Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

cathédrale puis église paroissiale Notre-Dame-de-l'Assomption

Dossier IA04001093 réalisé en 2008

Fiche

Œuvres contenues

Vocables Notre-Dame-de-l'Assomption
Parties constituantes non étudiées cadran solaire
Dénominations cathédrale, église paroissiale
Aire d'étude et canton Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var - Barrême
Adresse Commune : Senez
Adresse : place de l' Eglise
Cadastre : 1811 E 107 ; 1986 AB 129

Les historiens s'accordent à faire remonter l'édification de la cathédrale de Senez à la fin du 12e siècle. Sa construction n'aurait été entreprise qu'au mois de mai 1176, et sa consécration, aurait eu lieu le 22 octobre 1246.

La première phase de construction concernerait l'abside. Celle de la nef, remonterait à la première moitié du 13e siècle ; la sacristie daterait de la fin du moyen âge. Le portail a été plaqué sur le mur roman au 14e siècle.

L'édifice connaît ses premiers déboires en 1569, date à laquelle les huguenots d'Antoine de Mauvans brisent les colonnettes de marbre du portail. Le cloître et les bâtiments des chanoines furent également détruits.

L'évêque Claude de Mouchy (1561-1587), abbé du Thoronet, fit réaliser une charpente au-dessus de la voûte. En 1684, d'autres travaux importants sont réalisés : reprise des pignons, renforcement de la façade, les lézardes des murs sont bouchées, les parements et les contreforts sont refaits.

Les délibérations du chapitre mentionnent le 24 juin 1713, la construction du clocher pour la somme de 340 livres. En 1751, la petite porte du bras nord du faux transept qui permettait aux chanoines de se rendre à l'office est refaite.

Le 4 juillet 1835, la voûte s'écroule. Des travaux (de 1837 à 1840) dirigés par l'architecte Rossi, sont confiés à l'entrepreneur Honoré Dufresne : reconstruction totale des voûtes des deux premières travées qui s'étaient effondrées et reprise des contreforts et des angles de l'édifice.

En 1913, l'architecte Senés propose des travaux dont seule une tranche sera exécutée. Elle concerne la façade et les contreforts.

Le 8 février 1922, l'architecte Guéritte propose la reprise des parties supérieures des murs de la nef, du transept et du choeur, des angles nord-est et sud-est des croisillons du transept, et la restauration des toitures. Ces travaux ne seront achevés qu'en 1930.

En 1960-1961, Jean Saunier, architecte en chef des Monuments Historiques, fait remplacer la charpente en bois par une charpente en béton. En 1971, le mur nord, dont une partie s'était écroulée, est repris. De 1986 à 1993, des travaux de couverture sont exécutés. La sacristie est restaurée en 1998 (entreprise de maçonnerie Habitatancien, Sarl Rouvier pour la menuiserie et entreprise Coulet pour l'électricité) et le pignon occidental en 1999 (entreprise A.-M. Martin Frères, Avignon). Le cadran solaire est restauré par l'atelier Tournesol à Grenoble en 1999.

L'ancienne cathédrale de Senez a été classée à deux reprises : une première fois dans les années 1840, puis à nouveau le 26 octobre 1910 (elle fut déclassée entre deux, par un arrêté daté du 28 octobre 1886). Le petit clocher en arcade avec sa croix sommitale qui abrite une cloche de 1643 (IM04001510), date de 1847 (Jubillée de 1847).

Période(s) Principale : 4e quart 12e siècle
Principale : 2e quart 13e siècle
Secondaire : 14e siècle
Secondaire : 16e siècle
Secondaire : 4e quart 17e siècle
Secondaire : 18e siècle
Secondaire : 2e quart 19e siècle
Secondaire : 20e siècle
Auteur(s) Auteur : Isnard Jean-Baptiste, maçon, attribution par source
Auteur : Isnard François, maçon, attribution par source
Auteur : Dufresne, entrepreneur, attribution par source
Auteur : Rossi, architecte, attribution par source
Auteur : Senés, architecte, attribution par source
Auteur : Guéritte, architecte, attribution par source
Auteur : Saunier Jean, architecte, attribution par source
Auteur : Flavigny Francesco,
Francesco Flavigny

Architecte en chef des Monuments historiques.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
architecte, attribution par source
Auteur : Habitatancien, entrepreneur de maçonnerie, attribution par source
Auteur : Rouvier, menuisier, attribution par source
Auteur : Martin A.-M., entrepreneur de maçonnerie, attribution par source

L'édifice présente un plan allongé et se compose d'une vaste nef unique de quatre travées, d'une courte travée de choeur suivie d'une abside semi-circulaire. L'extrémité de la nef est flanquée de deux chapelles formant transept bas.

