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château puis fort

Dossier IA04001855 réalisé en 2003

Fiche

Histoire

Le château seigneurial médiéval d'Entrevaux

Dans l'état actuel de la recherche et de l'édition des sources, la période médiévale est assez mal connue dans l'histoire du site d'Entrevaux, et compliquée par la coexistence de trois entités toponymiques et topographiques plus ou moins imbriquées.

La première mention d'un castrum de Entrevals, dans une reconnaissance de vassalité1, ne remonte qu'au tout début du XIIIe siècle, date à laquelle ce château constitue une entité distincte de la ville, ancien civitate siège d'un diocèse, alors connue sous le toponyme de La Seds, après avoir porté le nom de Glandèves depuis le Haut Moyen-Âge.

Au début du XIIIe siècle, le château d'Entrevaux est détenu par Pierre de Saint-Alban (alias Pierre Balps), seigneur de Montblanc, Villevieille, Saint-Cassien2, Le Thoët, fils du gouverneur de Provence Guillaume de Saint Alban. Toutefois, cette position fortifiée est de celles, avec Puget (-Theniers), dont les seigneurs demeurent réfractaires à une soumission au comte de Provence Raimond Béranger V (c. 1216-1245), et qui ne figurent donc pas dans la liste des châteaux sur lesquels le pouvoir comtal a la mainmise, liste établie en 12353.

A cette dernière date, Anselme, fils de Pierre de Saint-Alban, lui a succédé depuis deux ans dans la possession de la majeure partie de ses fiefs, et s'intitule seigneur de Montblanc, Glandèves, La Sedz, et Entrevaux, ces trois derniers toponymes concernant le même lieu, sur une étendue plus vaste que le bourg actuel, mais formant des fiefs distincts4 : le ressort du premier correspondait au territoire du diocèse primitif du haut Moyen-Âge et comportait des arrière-fiefs, le second, sans doute démembré du premier, était un fief lié au diocèse couvrant la partie de l'habitat aggloméré dans laquelle s'élevait l'église cathédrale, sur un site différent du bourg actuel, en aval sur le Var, le troisième était la seigneurie du château, qui s'étendait peut-être à un hypothétique peuplement castral perché (au nord du château?), sinon à l'habitat aggloméré pérennisé par le bourg actuel .

A ce propos, il faut préciser non seulement que le château est assez distant du bourg actuel même s'il semble le surplomber directement, mais encore qu'il n'existait avant le XVIIe siècle aucun chemin direct du bourg au château, et que par conséquent ce dernier était complètement indépendant à la fois dans ses accès et dans sa capacité défensive. Si l'état actuel du site donne l'image d'un ensemble fortifié de type "bourg castral" dont le château n'est qu'un sous-ensemble, cette image est complètement illusoire et fausse pour la période médiévale, la réunion de l'enceinte de l'agglomération et du château dans un complexe défensif interdépendant étant une création de la fin du XVIIe siècle.

Comme le fief le plus ancien et le plus important territorialement était celui de Glandèves, Anselme prit et transmit à sa postérité le titre de baron de Glandevez. Anselme de Glandevez et son frère cadet Jean, détenteur de quelques fiefs secondaires, avaient fait hommage de leurs possessions au comte Raimond-Béranger, en même temps que l'évêque de Glandèves, Pons Irmet, co-seigneur de La Sedz, en 1238.

A la possession du château d'Entrevaux était associé un droit de péage, sans doute institué arbitrairement et entériné par l'usage, portant sur le passage entre la vallée du Var et celle de La Chalvaigne. Le fait que le château ne commande que de très loin ce point de passage a fait supposer sans preuves qu'un premier site castral pouvait se trouver dans le bourg actuel, et non sur le sommet de l'éperon rocheux qui le domine5. Cette hypothèse est peu vraisemblable, le contrôle du péage lié au château n'imposant pas une stricte contiguïté topographique du château et du point de passage, surtout dans le cas de seigneurs du château également possesseurs des droits seigneuriaux sur l'ensemble du site, ville et fief diocésain.

En 1249, alors que Charles d'Anjou est comte de Provence, Jean de Foley, bâtard de Savoie, s'intitule seigneur du château d'Entrevaux et entreprend une guerre féodale avec Albino de Bueil, seigneur de Puget (-Theniers)6. Par la suite, les barons de Glandevez semblent avoir tôt recouvré la possession du château d'Entrevaux.

A la fin du XIIIe siècle, le baron de Glandevez (à cette époque : Isnard de Glandevez dit Le Vieux, qui était viguier de Marseille) s'intitule seigneur de Glandèves et Entrevaux (avec en outre les seigneuries de Montblanc, Le Castellet-Saint-Cassien, Villevieille,Thorame, Bueil et un tiers du château de Tournefort), le dénombrement qu'il fait des possessions de sa famille en 1310, mentionne un partage de droit entre les barons de Glandèves et l'évêque sur le fief de La Sedz et l'épiscopat de Glandèves, dont les barons détiennent un tiers. Réciproquement, l'évêque détient un tiers du castrum d'Entrevaux. L'un de ses frères (?), Anselme, devint évêque de Glandèves officiellement en 1316 et fit hommage de sa part au comte de Provence le 20 avril de cette année7.

Durant les quarante années (1343-1382) de possession du comté de Provence par la "reine Jeanne" (Jeanne de Naples, petite-fille de Charles II d'Anjou), trois barons de Glandèves se succèdent : Guillaume Féraud, Boniface Féraud, Isnard de Glandevez dit Le Grand. La mère de Guillaume Féraud, épouse d'Isnard le Vieux, était Ermengarde d'Agoult, de la famille des Agoult, barons de Sault, qui gouvernèrent le comté en tant que sénéchaux de Provence à partir de 1348, par délégation de la reine Jeanne résidant à Naples. Cette situation dut favoriser la position des barons de Glandevez seigneurs d'Entrevaux sur l'échiquier féodal de la Provence. En 1350, le toponyme d'Entrevaux, attaché antérieurement au seul château, devint le nom officiel de la petite ville érigée en commune, le nom de La Sedz n'apparaissant plus de façon résiduelle que pour désigner l'un des trois fiefs locaux et le territoire correspondant, et celui de Glandèves perdurant pour désigner la baronnie et le diocèse.

Durant la guerre de succession du comté de Provence et du royaume de Naples (1382-1384) entre Charles de Duras, héritier présomptif désavoué et assassin de la reine Jeanne, et Louis I d'Anjou, frère du roi de France Charles V, Isnard de Glandevez Le Grand prit le parti de Louis d'Anjou. Après la mort de celui-ci en 1384, sa veuve et régente Marie de Blois parvint à maintenir les droits de son fils Louis II d'Anjou en Provence contre les partisans de Charles de Duras grâce au soutien du pape d'Avignon Clément VII et du sénéchal de Provence Foulques d'Agoult. Par lettres du 12 aout 1385, Marie de Blois confirma Isnard de Glandevez dans ses droits territoriaux sur les seigneuries d'Entrevaux, La Sedz (en totalité), Montblanc, (Le Castellet-) Saint-Cassien, Villevieille8.

En 1387, après la mort de Charles de Duras, Louis II d'Anjou, encore mineur sous tutelle de la régente Marie de Blois, est reconnu par l'ensemble des seigneurs et des villes de Provence occidentale et centrale, mais un seigneur influent de Provence orientale, Jean de Grimaldi, baron de Beuil, maître des vigueries et bailies de Nice et de Puget-Theniers, et de la baillie de Barcelonette, fait sécession en se plaçant sous le protection du comte de Savoie. Ce dernier, avec l'aval de l'empereur d'Allemagne, annexe en 1388 la viguerie de Nice qu'il érige en comté et y rattache la partie de celle de Puget-Théniers qui ne résiste pas à cette emprise.

