tant que place de guerre.

1A.G. Article 4. Section 2. § 6. Carton 1. Pièce 34. 2A.N. MAP. G 207 pièce 35. 3 Description générale et particulière des costes et isles de Provence". / Christophe Tassin, vers 1635, pl. 8.4réf. Inventaire des archives de la famille de Covet, p. 65, publié par J. de Lustrac en 1987 5Bibliothèque du Génie. S.H.D. Vincennes. 6Grand Ribaud: "au milieu de la côte ouest, au bord de son escarpement et à 46 m au-dessus de la mer, traces d'un petit fortin carré flanqué de petites tourelles et qui paraît avoir été ruiné à dessein. ... A l'extrémité opposée de la crête qui part de ce point culminant et se dirige vers l'est, et à 400 m, on peut suivre les fondations d'une grosse tour de 17 m de diamètre, enveloppée de redans assez irréguliers, ruinés probablement aussi à la même époque, et dont la vague du large détruit tous les jours le roc schisteux qui lui sert de base ... ". Cdt Gras. "Mémoire militaire sur l'attaque, la défense et l'occupation permanente de la rade et des îles d'Hyères". 30 avril 1858. C.D.R. IIIe RM. Toulon. Archives du Génie. Iles d'Hyères. 7Cf. lettre à Le Peletier du 26 février et du 8 mars 1693. Mémoire du 6.12.1694. 8Projet de Milet de Montville du 9 juin 1748. Archives nationales. Série MAP. G 207. F° 26-26 bis et ter. Le projet n’aura pas de suite malgré plusieurs relances ultérieures. 9 Décret impérial du 14 août 1810. 10C'est à cette époque que furent percés, dans les tours, au Petit Langoustier, au Grand Langoustier et à l'Alycastre les couloirs d'accès direct au rez-de-chaussée, pour la sécurité du transport des poudres. Le voûtement des mêmes rez-de-chaussée (Grand Langoustier, Alycastre) visait à accroître, également la sécurité intérieure de l'ouvrage, et celui des étages supérieurs (Alycastre, Port Man) à loger le personnel à l'abri des bombes. Or, dès le XVIIIe siècle, les batteries hautes des tours étaient considérées comme caduques et certaines embrasures transformées en placards ou fermées par des cloisons.
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