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Lumière sur

forteresse de Tournoux, de l'organisation défensive de l'Ubaye

Histoire du site

Edifices antérieurs

Il existe probablement, en avant de la batterie XII, des vestiges des retranchements construits pendant les guerres de la Ligue d'Augsbourg, puis de la succession d'Espagne, et prolongeant le camp de Toumoux, en suivant la courbe de niveau 1350 m environ. Ces retranchements sont encore figurés sur le plan de 1838.

Génèse de l'ouvrage

Devenue française en 1713, la région de l'Ubaye est restée longtemps sans protection, en avant de la ligne de défense aménagée par Vauban en 1692 et 1700, et jalonnée par Saint-Vincent, Embrun et Montdauphin. Le développement des voies de communications, au XIXe siècle, tendait à accélérer le désenclavement progressif de la région et du même coup, à faire de l'axe Larche-Barcelonnette par la trouée de l'Ubaye, une des portes de la France, en lieu et place de l'axe col de Larche-col de Vars-Guillestre, d'usage courant depuis des siècles; et cette porte, il fallait bien se préoccuper de la verrouiller.

Après plus d'un demi-siècle d'interruption du travail d'amélioration de notre système de défense, interruption due aux guerres de la Révolution et de l'Empire puis à l'indispensable période de calme qui les suivit, c'est la Monarchie de Juillet qui rouvrit le chantier. Les forts de Lyon en cours de construction, Belfort ayant été renforcé, le fort l'Ecluse reconstruit et en cours de renforcement, l'attention devait se porter sur la trouée de l'Ubaye où rien n'existait.

Les études préliminaires : 1836-1843

Lors d'un voyage d'inspection en 1836, le général Haxo, alors à la tête du corps du Génie, remarqua le site et le retint pour l'implantation d'un ouvrage fortifié destiné à la fois à verrouiller l'entrée du défilé de l'Ubaye, et interdire le passage de l'itinéraire col de Larche-col de Vars.

La question est d'autant plus d'actualité que le Conseil d'Arrondissement de Barcelonnette réclame la protection de la vallée (1837).

Aussi, le Ministre de.la Guerre prescrit-il à la chefferie du Génie de Montdauphin - la plus proche du site - de procéder à un lever topographique du terrain. Un crédit de 900 F est alloué pour l'opération. Le lever est exécuté en 1838 -année de la mort d'Haxo - par les capitaines Fontaine et de Ronsard - et sert de base à un premier projet terminé le 10 décembre 1839 par le capitaine Delacomble, de la chefferie de Seyne-les-Alpes, à qui le dossier a été passé entre temps. Projet général concernant la construction d'un fort à établir à l'extrémité sud de la position de Tournoux, 1839. Feuille 1.Projet général concernant la construction d'un fort à établir à l'extrémité sud de la position de Tournoux, 1839. Feuille 1.

Ce projet prévoit :

- En bas, une grande enceinte bastionnée rectangulaire de 350 x 450 m s'appuyant sur les retranchements primitifs et renfermant de nombreux bâtiments (casernes, magasins, hôpital, état-major) à l'épreuve ou non, pour une garnison de 1500 hommes.

- Au sommet (à l'emplacement de l'actuelle batterie des Caurres) un fort trapézoïdal bastionné, relié au fort bas par une ligne de retranchements tenaillés, selon la plus grande pente.

Au confluent même de l'Ubaye et de l'Ubayette, est prévu un petit fort bastionné isolé. Projet général concernant la construction d'un fort à établir à l'extrémité sud de la position de Tournoux, 1839. Feuille 2.Projet général concernant la construction d'un fort à établir à l'extrémité sud de la position de Tournoux, 1839. Feuille 2.

Le projet est estimé à 1.856.000 F dont 36.000 d'acquisition de terrain.

A ce stade, il convient d'émettre les observations suivantes : On est toujours, à l'époque, et jusqu'en 1858-60, dans l'ère de l'artillerie lisse qui ne tire essentiellement que des boulets pleins, n'agissant que par le choc, et dans des limites réduites de portée utile. Pour être efficace, un ouvrage d'interdiction doit agir à bout portant, or le débouché de la trouée de Meyronnes se situe à 1000 m de l'enceinte basse du projet.

- Le fort bas, avec son enceinte rectangulaire à ciel ouvert, semble beaucoup plus être la transposition de l'ancien camp de Tournoux qu'un ouvrage de barrage.

- La redoute bastionnée du lit de l'Ubaye est une aberration, compte tenu du pouvoir dévastateur cumulé des deux rivières à leur confluent.

- L'auteur du projet n'a, évidemment, que des renseignements superficiels sur la stabilité du terrain et se trouve probablement induit dans une confiance trompeuse par un massif rocheux d'apparence inébranlable. Mais il ne peut se rendre compte du caractère stratifié et hétérogène de ce massif et du manque d'adhérence des couches entre elles, surtout quand elles auront été déstabilisées par les premières fouilles.

- Dans la réalité, la comparaison avec le Fort l'Ecluse se limite à des analogies de site. Mais l'Ecluse est implanté directement sur le passage à contrôler ; la pente, la nature du terrain sont sensiblement différentes.

- Vingt ans plus tard, l'ouvrage entrera en service en pleine période de l'artillerie rayée en fonction de portées, de directions dangereuses et d'effets destructeurs de projectiles sans commune mesure avec ceux pris en compte pour sa conception.

Le Comité des Fortifications examine l'affaire à la réunion du 16 juin 1840, puis le 23 novembre. On a décidé de créer une chefferie du génie spéciale à Barcelonnette et un crédit de 1550 F est alloué à l'opération : la liste des livres et documents de travail destinés à constituer la bibliothèque du nouvel organisme est dûment arrêtée.

Quant au projet, la nécessité d'un fort supérieur est bien admise, mais la "redoute de Gleizolles" (lit de l'Ubaye) est à ramener en arrière et à intégrer comme ouvrage bas. Enfin, il est décidé que le nouvel ouvrage s'appellera "fort de Tournoux" car le site est connu dans l'histoire militaire.

En 1841, la chefferie commence à s'installer, non sans difficultés, dans un pays pauvre, mal desservi, avec le capitaine Frevel comme chef du Génie, et le capitaine Montmasson comme adjoint (fin mai).

L'année 1841 est consacrée à de nouveaux levers topographiques détaillés, exécutés, faute de personnel en nombre suffisant, par un ingénieur du cadastre et... les maîtres d'école "les plus intelligents", employés par la chefferie et pourvus par elle du matériel nécessaire. La chefferie s'appelle, d'ailleurs, un temps "chefferie de Gleizolles".

Les levers se terminent le 15 octobre, tandis que le site est visité, au mois d'août, par le général Prevost du Vernois, Inspecteur du Génie et un des grands noms de l'Arme. Le capitaine Frevel profitant de la proximité, est allé, incognito, visiter, de l'autre côté du col de Larche, la forteresse de Vinadio, alors en cours de construction : cela lui vaut d'être tancé par son colonel directeur. Entre temps la loi du 25 juin 1841 accorde un crédit de 1,5 MF au projet : à ce stade, c'est prématuré, et va constituer un carcan pour le reste de l'opération.

Un deuxième projet est alors élaboré, entre un "fort de la Crête" (Serre de Laut) consistant en une enceinte polygonale adossée au rebord de la falaise et reliée à la partie basse par une enceinte à crémaillère jalonnée, de point en point, par des batteries-casemates à la Haxo.

Le projet fait l'objet de contre-propositions du lieutenant-colonel Picot, Directeur du Génie, mais qui sont repoussées par le Comité, tout comme les propositions de l'Inspecteur (août 1842).

Le Comité, alors, fait venir le capitaine Frevel à Paris : un plan relief du site a été spécialement construit à la galerie pour les discussions conduisant à une troisième délibération (29 juin 1842). Le capitaine Montmasson a demandé et obtenu sa mise à la retraite.

Revenu des deux mois passés à Paris, le capitaine Frevel procède alors au piquetage sur le terrain : c'est à ce stade qu'on abandonne l'occupation du clos des Caurres et de la Carrière d'Ardoise: il redescend et recule l'emprise du fort.

En août 1842, une quatrième inspection approuve le nouveau tracé.

Simultanément, les premiers sondages de terrain effectués provoquent des désillusions : par endroit, on ne trouve pas le roc, et par ailleurs, il révèle l'inclinaison défavorable de couches de schistes ardoisiers non liées entre elles, et qui tendent à glisser : l'infortuné capitaine s'attire, du même coup, l'acrimonie de l'échelon supérieur car ce fait nouveau amène de nouveaux remaniements, au point que Frevel en arrive à proposer l'abandon de Toumoux. Nouvelle délibération du Comité (la quatrième: 16 août 1843), cinquième inspection du site, cette fois par le général Marion de Beaulieu, Inspecteur du Génie et membre du Comité, autre grand nom du Corps, impliqué par ailleurs activement dans la réorganisation de la défense des côtes.

Sur ces entrefaites, le 25 août 1843, le Conseil Général des Basses-Alpes proteste contre le fait que, trois ans après le vote de la loi, les travaux n'ont toujours pas commencé. Le préfet s'en prend même au capitaine Frevel qu'il accuse d'être hostile à la position de Toumoux : excédé, celui-ci demande et obtient sa mutation.

En fait, l'infortuné officier se trouve être victime d'un système, où sous l'oeil lointain d'une direction suprême collégiale stratosphérique, la responsabilité des projets, puis de leur exécution, repose entièrement sur les épaules du chef du Génie. Or, en l'occurence, Frevel est pris entre les mâchoires d'un premier projet élaboré par d'autres sans la moindre étude de sol, et une estimation précipitée, votée dans le contexte de la menace d'un nouveau conflit européen, et dont la remise en cause, au fur et à mesure de la découverte des difficultés de l'entreprise, soulève l'animosité des différents échelons.

Ainsi, Frevel s'en va après deux ans de difficultés continues, dans un pays déshérité, ayant eu, par un sens élevé de sa conscience professionnelle, à révéler toutes les difficultés du terrain et à proposer les réductions de programme correspondantes, compte tenu d'une enveloppe budgétaire fixée a priori. Il n'avait même pas eu la satisfaction d'au moins voir commencer l'ouvrage, ni a fortiori de le terminer. On sent encore sa légitime amertume dans une note récapitulative qu'il rédigera, à Toul comme commandant, le 4 décembre 1860, soit dix-sept ans après son départ : le document est versé au dossier de Toumoux, aux Archives du Génie.