La haute vallée du Var est désormais partagée entre les deux mouvances : les parties est et nord, avec Puget-Théniers, Beuil, Entraunes, passe au comté de Nice sous tutelle savoyarde, tandis que la partie occidentale, dont Entrevaux, Daluis et Guillaumes, restent sous la souveraineté des comtes de Provence de la maison d'Anjou. Ces circonstances donnent au castrum seigneurial d'Entrevaux le statut de place frontière, mais la présomption d'une campagne de renforcement des fortifications du lieu à cette époque9, assurément utile pour la défense du comté, ne peut être que conjecturale, faute de preuves archivistiques et archéologiques. Quoiqu'il en soit, les rares éléments médiévaux actuellement conservés dans le château remontent vraisemblablement à une période plus ancienne (XIIIe siècle) et ne présentent aucun caractère défensif.

En 1398, Isnard Le Grand, baron de Glandevez et seigneur d'Entrevaux fut mis par les États de Provence réunis à Aix à la tête de la répression contre la guerre d'indépendance conduite depuis 1389 par Raymond Roger de Beaufort, vicomte de Turenne et vicomte de Valerne en Provence10, dont le patrimoine Provençal résultait d'aliénations sur le domaine comtal consenties par la Reine Jeanne et révoquées par Marie de Blois. A la fin de cette guerre, en 1399, Pierre de Glandevez succéda à son père Isnard Le Grand et fit hommage de ses terres à Louis II d'Anjou, roi de Sicile et comte de Provence, transmises à sa mort en 1409 à son fils Baudouin de Glandevez.

A l'heure de la réunion du comté de Provence à la couronne de France sous le règne de Louis XI et de Charles VIII (1482-1487), les barons de Glandevez avaient considérablement augmenté leur assise territoriale : dans l'hommage qu'il rend au roi Louis XII le 14 février 1505, Jacques de Glandevez se déclare seigneur de Glandèves-Entrevaux, Castellet Saint-Cassien, Villevieille, Montblanc, La Colle, Saint-Michel, Entrecasteaux et Vintimille.

En juillet 1536, sous François Ier, le même Jacques de Glandevez et son fils Balthazar furent assiégés dans leur château d'Entrevaux, où s'étaient réfugiés les habitants du bourg, par un détachement de l'armée des impériaux de Charles Quint. Dépossédés, il dut céder place à l'occupant, en l'occurrence Erasme Gallien, capitaine de mercenaires niçois, et son lieutenant le capitaine Louis Dupin, commandant une garnison à la solde des impériaux. En 1540, un seigneur important du comté de Nice, René Grimaldi, baron de Beuil (descendant de celui qui avait provoqué cent cinquante ans plus tôt le passage de la Provence orientale dans la mouvance savoyarde) acheta le château d'Entrevaux aux capitaines qui en avaient la garde, mais cette acquisition, négociée durant une période de trêve de cinq ans (1538-1543) entre l'Empire et le royaume, était illégale.

Entrevaux, place réunie au domaine royal de France

Début juillet 1542, les habitants d'Entrevaux révoltés surprirent la garnison et, ayant pris possession du château, chassèrent les occupants. Aussitôt après ce coup de force, pour se libérer de la tutelle seigneuriale, tant de Beuil que des Glandevez, suspects de trahison en 1536, ils se placèrent sous la protection directe du roi de France. Leur représentant, Jérome Bernard fut dépêché par procuration pour remettre au roi représenté par son fils Henri, Dauphin de France, lieutenant général du royaume, les clefs de la ville et du château d'Entrevaux. Le Dauphin, par charte datée d'Avignon le 31 juillet 1542, et le roi, par ratification du 29 septembre suivant, acceptèrent la ville, château et forteresse d'Entrevaux (...) comme de propre patrimoine... sans que jamais ils en soient ou puissent être séparés, aliénés ni démembrés, vendus, baillés ni inféodés à autre seigneur ni vassal quelconque, se réservant la jouissance du château et le droit d'y nommer un capitaine, et accordèrent aux habitants l'exemption de tout impôt, de tout logement des gens de guerre, et de tous autres subsides si ce n'est pour la garde et défense desdits lieux11.

Entrevaux, qui n'a jamais été un château des comtes de Provence, fut donc réuni à la couronne dans des circonstances extraordinaires, au prix d'une dépossession de ses seigneurs légitimes, les Glandevez. Gaspard de Glandevez fit valoir ses droits auprès du parlement de Provence, mais aux termes d'une transaction du 3 mai 1553, il n'obtint qu'un dédommagement de mille écus d'or versé non pas par l'administration royale, mais par la communauté des habitants d'Entrevaux, cette somme constituant la valeur de rachat des droits seigneuriaux perdus au bénéfice de la ville.

Devenue de facto place-forte d'intérêt public digne d'être dotée sinon d'un commandement militaire, au moins d'une garnison, comme l'annonce flatteusement la charte royale de juillet 1542 : icelle place et château qui est fort et de bonne et grande importance pour le service dudit seigneur (le roi), Entrevaux ne vaut pourtant que par sa position stratégique commandant la route de la vallée du Var et par la topographie avantageuse de son site. En effet, le château n'est qu'une ancienne résidence seigneuriale sans doute très peu fortifiée.

Il abrite une garnison de huit mortes payes commandée par un capitaine appointé sur les fonds de la marine.

Aucune source repérée ne documente des travaux d'appropriation des bâtiments ou de renforcement défensif que les officiers de l'administration royale ont pu faire réaliser au château entre le milieu du XVIe et le premier tiers du XVIIe siècle. Le contexte historique est favorable à la mise en œuvre d'une telle entreprise, d'autant que toutes les autres fortifications royales de Provence comportent des éléments plus ou moins importants édifiés durant cette période. Une première époque justifiant au moins une remise en état de défense est celle des guerres de Religion (de la décennie 1560 à 1598), durant lesquels nombre de sites fortifiés de Provence, enceintes de bourgs, places royales et châteaux seigneuriaux, furent renforcés de nouveaux ouvrages. Ce fut le cas par exemple de l'enceinte du bourg de Guillaumes et de la citadelle de Sisteron. Au château d'Entrevaux, un élément architectural post médiéval important date à coup sûr de cette époque : il s'agit d'un pseudo bastion occupant l'angle nord-est du château dont il forme une partie du mur d'enveloppe, ouvrage triangulaire à deux faces réunies en angle aigu tourné vers le secteur dominé et le chemin d'accès à la porte alors unique du château. Cet ouvrage très caractéristique est reconnaissable sur la vue générale d'Entrevaux sommairement dessinée à la plume vers la fin du XVIe siècle par l'un des topographes espions chargés par l'administration des Etats savoyards sous les ducs Emmanuel-Philibert (1553-1580) et Charles-Emmanuel (1580-1630) de collecter des plans de places-fortes françaises12. Par sa nature, le mur d'enveloppe de la terrasse haute du "donjon", au point haut du rocher qu'occupe le château, peut être considéré par hypothèse comme une réalisation de la même période. Autre ouvrage qu'on pourrait croire construit ou réaménagé vers la fin du XVIe ou le début du XVIIe siècle : l'enceinte basse extérieure ou fausse braie qui enveloppe de près le tiers sud-est du château en suivant les contours irréguliers du rocher. Cet ouvrage divisé en quatre segments par trois traverses successives abrite l'itinéraire d'accès à la porte haute du château depuis la porte extérieure ouverte du côté dominé au nord. Le dessin du topographe piémontais, très imprécis et assez mal exprimé, n'indique en place que la quatrième partie de cette fausse braie, celle attenante à la porte du château, qui abrite une rampe en escalier. Il y a lieu de penser qu'à l'époque de ce dessin, la fausse braie et la porte extérieure nord n'existaient pas encore et que seule la rampe en escalier montant à la porte haute était protégée par un mur d'enveloppe, le cheminement précédent étant ménagé à découvert sur le rocher escarpé au pied des murs est. Ces travaux de fortification non documentés pourraient être mis par hypothèse au crédit de Raymond de Bonnefons qui dans la dernière décennie du XVIe siècle était ingénieur pour le roy en Provence, Daulphiné et Bresse.

D'autres travaux complémentaires de fortification doivent être reportés au XVIIe siècle, plutôt dans la première moitié, à en juger par l'état de délabrement relatif, travaux très récents exceptés, dans lequel Vauban va trouver le château en 1700, indice d'une incurie de plusieurs décennies. La réalisation de la fausse braie complète avec ses traverses et son avant porte nord daterait de cette seconde phase, puisqu'elle existait en 1693 et n'était pas considérée comme une œuvre récente. L'avant porte nord, au pied de la pointe de l'ouvrage triangulaire, était sans doute assez sommaire, défendue d'un côté par une tourelle de conception archaïque à l'angle nord-est de la fausse braie.