Chaque chapelle s'achève par une abside en hémicycle précédée d'une travée droite. La sacristie surmontée de la salle capitulaire et le clocher massif ont été ajoutés dans l'angle rentrant entre la nef et le bras sud du transept.

L'église est couverte d'un toit à longs pans en tuiles en écaille et d'un toit en bâtière pour le clocher.

L'église est bâtie dans un beau calcaire local, élevé en moyen appareil à joints fins soignés. Les parties pleines des murs gouttereaux sont en gros moellons assisés, très soignés. La façade occidentale est étayée aux angles par deux contreforts enveloppants.

Le portail en cintre brisé comporte quelques éléments de sculpture. Au-dessus, des restes d'un porche voûté sont visibles. Encore au-dessus, est percée une baie en plein cintre haute et étroite. Un cadran solaire se trouve également sur ce pignon. Les murs de la nef sont percés de petites fenêtres très hautes et des contreforts sont établis au droit des doubleaux.

Du côté sud, le clocher est une tour épaisse dont le sommet a été refait et se termine par un clocher-arcade. L'angle nord-est du chevet montre une reprise d'appareil très soignée, dans une pierre différente de celle de la pierre d'origine.

A l'intérieur, le grand berceau brisé qui couvre la nef prend appui sur un cordon mouluré. La voûte n'est soulagée que par trois doubleaux de profil carré reçus par de simples culots.

Un petit oculus percé dans le pignon oriental complète l'éclairage donné par les baies du vaisseau. Dans la seconde travée, une petite porte mène au clocher et dans la dernière travée la transition entre l'extrémité de la nef et le transept est marquée par deux arcades en cintre brisé, à double rouleau. Dans le bras sud, une baie en plein cintre apporte de la lumière et une petite porte donne accès à la sacristie.

Depuis la sacristie, les étages sont desservis par un escalier en vis, couvert d'une voûte en berceau en moellons.

Deux baies en plein cintre éclairent le bras nord. Au bas de la baie située à l'ouest se trouve la porte qui sert aujourd'hui d'accès principal à l'édifice.

Le choeur est un peu plus étroit que la nef. Il est également couvert d'une voûte en berceau brisé. L'abside est surmontée d'un cul-de-four. Trois baies en plein cintre lui apportent de la lumière.

Les structures originelles sont scandées par des colonnes engagées au droit des arcades du transept et du choeur, avec de puissantes bases moulurées et des chapiteaux cubiques, dépourvus de tailloirs.

Murs moyen appareil
moellon
Toit tuile en écaille
Plans plan allongé
Étages 1 vaisseau
Couvrements voûte en berceau brisé
cul-de-four
Élévations extérieures élévation à travées
Couvertures toit à longs pans
toit en bâtière
États conservations restauré
Techniques sculpture
peinture
Représentations atlante feuillage homme animal coquille feston croix couronne de laurier
Précision représentations

Le linteau situé au-dessus du portail en arc brisé est soutenu par deux corbeaux sculptés de feuillages et de figures d'atlante. Du côté gauche, un bas-relief sculpté représente un homme (chasseur ?), qui tient une peau de veau (?). Le chasseur s'empare des pattes et de la tête de l'animal. Il marche pieds nus (deux pieds gauches), a un épieu à la main gauche et sans doute un arc. La porte du bras nord est surmontée d'une coquille sculptée. Le chevet présente un décor de festons. L'intérieur de l'édifice est ponctué de motifs de croix de consécration entourées d'une couronne de lauriers.

Le cadran solaire dont les vestiges dataient de 1674 a été très restauré en 1999.

Statut de la propriété propriété de la commune, []
Protections classé MH, 1910/10/26
Précisions sur la protection

Classement par arrêté du 26 octobre 1910.

Annexes

  • Evolution historique et analyse architecturale d'après les sources

    Evolution historique

    Senez, l’antique Sanitium, chef lieu de la Civitas Sanitiensium, devint au Vie siècle le siège d’un évêché qui fut supprimé en 1790.

    Le premier évêque connu est un certain Marcel, qui assista, en 506 au concile d’Arles.