Il sera remédié, plus tard, aux vices du système : le "système" Seré de Rivières et la ligne Maginot seront construits à une autre allure, sous la ferme direction d'une tout autre autorité avec, à chaque échelon, sa tâche et sa responsabilité spécifiques.

La réalisation: 1843-1870

Cette même année 1843 voit apparaître le projet des "baraquements de l'Ubaye", pour un bataillon, (le vocable, adopté dans le langage courant, subsiste encore aujourd'hui sur les cartes) d'un "camp de la Redoute" (près de la redoute dite de Berwick, qui sort de l'oubli à l'occasion) et un "camp de l'Ubayette'' (à caractère technique) bref l'ensemble des installations provisoires destinées à loger le personnel civil et militaire employé au chantier. Le terme "provisoire" est tout relatif, puisque les travaux vont durer plus de vingt ans.

Au départ de Frevel, la chefferie de Tournoux est reprise par le capitaine Breton. Le projet pour 1844 prévoit un fort supérieur avec caserne et casemates à la Haxo1 tirant de bas en haut vers Serre de Laut, partie sommitale d'un ouvrage polygonal adossé au bord de la falaise et dont la partie inférieure - le fort moyen sorte de terrasse horizontale, recevra deux bâtiments logements. Enfin, en bas, trois ouvrages-cavernes constitueront les organes d'interdiction : la batterie XII, au sud-est, battant le défilé de l'Ubaye, et une batterie XIV orientée vers la trouée de Meyronnes. Toutes doivent être reliées au fort moyen par galeries souterraines, leur position au pied d'un glacis rendant tout autre accès impossible.

Au-dessus du fort supérieur - sur le site actuel des Caurres - on prévoit des casemates-cavernes à feux de revers.

Toujours est-il que les travaux ont effectivement commencé.

Le projet de 1845 pour 1846 envisage un fort casematé et bastionné aux Caurres, le reste commence à prendre l'allure de l'ouvrage actuel. En novembre 1845, le général Vaillant (autre sommité du Génie, qui sera ministre et maréchal de France) se penche sur l'étude du fort à construire au clos des Caurres (fort supérieur). La position des deux bâtiments du fort moyen est également fixée, ainsi que le principe de leur appui arrière au rocher par l'intermédiaire d'un grand passage couvert.

Une variante envisageait, d'ailleurs, d'établir devant ces bâtiments parallèlement à eux et face à l'Ubaye, des batteries à la Haxo à deux étages : on ne voit guère l'utilité de cette débauche de casemates à canon à 200 m au-dessus de la route à interdire (donc, en tir fichant) alors que cette route doit être battue, dans des conditions beaucoup plus rationnelles, par les casemates de la batterie XII. En fait, cette variante ne sera pas retenue.

Outre la présence, à la chefferie, du capitaine Breton et de son adjoint, le capitaine Delavalette, on note la présence, à la Direction d'Embrun, du colonel Guèze, dont le nom est lié à l'invention d'un système de pont-levis.

Un rapport du 8 août 1846 apprend que des glissements de terrain se sont produits : les ouvriers refusent de continuer le travail. Evidemment, le terrain a été déboisé et, d'autre part, le creusement des fossés coupe les couches de schistes ardoisiers inclinées du sud-ouest au nord-est et les couches supérieures, n'étant plus soutenues, tendent à glisser.

On a déjà dépensé, avant 1845, 48.000 F pour une estimation totale de 1.510.000 F.

Sur le projet pour 1847 on voit figurer les casemates du fort supérieur (casemates 0 actuelles) identiques à ce qui sera construit, avec, à l'étage supérieur, des casemates à la Haxo tirant vers les Caurres et latéralement vers Vallon Claus.

Lors de son inspection en 1846, le général Rohault de Fleury - le constructeur des forts de Lyon - note que les travaux ont été commencés "en mars dernier" conformément à l'avis du Comité du 19 février. Ils sont exécutés avec le plus grand soin.

A la fin de l'année, d'après le plan "d'état des lieux" du 18.2.1847 (établi selon une innovation qui vient d'être introduite) on constate que les casemates du fort supérieur sont bien avancées, le tracé des escarpes et le creusement des fossés sont en cours, ainsi que la batterie XII.

Les affaires se poursuivent en 1847 et 48 sans innovation notable. Au fort supérieur, on s'est résolu à établir, au-dessus des casemates 0, 8 casemates à la Haxo dont 4 frontales, tirant de bas en haut et 4 latérales (1 vers le nord, 1 au nord-est, 1 au sud-ouest, 1 à l'ouest). Au fort moyen, les casemates cavernes sont creusées et les 2 casernes sont en construction : on apprend que les pierres des structures nobles (chaînes d'angle, encadrements de baies, corniches etc.) sont fournies par les carrières de Saint-Paul à une douzaine de kilomètres.

A la chefferie, installée maintenant à La Condamine, on trouve toujours le commandant Breton (qui a remplacé, comme capitaine, Frevel muté) avec, comme adjoint, le capitaine Bonnamy.

La batterie XII étant pratiquement terminée, on envisage de la relier - compte tenu du caractère très exposé de son accès - par une galerie sous roc partant du saillant d'une place d'armes 10 (devant le front 7-8 du fort moyen) descendant sous le glacis pour se raccorder à une émergence des galeries du bastion gauche de B 12. (La place d'armes 10 ne sera pas construite, et la galerie d'accès à B XII sera reportée dans la face sud de la falaise avec, de point en point, des baies d'éclairage et d'aérage. Cette galerie sera achevée en 1862 seulement, compte tenu des tergiversations qui ont affecté son tracé). De même, la batterie XII doit être couverte, à gauche, par un fossé rectiligne tombant du fort moyen (projets pour 1849) dont les soubassements sont construits.

Les années 50-51 voient apparaître un projet original du capitaine Bonnamy consistant, pour hisser les matériaux au fort supérieur, d'établir un plan incliné dans le ravin auquel s'appuie, à l'arrière, la forteresse, avec franchissement de la falaise par un monte-charges. Estimation: 7.500 F. Il faut croire que la rentabilité a pu en être démontrée puisque l'ouvrage est construit.

A la fin 1852, les murailles du fort moyen et la porte ouest sont achevées, les abris cavernes creusés, les bâtiments-logements toujours en construction et, pour la caserne A, 40 % de la voûte d'appui au rocher sont terminés, mais le même ouvrage n'est pas commencé au pavillon B. Les rampes d'accès sont construites, le fossé du front de tête du fort supérieur est creusé.

Le chef de bataillon Breton est toujours chef du Génie, avec comme adjoint, le capitaine Lebescond de Coatpont, mais la chefferie de La Condamine relève, maintenant, de la Direction du Génie de Toulon.

La forteresse commençant à prendre tournure, des études d'attaque sont effectuées et concluent à considérer le bastion 4 comme point d'attaque possible, à partir de la direction du village de Tournoux. Aussi le projet pour 1853-1854 (les projets sont devenus bisannuels) comporte-t-il la création de galeries de contremines, et de retranchements intérieurs. On prévoit la construction du pont dormant de la porte ouest, la galerie d'accès au bastion gauche de la batterie XII avec raccordement à un corps de garde défensif Par ailleurs, des fissures sont apparues dans les murailles - à peine terminées - du fort moyen. Pour 1855-56, le capitaine Vessiliez, nouveau chef du Génie, avec le capitaine Relie comme adjoint, porte au projet la double caponnière du fossé du fort supérieur ainsi qu'une porte à fossé et pont-levis intérieurs. On envisage une sorte de pont-levis à zigzag à la porte arrière du même fort, ainsi que la fermeture des façades du rez-de-chaussée des casemates 0, le premier étage restant ouvert pour permettre la ventilation des casemates à canon du premier étage.

Pour 1857-58, on se préoccupe d'achever le pont de l'entrée ouest du fort moyen ainsi que l'achèvement des deux bâtiments-logements (cloisons intérieures), de la manutention et des citernes. Le capitaine Gras, nouveau chef du Génie, avec comme adjoints les capitaines Proulet et Helie chiffre l'estimation globale de la forteresse à 2.041.864 F, toutes dépenses confondues.

Dès septembre 1856, une étude de l'armement futur de la place a été faite par le colonel de Blois (il écrira, comme général, quelques années plus tard (1865) un ouvrage intitulé "De la fortification en présence de l'artillerie nouvelle" qui fut, à l'époque, un grand classique militaire), Directeur de l'Artillerie de Toulon, et aboutit au total de 66 bouches à feu dont 2 canons de 24, 17 de 16, 12 de 12, 14 obusiers de 22 cm, 10 de 15 cm, plus un mortier de 22 cm. Etude prévisionnelle, car si les travaux sont bien avancés, la plupart des structures d'accueil ne sont pas encore en état de recevoir l'armement.

A la fin de l'année 1858, on constate que les casemates à feux de revers de la contrescarpe du fort supérieur sont creusées, mais que la double caponnière n'est pas faite. Au fort moyen, les deux bâtiments et les abris cavernes sont terminés. La communication souterraine avec B XII est à moitié réalisée, et les escarpes des bastions 3 et 4 ainsi que le flanc gauche du bastion 5 sont à faire, leurs parapets et escaliers.

Comme si les difficultés de terrain ne suffisaient pas à justifier la lenteur de la progression, des accidents viennent s'y ajouter : des fissures apparaissent dans les casemates 0 du cavalier du fort supérieur qu'on est contraint d'étayer. Ceci conduira, en fin de compte, à occulter les casemates Haxo de l'étage supérieur, ramenées alors au rôle de simples locaux à l'épreuve.

Cette charge supplémentaire vient s'ajouter au cours normal des travaux pour 1859-60 : achèvement du front 3-4-5, pont d'entrée du fort moyen et porte ouest, porte est et chemin du camp de Tournoux ainsi que la construction de deux magasins à poudre à l'épreuve dits "des rampes" prévus, d'abord en élévation, aux côtes 1560 et 1597, entre le fort moyen et le fort supérieur (ils seront finalement réalisés un peu plus tard sous forme.de magasins sous roc, à cause de l'artillerie rayée).

Pour 1861-62, le capitaine Sautier, nouveau chef du Génie secondé du capitaine Dewielf inscrivent, en priorité, la reprise en sous-oeuvre des casemates 0, la poursuite des escarpes 3-4-5, la construction des voûtes intérieures des magasins cavernes, l'achèvement de la galerie de liaison avec B XII et la porte de secours (front de tête) du fort supérieur. Le point de la dépense totale atteint 1.985.740 F.

