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Lumière sur

caserne du Jeu de Paume, puis Gouvion-Saint-Cyr, actuellement lycée Bonaparte

Considérations historiques et topographiques générales

Les bâtiments militaires aujourd’hui encore conservés, au moins en partie, dans l’ancienne emprise de la ville intra-muros, agrandie au nord et à l’ouest en 1852-1860, datent tous de la seconde moitié du XIXe siècle et ont donc été établis postérieurement à cet agrandissement.

Les autres bâtiments militaires encore en place font partie intégrante de l’enceinte, comme ceux de la porte d’Italie, et sont à cet égard traités dans la monographie d’inventaire générale consacrée à l’enceinte du corps de place de Toulon (fortification d'agglomération IA83001925, IA83001926 et IA83001927).

Avant l’agrandissement de 1852-1860, le parcellaire urbain « plein comme un œuf » pour citer l’expression de Vauban, ne laissait pas de place intra-muros, hors de l’arsenal de la Marine, pour de véritables bâtiments militaires non incorporés aux ouvrages de l’enceinte, ce qui exclut ceux logés dans l’aire intérieure de certains bastions, comme la fonderie de la Marine, dans le bastion 9, le parc d’artillerie dans le bastion 8, le magasin à poudres, dans le bastion 6, tous remontant soit à l’époque de Vauban, soit au XVIIIe siècle.

Les autres établissements militaires en ville avaient été acquis en réutilisant soit des maisons, comme c’était le cas pour l’hôpital militaire, à la gorge du bastion 10, soit des établissements religieux désaffectés dès avant la Révolution, tel l’ancien couvent des Jésuites (derrière la courtine 9-10), affecté à l’hôpital de la Marine (démoli en 1885). La plupart de ces établissements furent toutefois rendus disponibles du fait de la suppression des ordres réguliers en 1791. Un mémoire et un plan de 1792 donne la liste des « Bâtiments nationaux qu’on se propose de demander pour l’usage de l’armée » :

- Bâtiments des ci-devant Minimes, à la gorge du bastion des Minimes (6)

- Les ci-devant Capucins, à la gorge du bastion de la fonderie (9) et contigu à cette fonderie

- Les ci-devant Carmes, destiné à faire le dépôt des effets de campement, près de la grande place. (plus tard, en 1840, caserne des artilleurs)

-Les ci-devant Récollets ou St Jean, près du quai de la darse vieille, moitié est

-Les ci-devant pères de St Pierre, près du quai de la darse vieille, moitié ouest

On notera l’existence d’autres petits bâtiments en ville, mal connus, qui semblent tous n’avoir pas été construits pour leur usage militaire, mais en récupérant des maisons, tel le magasin de la fortification près du flanc droit du bastion 9, trois corps de garde non associés aux portes ou à leurs demi-lunes, la manutention de la rue Saint Cyprien.

Par la suite, jusque dans la décennie 1840, aucune autre possibilité ne pouvait être envisagée, excepté l’occupation d’aire intérieure de bastions vides, comme le bastion Saint-Bernard (7), proposé pour une boulangerie, puis finalement occupé par un hangar d’artillerie.

La pénurie de casernement en ville était presque totale, mal compensée par les casemates de la porte d’Italie, créées vers 1820, ou l’utilisation en caserne de l’ancien jeu de Paume.

En Janvier 1841, la garnison normale de Toulon était fixée à 3262 hommes 1 : un régiment de 3 bataillons : 2300 hommes, 1 bataillon avec l’état major : 860 hommes, une compagnie isolée : 102 hommes. Ces chiffres sont dépassés en 1858, mais les ressources du casernement ont été augmentées depuis 1841, du fait des bâtiments militaires construits dans les nouveaux forts : Malbousquet, Cap Brun, Le Grand Saint-Antoine (Le Fort Faron n’est pas compté comme trop distant). Du fait des ressources de ces forts, la contenance du casernement permanent à Toulon est passée alors à 3944 hommes, 16 officiers et 10 chevaux.

Une dépêche ministérielle (n° 7304) du 15 juin 1857 augmente le chiffre de l’effectif de la garnison en fonction de l’agrandissement de la place au nord, alors en cours d’exécution, et du projet d’agrandissement vers l’ouest (Missiessy, Malbousquet) à réaliser à partir de 1860. Le nouveau chiffre est fixé à 6200 hommes, soit 3 Régiments d’infanterie : 6000 hommes, 1 batterie d’artillerie à pied et un escadron de cavalerie : 200 hommes.