    L’édifice actuel remonte seulement à la fin du XIIe siècle. Sa construction n’aurait été entreprise qu’au mois de mai 1176, peut-être par l’évêque Pons, et sa consécration, par l’évêque Guillaume III, aurait eu lieu le 22 octobre 1246.

    Premières épreuves subies en 1569 : les huguenots d’Antoine de Mauvans viennent saccager la cathédrale : ils brisent les colonnettes de marbre du portail et le monument funéraire, orné de sculptures, que s’était fait élever, près de l’autel de Saint-Jean, l’évêque Jean-Baptiste d’Oraison (mort en 1546) ; le mobilier, le trésor et les ornements sacrés furent entassés au milieu de la nef et « consumés par un grand feu dans lequel on jeta inhumainement le cadavre » du prélat « tiré avec ignominie de son beau mausolée ». Le cloître et les bâtiments des chanoines furent anéantis.

    L’évêque Claude de Mouchy (Jean Clausse de Mouchy ?) (1561-1587), abbé du Thoronet, entreprit sa restauration en 1572. Il fit établir notamment, une charpente au-dessus des voûtes, afin de remédier à l’infiltration des eaux de pluie.

    1684 : d’autres réparations importantes furent effectuées à la cathédrale : les pignons furent repris, la façade renforcée, les lézardes des murs bouchées et les parements et les contreforts refaits. Le prix-fait passé le 29 février avec les maçons de Senez Jean-Baptiste et François Isnard leur fait obligation d’utiliser de la pierre de taille et de sauvegarder le style antérieur.

    Jean Soanen n’eut jamais à faire réparer son église.

    Au début du XIXe siècle, le monument, trop longtemps privé de soins, semble à bout de souffle. Le 1er mai 1835, les membres de la fabrique signalent au ministre de l’Intérieur son état lamentable. La commune étant trop pauvre, c’est le ministère qui en accepte la charge et les travaux furent adjugés le 22 avril 1837 à l’entrepreneur Honoré Dufresne. Ils devaient se faire en trois ans. La dépense totale s’élevait à 14 794 francs. Les voûtes des deux premières travées, qui s’étaient effondrées le 4 juillet 1835, furent entièrement reconstruites. On reprit également les contreforts et les angles de l’édifice. Ces diverses réparations étaient terminées au mois d’août 1839.

    Classée au titre des MH le 26 octobre 1910, elle présente à cette époque des « fissures et lézardes » assez graves ». En 1912, l’architecte Senès propose un devis en quatre chapitres, dont un seul, relatif à la façade et aux contreforts, fut exécuté, en 1913. En raison de la guerre, les autres travaux furent ajournés.

    18 février 1922 : l’architecte Guéritte présente un nouveau devis d’un montant de 92 079 francs, portant notamment sur la reprise des parties supérieures des murs de la nef, du transept et du chœur, la restauration des toitures et la reprise des angles Nord-Est et Sud-Est des bras du transept. Les travaux ne furent terminés qu’en 1930, par la restauration du clocher, sous la direction d’Albert Chauvel.

    THIRION , Jacques, Alpes Romanes; Edition Zodiaque, collection « La nuit des temps », n° 54, 1980, p. 327-328.

    1684 : sous l’épiscopat de Mgr de Villeserin des travaux importants sont effectués par les soins du chapitre. Ils furent confiés à deux maîtres maçons de Senez, Jean-Baptiste et François Isnard. Le pignon occidental fut repris, la façade renforcée, les lézardes des murailles bouchées et des parements refaits. La date de 1684 se lit sur le mur nord de l’église.

    (AD, Délibérations du chapitre depuis le 21 janvier 1606 au 17 septembre 1745, série 2E 1852)

    A l’époque de Mgr Soanen, sont mentionnées dans le répertoire chronologique des délibérations du chapitre : « des réparations de l’encoule contre la grande porte du côté nord », le 11 juin1708 et le 24 juin 1713 : la construction du clocher pour la somme de 340 livres ». Le 31 juillet 1724, le chapitre passa, par acte de prix fait, une commande de « deux mille tuiles plates pour couvrir le toit de l’église ».

    (AD, Délibérations du chapitre depuis le 21 janvier 1606 au 17 septembre 1745, série 2E 18254)

    1751 : la petite porte du bras nord du faux transept qui permettait aux chanoines de se rendre à l’office, est refaite.