La batterie XII étant terminée déjà depuis un certain temps, l'artillerie procède du 22 au 24 septembre 1859 à des essais de tir réel dans les casemates, avec 2 obusiers de 22 cm arrivés de Toulon le 20. Le tir est effectué à charge maxima (2 kg) et à obus lestés. 63 coups sont tirés en 34 salves. On constate des chutes de pierre qui se détachent du ciel non revêtu (dont une pierre de 30 kg) et la nécessité de maçonner les embrasures de casemates 13 et 14, creusées dans un roc particulièrement délité. Par contre l'enfumement est négligeable (ce qui paraît évident compte tenu des dimensions des embrasures et du tirage de la galerie d'accès) et la fumée se dissipe naturellement en quelques secondes.

A la fin de 1862, il reste à finir l'intérieur du bastion 5, la double caponnière de tête du fort supérieur, les parois intérieures des casemates cavernes, la galerie d'accès à B XII. A cela s'ajoutent des désordres qui apparaissent dans les casemates du bastion 5 qu'il faut étayer et reprendre en sous-oeuvre (1868-64).

Il ne faut pas oublier qu'on est entré, depuis 1858, dans l'ère de l'artillerie rayée dont la puissance contre la fortification, consacrée par les expériences du fort Liedot (1863-64) a certainement amené à reconsidérer, à Tournoux et ailleurs, bien des dispositions admises antérieurement.

Ainsi, le capitaine Delaporte, chef du Génie (adjoint : capitaine Waidmann) propose-t-il pour 1865-66 la construction d'un masque devant la face gauche du bastion 5 et d'une batterie casematée dans le même bastion. (La forteresse est considérée comme terminée en 1866, date de l'établissement du "Grand atlas des bâtiments militaires" qui nous est parvenu et a été versé au Service Historique de la Défense.)Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction de Toulon. Place de Tournoux. Casemates O, 1866.Atlas des bâtiments militaires. Génie. Direction de Toulon. Place de Tournoux. Casemates O, 1866.

A la même époque, des fissures apparaissent dans l'escarpe du bastion 7, au fort moyen (1868) dont la reconstruction, effectuée en 1869-70 clôturera pour longtemps la série des immenses travaux en cours depuis plus de vingt ans et qui ont coûté près de 2 millions de francs-or.

Au moment où éclate la guerre de 1870, plusieurs projets secondaires sont envisagés : reconstruction monumentale du grand pont de la porte ouest, magasin à poudre du temps de paix, route de liaison directe avec La Condamine (30.000 F).

Ils ne verront pas le jour et iront rejoindre dans les cartons toutes les réductions de programme qui, au fil des temps, sont venues, pour une raison ou une autre, grever la réalisation (batterie XIV, place d'Armes X, casemates à la Haxo, etc.).

1870-1914

Sitôt sortie de la guerre de 1870, la France doit s'attaquer au plus vite à une oeuvre immense de reconstitution de son potentiel militaire, forces armées, matériel d'artillerie et fortification. Notre système défensif a été éventré par le traité de Francfort, et le reste est complètement surclassé par l'artillerie rayée, comme l'a prouvé le bien médiocre comportement de nos places pendant la guerre.

Crée le 28 juillet 1872, le comité de défense va diriger la réorganisation de la défense des frontières. Son secrétaire - et animateur - sera, jusqu'en 1880, le général Séré de Rivières, qui cumulera à partir de 1874 cette fonction avec celle de Directeur du Génie au Ministère, ce qui explique en partie la rapidité et l'efficacité de l'action.

Dans son "Exposé du système défensif de la France" du 20 mai 1874, le général considère que "le fort de Toumoux serait, comme l'on sait, incapable d'arrêter l'ennemi", il "serait, il faut bien le dire, hors d'état de soutenir une attaque vigoureuse". Or, comme on le sait, le fort est considéré comme achevé depuis à peine 5 ou 6 ans et a coûté près de 2 millions ! Séré de Rivières propose de le remplacer par un nouvel ouvrage à Jausiers, verrouillant à la fois la trouée de l'Ubaye et les débouchés des cols de la région de Restefond.

Mais cette région est en deuxième urgence et ce n'est qu'en 1878 que le schéma de l'organisation de l'Ubaye sera arrêté : le fort de Jausiers ne sera pas construit, mais par contre on met en chantier en 1879, juste au dessus de Toumoux, la batterie des Caurres pour interdire la trouée de Meyronnes et en 1881, à quelques kilomètres au nord-ouest, la batterie de Vallon Claus destinée à maîtriser la Haute Ubaye (combe de Maurin) et le col de Vars : on s'oriente donc vers une sorte de place à forts détachés, dont Toumoux comme noyau central.

Le fort est cependant armé : la Commission mixte de révision de l'armement propose, le 2 mai 1881 (voir au S.R.A.T. , carton 3 A 27115) d'enlever, au fort supérieur : 8 canons de 12 et 2 de 24, au fort moyen: 3 canons de 12 et 3 canons de 24 et d'ajouter 1 canon de 95. A la batterie XII, remplacer 6 canons rayés Whitworth, 2 canons de 12 et 5 obusiers de 16 par 4 canons de 95 et 2 canons révolver.

Mais il s'agit à la fois d'un retrait de matériels périmés et d'un désarmement progressif. Le 15 avril 1882, le comité de défense examine à nouveau le problème de l'Ubaye et le général Billot, Ministre de la Guerre, et président du comité déclare, à propos de Tournoux "on a enfoui dans la création de cet ouvrage trois ou quatre millions pour n'en faire qu'un trompe-l'oeil" que l'ennemi "fera tomber en quarante-huit heures. La perte ne sera pas considérable, puisque l'ouvrage n'a aucune valeur." Au terme de la réunion est décidée la construction de la batterie de Roche-la-Croix et celle d'épaulements à Cuguret (la future batterie de Cuguret) complétant ainsi le cercle des ouvrages avancés de Tournoux.

Le fort lui-même voit son rôle progressivement ramené à celui d'un casernement et d'un dépôt, en raison des bâtiments et des nombreux abris cavernes bien protégés : en 1887 commence à se construire, au pied, la caserne Pellegrin (détruite en 2008).

Mais la batterie XII - l'organe d'interdiction - bien protégée par le roc reste armée et, sur le plan d'armement du 24.12.1899, on trouve en place au fort supérieur 6 pièces de 95 mm (2 orientées vers Saint-Ours, 4 vers Vallon Claus et l'Ubaye amont) et au fort moyen, 7 autres 95 mm (dont 4 orientées vers Saint-Ours, les autres sur la forêt de la Silve).

Un téléphérique est établi, à cette époque, entre le fort moyen et les "baraquements de l'Ubaye" pour les transports de matériel. Un monte-charges sera installé, plus tard, le long du pignon ouest de la caserne du fort moyen pour desservir les casemates cavernes (manutention, magasins) du terre-plein supérieur. Si le rôle actif du fort est réduit à peu de choses, c'est, par contre, une garnison animée, occupée par un important détachement d'artillerie à pied, un autre du 157e régiment d'Infanterie alpine, des ouvriers d'artillerie, etc. et ceci s'accentue avec le développement donné, à partir de 1888, à l'armée des Alpes.

Vers 1895, une troisième citerne sous roc est creusée dans la falaise au-dessus du fort moyen. le chef de chantier en est le capitaine David Grignot, qu'on retrouvera, en 1914, chef du Génie à Commercy, puis gouverneur du fort du Camp des Romains lors de la malheureuse défense de cet ouvrage enlevé par les bavarois le 25 septembre.

Il semble qu'à part les travaux d'aménagement divers, il s'agit là du seul chantier important du fort jusqu'à la veille de la grande guerre. Mais, en 1913, alors que le haut commandement est averti de la neutralité de l'Italie en cas de conflit, on n'en décide pas moins d'ajouter deux organes au fort. Ce sont :

- Au fort supérieur, devant les casemates 0, un abri en béton armé pour 100 hommes. La fouille était exécutée dans le terre-plein, au bord de la falaise sud, le ciment arrivait à raison de 4 tonnes par jour, tandis que 60 tonnes de fer étaient approvisionnées en gare de Prunières lorsque la grande guerre vint suspendre les travaux.

- A la batterie XII, en saillie de la face du demi-bastion de gauche, la casemate f, casemate en béton armé pour 2 canons de 95 mm modèle 88 de cote, destinés à battre la destruction de la RN 100 à la Rochaille, et reliée à la batterie XII par une galerie sous roc.

L'organe, tout juste terminé, pouvait entrer en service en 1914 (les enduits n'ont jamais été exécutés).

Le plan de mobilisation, refondu au printemps de 1914 dans le cadre du plan XVII, prévoit encore :

- au fort supérieur : 4 pièces de 95 de rempart et 2 de 90 en flanquement

- au fort moyen : 4 pièces de 95 de rempart et 1 de 90 en flanquement

- à la batterie XII : 8 pièces de 90 et 2 canons révolver (plus les 2 x 95 de côte de la casemate f).

En fait depuis 1883, la principale mission d'action lointaine est dévolue à la batterie des Caurres.

Au moment où s'engage la première guerre mondiale, la position de neutralité adoptée par l'Italie - pourtant membre de la Triple Alliance - pourrait amener à conclure à l'inutilité des années d'efforts et de dépenses consentis à construire, puis à améliorer, une position qui ne devait pas subir l'épreuve du feu. Il convient de modérer ce genre d'appréciation, car s'il est facile de chiffrer le prix des ouvrages construits, des matériels d'artillerie et des munitions, il est beaucoup plus difficile de connaître le prix auquel les Italiens en avaient estimé la prise, en hommes, en temps et en matériel, et de savoir si le montant n'en était pas apparu prohibitif, et que la dissuasion n'était pas venue renforcer l'action remarquable de nos diplomates pour parvenir au résultat que l'on sait.

1914-1940

Assez rapidement vidée, au profit du front du nord-est, de sa garnison et de son matériel, la forteresse connaît alors une période de vide de près de dix ans, avant que l'attention ne se portât à nouveau sur la frontière du sud-est.

L'évolution politique de l'Italie vers le fascisme et, corrélativement, la tension qui s'instaure dans les rapports franco-italiens, amènent tout naturellement l'inclusion de la frontière du sud-est dans le vaste programme de réorganisation du système de défense des frontières, motivé tant par les raisons techniques que politiques.

Dans son rapport du 12 février 1929 consacré à ce secteur, la Commission de Défense des frontières privilégie fortement la modernisation des ouvrages anciens par rapport à la construction d'ouvrages neufs, tant par souci d'économie que par logique géographique puisque le tracé de la frontière n'a pas varié depuis 1860 et que, tactiquement, les sites ont gardé toute leur valeur.