Renforcements et projets du temps de Vauban (1690-1710)

Sommairement entretenu et laissé aux soins d'une modeste garnison jusqu'en 1690, délaissé par ses capitaines en titre, le château d'Entrevaux fut jugé à cette date, avec la ville close, digne de reprendre un statut plus opérationnel de place-forte royale. La guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697) plaça au printemps 1690 le duc de Savoie, d'abord allié de Louis XIV, en position d'hostilité armée face à la France du fait de diverses opérations militaires lancées sur son territoire contre les Vaudois.

Le marquis de Sabran-Beaudinard fut dépêché pour prendre le commandement de la place d'Entrevaux le 26 juin 1690, ce qui lui fit constater l'insuffisance notoire de la mise en état de défense de la ville et du château, par ailleurs démeublé. S'ensuivit immédiatement la création d'un poste permanent (pendant la durée de la guerre) de gouverneur militaire responsable de la place dans son ensemble, et non seulement du château, à la différence des capitaines nommés depuis le milieu du XVIe siècle.

Dans l'urgence, les ingénieurs militaires territorialement compétents furent chargés par l'administration de Louvois de procéder à des travaux de renforcement des fortifications qui furent mis en chantier consécutivement à un mémoire rédigé le 15 octobre 1690 principalement sur les places de Seyne, Colmars, Digne et Entrevaux par l'ingénieur militaire Antoine Niquet, directeur des fortifications de Provence13. A Seyne et Colmars, les chantiers étaient pleinement actifs à partir de décembre 1690 ; S'il en de même à Entrevaux, ces premiers travaux ne paraissent pas avoir concerné le château. Les succès du maréchal de Catinat contre les savoyards, couronnés par la prise des places-fortes de Villefranche et de Nice (25-30 mars 1691) coupaient en principe la voie aux entreprises des armées de la Ligue d'Augsbourg sur la Provence. Les travaux d' Entrevaux n'étaient donc plus prioritaires, et laissés en attente ou interrompus. Dans un rapport daté de décembre 1691, un informateur de Louvois en rappelle la nécessité toujours actuelle : "les lieux de la comté de Beuil qui sont vis à vis d'Entrevaux et qui sont soumis sembleroient devoir mettre à couvert ce poste qui est un des plus importants de la frontière de Provence. Mais comme ce pays conquis n'est tenu en bride par aucunes troupes du Roy et que les habitants n'auroient ny le pouvoir, ny peut-être la volonté d'empêcher des troupes ennemies de s'y introduire (...) on peut dire qu'Entrevaux est toujours fort exposé. Il me paroit qu'on ne doit pas négliger de le fortifier bientôt."14

En 1692, après une incursion avortée de l'armée de Victor-Amédée de Savoie dans le nord du comté de Nice, les travaux de fortifications d'Entrevaux avaient repris, toujours sous la direction de Niquet, responsable territorial, sur la ville et sur le château. Compte tenu de l'indisponibilité personnelle de Vauban à cette époque, appelé sur d'autre fronts et freiné dans son activité par une maladie persistante, Antoine Niquet, ingénieur de tempérament très indépendant, avait les coudées franches. Son défaut, constaté à Colmars, était de sous-estimer la force des ouvrages à mettre en œuvre sur les petites places, adaptés à l'infanterie plus qu'à l'artillerie. A la fin de l'été, Vauban entreprend une tournée d'inspection dans les Alpes, du Dauphiné à la Haute Provence, qui dure de septembre à décembre 1692. S'il visite alors Embrun et Sisteron, il renonce à voir Colmars, Guillaumes et Entrevaux, enrhumé, découragé par la difficulté des accès en hiver. Il rédige cependant un premier projet général pour Entrevaux daté de Nice le 31 janvier 1693 et dans une lettre du 23 janvier explique à Michel Le Peletier de Souzy, directeur général des Fortifications, à propos de ces trois places : j'ai fait venir les ingénieurs au moyen desquels et de M. Niquet, j'ai réglé les dessins avec autant de connaîssance comme si j'avais été sur les lieux.15

Le château est traité rapidement par ce premier projet sommaire, et y est considéré comme très imparfait, mal bâti est si petit qu'il ne peut contenir le tiers des couverts nécessaires à sa garnison. En dehors d'un projet de principe préconisant une démolition d'une bonne partie du bâti existant, pour construire en lieu et place des bâtiments voûtés portant terrasse, Vauban affirme la nécessité immédiate d'établir une rampe de communication praticable qui y conduise depuis la ville, avec une nouvelle avant porte au sud de la fausse braie, qui deviendrait l'entrée principale. Pour le reste, Vauban s'en remettait dans les faits à Niquet et ses collaborateurs, dont Hercule Hue de Langrune et les ingénieur Jacques Laurens16, N. Boniquet, N. du Gazel, pour poursuivre les améliorations qu'ils avaient jugé nécessaires depuis 1690. Ces travaux, qui connurent des phases très actives en 1692-1693 et en 1697, sous traités à des maîtres maçons et entrepreneurs civils (les noms de François Grasset, Jacques Solloment, Alexi Paben nous sont parvenus17) aboutirent a la reconstruction complète des bâtiments dits du "donjon" (1697), à la suppression d'une chapelle qui régnait au dessus de la porte haute du château, à la démolition et reconstruction partielle de bâtiments au sud-est du château (1697). Le bâtiment principal de la grande salle fut sommairement réparé, pour l'étage supérieur et le toit (1693). Les autres gros travaux consistèrent en la création de l'ouvrage d'entrée sud de la fausse braie, à pont-levis (1693), auquel la rampe d'accès depuis la ville devait aboutir, et en la reconstruction de l'avant porte nord formant ouvrage saillant avec pont-levis (1693) et corps de garde (1697), rebaptisée "porte de secours", la porte vers la ville devenant dans le principe entrée principale. La majeure partie des parapets (ouvrage triangulaire) ou des murs parapets (fausse braie) furent réformés dans leurs percements, pour l'essentiel des créneaux de fusillade.

A la Toussaint de 1'année 1700, Vauban, en tournée d'inspection, séjourne huit jours à Entrevaux pour élaborer un nouveau projet général plus renseigné et détaillé que le précédent, et pour corriger certaines erreurs d'appréciation antérieures. Ce projet très détaillé privilégie l'option d'intervention lourde, comportant des reconstructions massives et d'importants ouvrages neufs, tout en mentionnant au cas par des options d'améliorations plus modestes.

A la différence de ce qui fut le cas en 1693, Vauban accorde beaucoup d'attention au château, dont il juge la réalité architecturale et défensive aussi médiocre que sa position topographique est avantageuse.

...l'escarpement de son rocher et la difficulté de monter du canon si haut fait presque toute sa fortification du costé qu'il est accessible qui est celuy de la porte de secours , le reste est peu de chose ... A l'issue de la longue description de l'état des lieux qui ne fait l'impasse sur aucun des défauts des constructions, Vauban, dans une rhétorique destinée à justifier son projet de refonte radicale, donne une conclusion fortement dépréciative, qui n'épargne pas les travaux récents dirigés par Niquet :

Voila en quoy consiste le chasteau d'Antrevaux qui devant les réparacions qu'on y a faites avoit bien plus l'air d'une ancienne gentilhommière ruinée que d'une forteresse. On voit bien que les premiers qui se sont nichez là ont eu envie d'y estre les plus forts, mais on voit aussi qu'ils n'ont jamais eu les moyens ny l'industrie de s'y assez bien establir, car à le bien prendre, ce n'est qu'un taudis deslabré, bon a fort peu de choses dans l'estat qu'il est mais qui se pourra très bien accommoder, la situation en estant excellente et les dispositions très favorables. Ce n'est pas que je sois content de ce qu'on y a fait, il s'en faut beaucoup hors le petit bastiment du donjon qui n'est pas sans faute, il ny a pas un bout de mur de 3 thoises de long qui ne soit répréhensible de quelque malfaçon à laquelle le peu de cas qu'on a fait de cette place n'a pas moins contribué que l'incapacité et le fréquent changement des gens qui s'en sont meslez par les suites, si sa Majesté a la bonté d'agréer le projet cy après.