L’avenir des casernes de centre ville, du Jeu de Paume et du Grand Couvent (capucins ?), était incertain en 1857-1858, car elles pouvaient, dans les années à venir être évacuées pour favoriser les plans d’urbanisme de la ville. Leur suppression hypothétique enlevait 1836 places à la capacité de 3944 hommes, manque à gagner qui aurait réduit cette capacité à 2108 places.

Le chef du Génie jugeait cependant nécessaire de créer une capacité nouvelle de 4092 places (pour atteindre à coup sûr les 6200 places jugées indispensables à terme) dans de nouvelles casernes à construire dans les grandes extensions de l’enceinte au nord ou à l’ouest.

Dans l’enceinte nord, en 1858 fut lancée la construction d’une caserne casematée de 2500 hommes, sur l’enceinte même, à la gorge du nouveau bastion K, caserne envisagée dès 1853 (dite plus tard caserne Gardanne, aujourd’hui détruite). Cependant, un mémoire contemporain précise : « Il reste à pourvoir au logement de 15 à 16000 hommes dans les terrains à acquérir pour l’extension de la place à l’ouest » pour un coût estimé de 800.000 fr. "

La nécessité de cette capacité de casernement était toutefois liée à l’hypothèse de l’évacuation des casernes du Jeu de Paume et du Grand Couvent. La dépense, dans ce cas, aurait été prise en charge par la ville de Toulon, responsable de la suppression de ces deux établissements, acceptée dans son principe par le ministère de la Guerre, « à condition par la commune de pourvoir à ses frais aux remplacements des ressources à délaisser par des ressources équivalentes ».

Dans le cas ou les deux casernes en question seraient « conservées indéfiniment (…) il conviendrait de ne construire dans les terrains déjà acquis pour l’agrandissement de la ville qu’une caserne de 1000 hommes, et de réserver pour l’établissement d’une caserne de 1500 hommes un emplacement convenable sur les terrains à acquérir dans l’enceinte du Malbousquet, afin que les bâtiments destinés au casernement des troupes fussent répartis à peu près également dans toute la place telle qu’elle existera après l’achèvement de tous les travaux projetés »

Ces préconisations aboutirent à la création du casernement du bastion 6 de la nouvelle enceinte ouest, sur la hauteur de Malbousquet, près de l’ancien fort transformé en dehors de l’enceinte, puis, plus tard, a l’agrandissement de la principale caserne du centre ville, conservée par la Guerre, la caserne du Jeu de Paume.

Historique, topographie et typologie générale

L’emplacement de cette caserne correspond à une aire anciennement située à l’intérieur et à la gorge de l’ancien bastion du Roy, coté 10, qui faisait partie de l’extension Vauban de l’enceinte urbaine du XVIe siècle, et a été détruit en 1859. A partir de 1760 environ, cette aire était occupée par l’hôpital militaire de la garnison, relevant de l’extraordinaire des guerres, constitué de la réunion d’une dizaine de maisons acquises et adaptées 2, à peu près de même largeur, adossées à la moitié droite de la gorge du bastion, avec façades au sud sur la rue du Jeu de Paume (rebaptisée plus tard rue de la Comédie). L’aire intérieure du bastion était un clos non bâti, servant de « grande cour » à l’hôpital. Ce dernier (coté 63, puis 34) indiqué en 1793 comme « destiné pour loger un bataillon », était contigu au bâtiment du Jeu de Paume de la ville, séparé de lui par le passage d’entrée de la grande cour. Ce Jeu de Paume était adossé à la moitié gauche de la gorge du bastion, et fut mis à disposition de la Guerre en l’an 4 de la république pour y établir une caserne et une écurie à l’usage de la garnison.

Le premier bâtiment de la caserne fut construit entre 1822 et 1827, sur les plans du colonel du génie Charles-Antoine Pinot, à l’emplacement exact de l’ancien jeu de Paume dont il perpétuait l’appellation ; c’était un grand bloc cubique de 5 travées régulières haut de trois étages dont la façade postérieure était ornée d’une coursive formant loggia à chaque étage.

