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Prieuré d'Antonins, de Bénédictins Notre-Dame-de-Réal

Dossier IA84000044 réalisé en 1970

Fiche

Ancienne église et prieuré Notre-Dame-de-Rial. Détruite.

HISTORIQUE

Notre-Dame-de-Rial est la plus ancienne église connue fondée sur l'actuel territoire de La Bastidonne, probablement dans le cadre d'une villa ou domaine rural dont elle conserve le nom 1. La date de sa fondation reste inconnue. Elle fut donnée, dans le courant du XIIe siècle semble-t-il, au chapitre métropolitain d'Aix : non mentionnée parmi les possessions de celui-ci à la fin du XIe siècle, elle figure en revanche sur les pancartes pontificales de 1186 et 1191 énumérant les dépendances de Saint-Sauveur 2.

Sa situation dans un territoire montagneux, écarté et dépourvu d'agglomération faisait de l'église de Rial une résidence peu convenable pour un chanoine. Aussi le Chapitre d'Aix en confia-t-il la gérance à des moines, que la solitude n'effrayait pas. Il céda donc l'église, avec le prieuré et le territoire qui en dépendaient, d'abord aux frères de Saint-Antoine, en 1190, moyennant un cens annuel de 3 muids de blé 3, puis, en 1197, à l'abbaye de Lure, qui s'engagea à faire administrer le prieuré et desservir l'église chaque jour par un moine prêtre et à verser annuellement au Chapitre, à titre de cens, 60 sous en août et 60 sous à Noël. Les chanoines se réservaient cependant, outre la propriété, la possibilité d'exiger d'autres redevances occasionnelles, queste et albergue 4.

En dépit (et peut-être même à cause) de sa situation écartée, l'église de Rial, dotée d'un important domaine dont elle avait la seigneurie et non concurrencée, sur son propre territoire, par une église paroissiale, constituait un bénéfice ecclésiastique important : elle apparaît, en1274, taxée au titre des décimes ecclésiastiques à 12 livres 8 sous 7 deniers (ce qui la place au 16ème rang des 190 bénéfices du diocèse) et en 1351 encore à 10 livres (21ème rang sur 213) ; elle verse en outre à l'archevêque d'Aix une livre de cire pour le synode de la Saint-Luc et la taxe des procurations 5.

Le monastère de Lure, comme la plupart des filiales provençales de l'ordre de Chalais, connut au début du XIVe siècle de graves difficultés - entre autres un long procès qui l'opposa au chapitre d'Aix au sujet du prieuré de Rial et qui s'acheva en 1304 par un compromis 6. De laborieuses négociations aboutirent, en 1318, au rattachement du monastère au chapitre cathédral d'Avignon, qui maintint pendant encore un siècle une petite communauté monastique à Lure 7. L'église de Rial, dans son entretien comme dans sa desserte, devait subir le contrecoup de ces désordres. Visitée le 27 avril 1343 par l'archevêque d'Aix, elle parait avoir été quelque peu négligée : le prélat dut ordonner au prieur de débarrasser l'édifice des poutres et pièces de bois qui l'encombraient, de faire boucher les fissures qu'on y voyait, refaire les enduits intérieurs et la toiture, achever le clocher, se procurer une patène convenable et une chasuble neuve 8.

La situation ne s'améliora pas dans la seconde moitié du XIVe siècle, sous l'effet des troubles et de la crise économique qui débutaient alors. Le prieur de Rial semble avoir eu à plusieurs reprises des difficultés à acquitter le cens qu'il devait au chapitre d'Aix. Le 21 août 1363, l'abbé de Lure reconnaissait devoir aux chanoines 100 florins d'arriéré de cens et s'engageait à leur restituer le prieuré à défaut de paiement 9. Le 18 février 1380, le chapitre obtint de l'official d'Aix une sentence condamnant l'abbé à lui verser le cens de 60 sous resté impayé depuis plusieurs années 10. Une transaction, conclue peu après, abaissa le cens annuel à un marc d'argent, ou 9 florins, mais ne fut guère respectée : le 12 août 1390, l'abbé reconnaissait de nouveau devoir au chapitre 36 florins, soit 4 années d'arriéré de cens 11. Le chapitre d'Aix finit par récupérer le prieuré dans les premières années du XVe siècle, lorsque le monastère de Lure cessa complètement d'exister. Il en confia alors la gestion à un prieur 12 et à un fermier laïc - tels ce Jacques Cayrel, qui prit à bail, le 4 mai 1435, le domaine de Rial moyennant une rente annuelle de 16 charges de grains (blé et avoine) 13, ou le frère Jean Persil, moine de Montmajour, qui prit à rente le prieuré en 1454 pour 4 charges seulement de blé par an 14.