Le projet des "réparations" qui fait suite à l'état des lieux propose une refonte considérable de l'état existant, qui comporte la construction de bâtiments neufs, certains hors enceinte, pour accroître la capacité de casernement très réduite du château; il comporte la démolition et reconstruction non seulement de bâtiments anciens, mais aussi de certains ouvrages ou éléments récemment restaurés ou refaits à neuf, jugés défectueux et susceptibles d'être modifiés dans leur dispositions. Le programme d'ensemble ainsi conçu, exprimé notamment par un plan et des coupes, ne sera pas réalisé, sans doute faute de crédits, mais certaines des propositions contenues dans ses différents articles seront exécutées et adaptées à l'état existant dans les années 1702-1710, avec compléments en 1717-1724, en évitant les démolitions; cette alternative économique est envisagée au cas par cas dans le projet rédigé, ce qui témoigne du pragmatisme de Vauban, peu convaincu d'obtenir les moyens nécessaires au projet lourd.

Pour Vauban, l'enceinte du château ne peut être considérée que comme un simple retranchement, étant adossée de bâtiments et dépourvue de défenses propres telles que redans, guérites et surtout coridor (=chemin de ronde) En conséquence, la fausse braie constituait selon lui la principale fermeture du château. Il propose donc de démolir en totalité le mur d'enveloppe sud du château avec les bâtiments adossés, de les reconstruire en retrait pour ménager au devant un chemin de ronde ou corridor crénelé ; par la même occasion, l'entrée du château serait refaite dans ce mur et sous ses bâtiments avec voûte longitudinale. Dans un article précédant cette proposition radicale, Vauban propose de réparer le vieux mur du château dont les parements ont soufflé, et précise : ou plutôt le démolir tout à fait et le refaire comme il sera dit cy après.

C'est évidemment l'alternative économique qui a prévalu.

Vauban propose de façon distincte la démolition et reconstruction de la travée de bâtiment (cotée 9) située entre la porte du château et l'ouvrage en "angle" (coté 15), soit un magasin voûté ancien sur lequel a été reconstruit en 1697 un local d'étage unique, à remplacer par deux étages à utiliser pour des moulins à bras et de grenier, le magasin reconstruit devant servir de magasin à poudres. Dans le prolongement de cette travée de bâtiment, il propose de construire un grand magasin dans le vide intérieur du grand angle 15, adossé sur sa face droite, de même hauteur (3 étages dont RC) que les autres bâtiments, voûté et percé d'évents en bas, avec salle d'armes au premier étage, et réserve de mèches au 2e étage sous le toit. Ce grand magasin n'a pas été réalisé, non plus que les deux petits souterrains voûtés 17 et 18 prévus dans les espaces laissés vides entre ses murs et les faces intérieures du grand "angle", au nord et à l'ouest, celui de l'ouest (17) proposé comme citerne. Par contre -et c'est la plus importante réalisation de Vauban sur les bâtiments du château- la travée existante (côtée 9) a été effectivement reprise sans grande démolition avant 1710, prolongée d'une travée supplémentaire au nord-est, appuyée sur le mur de l'ouvrage en "angle" (15) en recomposant toute la distribution intérieure. Celle-ci est dotée comme prévu de deux étages le tout desservi par un escalier intérieur.

Dans la même logique de réaménagement général des bâtiments existants adaptés en corps de caserne, les deux étages du grand corps ancien dit de la "grande salle" (coté 14), sur lequel Vauban ne donnait pas de consignes précises hors l'hypothèse non réalisée de démolition et reconstruction intégrale sur une emprise réduite, sont complétés d'annexes avant 1710. Non prévues dans les postes du projet, sont construits à neuf un préau ou galerie adossée au nord de ce bâtiment, à arcades ouvertes en rez-de-cour et galerie close en étage, joignant la tour d'escalier existante. De même, la travée d'entrée du château (cotée 8) au dessus de laquelle existait avant 1690 une ancienne chapelle supprimée, est réaménagée avec deux étages de caserne, en sorte que les étages de la ceinture sud des bâtiments du château préexistants, alignés, regroupés et correctement distribués à moindres frais disposent en 1710 d'une capacité d'accueil d'hommes de troupes significativement augmentée. Cette organisation permet de différer ou d'abandonner les projets de casernes à construire hors les murs du château sans que cela invalide complètement la capacité de celui-ci.

Autre poste du projet non réalisé dans le château stricto sensu : il consistait à démolir le mur qui termine au nord l'enveloppe du château en joignant le socle rocheux du "donjon", pour le refonder plus bas et plus en avant en créant un terrassement intérieur au revers. Dans l'espace rendu disponible, il s'agissait de construire un hangar pouvant servir d'écurie, ou de préférence de l'approprier pour la chapelle du château qu'on ne sçait où mettre. Dans les faits, faute d'intervention de ce côté, la chapelle sera installée avant 1710 dans l'ancien magasin voûté restauré (coté 9) à droite de l'entrée du château, là ou Vauban prévoyait un magasin à poudres.

Aucun des surépaississements de parapets et murs parapets crénelés proposés par Vauban au donjon, au château et à la fausse braie ne sera réalisé; pas davantage la reprise des créneaux en embrasures à canon que Vauban prévoyait de réduire en créneaux pour l'usage courrant, faciles à rouvrir en embrasure plus large en cas de besoin.

Les projets d'amélioration à la fausse braie n'auront de même que peu de suite : les trois traverses, l'une ruinée, les autres trop basses, seront réformées, le corps de garde de 1697 sera achevé, pourvu d'un étage couvert d'un toit, et même agrandi d'une travée au sud (non prévue au projet) avant 1710.

Les deux portes à pont-levis, la porte nord, dite "de secours", refaite en 1693 mais inachevée en élévation, et la porte sud vers la ville, créée ex nihilo la même année, ne seront pas aussi profondément restructurée que le proposait Vauban, qui voulait substituer des ponts-levis à bascule à leur pont-levis à flèches. Ce changement ne sera pas fait, et l'ouvrage d'entrée sud restera dans son état de 1693, sans épaississement de ses murs. La porte du secours, que Vauban prévoyait de démolir pour la réaligner au flanc nord du château sur lequel elle fait saillie, sera simplement surhaussée sur deux étages au dessus de l'entrée, y compris une guérite de plan carré qui flanque son angle nord-est. Avec sa bretèche au-dessus de la porte, cet ouvrage présente un caractère élancé et fragile, et son assise au sol rocheux, non sans défauts, nécessitera des consolidations ultérieures. Le projet de guérites de plan circulaire en cul-de-lampe jalonnant la fausse braie est abandonné.

S'agissant du traitement des dehors, l'amélioration du fossé nord par approfondissement en retaille sera réalisée avant 1710, avec rectification de l'escarpe et du pont dormant, mais le traitement de la contrescarpe et la création de l'ouvrage avancé de type demi-lune protégeant le front nord seront ajournés. En revanche, non prévue au projet de Vauban mais créée sans doute lors de l'approfondissement du fossé nord, la galerie d'escarpe prolongée en retour d'équerre par une amorce de passage en caponnière fermant ce fossé vers l'ouest.

A l'opposé, au sud-ouest, hors le château et en contrebas du "donjon", Vauban projetait d'agrandir par retaille à la mine et terrassement une petite plate-forme du rocher pour y bâtir une caserne de 4 travées sur 3 étages (capacité 144 à 150 hommes, petit logement d'officiers ) avec accès depuis la fausse braie à ouvrir vers l'ouest et lien direct depuis le château par un escalier taillé dans le roc). A cet emplacement fut simplement construit un petit magasin voûté longiligne (coté 20) adossé au repli rocheux.