En 1859, la caserne et l’hôpital militaire furent isolés dans une zone non bâtie en devenir par la démolition du bastion 10, réalisée dans le cadre du démantèlement des anciens fronts bastionnés de l’enceinte de ville, devenus inutiles du fait de la construction d’une vaste extension ou nouvelle enceinte au nord et à l’est. L’avenir de la caserne, tout d’abord incertain, un abandon ou un échange du terrain avec la ville étant envisagé, resta finalement entre les mains de l’administration de la Guerre. L’emprise foncière disponible dans l’îlot réservé par la Guerre s’étendait aussi largement à l’ouest de la caserne, sur l’emplacement du flanc gauche du bastion, et, au-delà, sur celui du fossé, jusqu’à l’emplacement de la place circulaire projetée par le plan d’urbanisme de la nouvelle ville, dite place Impériale. Au nord, cette emprise disponible était délimitée par l’axe est-ouest du nouveau boulevard Louis Napoléon, aboutissant à la place impériale, boulevard dont le tracé passe sur l’emprise de la face droite et de l’orillon droit de l’ancien bastion détruit.

A partir de 1863, le projet d’extension de la caserne du jeu de paume pour porter sa contenance à 1800 hommes connaît plusieurs variantes. A cette date, il n’était plus question de conserver l’hôpital militaire (démoli en 1866), car la municipalité avait obtenu de prolonger dans cette partie de l’îlot réservé le prolongement de l’avenue de la gare jusque dans la vieille ville. En revanche, le bâtiment principal de la caserne existante, aligné en limite sud de l’îlot, côté vieille ville, sur la rue de la Comédie, pouvait être conservé, mais il fallait redéployer de nouveaux bâtiments au nord et surtout à l’ouest, pour agrandir la caserne en occupant au maximum l’espace resté disponible dans l’îlot. Il en résulta le projet de principe d’une nouvelle caserne à l’ouest de l’ancienne, l’ensemble ayant son accès au nord, sur le boulevard Louis Napoléon (boulevard de Strasbourg après 1870), avec bâtiment d’entrée et, en fond de cour, dans le même axe, bâtiment principal allongé (coté B), donnant à l’arrière sur la rue de la comédie, en léger retrait d’alignement, du fait de l’axe oblique de la nouvelle rue reliant la rue de la comédie à la place Impériale. Le projet 3 comporte trois ailes d’axe perpendiculaire, deux en retour d’équerre nord des façades du bâtiment à créer, la troisième en retour du bâtiment existant (coté A). D’une variante à l’autre du projet, la longueur du bâtiment principal projeté évolue à la baisse, de même que l’emprise de sa cour, afin que l’implantation de l’aile médiane permette de dégager deux cours dégageant les façades des deux bâtiments principaux A et B, au lieu de masquer la façade du bâtiment existant, pour doter la caserne neuve d’une grande cour. Les projets ultérieurs éliminent le bâtiment d’entrée au profit d’une grille à jour encadrée de pavillons bas, ce qui dégage la vue sur la façade du bâtiment principal depuis le boulevard.

Le projet de 1867 signé du capitaine Peaucelier propose pour le bâtiment principal B à construire, un édifice monumental voûté à l’épreuve de trois étages et de 7 travées casematées et deux travées de culées, avec façades aux références néo-médiévales austères, corps central et travées de culées crénelés et cantonnés de minces tourelles polygonales. Ce parti est entièrement revu et transformé par un nouveau projet promu par le commandant du génie A. Salanson, également directeur des fortifications, le 15 février 1868 4 : le plan de l’édifice reste inchangé, mais les façades sont plus sobres, de style approximativement néoclassique, avec travée centrale à fronton de la largeur d’une travée ordinaire (2 fenêtres), comme celle des culées, les trois premiers niveaux voûtés à l’épreuve, le dernier formant une loggia en façade postérieure ; l’étage de soubassement est enterré côté cour, dégagé en façade postérieure. Un contre-projet pour le bâtiment B fut dessiné par le capitaine A. Joly en juillet 1868, avec élévations de style néoclassique, corps central à fronton, large de 3 fenêtres (deux fois plus large que les travées ordinaires), étage de soubassement isolé de la cour par un fossé, murs minces et travées couvertes non de voûtes à l’épreuve mais de « voûtes légères en briques de plat », selon un changement ordonné par l’inspecteur du génie et le directeur des fortifications. Ce parti fut modifié par un nouveau dessin du capitaine Joly le 13 mai 1869, sous la direction du lieutenant colonel commandant du génie E. Nocher 5, qui servit de base à l’état réalisé, revenant pour l’essentiel au projet Salanson, avec murs plus épais, étage de soubassement enterré côté cour, avec étroit couloir d’isolement souterrain, et corps central à fronton de même largeur en façade que les culées. D’autres changements, jugés nécessaires après lancement des travaux, imposèrent une suspension du chantier de construction.