Les chanoines aixois, incapables ou insoucieux de tirer profit d'un domaine qui, faute d'une gestion dynamique et cohérente, se dégradait d'année en année, décidèrent finalement de s'en séparer. Par transaction passée en 1519, ils le cédèrent au seigneur de La Tour-d'Aigues, Antoine René de Bouliers, moyennant une redevance annuelle fixe de 15 charges de blé, se réservant seulement la seigneurie et la gestion spirituelle du prieuré. En 1552, Jean-Louis-Nicolas de Bouliers, baron de La Tour d'Aigues, remit en question la transaction de 1519, prétendant que le territoire de Rial, enclavé dans ceux de La Tour-d'Aigues et de La Bastidonne, relevait de sa baronnie : une nouvelle transaction, passée en1556, lui en reconnut la seigneurie, ne laissant au chapitre d'Aix que le prieuré et la rente annuelle de 15 charges de blé 15. Le chapitre n'était pas pour autant au bout de ses peines : un long procès l'opposa, près d'un siècle durant (de 1593 à 1680), au baron de La Tour-d'Aigues et à Joseph Just, marchand de Marseille, acquéreur du domaine de Rial (où avait été construite une bastide), pour obtenir le paiement de la rente 16. Quant à l'église, les chanoines continuèrent d'abord à l'entretenir et à la faire desservir de façon plus ou moins régulière 17.

Le 17 juin 1634, au cours d'une tournée pastorale, l'archevêque d'Aix le trouva en assez mauvais état et ordonna au chapitre de la faire réparer (couverture, pavement, menuiseries de baies et vitrages) et meubler (retable, missel, calice) de façon à pouvoir y célébrer décemment le culte 18. Il ne fut pas obéi. Son successeur, en 1654, visita un édifice ruiné et hors d'usage : "la chapelle est presque ruinée, entièrement ouverte sur le devant jusqu'à la voûte et une partie d'icelle, et aussi une partie du derrière de la chapelle jusqu'à la voûte, laquelle est découverte de tuiles et menace ruine ; ladite chapelle étant sans pavé, l'autel rompu et dépourvu de retable ; derrière la muraille du fonds, y a une petite voûte qui servait autrefois de presbitère, aujourd'hui découverte et ruinée, y ayant une fenêtre en forme d'armoire sans porte, étant toute la chapelle bâtie en dedans de pierre de taille et du dehors en pierre de jauge, laquelle pourrait être conservée pour y dire la messe si elle était fermée sur le devant et couverte de tuiles". Le prélat menaça de sanctions l'économe du chapitre s'il ne procédait pas sans délai à la remise en état du sanctuaire et s'il n'y faisait pas célébrer une messe dominicale chaque semaine à la belle saison (d'une Croix à l'autre, c'est-à-dire du 3 mai au 14 septembre) pour les 28 personnes qui habitaient les 3 bastides établies sur le territoire de Rial et les quelques 25 bastidonnais qui y possédaient des terres 19.

Une réfection sommaire de l'édifice fut effectivement réalisée, et le culte rétabli. La chapelle connut même un tel succès auprès des habitants de La Bastidonne que le même archevêque d'Aix dût, en 1681, interdire qu'on y célébrât l'office les dimanches et jours de fêtes parce que cette célébration provoquait la désertion de l'église paroissiale de La Bastidonne 20. Au début du XVIIIe siècle, le Chapitre d'Aix consacrait 77 livres à l'entretien et au service de la chapelle, qui lui rapportait par ailleurs (rente annuelle et dîme prélevée sur les produits du terroir) 513 livres chaque année 21. La chapelle survécut ainsi jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.

Confisquée sous la Révolution, elle fut vendue comme bien national le 12 février 1794 sous la description : "chapelle, au quartier de la bastide de Riou, de 3 cannes 4 pans (7 m) de long sur 2 cannes et demie (5 m) de large 22. Elle disparaît après cette date, probablement détruite par son acquéreur. Il n'en reste plus aujourd'hui aucun vestige visible et son emplacement précis, dans le quartier encore dénommé le Rial, n'est pas connu.

Fontaine

La fontaine se compose d'un fronton en pierre de taille (h. totale : 2, 25 m) et d'un bassin ovale (h. : 0, 60 m) orné de godrons ; le canon sort d'une tête (en partie cachée par le dépôts calcaires couverts de mousse). Derrière le fronton englobé dans un mur de moellons, se trouve un bassin rectangulaire.

Cheminée

Cheminée engagée de marbre blanc-gris veiné lie de vin située dans le salon du rez-de-chaussée. Elle est constituée de quatre morceaux : deux piédroits, le couvrement et la tablette.