Au sud, la mise en œuvre de la rampe d'accès entre ville et château préconisée par Vauban dans son premier projet de janvier 1693 avait été amorcée selon un tracé fort raide en lacets très inégaux partant du nord-est de l'enceinte de la ville et aboutissant à la nouvelle avant porte ou porte sud de la fausse braie. Très critique à l'égard des parties réalisées, trop étroites et impraticables pour les attelages, chevaux et mules de bât, comportant une partie en escalier, Vauban demande de repartir sur un nouveau tracé plus adapté : Il n'y a rien de plus nécessaire que de corriger la montée de la ville au chasteau luy donner 5 ou 6 pieds de large sur un pîed ou 15 pouce de rampe par thoise estant très important de l'égaler et de la rendre commode....Faire de grands paliers ou repos a tous les retours afin que les bestes de voitures ayent de la facilité à se tourner et un peu reprendre haleine aussi bien que les hommes, soutenir toutes ses rampes par de la massonnerie avec des gardefous de mesme et y faire quantité d'esgouts pour l'écoulement des eaux . Au surplus supprimer ce grand escalier de 48 marches de 11 12 et 13 pouces de haut sur 10, 11 et un pied au plus de giron qui est un vray casse-cou dangereux déja ébréché qui empèche que les mulets ny aucune beste chargée ne puisse monter de la ville au chasteau. Il faudra aussi adoucir trois ou 4 autres endroits de la rampe qui sont trop roides et les desvoyer pour cet effet autant qu'il sera besoin estant important qu'un si long chemin soit du moins aussi doux qu'on le pourra.

Continuation des travaux et nouveaux projets (1710-1794)

Le plan général d'Entrevaux relatif au projet de 1710 signé par Hercule Hue de Langrune, adjoint de Niquet pour la Haute Provence, démontre que l'essentiel des travaux du château est réalisé à cette date. Etait alors en projet la construction d'un mur écran percé d'une avant porte vers la fin de la rampe montant de la ville au château, quelques dizaines de mètres au devant de l'ouvrage d'entrée sud de la fausse braie. Ce projet restera dans les cartons.

Des travaux complémentaires ou finitions sont entrepris en 1717 et 1724 pour approprier les bâtiments restaurés à l'accueil d'une garnison de guerre de soixante hommes. Sur le plan de décembre 1722 pour le projet de l'année suivante, signé du sieur François de Lozières d'Astier, directeur territorial des fortifications, figure la mention de réparations récentes aux couvertures des bâtiments du château. La chapelle étant logée dans le magasin voisin de la porte haute, que Vauban pensait approprier au magasin à poudres, ce dernier occupe alors provisoirement une partie du premier niveau voûté du bâtiment de "la grande salle" (14) peu propre à cet usage18. Ce problème du magasin à poudres à l'usage du château et de la place en général n'avait pas trouvé de solution définitive dans le projet de Vauban de 1700. Le directeur des fortifications du Dauphiné, Guy Creuzet de Richerand, que Vauban avait chargé en 1693 de seconder Antoine Niquet dans la conduite des travaux des nouvelles places de Seyne et Colmars, avait été consulté ponctuellement pour Entrevaux sur la question du magasin à poudres, et avait rendu un projet à ce sujet en 170019. Le magasin projeté, voûté à l'épreuve des bombes, ne pouvait trouver place dans le château et le seul terrain jugé propice était au bas de l'escarpement , vers le départ de la rampe d'accès de la ville au château. Après la réalisation tardive de ce projet vers 1730 ou peu avant, la question de ce choix restait controversée comme le prouvent les termes du mémoire sur la ville et le château rédigé le 21 juin 1731 par l'ingénieur Louis de Pène : La plus grande défense de cette place devant se faire au château, il paraîtrait inutile d'avoir un aussy grand magasin à poudres que celuy qu'on a fait depuis peu à la ville au pied du rocher du château du côté de Guillaumes, si le ministère de la guerre qui en a ordonné la construction n'avait pas en vue d'en faire l'entrepôt pour les poudres de Guillaumes et de Colmars. Il est indispensable de faire un magasin à poudres au château à l'épreuve de la bombe de grandeur à contenir toute celle qui est nécessaire à la défense, il n'y a présentement aucun endroit où l'on puisse la réserver avec sûreté sans inconvénient de la gâter20. L'inventaire de l'artillerie de la place annexée à ce mémoire fait état en tout et pour tout au château que de deux pièces de fonte de une livre et demi chacune aux armes de Savoye, donc provenant sans doute de l'artillerie récupérée sur les savoyards lors des opérations militaires du maréchal de Catinat de 1691 ou 1692.

Quant à la rampe d'accès, le tracé amorcé à sept segments en retour ayant été désapprouvé par Vauban en 1700, Hercule de Langrune en avait dessiné un autre à neuf segments présenté au projet général pour 1710 ; toutefois les travaux n'étaient guère avancés en 1722 : on s'était contenté dans l'intervalle de préparer le tracé sans maçonner et d'améliorer l'état existant des segments hauts tout en maintenant en fonction l'escalier sévèrement condamné par Vauban. Le rapport de Louis de Pène, en 1731, souligne l'urgence de la réalisation aboutie du tracé dessiné par Langrune et conforme aux recommandations de Vauban, l'état des lieux étant périlleux : L'ancien chemin est si impraticable que depuis l'année 1720, il s'y est précipité dix soldats, ce qui fait environ un soldat tué par année. Chronologiquement, la mise en place des segments de rampe définitifs a commencé à partir du château, ce qui explique qu'en 1731, le plus long segment (dit 5eme rampe ou grande rampe) n'existant pas encore, il fallait passer par la partie inférieure de l'ancien chemin, escalier compris. Cet aménagement de la "5e rampe" s'est fait sous l'administration du sieur Jean Aimes (ou Daimes), en 1738, et le tracé complet était achevé en 1746 sous la conduite de l'ingénieur André Bernardy, qui lança la construction d'un parapet crénelé sur l'ensemble des murs de soutènement des segments de rampe ; ce parapet n'était pas achevé en 175521.

Le projet général d'Entrevaux signé du sieur Pierre-Jean de Caux, directeur des fortifications de Provence, le 15 décembre 177322, est encore fortement tributaire du projet Vauban de 1700, tant pour les améliorations proposées que pour le jugement sur les faiblesses du château, même s'il ne s'agit plus de proposer des reconstructions ambitieuses. Il y est écrit notamment que l'excellence de sa position fait la bonté de ce poste, qui bien que fermé de trois enceintes n'en serait guère meilleur sans cela, car elles ont peu de solidité, n'ont aucun flancs et point de coridor ; il n'y a que la seule portion 39 (angle ou redan anciennement coté 15) de la seconde enceinte qui ait une banquette. Les murs de cet angle ont de la solidité et sont fondés sur le rocher fort élevé, c'est ce qu'il y a de meilleur. La fausse-braye est coupée de traverses qui la défilent des montagnes. A l'égard de la plate-forme 45 (plate-forme du donjon), qui est la partie la plus élevée du château, c'est le seul endroit ou l'on puisse placer du canon pour battre le côté de la montagne, mais elle est si rétrécie près de l'entrée qu'à peine pourroit-on y manœuvrer une pièce. Les parapets n'en sont point d'ailleurs assé épais. Tout le reste est occupé par des bâtiments.