    Le 26 floréal an II (15 avril 1794), le conseil de la communauté de Senez, poussé par la société populaire, fera fermer les portes de la cathédrale et le lendemain transporter : « toute la vaisselle, ornements, effets portatifs « à Castellane, « en don à la République », après avoir fait enlever les armoiries des « cydevant chanoines situez au vestibule de l’église paroissiale à l’entrée de la petite porte ».

    (AD, série E 53/3)

    Marie Madeleine Viré note que c’est la première fois que l’on trouve mentionné ce vestibule et qu’il se trouvait du côté nord dans l’angle que forment le bras du faux transept et la nef. « Les chanoines, écrit-elle, entraient dans ce vestibule qui devait leur servir de vestiaire, avant de pénétrer dans la cathédrale par la petite porte refaite en 1751. Construit probablement à cette époque, il dut être réparé à plusieurs reprises (1819, 1837-1838) avant sa démolition ».

    Le 25 pluviôse an XII (15 janvier 1804), le conseil municipal « considérant qu’au moment de la réorganisation du culte « diverses réparations étaient indispensables à l’église paroissiale », délibéra « unanimement de pourvoir aux réparations faites à l’église montant d’après le devis à cent vingt neuf francs huit centimes »

    (AD, série E 53/4)

    En 1819, le conseil de fabrique fit réparer le vestibule de la petite porte pour 116 F.

    (Archives diocésaines de Digne, Comptes de la fabrique de Senez).

    En 1834, voûte te toiture menacent ruine et la commune est sans ressources. Le 1er mai 1835, les membres du conseil de fabrique signalaient au ministre de l’Intérieur l’état lamentable de l’église : « Son toit fait eau de tout côté et il faut le refaire en entier. Une partie de la voûte, à gauche, en entrant par la grande porte, a baissé ; il s’en détacha une pierre il y a quelques années ; on croit qu’il y a danger et on n’ose point aller aux fonds baptismaux qui sont placée de ce côté-là… mais pour les réparations majeures…. La fabrique a fait tout ce qu’elle pouvait en offrant un capital de mille francs. »

    (Jacques Thirion, cité par VIRE Marie-Madeleine, cf. ci-dessous, p. 132)

    La voûte s’écroule le 4 juillet 1835. Délibération du 9 août 1835 décidant des travaux.

    1960-1961 : Jean Saunier, architecte en chef des Monuments Historiques, fait remplacer la charpente de bois par une charpente en béton pour mieux maîtriser la poussée des voûtes.

    1971 : reprise du mur nord dont une partie s’était éboulée en 1969.

    Classée pour la première fois au titre des monuments historiques vers 1840, puis rayée de la liste par arrêté ministériel du 28 octobre 1886.

    Il semblerait que le Conseil municipal profite de ce déclassement pour faire poser une horloge sur le clocher. Depuis 1866, il envisageait en effet d’en placer une pour réglementer le temps de distribution des eaux d’irrigation durant l’été et mettre ainsi fin aux « contestations assez vives entre les propriétaires riverains par la raison que chacun veut donner l’heure d’après sa montre. » (AD, série E 53/5)

    L’horloge fut installée en 1889. Elle fut achetée au prix de 700 f. à un horloger de Digne. Déiré Reynaud et Antoine Garron, maçon à Barrême, fut chargé des travaux d’appropriation qu’il a fallu faire au clocher pour l’installation de l’horloge, pour la somme de 165,90 f. (AD, série E 53/7)

    Le cadran é été enlevé, mais le mécanisme de l’horloge fonctionne encore, ponctuant le temps des sonneries.

    La cathédrale fut reclassée parmi les MH le 26 octobre 1910.

    VIRE, Marie Madeleine, « Le diocèse de Senez, la cathédrale », in Alpes de Haute-Provence, les cathédrales, tome I, Glandèves, Entrevaux, Senez, Riez, Annales de Haute-Provence n° 315, Imprimerie Vial, digne, 1er trimestre 1992, p. 129-149.

    Analyse architecturale

    Ordonnance intérieure :

    L’édifice se compose d’une vaste nef unique de quatre travées, et d’une courte travée de chœur suivie d’une abside semi-circulaire. L’extrémité de la nef est flanquée de deux chapelles qui tiennent lieu de transept ; chacune d’elles se termine par une abside en hémicycle précédée d’une travée droite et ne communique avec l’extrémité de la nef que par un étroit passage.

    La longueur des différentes travées est variable.

    La sacristie, surmontée de la salle capitulaire, et le clocher ont été appliqués postérieurement contre le flanc Sud.