Le bâtiment B occupait un emplacement au sous-sol hétérogène, un quart sur les fondations du flanc retiré de l’ancien bastion 10 (culée orientale dont les fondations sont construites en novembre 1868), trois quarts dans l’ancien fossé. Cette situation a entraîné des désordres justifiant l’interruption de chantier, avec recherche de solution par pilotage des fondations dans le fossé. Pour alléger le bâti, décision fut prise, sur avis du directeur, de « renoncer à la construction voûtée au-dessus du 1er étage (…) il faut voûter à l’épreuve l’étage bas du bâtiment B et l’étage souterrain des corps de bâtiments en retour d’équerre. On aura une superficie couverte à l’épreuve à peu près égale à celle que présenterait l’étage bas, le rez-de-chaussée et le premier étage du bâtiment B… ».

Les ailes perpendiculaires prévues et les pavillons bas encadrant la grille nord, n’ayant pas été réalisées à la fin du chantier en 1870, un nouveau projet d’agrandissement en 1875 6 proposait à nouveau deux grandes ailes à trois étages (le soubassement n’étant dégagé que du côté sud ) en retour d’équerre de la façade principale nord du bâtiment B, de même hauteur qu’elle, et deux pavillons bas. Le projet proposait aussi de « remplacer par un fossé la galerie d’assainissement sur la façade nord du bâtiment B », ce qui fut réalisé, de même que les pavillons bas, mais les grandes ailes en retour ne furent pas exécutées.

La nouvelle caserne prit à la fin du XIXe siècle le nom de Gouvion Saint-Cyr et accueillit le 111e régiment d’infanterie de ligne. Elle fut cédée par l’Etat à la ville de Toulon en juillet 1905. Après le déclassement militaire de la place forte de Toulon, en 1924, la ville y installa un cours secondaire, puis collège classique de jeunes filles. Le bâtiment de 1827 ne semble avoir été détruit qu’à la suite des dommages de guerre infligés par les bombardements alliés de 1944. La rue de la Comédie (rebaptisée rue Xavier Savelli) a été supprimée à l’arrière du lycée, au profit d’une arrière-cour. En 1960-1962, un grand immeuble en barre de 6 étages, nouveau bâtiment principal du « lycée Bonaparte », est construit le long du boulevard. Il ferme toute visibilité depuis le boulevard sur la façade du bâtiment principal de la caserne de 1868, qui demeure le seul élément ancien conservé en place.

DESCRIPTION

Corps de caserne, vu de l'ouest, travée de culée et façade d'entrée nordCorps de caserne, vu de l'ouest, travée de culée et façade d'entrée nord

Le bâtiment construit entre 1868 et 1870, intégralement conservé, comporte 7 travées et deux travées de culées tripartites, très classiques pour les casernes du milieu du XIXe siècle. Bâti en blocage de moellons revêtu d’un enduit couvrant ocre jaune, avec encadrements de baies, chaînes et bandeaux en pierre de taille blanche, il s’élève sur quatre niveaux soit un étage de soubassement, un rez-de-chaussée (de plain-pied avec la cour d’entrée) et deux étages. Il est couvert d’un toit à croupes de faible pente, revêtu de tuiles canal sur charpente en sapin. Les trois premiers niveaux sont casematés, c'est-à-dire composés de casemates couvertes de voûtes en berceau segmentaire ; ces voûtes sont légères et très surbaissées aux deux premiers niveaux, celles du premier étage étant moins surbaissées et plus épaisses. Cette différence, conforme au projet Salanson de 1869, mettait en principe les trois premiers niveaux à l’épreuve des bombes.

Les élévations extérieures sont couronnées d’une corniche continue fortement saillante, soutenue par des modillons en talon. Les façades latérales, correspondant aux culées, comportent trois travées de fenêtres. Les deux façades principales nord et sud sont à peu près semblables, rythmées de trois avant-corps de même largeur en très faible saillie, soulignés de chaînes d’angle en pierre de taille non harpées simulant des pilastres. L’avant-corps central seul est couronné d’un fronton triangulaire, régnant au-dessus de la corniche. Les fenêtres et la porte d’entrée sont encadrées d’un chambranle dont la plate-bande appareillée est soulignée d’une corniche. Seules les fenêtres des deux étages supérieurs de l’avant-corps central, au dessus de la porte d’entrée, sont géminées et leur plate-bande ornée d’une agrafe sculptée au-dessus du meneau, agrafe que l’on retrouve à la pore d’entrée.