Au défaut de flanc le fossé 35 (fossé nord) est défendu par une caponnière placée à son extrémité gauche et peu élevée au dessus du fond; on y communique par un escalier sous la banquette 39 après lequel on trouve une cage fort étroite ou l'on descend environ trante pieds par une echelle pour arriver à une galerie crénelée au même niveau que la caponnière ou elle conduit (ouvrages réalisés entre 1703 et 1710). Au surplus ce poste a en général si peu de capacité que les bâtiments qu'il contient ne pourroient loger à beaucoup près la garnison nécessaire à sa défense... Le projet proprement dit comporte des améliorations directement reprises d'articles non réalisés du projet de Vauban, quoique plus limitées : En premier lieu, pour compenser l'insuffisante capacité des bâtiments, vient la création d'un nouveau corps de caserne pour 150 hommes hors l'enceinte du château sur la plate-forme rocheuse à aménager au sud-ouest en contrebas du donjon, avec les communications au château prévues sur le plan de projet de 1700 ; on notera que la présence du magasin construit à cet endroit entre 1710 et 1720 n'est pas mentionnée, bien qu'indiqué sur le plan du projet comme devant être détruit pour céder place aux casernes prévues. Les autres propositions sont : l'achèvement de l'approfondissement du fossé nord et revêtement de sa contrescarpe, la construction en tête du pont d'un petit réduit crénelé avec un corps de garde avancé pour empêcher l'abord de plain-pied à ce pont., le surépaississement des parapets de l'ouvrage en angle (39, ex 15) et de la plate-forme du donjon, cette dernière devant être simultanément élargie au sud en arquant d'un rocher à l'autre le plus bas possible pour gagner d'autant plus d'espace. Figurent encore au projet l'agrandissement de l'ouvrage d'entrée sud de la fausse braie, l'élargissement de ses portes et de celles des traverses de la fausse braie. Répondant à un souci récurrent dont on a vu qu'il avait été curieusement éludé par Vauban, de Caux rappelle qu' Il est essentiel qu'il y ait dans ce château un endroit approprié à l'usage d'un magasin à poudres, c'est pourquoi l'on propose cette dépense pour le souterrain sous le bâtiment 41 ; ce bâtiment étant celui de la "grande salle" il ne s'agit que de rendre son premier niveau voûté plus conforme à l'usage qui était déjà le sien en 1721.

Ces propositions ne seront pas suivies d'exécution, excepté l'élargissement de la plate-forme du donjon par la mise en place d'un front sud maçonné et aligné corrigeant les irrégularités du rocher. Les dépenses au château se bornèrent par ailleurs au strict entretien jusqu'au début du XIXe siècle, malgré le constat en 1784 d'un désordre dans les superstructures de la porte du secours.

Néanmoins, quelques travaux d'urgence furent exécutés en 1792 et 1793 à la suite de l'incursion jusqu'à Entrevaux d'une troupe de soldats Piémontais, dans le contexte de la résistance des Sardes à l'annexion de la Savoie et du comté de Nice par la France. Pour le château, ces travaux consistèrent en l'installation de barrières et retranchements en troncs d'arbres au devant des deux portes nord et sud de la fausse braie, à la pose de vantaux aux portes des traverses de cette dernière, à escarper davantage ...divers fronts du château (ravaler les aspérités du rocher pour réduire les prises à l'escalade), à l'amélioration de la descente dans les souterrains pris dans le roc et crénelés qui défendent le fossé et le pont de la porte de secours. Seul projet d'ouvrage maçonné, hérité de Vauban et de Caux, qui faillit être réalisé alors, à la tête du pont, un réduit crénelé avec corps de garde et fossé, ouvrage empêché en 1793 par la rareté d'ouvriers parmi les habitants et celle encore plus grande parmi les volontaires, et maintenu en projet, avec le revêtement de la contrescarpe du fossé, en 1794, par l'officier du Génie Boyer et le directeur des fortifications des Hautes et basses Alpes, J-F. Garavague.23

Les travaux des XIXe et XXe siècles

La reprise en main de la place d'Entrevaux par le capitaine du génie Thomas Brusco, en poste entre 1813 et 1844, correspond à une nouvelle génération de projets dont une bonne partie sera suivie d'exécution. En 1820 est lancée une campagne de toutes les embrasures dégradées, dont celles de la rampe et celles du château. Le projet général de la même année comporte des réparations à la fausse braie, et abandonne l'idée d'épaissir le parapet de la plate-forme du donjon, pour privilégier la réfection complète de ses embrasures pour l'artillerie, ce qui sera réalisé dès l'année suivante. En 1821-1823, l'effort se concentre sur la consolidation de la porte de secours, dont l'élévation se fissurait gravement, tendant à la dislocation et au basculement vers le précipice (nord-est) : des tirants en fer sont mis en place dans les étages et le soubassement nord-est est chapé dans les maçonneries d'un puissant contrefort taluté.24 Dix ans plus tard, en 1831, le capitaine Brusco constate qu'à nouveau le bâtiment placé au-dessus de la porte de secours a fait un mouvement dû en partie à ce qu'il n'est que plaqué entre le redan 39 et le rocher et en conclut que l'exhaussement du contrefort placé à l'angle de la porte qui rendrait tout mouvement ultérieur impossible est de la plus urgente nécessité pour empêcher l'écroulement de toute cette partie du château. Cette partie haute du contrefort, qui condamne deux fentes de tir, sera effectivement construite l'année suivante.

L'amélioration défensive de la face nord du redan 39 fait également partie des préoccupations de Brusco ; en 1827, le projet consiste en un surhaussement de cette face25, mais l'intervention effectivement réalisée, à une date mal définie, peut-être seulement vers 1842, est le percement de deux grandes embrasures à canon dans le mur épais de cette face du redan. C'est sans doute en même temps que fut construit un mur traverse permettant de retrancher l'aire intérieure du redan de l'étroite cour distribuant les corps de casernes formant l'enveloppe sud du château.

Les deux grands chantiers du capitaine Brusco concernant le château sont, d'une part, le défilement des branches hautes de la rampe d'accès par la construction d'une série de traverses, d'autre part l'aménagement définitif de la contrescarpe du fossé nord et de défenses avancées permanentes de la porte de secours.

Le projet de tambour ou ouvrage avancé, jamais complètement abandonné, réapparait dans le projet pour 1828, associé au principe du revêtement de la contrescarpe et de la création d'une poterne dans le fossé formant issue de la caponnière et reliée au tambour et à la tête du pont par un escalier défilé adossé à la contrescarpe. En 1831, un crédit de 600 f accordé pour le tambour, insuffisant pour un ouvrage de maçonnerie, a servi à édifier un tambour en palissade et à amorcer le revêtement de la contrescarpe. Le projet pour 1835, avec tambour maçonné léger à simple mur parapet crénelé, cède place l'année suivante à un projet d'ouvrage avancé beaucoup plus ambitieux avec casemates à embrasures voûtées à l'épreuve et fossé. Dans ce projet, la caponnière est prolongée en retour d'équerre dans la contrescarpe par une casemate à feu de revers dont les créneaux défendent la poterne. Ce dernier dispositif sera réalisé en 1838, avec l'escalier sur arcades adossé à la contrescarpe reliant la poterne à la tête du pont de la porte de secours, mais sans l'ouvrage avancé. En revanche, la fermeture du fossé à l'est, sous le pont, par un mur parapet crénelé formant en partie un petit ouvrage flanquant, projetée pour 1836, est réalisée en 1839. Par ailleurs, deux galeries souterraines forées du sud au nord à travers le socle rocheux du château sont projetées en 1836 et 1837. L'une partant de la "cave" sous la grande salle pour desservir une casemate active sous le donjon au nord ne sera pas réalisée ; l'autre, partant du segment sud de la fausse braie pour desservir la caponnière du fossé nord indépendamment de l'accès d'origine sera réalisée en 1838, sur un tracé très légèrement différent de celui du projet.

Destinée à couvrir des vues d'enfilade une partie des zig-zags de la rampe de communication,26 la construction de la série des traverses, à l'ordre du jour depuis 1827, commença effectivement en 1829 par le 6e et le 7e segment de la rampe, comportant neuf traverses, ce chantier qui dura jusque 1832 allant de pair avec le relèvement des parapets crénelés des quatre derniers segments (du 6e au 9e). Les traverses de la 5e branche de la rampe, la plus longue, furent faites en 1833 et 1834, en sorte que les travaux d'amélioration de l'ensemble de la rampe étaient achevés en 1836.

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, le château reste dans le même état qu'au moment du départ en retraite du capitaine Brusco, en 1844, la place d'Entrevaux ayant été rétrogradée en 1853 en place de dépôt, puis en 1860, suite à l'annexion définitive du comté de Nice.