    L’édifice est bâti dans un beau calcaire tertiaire, pris sur place. Il est élevé en moyen appareil à joints fins, très soigné.

    Le chœur, légèrement plus étroit que la nef, est couvert d’une voûte en berceau brisé. Ces travées de chœur ne sont pas fréquentes dans la région ; on les trouve surtout dans les sanctuaires triples. Elles sont plus rares entre une abside et une nef unique (Allos, Cannes, Glandèves…)

    L’abside est surmontée d’un cul-de-four. Elle s’éclaire par trois baies en plein cintre, largement ébrasées et encadrées de fines moulures offrant une succession de tores et de scoties. La baie située dans l’axe, légèrement plus grande que ses voisines, est entourée d’un tore continu, démuni de chapiteau, mais doté d’une base. De chaque côté du chœur, une colonne engagée reçoit l’arc brisé qui porte le pignon de la nef, dont la voûte est beaucoup plus élevée que celle du sanctuaire. Une niche rectangulaire, surmontée d’un gâble flamboyant, a été réservée dans le mur de l’abside, du côté Sud. Elle servait d’armarium.

    Le grand berceau brisé qui couvre la nef prend appui sur un cordon mouluré. Aux extrémités, aucun formeret ne soulage la voûte ; celle-ci n’est renforcée que par trois doubleaux de profil carré, reçus directement, au niveau du cordon, par de simples culots. On a été obligé d’établir dans la première travée deux tirants de fer.

    Les murs de ce vaste vaisseau ne sont interrompus que par d’étroites baies en plein cintre percées sous le cordon de la voûte, dans chaque travée, au Nord et au Sud. Toutes sont anciennes. La baie située dans la troisième travée, du côté Sud, a été aveuglée lors de la construction de la salle capitulaire. Une grande fenêtre en plein cintre avait été ouverte, probablement au XVIe siècle, dans le mur Sud de la seconde travée, mais elle a été murée au XVIIe siècle quand on a reconstruit le clocher. Un petit oculus percé dans le pignon oriental et une longue baie ouverte dans la façade, au-dessus du portail, complètent l’éclairage de la nef. Au bout de la seconde travée, une petite porte, percée après coup, mène au clocher.

    Dans la dernière travée, deux arcades en cintre brisé, à double rouleau, étroites mais hautes, font communiquer l’extrémité de la nef avec le transept. (cf. Vergons). Le berceau de la nef se prolonge ainsi d’un trait jusqu’à l’entrée du chœur.

    Le mur du fon du bras Sud est percé d’une baie en plein cintre, à côté de laquelle avait été ouverte, au XVIIIe ou XVIIIe siècle, une grande fenêtre également en plein cintre, murée de nos jours. Une petite porte a été ménagée postérieurement dans le mur occidental, pour donner accès à la sacristie. Le bras Nord s’éclaire par deux baies en plein cintre, l’une au Nord, l’autre à l’Ouest. Au bas de cette dernière, une porte, refaite au XVIIIe siècle, permettait aux chanoines de se rendre à l’office.

    Sur chacun des bras se greffe à l’Est une chapelle couverte d’un court berceau et d’un cul-de-four. L’hémicycle est percé d’une petite baie en plein cintre, et le mur présente un lavabo.

    La sacristie remonte au Moyen-âge mais a été modifiée au XVIIe siècle. Au-dessus s’élevait la salle capitulaire, en ruine. Une porte percée après coup dans le mur occidental de la sacristie donne accès au clocher, édifié probablement au XVIIe siècle sur l’emplacement d’un clocher détruit au XVIe. Les étages sont desservis par un escalier en vis, couvert d’une voûte en berceau en moellons. Un troisième étage a été foudroyé à une date inconnue.

    Le décor est dépouillé ; les chapiteaux sont tous cubiques et dépourvus de tailloirs. Les corbeilles sont largement évasées, presque aplaties, selon un module fréquent en Lombardie. Les mêmes proportions ont été adoptées pour les chapiteaux cubiques de Notre-Dame-du-Plan à Castellane. Quelques chapiteaux comportent des ornements géométriques, sculptés en réserve : à l’entrée du chœur, au Nord, une croix inscrite dans un cercle et flanquée de boutons, au Sud, un grand disque. Tout à côté, à l’entrée de la chapelle Sud, la corbeille est décorée d’un croissant. Les bases présentent, de haut en bas, un tore, une gorge, un filet, puis un tore aplati en forme de quart-de-rond et rattaché au socle carré par deux griffes, profil qui convient bien à la fin du XIIe siècle.