Les façades sont animées horizontalement à chaque étage de deux moulures horizontales continues, l’une, saillante, formant larmier et profilée comme une corniche, soulignant la transition d’étage, l’autre, au-dessus, simple bandeau courant au niveau de l’appui des fenêtres (les jambages du chambranle des fenêtres se continuent sous ce bandeau, encadrant l’allège, et comportent des bases). Sous l’appui des fenêtres du niveau 2, ou rez-de-chaussée, la façade nord sur cour comporte une importante plinthe en pierre de taille de grand appareil de deux assises en ressaut, l’assise inférieure étant percée de soupiraux sous les fenêtres, qui étaient à l’origine les seules prises de jour des casemates du soubassement du côté nord. Depuis l’exécution du projet de 1875, un fossé ayant été créé devant cette façade aux dépens de la cour, la porte d’entrée n’est accessible que par une passerelle en fer, et le mur de l’étage de soubassement est dégagé sous la plinthe, percé de fenêtres donnant sur le fossé, avec chambranle différent de celui des fenêtres de 1869 (avec jambages harpés). Corps de caserne, façade d'entrée nord.Corps de caserne, façade d'entrée nord.

Le fronton inscrit le cadran circulaire d’une horloge, encadré d’un décor sculpté de palmes. Ce décor, comme celui des agrafes sculptées des baies de l’avant-corps central, fait référence à des modèles de décor d’architecture non spécifiques à un bâtiment militaire, courant dans l’architecture publique du temps, voire dans l’architecture domestique. C’est surtout par sa structure, le voûtement de ses travées casematées, et par ses culées, que l’édifice relève spécifiquement des canons de l’architecture militaire

La distribution intérieure est assurée par deux escaliers montant de fond en comble. Le principal, sur plan carré, dans le tiers sud de la travée centrale, se compose d’une alternance de volées doubles et simples. Au rez-de-chaussée, au fond du vestibule d’entrée, deux volées latérales montantes parallèles encadrant une volée centrale descendante desservent un repos sur voûte surbaissée adossé au mur de fond, d’où part une volée unique centrale montant au premier étage et butant sur la coupure de la voûte qui porte le pavement. Au premier étage, le dispositif est plus complexe : les deux volées montantes sont plus courtes, le repos plus bas, et la volée centrale unique, courte elle aussi, n’aboutit pas directement au troisième étage, mais à un repos intermédiaire aérien porté sur une grande arche surbaissée libre, d’où partent deux volées divergentes montant au second étage sous charpente. Cette disposition particulière de l’escalier est conforme au projet Salanson de 1869. Corps de caserne, escalier central, vu du vestibule d'entrée.Corps de caserne, escalier central, vu du vestibule d'entrée.

L’escalier secondaire, plus petit, logé dans le module central de la culée ouest, est également à volées droites avec repos sur voûte surbaissée. Les rampes et garde-corps en fonte, avec main courante en bois, sont d’origine et d’un modèle courant en architecture civile dans la seconde moitié du XIXe siècle ; les marches, portant sur des voûtains et traverses en fer entre limons, ont été doublées en carrelage au cours du XXe siècle. D’une manière générale, les carrelages, enduits muraux peints et autres éléments de second œuvre, comme les menuiseries, ont été renouvelés à cette même période, qui fait partie de l’histoire de l’établissement scolaire, non de celle de la caserne.

1Informations tirées de : Vincennes SHD, Art. 8 carton 32 (1 VH 1870), état des projets à présenter pour 1858-1859, apostilles du chef du Génie. 2H. Vienne, Promenades dans Toulon ancien et moderne, esquisses historiques, Toulon, 1841, p. 124. 3Vincennes SHD, Art. 8 carton 32 (1 VH 1874), Projets pour 1864-1865, agrandir la caserne du Jeu de Paume, feuille n° 33. 4Vincennes SHD, Art. 8 carton 32 (1 VH 1876), Projets pour 1868-1869, bâtiments militaires, art. 1, étendre la caserne du Jeu de Paume, feuille n° 22. 5Vincennes SHD, Art. 8 carton 32 (1 VH 1876), Projet supplémentaire pour 1868-1869, bâtiments militaires, art. 1, étendre la caserne du Jeu de Paume, feuille n° 43. 6Vincennes SHD, Art. 8 carton 32 (1 VH 1880), Projet supplémentaire pour 1874-1875, bâtiments militaires, art. 1, étendre la caserne du Jeu de Paume, feuille n° 13.
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