La Commission note que "le fort de Tournoux... construit partiellement dans le roc, a conservé une réelle valeur défensive" qui "jouera, par rapport au barrage de l'Ubayette, le rôle d'ouvrage d'artillerie, de réduit et d'abri pour les réserves." Il semble possible d'y installer sous roc, à peu de frais, des canons à grande portée susceptibles d'avoir une action d'interdiction lointaine sur la route du col de Larche.

On y disposera également des canons à tir courbe ou lance-bombes pour l'interdiction des lacets de la route à son débouché dans la vallée de l'Ubaye et l'entretien de la destruction de la route en ce point (cette mission est d'ores et déjà remplie par des casemates armées de canons de 95 de la Marine).

On notera, au passage, la différence complète d'appréciation par rapport aux propos méprisants des années 1874-82 quant à la valeur de la forteresse.

Sur ces bases, la Direction du Génie de Briançon propose, le 9 novembre 1929 (n° 679/S) un avant-projet sommaire de batterie casematée pour 3 canons de 145 tirant sur le col de Larche, creusée dans la face gauche du bastion 6 du fort moyen, avec accès par galerie greffée sur le tunnel de la porte est.

Cet avant-projet n'est pas repris tel quel par la C.O.R.F. mais transposé sur un projet d'aménagement de 4 emplacements pour canon de 155 court modèle 17 dans la galerie de la batterie 12 et, à ce titre, inscrit pour 0,2 MF en première urgence du programme d'exécution du 31 janvier 1931.

Les travaux (creusement des fosses, aménagement des embrasures en béton armé, revêtement partiel du ciel de la galerie) sont exécutés en 1934-35 par l'entreprise Andrau, mais ils débouchent sur un fiasco : on s'aperçoit, en effet, lors des essais de tir, que le coup de départ soulève une telle quantité de poussière que l'atmosphère de la batterie devient intenable. Aussi, en 1940, les 4 155 court seront-ils placés en rase campagne. Coût de l'opération: 459.200 F.

Parallèlement, les casernements ont été revalorisés pour abriter le groupe du 154e RAP affecté en temps de paix à l'Ubaye et qui doit donner naissance, à la mobilisation, au II/162e RAP du temps de guerre. De même le central téléphonique - qui existait déjà en 1914 - est revalorisé et devient le centre des transmissions de la défense, travaillant au profit des P.C. installés dans les casemates, entr'autres celui du Ve groupe du 293e régiment d'artillerie lourde divisionnaire venu le 24 mai renforcer l'artillerie de position au moment où l'ouverture des hostilités ne fait plus de doute.

Enfin, les abris cavernes du vieux fort servent, jusqu'en mai 1940, de dépôt central des munitions de l'artillerie de position affectée organiquement au secteur de l'Ubaye. Les munitions seront réparties dans des dépôts extérieurs à partir du 24 mai.

Les combats se dérouleront trop en avant du fort pour qu'il y soit impliqué de manière active.

En 1944-45, les bâtiments serviront de casernements aux unités françaises, issues de la résistance, et qui après avoir fixé les forces allemandes pendant l'hiver, parviendront, au printemps, à les refouler en Italie.

Pour l'essentiel du fort, c'est la fin du service actif ; l'ouvrage, désormais vide, sera simplement surveillé par le Service du Génie.

Par contre, la batterie XII sera reconvertie en dépôt de munitions et fera, à ce titre, l'objet de travaux d'aménagements (centrale électrique et installation d'un téléphérique moderne) le tout gardé jusqu'à sa suppression à la fin des années 80.

L'ensemble, abandonné et dégradé par le vandalisme, sera remis aux services fiscaux et aliéné en 1991 au profit du S.I.V.M. de Barcelonnette.

Analyse architecturale

SituationEnsemble de la forteresse vu de la route de Roche la Croix.Ensemble de la forteresse vu de la route de Roche la Croix.

L'ouvrage est disposé en escalier sur l'arête d'un mouvement de terrain constituant un contrefort ouest-est de la crête Tête de Vallon Claus - Serre de Laut, bissectrice du coude de l'Ubaye à l'entrée nord du défilé de la Condamine.

L'ensemble fort supérieur-fort moyen se situe entre les cotes 1690 et 1490, soit une dénivelée de 200 m (fort moyen à 1515 m d'altitude), tandis que la batterie XII se situe entre les cotes 1350 et 1320 environ.

La forteresse se prolonge, immédiatement au-dessus du fort supérieur, par la batterie des Caurres, ajoutée en 1879-83.

La description en détail de cet énorme ensemble est extrêmement difficile, en raison de la complexité imposée par un terrain d'assiette très tourmenté.

La forteresse est constituée de deux éléments principaux :

- Un "corps de place", lui-même divisé en "fort supérieur" et "fort moyen", aux trois-quarts enfermé dans une enceinte bastionnée continue.

- En contrebas, un peu au-dessus du lit de l'Ubaye, la batterie XII, séparée du corps de place par un glacis, sous le bord duquel est creusée la galerie de jonction.

Le tout est disposé en escalier sur un terrain en plan très incliné (pente régulière de 80 % entre la contrescarpe du fort supérieur et le fossé de la batterie XII), coupé en biais par une falaise importante dont l'abrupt fait face au sud.

Toute la partie haute de la forteresse est adossée au rebord de cette falaise interrompue en terrasse par la partie basse, dont l'extrémité ouest de l'enceinte vient s'appuyer au mur rocheux.

Le corps de place est entouré d'une enceinte à 9 saillants (numérotés de haut en bas, dans le sens des aiguilles d'une montre) tenaillée en haut (fronts 1-2 et 2-3), bastionnée pour le reste, s'allongeant vers l'est et dont les 780 m de développement ne se referment pas sur eux-mêmes, mais laissent à l'ouest un hiatus infranchissable d'une quarantaine de mètres, correspondant à la falaise pénétrant jusqu'au coeur de l'ouvrage. Cette enceinte n'est couverte par un fossé que dans la partie haute (1-2-3), face aux hauteurs dominantes des Caurres, et, plus bas, devant la face gauche du bastion 5, avec deux ressauts, l'un au milieu du rentrant du front 2-3, l'autre au saillant du saillant 5, pour couper la circulation. La rocaille tirée du creusement de ces fossés a servi à régler les glacis au nord-est ; la contrescarpe est maçonnée, mais n'assure que très partiellement le défilement de l'escarpe souvent très élevée. La largeur du fossé varie de 10 à 13 m. Il n'y a pas de chemin couvert.

L'escarpe et la contrescarpe sont constituées par des murs en maçonnerie de moellons tirés sur place, soigneusement construits, dotés du fruit habituel, et couronnés de tablettes ou de chaperons à deux pentes asymétriques, suivant le cas, constitués soit en grandes pierres de Serenne (identiques au marbre de Guillestre) soit en plaques de schiste, posées à plat ou de champ.

Lorsque le tracé des murailles rencontre des émergences rocheuses, celles-ci ont été retaillées en gradins pour servir d'appui à la muraille, soit escarpées et intégrées à la muraille. Parfois, dans le cas de murailles en forte déclivité, fondées sur une assise rocheuse de stabilité douteuse (cas de la face gauche du bastion 6) on remarque des arceaux de décharge, parfois de grand diamètre, s'appuyant sur des noyaux sûrs (on sait que plusieurs glissements se sont manifestés pendant la construction).

Le fort supérieur couronne le sommet de l'ouvrage. Entièrement limité à l'arrière par le rebord de la falaise, il est enfermé dans le saillant 2 de l'enceinte, dont la branche droite se prolonge au-sud-est par un bastionnet, couvrant la porte arrière, toute proche du vide. Le fort supérieur vu au téléobjectif depuis la route de Roche-la-Croix.Le fort supérieur vu au téléobjectif depuis la route de Roche-la-Croix.

L'intérieur est presque entièrement occupé par le cavalier casematé 0 et les casemates de la branche 2-3 - 150 m en contrebas, le fort moyen, en fait la basse cour d'une forteresse dont le fort supérieur serait le donjon, englobe, en principe, le reste, mais est surtout constitué par une terrasse horizontale à deux niveaux, aux cotes 1515 et 1530, coupant l'escarpement selon la courbe de niveau.

Le terre-plein (28) de 220 m de long environ est bordé, face à la vallée, par le parapet - simple mur à bahut - d'un alignement droit des deux fronts bastionnés 6-7 et 7-8, avec aux extrémités ouest et est, les portes principales de la place, et en tête des saillants 6 et 9, une échauguette surveillant les pentes à leurs pieds.

Sur le terre-plein, disposés parallèlement aux courtines et un alignement décalé, on trouve les deux grands bâtiments-logements, caserne A et pavillon B, l'un et l'autre à 4 niveaux dont les 3 premiers voûtés à l'épreuve et le quatrième traditionnel.

Ces bâtiments présentent la particularité d'avoir leur façade arrière (nord) séparée de la paroi rocheuse verticale par une sorte de passage d'isolement et de circulation, lui-même voûté à l'épreuve au même niveau que le deuxième étage du bâtiment, de telle sorte que sur la façade nord le troisième étage du bâtiment se trouve de plain-pied avec le terre-plein supérieur du fort, et juste en face des façades des casemates cavernes creusées dans la falaise.

Tout l'espace entre le fort supérieur et le fort moyen est occupé par la route en lacets (25 rebroussements sur 130 m de dénivelée) conduisant à la porte arrière du fort supérieur. Le long de son parcours, la route, dite "des rampes" dessert les emplacements de pièces, tous groupés à air libre dans les bastions de l'enceinte, (sauf les alignements de casemates de la face droite du saillant 2 et du bastion 5) et le magasin à poudre caverne. Fort supérieur. Vue plongeante des rampes descendant du fort moyen. A gauche porte d'entrée arrière. Au centre et en contrebas, le bâtiment B (pavillon d'officiers). Au fond, vallée de l'Ubaye et pied des pentes de la Silve.Fort supérieur. Vue plongeante des rampes descendant du fort moyen. A gauche porte d'entrée arrière. Au centre et en contrebas, le bâtiment B (pavillon d'officiers). Au fond, vallée de l'Ubaye et pied des pentes de la Silve.

En ce qui concerne, maintenant, la desserte des parapets d'infanterie couronnant l'escarpe, on remarque un système de chemin de ronde (en fait la banquette d'infanterie) constitué par des volées d'escalier ponctuées de 8 tourelles carrées, entre le bastion 3 et le bastion 5, destinées à amortir la pente dans la zone où la direction générale de l'enceinte présente la plus grande déclivité.