    Extérieur :

    Un portail en cintre brisé a été plaqué sur le mur roman au XIVe siècle, mais ses colonnettes ont été détruites en 1569. Au même moment disparaît le porche qui l’abritait. Les voussures, ornées de tores dégagés par des scoties et supportées par des chapiteaux à double rangée de crochets nerveux, conservent des vestiges de dichromie. Le tympan, percé d’une niche trilobée, repose sur un linteau que soutiennent deux corbeaux sculptés de feuillages et de figures d’atlantes.

    Une baie en plein cintre, étroite et haute, encadrée par un tore continu, ajoure la majeure partie de la façade. Ses proportions indiquent qu’il s’agit d’un agrandissement de la fin du Moyen-âge. Quant au pignon, il a été surélevé au XVIIe siècle, au moment où l’on établissait une charpente au-dessus des voûtes.

    Au-dessus du portail, un cadran solaire de 1673 a été repeint en 1784. Sur la droite de ce cadran solaire était dessiné un ours, évocation d’un certain Ursus que l’on disait avoir été le premier évêque de Senez. Il s’agit d’une relation chronologique de l’histoire de la cathédrale, telle qu’on l’écrivait au XVIIe siècle. (IGOLEN, Lt-Col., « Le cadran solaire de Senez », in Bulletin de la société Scientifique et Littéraire des Basses-Alpes, n° 208, oct.-déc. 1956, p. 167-169, cité par VIRE, Marie Madeleine, « Le diocèse de Senez, la cathédrale », in Alpes de Haute-Provence, les cathédrales, tome I, Glandèves, Entrevaux, Senez, Riez, Annales de Haute-Provence n° 315, Imprimerie Vial, digne, 1er trimestre 1992, p. 144.)

    Inscription du cadran solaire :

    Ursus sedet Episcopus, 417/Construitur Ecclesia, 820/Consecratur Ecclesia a Guilhelmo/1242/Separatim vivunt canonici, 1541/Incenduntur archiviae,1563/Incenditur claustrum, 1588/Saeculares fiunt canonici, 1647/Horlogium chronologicum, 1673/Reficitur pavimentum (ecclesiae), 1784/Sedes et capitulum destruuntur, 1790.// (cette dernière date ayant été ajoutée postérieurement).

    La façade est étayée aux angles par deux contreforts enveloppants.

    Les murs de la nef sont percés très haut de petites fenêtres. Les contreforts établis au droit des doubleaux sont insuffisants et ont dû être reconstruites à maintes reprises. Il a même fallu au XVIIe siècle, établir un mur de doublage entre les deux premiers contreforts du côté Nord. Les murs goutterots et les murs des bras du transept ont été surélevés lors de l’établissement de la charpente, couverte en « tuiles à écailles ». L’ancienne couverture, probablement en lauze, reposait directement sur les reins de la voûte.

    Le parement de l’angle Nord-Est du bras Nord a été repris à une époque récente et le mur occidental de ce même bras a été remis en état à l’époque où fut refaite la porte, au-dessus de laquelle se lit, dans une jolie coquille, la date de 1751.

    L’élévation Sud est dominée par le clocher, épaisse tour dont le sommet a été refait et se termine par un clocher-arcade.

    Chevet : présente son vieux décor de festons et de bandes inspiré du premier art roman.

    THIRION , Jacques, Alpes Romanes; Edition Zodiaque, collection « La nuit des temps », n° 54, 1980, p. 329-333.

    Les vitraux qui garnissent la plupart des baies et des fenêtres ont été posés peu avant 1870. On les trouve mentionnés dans une visite pastorale de 1870 sous la rubrique des acquisitions faites depuis la visite précédente. (AD, série 91V)

    Abside : au nombre de trois, ils représentent : le Sacré-Cœur au centre, saint Joseph à gauche et saint François de Sales à droite.

    Au-dessus de la porte d’entrée principale : le vitrail de la Vierge est signé La Gesta, de Toulouse.

    Une facture datée de 1837-1840, fait état de travaux de « vitrerie de la grande fenêtre au-dessus de la grande porte de la cathédrale » et de « diverses réparations aux autres fenêtres, le tout fait par Joseph Demandolx vitrier ». (AD, série E 53/4).

    Dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste se trouvait le caveau des évêques. Deux y furent inhumés au XVIIIe siècle : Mgr. D’Amat de Volx et Mgr de Castellane Adhémar : « L’an mil sept cent soixante et onze et le dix huit du mois de mars est décédé après avoir reçu tous les sacrements illustrissime et Révérendissime seigneur Monseigneur Antoine Joseph d’Amat de Volx, évêque et seigneur de Senez, abbé de Boscaudon, procureur joint pour le clergé aux Etats de Provence, âgé de cinquante six ans six mois, et a été inhumé le vingt en l’église cathédrale au tombeau des évêques dans la chapelle de Saint Jean Baptiste. On assisté à ses funérailles Messieurs les prévôts, dignitez, chanoines et chapitre, plusieurs curés du diocèse et Messieurs les supérieur, directeur et ecclésiastiques du séminaire. » (AD, série E 53/4)

    « L’an mil sept cens quatre vingt huit et le sept octobre est décédé après avoir reçu le sacrement d’extrême onction, tant seulement la cruelle toux qui fatiguoit le défunct et excitoit le St viatique, et le dix du même mois a été inhumé dans le cavot affecté aux évêques dans la chapelle de St Jean Baptiste Victor de Castellane Adhémar, évêque et seigneur de Senez, abbé de Nogeans chanoine honoraire en l’église métropolitaine de St Sauveur à Aix, âgé d’environ quarante ans. Ont assisté à ses funérailles Messieurs l’archidiacre et sacristain, chanoines et chapitre, quelques curés du diocèse et les ecclésiastiques de cette ville. » (AD, série 3 E 216/1)

    Le caveau a été profané à la révolution.

    Le tympan percé d’une niche trilobée où a été placée une statuette de la Vierge au début du XVIIIe siècle, repose sur un linteau soutenu par deux corbeaux sculptés de figures d’atlantes et de feuillages. Sur celui de gauche les feuillages ont été remplacés, peut-être vers le XVe siècle, par un bas-relief représentant un chasseur, la tête passée dans une peau de veau, dont les poils sont représentés par de petites hachures et dont on voit prendre les pattes et la tête, et marchant pieds nus (deux pieds gauches), un épieu à la main gauche et sans doute un arc.

    La statuette de la Vierge porte sur son socle une inscription et une date : VENI/CORONABERIS/AN(n)O/MDCCVIII// (« Viens, tu sera couronnée, an 1708 »)

    Devant la façade principale s’étendait anciennement le cimetière. Il n’était déjà plus utilisé à la fin du XVIIe siècle. « L’ancien (cimetière), dit Mgr Soanen dans le procès-verbal de sa visite à la cathédrale en mars 1697, qui est devant le grand portail de l’église, sera pavé de petites pierres pour éviter les profanations qui peuvent être causées par les animaux. » (Visite pastorale de 1697, AD série 2 G 17)

    VIRE, Marie Madeleine, « Le diocèse de Senez, la cathédrale », in Alpes de Haute-Provence, les cathédrales, tome I, Glandèves, Entrevaux, Senez, Riez, Annales de Haute-Provence n° 315, Imprimerie Vial, digne, 1er trimestre 1992, p. 134-149.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Délibérations du Chapitre de Senez. 1606 - 1745. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 2 E Senez 18252.

    1684/02/29. Il s'agit d'un prix-fait de travaux à l'église cathédrale de Senez passé par le chapitre à Baptiste et François Isnard, maîtres maçons de Senez, moyennant la somme de 800 livres. Les travaux portent sur le pignon occidental qui fut repris, la façade fut renforcée, les lézardes des murailles bouchées et des parements refaits. 1708/06/11. Le registre fait état à cette date de travaux de réparations de l'encoule contre la grande porte du côté nord. 1713/06/24. Le registre fait état à cette date de la construction du clocher pour la somme de 340 livres.
  • Prix fait de mallons pour Mrs du Chapitre . 1er juillet 1724. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 2 E Senez 18254 (f° 452).

    1724/07/01. Il s'agit d'un prix-fait de commande de deux mille tuiles plates pour couvrir le toit de l'église.
  • Délibérations du conseil de communauté de Senez. 1791-1796. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : E 53 / 3.

    1794/04/15. Le conseil de la communauté de Senez fait enlever les armoiries des chanoines, situés au vestibule de l'église à l'entrée de la petite porte. C'est la première fois qu'est mentionnée l'existence de ce vestibule qui se trouvait du côté nord dans l'angle que forment le bras du faux transept et la nef. La petite porte mentionnée avait été refaite en 1751.
  • Comptes de la fabrique de Senez. Archives diocésaines, Digne : non coté.