De nouveaux réaménagements interviennent seulement à partir de 1910, et pendant la guerre de 1914-1918. La première, vers 1911, consista en la modification des installations sanitaires concentrées au nord, dans un recoin de l'enceinte situé à l'ouest du redan, au pied de la plate-forme du donjon. Vers 1916, l'affectation du château à un camp d'internement d'officiers allemands réfractaires imposa l'adaptation à l'usage carcéral de locaux existants, tels l'ancien corps de garde de la porte de secours, et la construction de nouveaux locaux : un cachot ajouté à ce corps de garde, trois cachots dans la travée médiane de la fausse braie. La traverse entre cette travée médiane et celle du corps de garde fut démolie à cette occasion. Dans la travée sud-est de la fausse braie, on démolit la majeure partie (est) du mur parapet d'origine pour construire à neuf un bâtiment affecté à l'infirmerie du château. Enfin, la plate-forme du donjon fut entièrement couverte d'un toit pour la transformer en un bâtiment à niveau unique affecté au logement d'un adjudant et de quatre sous-officiers27.

Le déclassement militaire de la place d'Entrevaux officialisé par décret du 30 novembre 1928 avait été précédé après 1922 par l'évacuation de la majeure partie du personnel militaire et l'abandon de fait du château, laissé sans entretien.

La question de la protection au titre des Monuments Historiques pour l'ensemble des fortifications, et en particulier pour le château, fut soulevée dès ce moment, et l'inspecteur général des Monuments Historiques territorialement compétent, Henri Nodet, rendit un rapport à la commission le 23 décembre 1923. Peu enthousiasmé par la fortification moderne, et surtout sensible au pittoresque, l'architecte inspecteur qui juge sur photos accorde un petit intérêt, teinté de scepticisme, au château : « Reste la citadelle perchée au sommet d'un rocher et que l'on atteint par un chemin fortifié qui serpente de la ville jusqu'au point culminant. L'ancien château fut transformé par Vauban en 1693 ; il est pittoresque mais qu'en ferions-nous et quels risques court-il ? Il est peu probable qu'un hôtel à voyageurs aille s'installer si haut. Il serait suffisant, à notre avis, d'inscrire la citadelle sur l'inventaire et d'abandonner à leur sort les portes et les remparts. »28 Le dossier fut rapporté à la séance de la commission des Monuments Historiques du 26 juillet 1924 par l'architecte Planchenault, et aboutit à l'inscription à l'inventaire supplémentaire du château sous l'appellation "la citadelle", par arrêté du 26 janvier 1925.

Le 2 juillet 1930, la municipalité d'Entrevaux acheta à l'administration des Domaines l'ensemble des anciens terrains, ouvrages et bâtiments militaires, y compris le château, pour la somme de 41616 f. Une mauvaise compréhension de la protection existante porta la municipalité à redemander l'appui du service des Monuments Historiques pour le château, en sorte que celui-ci fit l'objet d'un second arrêté d'inscription à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques sous l'appellation "château" le 18 février 1937. Le 14 mai de cette même année André Honnorat, sénateur des Basses-Alpes et ancien ministre, demanda à Albert Chauvel, architecte en chef des Monuments Historiques chargé du département, s'il ne serait pas possible de faire classer l'ensemble des fortifications d'Entrevaux comme on a classé les fortifications de Colmars. La question fut soumise au directeur général des Beaux-Arts le 19 juillet, et relayée par le préfet des Basses-Alpes. Le 30 septembre, l'architecte Chauvel rendit un compte-rendu de visite du site faite avec le maire Barety, pour soutenir le projet de classement en totalité. Il y est dit à propos du château situé au sommet, laissé sans entretien depuis 15 ans : "Ensemble de bâtiments en très mauvais état. La réfection complète de toutes les couvertures s'impose ainsi que la consolidation de la charpente et le remplacement de pièces pourries. A prévoir en outre la consolidation de maçonneries, la réfection ou le nettoiement de tous les écoulements d'eau ; enduits, rejointoiements. De nombreuses fenêtres ont disparu ou sont en mauvais état. Un nombre important de vitres est brisé. Il faudrait assurer complètement le clos et le couvert..." Ces travaux furent estimés à environ 500.000 f. Rapporté à la séance de la commission des Monuments Historiques du 3 décembre 1937 par l'architecte en chef inspecteur André Collin, le projet de classement fut adopté et officialisé le 23 décembre, sous réserve de la participation de la commune, pourtant reconnue endettée, aux travaux ; ce principe fut assorti d'un avis favorable à un classement complémentaire au titre des sites. Un arrêté du 28 février 1944 confirma le classement officiel de l'ensemble au titre des Monuments Historiques.

Ces mesures non suivies de travaux n'empêchèrent pas le délabrement de progresser. Vers 1960, la municipalité loua le château à un industriel d'Antibes, M. Poirier, de qui on espérait la mise en œuvre de travaux de restauration dans une logique de mécénat privé : "...le château sera dans les jours qui viennent transformé. Son accès deviendra facile et pratique et permettra à tous les touristes, tout en bénéficiant des transformations, embellissements et commodités intérieures qu'apportera M. Poirier, de jouir d'une vue splendide sur la vallée du Var et les montagnes environnantes."29

Cet espoir resté sans lendemain, la dégradation du château continua, aggravée de pillages et de vandalisme; la porte de secours, en, particulier, tombait en ruines (bretèche détruite). Une volonté d'implication des habitants dans la sauvegarde du château fut suscitée par l'équipe municipale après 1974 sans trouver dans un premier temps les moyens appropriés. En 1984, la municipalité fit délégation de sa maîtrise d'ouvrage sur les travaux de restauration et mise en valeur à entreprendre à l'Association Culturelle Intervalles, promue par Roger Greaves, qui avait également la co-gestion de l'office de Tourisme. S'ensuivit une étude préalable à un projet de restauration, avec relevés du château, conduite par l'architecte en chef des Monuments Historiques Francesco Flavigny, datée du 1 octobre 1985. Les travaux exécutés à partir de 1986 d'après cette étude furent le déblaiement des ruines du bâtiment de 1916 sur la plate-forme du donjon, la restauration de la porte de secours, la réfection des couvertures et charpentes des bâtiments, la restauration des traverses et des parapets de la rampe d'accès.

Analyse architecturale

Site et implantation générale

Occupant le sommet d'un piton rocheux escarpé, le château surplombe d'environ 170m à 180m au nord / nord-est les maisons de l'agglomération d'Entrevaux, ceinte par un méandre du Var, le dénivelé atteignant presque 200m entre le château et le lit de la rivière. Une arête rocheuse rectiligne longue d'environ 280m en déclivité presque constante joint l'extrémité ouest du château à la limite nord de l'agglomération. Au nord de cette arête, une falaise presque verticale formant barrage naturel domine perpendiculairement la partie de la vallée du Var en amont (au nord-ouest) du méandre d'Entrevaux. Au sud de l'arête, la pente moins abrupte jusqu'à la plaine que forme en s'élargissant la vallée dans sa partie en aval du méandre a permis l'établissement sur ses flancs de la rampe d'accès en zigzag entre la ville et le château (635m de longueur totale) , crée sur l'initiative de Vauban. Auparavant, la ville n'était reliée au château que par un raidillon ou chemin de ronde exclusivement piéton, associé à une courtine médiévale bâtie sur la ligne de crête de l'arête rocheuse. A l'est et au nord ouest, des valons ou ravins retranchent naturellement du versant nord de la vallée le piton du château, qui se détache en isthme. Le château n'est donc directement attenant aux pentes de la montagne prolongeant ce versant nord que sur une longueur d'une vingtaine de mètres, dans la moitié est de son front nord, formant une petite plate-forme naturelle que le point haut du piton du château surplombe à la verticale d'une trentaine de mètres. Un fossé taillé dans le roc, créé au Moyen-Âge et augmenté sur ordre de Vauban, retranche cette partie du château de la plate-forme et de la montagne dite du Puy. Un repli ou coteau à flanc de montagne, d'axe est-ouest, dit le Parpaillou, commande au nord le château, séparé par le vallon qui joint la partie amont de la vallée.

Vue aérienne oblique de situation sur l'éperon rocheux depuis l'ouest.Vue aérienne oblique de situation sur l'éperon rocheux depuis l'ouest. Rampe 26 et château vu du sud.Rampe 26 et château vu du sud. Vue générale du front nord du château et de la porte de secours.Vue générale du front nord du château et de la porte de secours.