Ces tourelles, coiffées d'une toiture en lauzes à simple pente ou parfois d'une coupole, abritent un escalier en vis à noyau, sans contremarches, éclairé de point en point par de petites fenêtres rectangulaires. Cet itinéraire, accolé au revers de l'escarpe, est tout à fait distinct des "rampes" de la route, et ne communique avec lui que par des antennes en dérivation. On notera que dans le bastion 5, menacé d'être "plongé" par les hauteurs, cette circulation est couverte à partir du milieu de la face gauche et traverse, par passage central, les casemates de la face droite ; elle est doublée, au niveau de la gorge du bastion par un accès à air libre se raccordant aux rampes inférieures et se relie également au chemin de ronde du bastion 6.

On notera, derrière la caserne A et au-dessus, la présence de deux énormes massifs de soutènement en maçonnerie, l'un sur 5 arcatures, l'autre sur 4, probablement ajoutés pour soutenir une zone rocheuse particulièrement fragile et protéger le fort moyen contre les chutes de pierres.

Principaux bâtiments

Fort supérieur

Le front de tête du fort supérieur, tourné vers les hauteurs dominantes des Caurres, rappelle le principe de l'éperon barré, avec la ligne de crête coupée en travers par un fossé (1-2) creusé dans le roc et débouchant, à gauche (sud-ouest) dans le vide de la falaise.

L'escarpe soutient la plongée du rempart d'un important cavalier casematé dont le relief (12 m) contribue à défiler l'intérieur de l'ouvrage. La banquette supérieure porte deux emplacements pour canons de 95 mm orientés très obliquement vers le plateau de Saint-Ours.

Casemates OFort supérieur. Casemates O. Bâtiment A. Façade. Vue générale.Fort supérieur. Casemates O. Bâtiment A. Façade. Vue générale.

Ce cavalier recouvre un ensemble de locaux voûtés, dits "casemates 0", constituant un bâtiment de 50 x 15 m environ à deux niveaux, enterré sur trois côtés et dont la façade principale, seule dégagée, est orientée au sud-est. Au rez-de- chaussée, on trouve, de gauche à droite, une cuisine, une citerne, le passage voûté menant à la porte de secours, puis une série de 4 casemates-logements de 4,57 x 9 m dans oeuvre, voûtées en arc segmentaire (HSP 4,15 m) et séparées par des piédroits d'1 m, une travée réduite, un corridor et une poudrière.

Le mur de fond des locaux, entre le passage et le corridor, est isolé du massif rocheux par un vide sanitaire. Le dernier piédroit avant le corridor de droite est beaucoup plus épais (2,60 m) pour équilibrer la poussée des voûtes, la présence, au-delà, du magasin à poudre s'opposant à la construction des berceaux d'équilibre habituels.

Le corridor de droite conduit à une double sortie sur le parapet d'infanterie.

Au premier étage, on retrouve la même organisation structurelle, avec les différences suivantes : les quatre casemates centrales, voûtées en berceau se poursuivent, à l'arrière, d'un prolongement exhaussé correspondant aux 4 casemates à canon (Haxo) prévues initialement et dont le principe fut abandonné vers 1860, lors de la fissuration du bâtiment, et aussi, probablement, en raison des premières conséquences de la crise de l'artillerie rayée.

De même, ces casemates sont encadrées de deux vastes passages couverts en voûte parabolique, desservant à droite, une casemate latérale et une diagonale et, à gauche, une casemate latérale et deux casemates divergentes, ces 5 casemates étant, là aussi, des casemates à la Haxo occultées en fin de travaux et utilisées comme abris passifs.

Comme les 4 casemates logements, les casemates arrière communiquent par un alignement de passage ménagés dans les piédroits. A chaque extrémité des casemates du rez-de-chaussée, des escaliers à volées droites conduisant aux 2 groupes de 2 locaux en entresol (dont en façade 2 chambres sous-officiers et en arrière, 2 magasins) d'où une seconde volée droite, en sens inverse, conduit au premier étage.

Enfin, dans l'épaisseur du piédroit de gauche de la première casemate du premier étage, est logé un escalier en vis donnant accès à la superstructure et débouchant sous un abri en maçonnerie voûté.

Le magasin à poudre de droite (au rez-de-chaussée) voûté en berceau, est appelé "bâtiment b", bien que faisant partie intégrante de l'ensemble. La chambre à poudre, de 9 x 4 m, est précédée par une cour entourée de murs, formant vestibule de sécurité, en saillie sur la façade. Le Grand Atlas (1866) précise que cette cour pouvait être blindée en temps de guerre.

Extérieurement, la façade reflète exactement la structure intérieure. Le plan unique en maçonnerie de moellons est surmonté d'une corniche à bandeau saillant et amorti en pan coupé de chaque côté (corniche portant une rambarde en ferronnerie à panneaux à croisillons). De gauche à droite on trouve la porte en plein-cintre de la cuisine, la niche du poste de puisage de la citerne, avec une vasque en pierre de taille, et surmontée d'une fenêtre d'entresol, les 6 arcades des travées principales (4 travées centrales en plein cintre encadrées des 2 arcatures paraboliques), la fenêtre d'entresol surmontant la porte du corridor et l'entrée de la poudrière surmontée d'un oeil de boeuf.

Le parement extérieur des piédroits est réalisé en pierres de taille de Saint-Ours soigneusement dressées, en gros appareil à joints alternés. Les arcatures sont constituées de claveaux rayonnants extradossés en escaliers et dessus arasé, réalisés en pierre de Serenne beige clair à veines roses.

Le mur de masque constituant la façade des travées de casemates se dresse entre les arcatures en retrait du plan de façade principale.

La tête de la voûte surbaissée du rez-de-chaussée s'y projette en arc appareillé à claveaux rayonnants extradossés en gradins, et portant un bandeau au niveau du sol du premier étage. La façade du rez-de-chaussée constituée en très gros appareil parfaitement dressé ne s'élève qu'aux deux-tiers de la hauteur du local, le reste étant fermé par un châssis vitré en bois ; elle est percée, par casemate, de trois baies rectangulaires, à savoir une porte centrale encadrée de deux fenêtres à linteaux plats.

Au premier étage, le mur de masque est construit en moellons et percé, par casemate, de trois fenêtres rectangulaires à linteaux, meneaux et tablettes en pierre de taille dressée.

Il convient de rappeler que, dans le projet initial, les casemates du premier étage devaient rester ouvertes pour l'évacuation des fumées du tir des pièces de canon. Elles n'ont été fermées qu'après l'abandon des casemates Haxo, vers 1860.

On notera, en outre :

- au-dessus des premier et cinquième piédroits, la présence de deux gargouilles, en forme de canon, en pierre de Serenne, pour l'évacuation des eaux des noues

- la présence, aux deux niveaux, de tirants en fer horizontaux le long des piédroits et se refermant en façade : il s'agit du dispositif destiné à remédier aux désordres constatés en 1860

- à gauche, à ras de la façade, la fouille de l'abri pour 100 hommes en béton armé commencé en 1913-14.

L'édifice constitue une oeuvre de grande beauté, imposante, et d'autant plus que cette beauté tient strictement à l'organisation structurelle et au fini de l'exécution, ceci en l'absence de tout élément décoratif. Mais, si, à l'époque de sa conception, avec son orientation, un ensemble de plus de 50 m de long et 12 de haut était admissible, dès 1880, la portée et la précision des nouvelles pièces rayées en acier permettaient de l'attaquer obliquement de plein fouet depuis le plateau de Saint-Ours et de le rendre intenable en quelques heures, d'où les légitimes appréciations portées par le Comité de Défense dès 1874.

Poste de secours

Le passage gauche des casemates 0 se prolonge, en direction du nord-est, par un tunnel creusé dans le massif rocheux. Ce tunnel comporte, à gauche, une grande casemate-caverne ouvrant dans la falaise, avec des annexes sous l'extrémité gauche des casemates O. A son extrémité, au contact de l'escarpe du front de tête, il s'élargit en vestibule (bâtiment B) d'où part, à gauche, une double caponnière crénelée traversant le fossé pour conduire à un escalier montant à des casemates à feux de revers creusées dans le rocher de la contrescarpe et jouant le rôle de coffres de contrescarpe : c'est de ces casemates que part le tunnel des Caurres, creusé en 1880.

La caponnière elle-même voûtée en plein-cintre avec extrados en bâtière et à l'épreuve, est percée, dans les piédroits, de créneaux de fusillade flanquant le fossé : c'est donc à la fois une communication protégée et un organe de flanquement.

A droite du départ de la caponnière s'ouvre, dans l'escarpe la porte de secours du fort supérieur, simple baie, fermée de deux vantaux, donnant de plain-pied dans le fond du fossé.

A la suite d'aménagements postérieurs à la construction, la porte est protégée par une grille défensive (du modèle utilisé dans tous les ouvrages de la vallée après 1890 et jusqu'en 1914) barrant le fossé avec en avancée, un portail constituant, donc, une avant-porte - établi à ras d'un haha coupant l'extrémité de la rampe de la route d'accès plaquée à la contrescarpe. Fort supérieur. Front de tête. Porte. Vue rapprochée prise de l'extérieur. Au premier plan, le haha coupant la route et le pont roulant en partie effacé dans sa casemate. Derrière, la grille défensive et l'avant-porte. A l'arrière-plan, la double caponnière.Fort supérieur. Front de tête. Porte. Vue rapprochée prise de l'extérieur. Au premier plan, le haha coupant la route et le pont roulant en partie effacé dans sa casemate. Derrière, la grille défensive et l'avant-porte. A l'arrière-plan, la double caponnière.

Le haha est franchi par un pont roulant à effacement latéral, pouvant se retirer dans un corps de garde casematé de la contrescarpe, par un passage à voûte très surbaissée surmonté de créneaux de fusillade. Ce pont roulant et le corps de garde sont identiques au pont d'entrée inférieur de la batterie des Caurres distant de cent cinquante mètres seulement et probablement de la même époque (pont à traverse en profilés métalliques se déplaçant sur 2 trains de 9 galets, roulant eux-mêmes sur des bandes de fer plat scellées dans des feuillures des deux rives du haha). Ce système de "pont roulant sur train de galets" est décrit dans le cours de construction de l'école d'application de l'Artillerie et du Génie de Fontainebleau, 7e partie "ponts-levis" par le capitaine Brachet, professeur, en 1896. Par contre il ne figure pas dans l'édition de 1883, professée par le chef de bataillon Petit. Il semble que ce système, dont nous connaissons au moins trois exemplaires, ait été mis au point vers 1894, et appliqué alors à la porte inférieure de la batterie des Caurres.