    1819. Le conseil de fabrique fait réparer le vestibule de la petite porte pour 116 francs.
  • Questionnaire sur l'état des paroisses du diocèse de Digne. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 2 V 75

    1833/01/10. Bref résumé de l'état de l'édifice et de ses objets mobiliers
  • Délibération du conseil de fabrique de Senez. Archives paroissiales, Senez : non coté.

    1835/08/09. Suite à l'écroulement de la voûte le 4 juillet 1835, le conseil de fabrique se refuse à amputer l'édifice et se prononce pour la reconstruction de la partie écroulée.
  • Délibérations du conseil de fabrique de Senez. 1790-1810. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : E 53 / 3.

    1840. Le conseil de fabrique fait procéder à divers travaux de consolidation dans le but de prévenir de plus grands désastres. Les travaux furent dirigés par l'architecte Rossi et exécutés dans le courant des années 1837, 1838, 1839 et 1840 par l'entrepreneur Honoré Dufresne. Les travaux consistèrent à reconstruire entièrement les deux premières travées qui s'étaient effondrées et à reprendre les contreforts et les angles de l'édifice.
  • Procès-verbaux des visites pastorales, évêché de Digne, doyennés d’Allos, Annot, Banon, Barcelonnette, Barrême, de 1840 à 1879. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 2 V 86

    1840/08/18. Description succinte de l'état de l'église et de son mobilier. Le questionnaire précise que suite à un rapport établi le 29 décembre 1837 par un membre du conseil des bâtiments civils qui déclarait que l'église de Senez était remarquable par son élégante simplicité et qu'elle méritait d'être conservée, elle fut classée parmi les Monuments Historiques.
  • Arrêté de déclassement de la cathédrale de Senez de la liste des Monuments Historiques. 28 octobre 1886. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : E Dépôt Senez 204 / 20.

  • Registre des délibérations du conseil municipal de Senez. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : E Dépôt Senez 204 / 9.

    1910/09/12. Il est soumis au conseil municipal la proposition que fait la Commission des Monuments Historiques de reclasser l'église de Senez parmi les Monuments Historiques. Ce qui sera fait par un arrêté du 26 octobre 1910.
  • Dossier concernant les travaux de restauration à la cathédrale de Senez. 1955-1957. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 62 W 99.

    1955/12/30. Devis portant sur des travaux de toiture. 1956/02/01. Lettre de l'Architecte en chef des Monuments Historiques C. Leprévots à Monsieur le Préfet pour solliciter une demande de subvention pour les travaux. 1956/12/23. Lettre du maire de Senez au sous-préfet dans laquelle il fait état des travaux réalisés en 1955 par Monsieur Ciot entrepreneur de travaux publics à Castellane. Il se plaint de n'avoir pas été avisé et dit que les travaux n'ont pas été réalisés de manière satisfaisante. 1957/10/10 : Rapport du Conseil général sur les travaux à entreprendre à l'ancienne cathédrale de Senez.
Bibliographie
  • COLLIER, Raymond. La Haute-Provence monumentale et artistique. Digne: Imprimerie Louis-Jean, 1986, 559 p. : ill.

    80, 112-113, 158. Bref historique et descriptif de la cathédrale.
  • NOEL, Bernard. Dictionnaire des églises de France. tome II, Centre et Sud-Est, Paris : Robert Laffont, 1966.

    IId 127. Histoire de l'église et analyse rapide de son architecture.
  • THIRION, Jacques. Alpes romanes. Sainte-Marie de la Pierre-qui-vire : Zodiaque, n° 54, 1980.

    p. 327-332.
  • FERAUD, Jean-Joseph-Maxime. Souvenirs religieux des églises de la Haute-Provence. Digne : Vial, 1879, 346 p.

    P. 253-257. Histoire de l'église.
  • VIRE, Marie-Hélène. Les cathédrales. Glandèves, Entrevaux, Senez, Riez. Dans : Annales de Haute-Provence, Bulletin de la Société scientifique et littéraire des Alpes-de-Haute-Provence, tome 1, N°315, 1er semestre 1992.

    p. 129-197, 133, 134.
  • HERMELIN, Juliette. Senez en Haute-Provence. Chronique d'une cité épiscopale aux 17e-19e siècles. Dans : Cahiers de Salagon, n°7, Les Alpes de Lumière, 2002.

    P. 19-28. Etude générale sur la cathédrale.
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Papin-Drastik Ivonne