1Rial ou Réal, toponyme dérivé du latin rivus, "ruisseau", devait désigner l'actuel vallat de Galance, au bord duquel était construite l'église. 2ALBANES (Chanoine J.-H.), Gallia Christiana Novissima..., tome I, Aix, Instrumenta, XIV, XV. 3 A.D. 13 Marseille, 2 G 2, n° 11.4A.D. 13 Marseille, 2 G 3, n° 15 ; ALBANES, op. cit., Instrumenta, XVI. 5CLOUZOT (E.), Pouillés des provinces d'Aix, d'Arles, d'Avignon et d'Embrun..., Pans, 1923, p. 13, 28, 39, 45. 6A.D. 13 Marseille, 2 G 67, n° 425, attestation de la tenue del'église de Rial par l'abbaye de Lure, 11 avril 1304 ; n° 426, compromis passé entre le chapitre d'Aix et le prieur de Rial Bertrand de Gordes, 9 mai 1304.7L'Abbaye de Boscodon..., Gap, 1974, p. 30-31.8A.P. Aix (G. Demians d'Archimbaud), Procès-verbaux de visites pastorales du diocèse d'Aix, 1340-1345, f° 72.9A.D. 13 (Marseille), 2 G 184, n° 1176.10A.D. 13 Marseille, 2 G 222, n° 1417. 11A.D. 13 Marseille, 2 G 243, n° 1553.12A.D. 13 Marseille, 2 G 304, n° 1915, Reconnaissances de biens passées en faveur du prieuré Notre-Dame-de-Rial, 10-14 août 1413.13A.D. 13 Marseille, 2 G 350, n° 2215 et 2216.14A.D. 13 Marseille, 2 G 371, n° 2351.15A.D. 13 Marseille, 2 G 1157, pièce 2.16A.D. 13 Marseille, 2 G 846 et 847.17A.D. 13 Marseille, 2 G 2099, arrentement des prieurés de Peypin, Saint-Martin-de-la-Brasque et Rial, 25 février 1557.18Ibidem. 19A.D. 13 Aix, 1 G 1336, p. 255-258, et 1 G 1337, f° 60-61.20A.D. 13 Aix, 1 G 1342, p. 520-523.21A.D. 13 Marseille, G 236, Etat du diocèse d'Aix (1724), p. 184-187.22A.D. 84, 2 Q 20 bis.
Vocables Notre-Dame-de-Réal
Appellations d'antonins, de bénédictins
Destinations ferme
Parties constituantes non étudiées fontaine
Dénominations prieuré
Aire d'étude et canton Pertuis
Adresse Commune : La Bastidonne
Lieu-dit : le Rial
Cadastre : 1932 B 175 ; 1837 B 159, 160, 161

Prieuré dépendant du chapitre cathédral d'Aix, donné en gérance aux Antonins en 1190 puis aux bénédictins de Lure à partir de 1197 ; édifice en mauvais état en 1343, abandonné dans la 2e moitié du 14e siècle ; vendu en 1519 au baron de la Tour d'Aigues et transformé en ferme ; église partiellement restaurée dans la 2e moitié du 17e siècle, détruite après la Révolution ; il n'en restait plus, en 1794, qu'une travée de nef de 7 mètres sur 5, couverte d'un berceau appareillé ; la ferme, remaniée au 19e siècle, contient encore une belle cheminée en marbre et une fontaine

Période(s) Principale : 2e moitié 12e siècle , (?)
Principale : 2e moitié 17e siècle
Auteur(s) Auteur : maître d'oeuvre inconnu

Fontaine adossée au mur de clôture d'un jardin ; petit buffet d'eau en pierre de taille sculpté d'un masque d'où sort le canon ; bassin ovale Orne de godrons ; autre bassin rectangulaire de l'autre côté du mur. Dimensions : 225 h ; 180 l ; 80 la.

Murs calcaire
molasse
moyen appareil
pierre de taille
Toit tuile creuse
Plans plan allongé
Étages 1 vaisseau
Couvrements voûte en berceau
États conservations vestiges
Techniques sculpture
Représentations masque
Précision représentations

sujet : masque, support : buffet d'eau de la fontaine ; sujet : à godrons, support : bassin

Statut de la propriété propriété privée

Références documentaires

Documents d'archives
  • Procès-verbaux des visites pastorales, évêché d'Aix-en-Provence, 1651-1654. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Aix-en-Provence : 1 G 1336.

    P. 255-258.
  • Procès-verbaux des visites pastorales, évêché d'Aix-en-Provence, 1651-1655. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Aix-en-Provence : 1 G 1337.

    f° 60-61.
  • Procès-verbaux des visites pastorales, évêché d'Aix-en-Provence, 1681-1682. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Aix-en-Provence : 1 G 1342.

    P. 520-523.
  • Fonds du chapitre Saint-Sauveur d'Aix, 1012-1928. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2 G 1 à 2750.

  • Procès-verbaux d'estimation et vente de biens nationaux. [La Bastidonne]. Archives départementales de Vaucluse, Avignon : 2 Q 20 bis.

Bibliographie
  • ALBANES, Joseph Hyacinthe. Gallia Christiana Novissima. Tome 1 : Aix, Apt, Fréjus, Gap, Riez et Sisteron. - Montbéliard : Société anonyme d'imprimerie montbéliardaise, 1899.

  • CLOUZOT, Etienne. Pouillés des provinces d'Aix, d'Arles et d'Embrun. Diocèse d'Aix-en-Provence, dir. Maurice Prou, Paris : imprimerie nationale, 1923.

    P. 13, 28, 39, 45.
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