L'accès du corps de garde se fait par une galerie sous roc partant de la caponnière.

Casemates d'escarpe du saillant 2

La face droite du saillant 2, orientée au nord-est, donc sur Gleizolles et l'Ubaye amont, est dotée d'une escarpe très élevée, creuse à la partie supérieure et constituée d'un alignement de 1 + 8 casemates s'ouvrant, vers la vallée, par de larges embrasures en demi-lune de 4 m de diamètre.

Ces casemates paraissent avoir été conçues pour des mortiers ou des obusiers destinés à agir sur la route de fond de vallée en tir courbe ou vertical, mais elles semblent n'avoir jamais été armées. Chaque casemate est constituée d'un berceau perpendiculaire à la façade, avec mur d'allège d'1,50 m environ et mur de fond construit en voûte verticale pour mieux soutenir les remblais en arrière. Les piédroits sont percés d'une porte dont l'alignement constitue la circulation générale. La première casemate est légèrement en retrait des autres; c'est elle qui constitue l'entrée de la batterie en venant du sud-est. Au-dessus, deux traverses en maçonnerie assurent la protection du parapet supérieur contre le tir d'enfilade venant du nord-ouest.

Porte arrière

Entrée normale de l'ouvrage lorsqu'on vient du fort moyen, elle est percée dans un court tronçon de courtine reliant le flanc droit du bastionnet et le bord de la falaise, à ras du vide. Le seuil se situe à 33 m en contrebas du terre-plein devant les casemates O.

La courtine, d'une douzaine de mètres de long seulement, est précédée d'un haha profond coupant la route ; côté falaise, elle se retourne à 90° et se prolonge par le mur de soutènement de la route intérieure. La partie basse, avec un fruit important est coupée, au niveau du seuil de la porte, par un cordon saillant portant la partie supérieure verticale, elle-même surmontée d'un second cordon et du parapet. Fort supérieur. Porte d'entrée arrière (vers le fort moyen). Vue d'ensemble prise de l'extérieur.Fort supérieur. Porte d'entrée arrière (vers le fort moyen). Vue d'ensemble prise de l'extérieur.

La baie en plein cintre, à claveaux rayonnants extradossés en gradins, s'ouvre, en retrait, dans une feuillure encadrée de deux pilastres dont la base se perd dans le fruit de l'escarpe. Le parapet supérieur, formant attique, est entaillé des passages des flèches de la bascule supérieure (disparues) dont les paliers des tourillons sont encastrés dans l'épaisseur du parapet. Le tablier a également disparu, mais les paliers sont encore visibles, portés par des consoles en ferronnerie scellées dans la pierre de seuil du passage.

Le massif de la porte, les cordons, chaîne d'angle, couronnement du parapet sont construits en belle pierre de taille de Serenne, soigneusement dressée, tranchant sur la couleur grise ou beige foncé des moellons de la maçonnerie courante.

En franchissant la porte, on trouve, à droite, un escalier à volée droite donnant accès au dessus de la porte et, à gauche, entre la porte et l'à-pic, le corps de garde, simple petit bâtiment, à toiture de lauzes à simple pente, adossée à la courtine, et muni de créneaux de fusillade en archère, dont trois à travers la courtine (bouches en pierres sèches) et deux donnant latéralement dans le passage.

Fort moyen Vue aérienne partielle du fort moyen prise de l'ouest.Vue aérienne partielle du fort moyen prise de l'ouest.

Bâtiment A

Caserne pour 340 sous-officiers et soldats constituée par un grand bâtiment rectangulaire de 58 x 11,5 à quatre niveaux, dont trois voûtés à l'épreuve et le quatrième de type normal et couvert d'une toiture à quatre pentes. Fort moyen. Caserne A. Vue générale prise du sud-est. Au fond, façade arrière de la porte ouest et échauguette.Fort moyen. Caserne A. Vue générale prise du sud-est. Au fond, façade arrière de la porte ouest et échauguette.

Le bâtiment est construit en partie sur une aire creusée dans la falaise et séparé sur trois côtés de la paroi rocheuse par un vide couvert au niveau du deuxième étage par un berceau en maçonnerie dont l'extrados est constitué par le terre-plein supérieur du fort et de plain-pied avec le troisième étage. La voûte est percée de 7 oculus protégés par un chapeau chinois en tôle fixé sur la margelle supérieure.

Ce passage ouvert de 4 m de large constitue, donc, une circulation protégée, une garantie contre l'humidité et les chutes de pierres et un abri éventuel en temps de guerre. L'inconvénient en est de priver de lumière la façade nord.

Le bâtiment conforme au portefeuille du casernement de l'époque (référence: instruction du 8 novembre 1843) est constitué de 7 travées égales séparées par des refends transversaux, voûtées en plein-cintre au deuxième étage, en voûte surbaissée mince en dessous. La poussée des voûtes est équilibrée, à l'ouest par une culée à deux berceaux accolés perpendiculaires aux précédents, et à l'est, par des berceaux s'appuyant, à chaque niveau, à la paroi rocheuse.

La travée centrale est entièrement occupée par un grand escalier tournant à deux volées droites en bois desservant les premier et deuxième étages. (Le troisième étage, non voûté, est accessible par l'extérieur). Cet escalier donne accès, à chaque niveau, à des coursives hors oeuvre courant le long de la façade nord, dans le passage couvert et desservant les chambres de l'extérieur. Cette disposition, assez exceptionnelle, permet d'éviter une circulation longitudinale à travers les piédroits et de ménager la tranquillité dans les chambres. Les petits locaux de culée ouest abritent, au rez-de-chaussée, la prise et le corps de garde tandis que les autres locaux abritent, cloisonnés ou non, des locaux d'intérêt général. Lors des aménagements réalisés entre les deux guerres pour la 5e batterie du 154e régiment d'Artillerie de position, le local 5 + 6 (logement du portier consigne) a été transformé en réfectoire et un guichet passe-plat percé dans le piédroit pour permettre la distribution depuis le local 7 (cuisine).

Dans la paroi extérieure du passage couvert du pignon nord est logé, à chaque niveau, un édicule en pierres de taille à usage de latrines à 2 sièges.

On a ajouté, à proximité, dans le passage, des auges de lavage en béton armé. Les latrines aboutissent à une fosse unique enterrée dans le terre-plein devant le bâtiment. Le long du pignon ouest, on a ajouté, extérieurement, un monte-charges à cage métallique destiné à faciliter le transport du matériel du terre-plein bas du fort au terre-plein supérieur, où se trouvent en abris-cavernes, la boulangerie et une série de magasins.

A proximité, sur le terre-plein, dominant le bastion 8, on trouve la recette supérieure du téléphérique. Fort moyen. Recette supérieure du téléphérique.Fort moyen. Recette supérieure du téléphérique.

Le troisième étage est divisé de manière identique, mais en structures plus légères simplement couvertes par un plafond en lattis surmonté d'un grenier visitable avec charpente traditionnelle couverte en ardoises.

Les baies - à raison d'une à chaque extrémité de travée - sont, portes ou fenêtres, en plein-cintre avec arc et encadrement en pierre de taille.

Le chauffage était essentiellement assuré par des poêles, avec conduits de fumée logés dans les piédroits et souches de cheminées émergeant en toiture.

Tous les éléments singuliers : corniche supérieure, bandeaux ceinturant chaque niveau, chaînes d'angle harpées, encadrements de baies sont réalisés en pierre de taille de Saint-Ours soigneusement dressée. Le reste de la maçonnerie courante est en moellons pris sur place et enduits.

On sait, donc, que l'escalier central s'arrête au deuxième étage. A ce niveau, la coursive extérieure comporte une passerelle traversant le passage couvert, pour donner accès à une galerie située sous le terre-plein supérieur et débouchant à la surface de celui-ci par un escalier logé à l'entrée du magasin caverne E, à l'abri, donc, de la falaise. De là, en traversant la cour, on a accès aux locaux du troisième étage. C'est le cheminement le plus commode et le mieux protégé pour s'y rendre, si l'on veut éviter le long chemin par la route en lacets, surtout en hiver.

Bâtiment B Fort moyen. Pavillon B. Vue générale.Fort moyen. Pavillon B. Vue générale.

Pavillon d'officiers, bâtiment de commandement et infirmerie. Capacité d'origine : 16 officiers et 10 malades. Implanté environ 40 m en avant du précédent et décalé d'une quinzaine de mètres au sud, son orientation et son organisation sont absolument identiques à celles du bâtiment A, dont il ne diffère que par :

- les dimensions réduites : 47 x 8 m environ - l'escalier central tournant à droite à 2 volées droites et vide central

- la culée ouest, à un seul berceau

- les communications entre chambres, par passages dans les piédroits, de part et d'autre de la cage d'escalier (sans accès direct à partir de celle-ci, autrement que la coursive extérieure)

- le chauffage par cheminées (une par chambre)

- la présence d'alcôves dans chaque chambre, aux trois niveaux supérieurs, le long de la paroi nord

- la façade du retour est du passage couvert fermée, aux deuxième et troisième niveaux, par une fenêtre double en plein-cintre avec meneau central.

Ce bâtiment fait l'objet d'une opération de réhabilitation sous l'égide du S.I.Y.M. de Barcelonnette. En 1991, la toiture a été refaite en bacs d'acier.

Porte ouest Fort moyen. Front sud. Porte ouest. Vue générale. A droite, bastion 7 et recette supérieure du téléphérique. A l'arrière, le pavillon B. A gauche, caserne A et monte-charge.Fort moyen. Front sud. Porte ouest. Vue générale. A droite, bastion 7 et recette supérieure du téléphérique. A l'arrière, le pavillon B. A gauche, caserne A et monte-charge.

Porte principale, elle se situe à l'extrémité ouest du terre plein inférieur, dans un tronçon de courtine constituant un redoublement du flanc droit du bastion 8. Elle constitue l'aboutissement de la route en lacets, à 12 rebroussements, partant de la RN 100 (D 900) aux "baraquements de l'Ubaye" (caserne Pellegrin) 220 m plus bas, et s'ouvre extérieurement sur un ravin, formant fossé, franchi par la route sur un pont de charpente dont le tablier est soutenu par trois palées reposant sur des piles en maçonnerie (le remplacement par un pont entièrement en maçonnerie était.en projet avant la guerre de 1870). Ce pont est à trois travées fixes et une levante, cette dernière constituant un pont-levis à la Derché, à contrepoids constant et moment variable (variation par poulie à spirale). Fort moyen. Porte est. Vue intérieure. A gauche, mécanisme du pont-levis à la Derché. Au sol, contrepoids en partie tombé dans sa fosse.Fort moyen. Porte est. Vue intérieure. A gauche, mécanisme du pont-levis à la Derché. Au sol, contrepoids en partie tombé dans sa fosse.

La porte est constituée par une façade en pierres de taille soigneusement appareillées et dressées contrastant avec la maçonnerie assez grossière de l'escarpe.

La baie en plein-cintre, à claveaux rayonnants extradossés en gradins, s'ouvre légèrement en retrait de la façade, dans le fond d'une feuillure rectangulaire, avec passages des chaînes du pont-levis aux deux angles supérieurs.

La feuillure est surmontée d'une plate-bande à claveaux rayonnants, dont la clé porte, gravée, la date de 1852. Au-dessus de cette plate-bande, six corbeaux moulurés, à deux ressauts, soutenaient, en avant de la façade, cinq arcatures en plein-cintre portant un parapet avec jambe harpée centrale et chaînes d'angle, de même, aux extrémités. Ce parapet était percé, au centre, de deux créneaux de fusillade horizontaux et, aux extrémités, de deux créneaux verticaux en archère, disposés symétriquement, le tout surmonté d'une tablette de couronnement et desservi, à l'arrière, par une plateforme constituant banquette d'infanterie. On a donc, là, une résurgence moderne de mâchicoulis.

Cette disposition était encore intacte en 1976. Depuis des inconnus ont démoli le parapet pour récupérer les pierres de taille, y compris les claveaux des mâchicoulis. Les chaînes du pont-levis ont été dérobées, et, en 1991, les travaux de restauration du pont n'ont pas rétabli la travée levante à son gabarit plus réduit, l'essieu a été enlevé ainsi que les chasse-roues.

Derrière la porte, une surlargeur du passage abrite, à droite et à gauche, les poulies en fonte du mécanisme à la Derché dont, faute des chaînes, les contrepoids gisent au sol ; puis le passage proprement dit, voûté en berceau, traverse la courtine sur quelques mètres pour déboucher à air libre dans l'intérieur du fort. Dans la paroi de gauche, on remarque une niche en plein-cintre, encadrée de pierres de taille et destinée sans doute à la sentinelle. La sortie intérieure du passage, également en plein-cintre, est entourée de montants en pierres de taille harpées supportant l'arc à claveaux rayonnants extradossés en gradins.

A gauche de la porte, vue de l'extérieur, le parapet du chemin de ronde est percé de créneaux de fusillade verticaux dont l'ébrasement extérieur est taillé en gradins. (Cette disposition se retrouve, non loin de là, dans l'enceinte extérieure du fort des Selettes, à Briançon 1840-1854).

Il y a lieu de souligner l'effort décoratif recherché dans l'alternance de lits de pierres beige clair et de pierres grises dans l'ordonnance de la façade.

Porte est

A l'autre extrémité du. terre-plein bas du fort moyen, la porte est s'ouvre à l'extrémité d'un tunnel creusé dans le massif rocheux occupant l'intérieur du bastion 6. Elle joue le rôle de porte de secours, au départ du chemin stratégique n° 2 reliant extérieurement le fort moyen au fort supérieur, à la batterie des Caurres et au village de Tournoux où il se raccorde au réseau public.

Plus simple que la porte ouest, la baie en plein-cintre s'ouvre également dans une feuillure en pierres de taille de Serenne dont l'encadrement rectangulaire s'intègre simplement dans la maçonnerie mêlée de roc de la face gauche du bastion, sous la protection de deux arcs de décharge rampants.

La porte est munie, également, d'un pont levis à la Derché qui, s'abattant sur un tronçon de fossé, donne accès à un tambour crénelé pentagonal où la route fait un coude à gauche pour éviter l'enfilade.

Locaux-cavernes

La falaise a été mise à profit, derrière les bâtiments A et B pour y creuser des abris cavernes, avec l'avantage de la double protection contre les intempéries et contre les coups. Ce sont, d'ouest en est :

- les 3 citernes, chacune de 300 m3, et alimentées par des sources extérieures. Les 2 premières, Ca et Cb remontant à la construction, la troisième, Cc, a été creusée en 1890-1900. Ca et Cb sont entièrement creusées dans le roc, en retrait de la falaise, et accessibles seulement par une étroite galerie abritant les conduites, avec une transversale vers la manutention.

- La manutention : ensemble de trois casemates prenant jour sur le terre-plein supérieur du bâtiment A et regroupant la fabrication du pain pour la garnison. Da abrite les 2 fours, avec, en superstructure, une grande cheminée pyramidale, Db et De les ateliers et magasins correspondant, le tout relié par passages à travers les massifs rocheux formant piédroits. Fort moyen. Façade de la casemate-caverne De.Fort moyen. Façade de la casemate-caverne De.

- La casemate E, au débouche du passage souterrain venant du deuxième étage du bâtiment A était affectée au stockage des liquides.

- La casemate F consiste en une écurie pour 6 chevaux, G était affectée au stockage des vivres et H comme magasin d'artillerie.

Derrière le bâtiment B on trouve les casemates 1 (magasin au campement), l (magasin du Génie) puis, au-dessus, desservis par les lacets de la route du fort supérieur, le magasin d'artillerie K et le magasin à poudre L poudrière de la forteresse, avec une capacité de 63 tonnes de poudre logées dans une vaste chambre divisée en deux par un épais refend et dotée, en dessous, d'un vide sanitaire.

Les casemates D, E, G, H, l, J, K,L sont en fait de véritables bâtiments voûtés avec extrados en bâtière construits à l'intérieur de la cavité rocheuse et réservant, par rapport à celle-ci, un vide assurant la siccité et la protection contre les chutes de pierres. Le magasin à poudre L est en outre doté, en dessous, d'un caveau formant vide sanitaire. Fort moyen. Magasin à poudre L. Vue des rampes et de l'entrée sud-ouest du magasin.Fort moyen. Magasin à poudre L. Vue des rampes et de l'entrée sud-ouest du magasin.

On peut y rattacher deux autres casemates situées, à l'extérieur de la forteresse, le long de la dernière rampe de la route, avant la porte ouest.

En plus de ces casemates, il convient de noter les éléments de larges galeries sous roc ci-après.

Dans la courtine entre la caserne A (pignon ouest) et le saillant ouest - sous le terre-plein bas du fort moyen. Deux galeries partent du passage couvert à l'ouest des bâtiments A et B, descendent sous le terre-plein et se rejoignent en alignement dans la courtine 7-8, avec ouvertures en demi-lune permettant le tir du canon sur la vallée et en flanquement des bastions 7 et 8.

Dans le flanc droit du bastion 7, au pied de l'escarpe, une poterne permet de sortir dans un tambour défensif d'où une passerelle permet de gagner un tronçon de cheminée couvert crénelé suivant le pied de la falaise et aboutissant à l'entrée supérieure de la galerie sous roc conduisant à la batterie XII (voir plus loin).

Casemates du bastion 5

Dans la face droite et le flanc droit du bastion 5, on trouve un alignement de six casemates, analogues aux casemates du fort supérieur. Comme celles-ci, elles semblent n'avoir jamais été armées.

Echauguettes : aux deux extrémités du terre-plein du fort moyen, on trouve :

- à l'est, au saillant du bastion 6, une échauguette cylindrique, en pierre de Serenne, sur cul-de-lampe à trois ressauts de moulures toriques. Le corps cylindrique, à sept lits de pierres, est couronné d'un boudin qui portait une toiture en coupole dérobée depuis. Porte arrière en plein-cintre. Cette échauguette est un pastiche des ouvrages du XVIe et de la première moitié du XVIIe siècle.

- à l'ouest, au saillant 9, une échauguette octogonale, sur cul-de-lampe de même, à trois étages, porté par la chaîne d'angle du saillant, et couverte d'une toiture convexe à sept pans. Cet ouvrage est une réplique des échauguettes à la Vauban (Briançon, Montdauphin, Château-Queyras). Elle comporte une porte arrière en arc segmentaire. Ces édicules sont destinés à surveiller les abords sud de la place et spécialement les deux portes.

Batterie XII

Non incluse dans l'enceinte du corps de place et située 150 m en avant et 200m plus bas environ, la batterie XII constitue l'ouvrage d'interdiction de la position, dominant la route et la vallée de l'Ubaye de 30 m, à 200 m de distance. Batterie XII. Entrée. Vue extérieure.Batterie XII. Entrée. Vue extérieure.

On y accède, depuis le fort moyen (bastion 7) par un tronçon de chemin couvert puis une galerie descendante sous roc de 200 m environ, en lacets, creusée dans la falaise et prenant jour, à intervalles réguliers, dans la paroi. Cette galerie aboutit, à rentrée de la batterie, à un corps de garde souterrain avec haha intérieur franchi par un pont-levis à simple poulie et contrepoids.

Par ailleurs, une antenne routière, greffée sur un des premiers lacets de la route du fort moyen, aboutit, au même endroit, à une entrée charretière dans la falaise, précédée d'un fossé (aujourd'hui comblé) franchi par un pont démontable. C'est l'entrée normale, utilisée en temps de paix, en particulier pour les mouvements de matériel, la galerie n'étant vraisemblablement utilisée que pour la circulation sous le feu.

La batterie est organisée ainsi : la pente rocheuse a été taillée en forme de front bastionné avec un bastion au sud-sud-ouest, un demi-bastion au nord-nord- est, reliés par une courtine de 40 m, le tout précédé d'un fossé et non revêtu.

A l'intérieur on a creusé des galeries parallèles au tracé extérieur et à 4 ou 5 m en retrait du parement et desservant 17 casemates à canon, perpendiculaires, ouvrant sur l'extérieur par de larges ouvertures en demi-lune, réduites ultérieurement.

Ces locaux se répartissent sur trois niveaux : un "rez-de-chaussée" général, à la cote 1340, un "sous-sol" partiel dans le bastion de droite à la cote 1332, un "étage" partiel dans le demi-bastion de gauche, à la cote 1345 à 1360.

En partant de l'entrée charretière, et son vestibule (cote 1350) un escalier monte, à gauche, vers le corps de garde du pont-levis, transformé, entre les deux guerres, en central téléphonique.

A droite une galerie avec escalier, encadré de deux rampes, descend en desservant, au passage, un palier avec casemate tirant vers le sud, et aboutit à la grande galerie du "rez-de-chaussée" courant de la casemate 4, au sud (aménagée en recette du téléphérique) au coeur du demi-bastion de gauche. Batterie XII. Galerie centrale. A droite, les fosses des 155 courts.Batterie XII. Galerie centrale. A droite, les fosses des 155 courts.

Au passage, cette galerie dessert les cinq casemates de la courtine, dont les quatre premières approfondies en 1934-35 en fosses de tir pour canon de 155 court Schneider modèIe 17 et la cinquième occultée et transformée en poste de commandement de la batterie de 155. Puis, plus loin, après un coude de 90° à droite, elle dessert 2 casemates de flanc et une de face ainsi qu'un magasin à poudre.

Dans la paroi de gauche part, après le tournant, la galerie creusée en 1913-14 et conduisant à la casemate f (voir plus loin). On y trouve aussi, en contrebas, une citerne de 26 m3.

Au sud, deux galeries ascendantes desservent les deux extrémités du sous-sol du bastion, avec 2 casemates dans chaque face.

Au nord, près du magasin à poudre une autre galerie monte en spirale à l'étage supérieur du demi-bastion, dessert au passage deux casemates (une dans le flanc, une dans la face) et part des rampes restées inachevées, se termine sur un débouché sur les dessus (obturé). Ce débouché correspond à un premier tracé de la galerie de fonction avec le fort moyen, tracé abandonné au profit de celui réalisé plus au sud.

Au fil des temps, les casemates, ouvrant à l'origine à pleine section sur l'extérieur, ont été modifiées en fonction de réemplois particuliers. Avant 1914, certaines ont été murées, avec réservation, dans le mur de masque, d'une embrasure à canon (pour 90 de Bange ou canon révolver modèie 1879). En 1934, les cinq casemates de courtine ont été fermées par un masque en béton armé et quatre dotées d'embrasures à plafond gradiné (fig. 125-126) tandis que le ciel de la galerie était en partie revêtu en béton pour éviter les chutes de pierre. Toujours avant 1940, le poste de garde d'entrée était transformé en central téléphonique ; par ailleurs, le fossé de courtine était en partie comblé par les déblais provenant du creusement des fosses pour 155 court.

Enfin, la reconversion de la batterie en dépôt régional de munitions a amené d'autres aménagements: fermeture des baies par murs ordinaires avec fenêtres barreaudées, installation de locaux d'habitation pour le personnel, avec cuisine et bloc hygiène, installation d'un téléphérique de transport de charges et d'une centrale électrique de secours (par déséquipement de celle de l'ouvrage de la Moutière).

Ces remaniements successifs ont peu à peu altéré l'allure générale de l'ouvrage.

Casemate F (dite "batterie de Gleizolles" dans le plan de mobilisation de 1914)

Le dispositif de mine permanent aménagé dans la RN 100 (D 900) dans la zone de passage obligé de la Rochaille devait, en cas de mise en oeuvre, couper la route avec une destruction. Mais pour conserver à celle-ci sa valeur et s'opposer au rétablissement du passage par l'ennemi, il convenait de la tenir sous le feu du canon, ce que ne permettait pas l'orientation des casemates de B XII ni l'altitude et la vulnérabilité des positions de pièces de Tournoux.

Aussi en 1913, entreprit-on la construction, à gauche du demi-bastion de gauche, d'une casemate en béton armé pour 2 pièces de 95 mm G de côte modèie 1888, prenant d'enfilade la trouée de l'Ubaye et battant de flanc la destruction de la Rochaille. Cette casemate fut reliée aux souterrains de B XII par une galerie sous roc. Entrée en service en 1914, elle était encore armée en 1940 et commandée par l'aspirant Guiot, de la 11e batterie du 162e RAP. Il est vraisemblable que les matériels ont été enlevés par les Italiens pendant l'occupation. Batterie XII. Casemate f. Façade. En haut, embrasure de 95 mm, en bas, créneaux de fusillade.Batterie XII. Casemate f. Façade. En haut, embrasure de 95 mm, en bas, créneaux de fusillade.

L'ouvrage est constitué par un bâtiment rectangulaire de 11 x 7,5 m hors oeuvre (sous les murs en aile) à parois d'1 m d'épaisseur (probablement plus en façade) renfermant 3 locaux accolés séparés par des piédroits, et desservis par un couloir arrière prolongeant la galerie d'accès. Ces locaux sont, de gauche à droite : l'observatoire du chef de casemate, avec créneau observatoire horizontal, la première chambre de tir, la seconde chambre de tir, située 1,20 m en contrebas de la précédente pour s'adapter à la pente du terrain.

Intérieurement, chaque chambre de tir comporte, à l'avant une niche pour loger l'affût à pivot central de la pièce (conçu pour le tir à barbette à air libre, donc inadapté au tir en casemate), donc l'axe de pivotement, au plus près de l'embrasure afin de réduire au minimum les dimensions de celle-ci. Embrasure rectangulaire verticale à ébrasement extérieur avec, à gauche, la découpe correspondant à l'appareil de visée propre au 95 mm modèle 88. De chaque côté, au ras du sol, on trouve un créneau de pied, pour fusil, à ébrasement pyramidal extérieur. En plafond, on remarque deux files d'anneaux de prise, scellés dans la dalle, pour les manoeuvres de force. Le mur de tête, côté Ubaye, est également percé de trois créneaux.

Les plateformes des pièces sont surélevées par rapport au couloir de service et desservies par quelques marches d'escalier.

A l'intérieur du massif rocheux, non loin de la casemate, on trouve un petit magasin à munitions en maçonnerie, comportant deux locaux, l'un pour les projectiles, l'autre pour les gargousses. Les fusées-détonateurs étaient stockées dans une niche en maçonnerie un peu plus loin.

Le magasin est situé à l'intersection de la galerie d'accès avec une dérivation débouchant dans la falaise, en avant de la casemate et fermée par un masque percé d'un créneau.

Extérieurement, la casemate constitue un parallélépipède rectangle à dalle décrochée entre les deux chambres de tir. La façade est protégée par une visière prolongeant la dalle et, latéralement, par trois murs en aile de 4 m de long prolongeant le mur de tête et les piédroits centraux. Ces murs en aile jouent le rôle d'orillon dans la protection des embrasures contre les coups d'écharpe. La dalle est renforcée, à l'extrados, par un massif de béton cyclopéen en plan incliné. On notera que les enduits intérieurs et extérieurs n'ont pas été réalisés, ce qui s'explique par l'entrée en service tardive de l'ouvrage au moment de la grande guerre.

Organe original à exemplaire unique, s'apparentant à la casemate de Bourges2 (sauf pour la façade non décrochée) adaptée à une mission particulière d'action frontale. On notera la présence de la visière - très rare à l'époque - qui annonce certaines dispositions des casemates de la ligne Maginot. Etat extérieur et intérieur excellent.

CONCLUSION

La forteresse de Toumoux, avec son "additif", la batterie des Caurres constitue un monument exceptionnel dans le patrimoine fortifié français ; du point de vue du développement de la construction par rapport à un site, il n'a, en France, que deux homologues, le fort l'Ecluse et le fort du Portalet. Chacun de ces ouvrages constitue, bien sûr, un cas particulier avec des caractéristiques spécifiques qu'il est hors de propos de comparer ici. Il n'y a pas lieu, d'ailleurs, de les mettre en concurrence, car situés dans des régions très éloignées, ils sont à considérer comme à conserver tous les trois, et en priorité.

Sa construction - échelonnée sur plus de vingt ans - sur un terrain extrêmement difficile, constitue une épopée technique, même si le résultat final, déjà réduit par les difficultés géologiques, s'est trouvé définitivement compromis par la crise technique imprévisible de l'artillerie rayée.

En laissant de côté les considérations militaires, on constate la convergence :

- d'un site naturel imposant : le défilé de l'Ubaye et, surtout vu du sud-ouest, l'à pic de la falaise, où la forteresse s'étage en gradins

- de belles vues à partir des différents niveaux et, à l'inverse, de la place vue de la périphérie

- d'une vaste enceinte

- d'un ensemble de bâtiments d'une grande qualité, tirant celle-ci de la rigueur et du dépouillement de l'architecture militaire du XIXe siècle, joints à l'emploi judicieux de matériaux de grande valeur, à l'exclusion de tout artifice décoratif: on ne relève, en fait, de fantaisie que dans la galerie de mâchicoulis de la porte ouest, les deux échauguettes du fort moyen, répliques d'ouvrages d'époques délibérément choisies comme différentes, et l'alternance des coloris de pierres de la porte ouest. Or, ces "fantaisies" ne sont pas des rajouts sans utilité pratique, mais l'amélioration esthétique d'organes strictement fonctionnels

- d'un assortiment intéressant de ponts mobiles défensifs : ponts-levis à la Derché du fort moyen, pont-levis à flèches de l'entrée arrière du fort supérieur, pont roulant latéral de la porte de secours, pont à contrepoids de la batterie XII, soit 4 systèmes différents

- d'une infrastructure souterraine, véritable labyrinthe de galeries sous roc, très attractive du point de vue touristique. La batterie XII, et tout le cheminement de son accès arrière à partir des bâtiments du fort moyen, constitue un ensemble considérable, dépassant la simple curiosité du souterrain, car valorisé par sa destination fonctionnelle de batterie d'interdiction

- d'un potentiel important d'abris et surfaces couvertes, mais aussi de locaux d'habitation encore susceptibles d'être remis en état et rentabilisés.

La somme de ces facteurs donnant un total largement positif, d'autant que, globalement, la forteresse est en bon état, même si une infinité de petites réparations sont souvent indispensables et urgentes.

Monument d'intérêt donc, national et même plus, capable de soutenir la comparaison à l'étranger, avec des ensembles comme Fenestrelle ou Franzenfeste.

1Modèle de batterie conçue par le général François Haxo, inspecteur général des fortifications sous la Restauration. Batterie casematée dont les maçonneries recouvertes de terre absorbent le choc des impacts, formant une coquille protectrice qui empêche l'ouvrage de se disloquer.2La casemate de Bourges est inventée par le Commandant du Génie Laurent en 1885, elle sera expérimentée et adoptée à Bourges en 1899. Son emplacement se situe dans les flancs des ouvrages pour être dissimulée aux yeux de l’ennemi, assurant le rôle de flanquement pour défendre les abords de l’ouvrage et des intervalles.
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