Plan, distribution spatiale, circulations et issues

Compte tenu de l'étroitesse et de l'irrégularité du sommet rocheux qu'il occupe, le château d'Entrevaux est d'une médiocre étendue. Normale pour un château médiéval perché en Provence, cette échelle est très faible pour une citadelle d'époque moderne dont la mission ne se limitait pas à celle d'un simple fort d'appoint, s'agissant notamment de la capacité d'accueil de troupes et des logements d'officiers.

Les mêmes contraintes topographiques très prégnantes ont empêché les ingénieurs de l'époque moderne d'outrepasser les limites du château médiéval et d'établir des fortifications extérieures aux normes de leur époque, comme des fronts bastionnés. D'autres fortifications de montagne des Alpes offrent des possibilités de défenses étagées plus ou moins habilement rentabilisées, ce qui n'est pas le cas du château d'Entrevaux, dont les constructions médiévales exploitent au maximum l'assiette naturelle environnée d'à-pic.

Le plan "organique" du château, échelonné sur deux étages, forme une enveloppe polygonale en arc de cercle de grand axe est-ouest (60m maximum) incorporant au nord-ouest, tout en s'y raccordant, le sommet étroit et allongé (lui aussi est-ouest) du piton portant le complexe du "donjon". Entièrement reconstruit au XVIIe siècle, ce donjon se composait antérieurement au moins d'une tour à l'extrémité ouest, et d'une muraille couronnant les contours de la plate-forme sommitale, ensemble qui apparaît en ruines sur le dessin de Turin datable de la fin du XVIe siècle.

Ce type de plan d'ensemble est banal dans la typologie des châteaux de montagne provençaux au Moyen-Âge, comme l'illustrent entre autres les châteaux de Gréolières (Alpes Maritimes). Autre trait caractéristique du château médiéval provençal : l'adossement direct de bâtiments résidentiels angulaires dont les façades extérieures forment enceinte. Le manque d'espace sur le piton réduit ce qui pourrait tenir lieu de cour intérieure à une simple zone de circulation entre façades intérieures des bâtiments et socle du donjon, zone encombrée au sud-est par l'escalier montant au donjon, mais bénéficiant d'un petit dégagement à l'ouest.

Deux retouches à ce plan ont été apportées par les ingénieurs militaires du roi à la fin du XVIe et dans le premier tiers du XVIIe siècle. La première est la transformation des pans de courtines formant l'extrémité nord-est de l'enceinte (celle qui abrite une aire intérieure non réduite à un passage) en un redan en angle aigu tourné vers le côté dominé, aux murs épais, véritable ouvrage défensif apparenté par son plan à un bastion, avec face nord terminée à l'ouest par une tourelle demi-circulaire.

La seconde retouche est la mise en place sur les étroits rebords rocheux où circulait le chemin d'accès depuis la petite plate-forme nord jusqu'à la porte du château, ménagée au sud-ouest, d'une fausse braie, enceinte basse aux murs maigres irréguliers dans leurs contours sans former pour autant des flancs rationnels. Cette fausse braie, que Vauban considère comme la première enceinte du château (et le premier des trois sous-ensembles étagés : fausse braie, château, donjon), est cloisonnée en quatre segments par trois traverses, simples murs percés chacun d'une porte assez étroite.

Avant cette adjonction, seule la partie terminale du chemin d'accès à la porte, qui forme une rampe ou escalier montant en deux volées, était enveloppée d'un mur, formant une sorte de boulevard que montre le dessin de Turin. La troisième traverse de la fausse braie, qui était en ruines en 1700 à la différence des deux autres, était donc peut-être l'ancien mur d'entrée du boulevard enveloppant l'escalier.

Au nord, la fausse braie s'ouvre par une avant porte précédée d'un fossé taillé dans le roc, et percée dans un mur aligné à la face nord du redan qui la domine. L'angle nord-est de la fausse braie était flanqué au XVIIe siècle, jusqu'en 1693, d'une tourelle cylindrique maigre assurant la défense rapprochée de l'avant porte. Il est possible que le mur nord seul, percé de l'avant porte et flanqué de cette tourelle, ait préexisté à la fausse braie, comme semble le suggérer un bâti indiqué en ce point par le dessin de Turin.

L'avant porte nord, reconstruite entre 1693 et 1710, est devenue après le premier projet Vauban (1693) la porte de secours, du fait de la création d'une nouvelle porte au sud de la fausse braie, du côté de la ville, qui fut opérationnelle comme porte principale dès l'achèvement de la rampe d'accès en zigzag de la ville au château.

Avant 1693, le château n'avait qu'un seul accès praticable pour les chevaux et bêtes de bât, sinon pour les attelages, qui montait en longs lacets de la vallée du Var, hors le bourg, par l'un des deux vallons (le vallon nord-ouest, côté amont) jusqu'à la plate-forme nord, puis franchissait le fossé du front nord et longeait le pied de l'enceinte castrale au sud-est (à l'abri de la fausse braie à partir du XVIIe siècle) pour monter jusqu'à la porte percée dans cette enceinte.

Avant la création de la rampe sud, on l'a vu, n'existait de ce côté qu'un raidillon suivant la ligne de crête, qualifié par la légende du dessin de Turin d'"unique et très difficile passage pour descendre du château à la ville". La conception globale d'une place-forte moderne dans laquelle château (ou citadelle) et agglomération fortifiée forment un tout interdépendant imposait la mise en place d'une communication normale, et l'existence au château de deux portes, l'entrée principale et la porte de secours.

Outre ces deux portes, le château dispose d'une poterne ouverte dans le fossé nord en 1838 sur un projet de dix ans antérieur. Cette poterne fut alors percée à l'extrémité d'une galerie voûtée crénelée ou passage en caponnière, qui ferme à l'est et défend le fossé nord. Crée entre 1700 et 1710, cette caponnière prolonge en retour d'équerre une galerie d'escarpe créée en même temps au pied de la face nord du redan, seulement desservie à l'origine depuis l'intérieur de ce redan par un passage en puits fort incommode foré dans le rocher. Le percement de la poterne a justifié le percement (aussi en 1838) d'une nouvelle communication souterraine plus facile, forée dans le rocher à partir du 3e segment de la fausse braie où elle descend en escalier, et joignant de plain-pied la galerie d'escarpe et la caponnière.

Une baie murée de longue date (fin XVIIe s ?) visible de l'extérieur dans la moitié ouest de la face nord du redan, à un niveau inférieur à celui de la cour ou aire intérieure, mais exactement à l'emplacement du "puits" d'accès de 1710 vers la galerie d'escarpe, a certainement servi de poterne aux XVIe et XVIIe siècles . Elle permettait de descendre à l'ouest de l'emprise du fossé, plusieurs mètres en contrebas, en passant par un étroit cheminement qui devait être taillé en réserve dans le relief assez marqué du socle rocheux de cette face nord.

Aménagements particuliers et bâtiments

Pour sa surface relativement réduite, le château d'Entrevaux est assez densément bâti, ce qui est sans doute un héritage de sa morphologie médiévale. L'emprise des bâtiments anciennement seigneuriaux, adaptés et reconstruits pour le casernement et le logement d'officiers est donc forte dans le programme proportionnellement à la fortification proprement dite, que Vauban considérait en 1700 comme quasiment nulle, hors la capacité défensive passive offerte par la situation topographique. En effet, l'enceinte principale est discontinue et sans grande capacité défensive du fait de la maigreur de la plupart de ses murs directement adossés de bâtiments et dépourvus de redans ou d'embrasures de tir, excepté dans la partie transformée en redan au XVIe siècle dont Vauban jugeait qu'il était ce qu'il y a de meilleur . Les améliorations et renforcements apportés depuis cette date jusqu'au milieu XIXe siècle n'ont guère changé cet état de fait, et les organes de défense active sont essentiellement conçus pour l'infanterie, très peu ou mal adaptés à l'artillerie, défaut partiellement corrigé dans les années 1830-1840.

La répartition entre les bâtiments et la fortification est cependant assez logique :

L'essentiel des bâtiments, formant deux blocs distincts répartis sur deux niveaux occupe à l'ouest, au sud et au sud-est de l'enceinte castrale d'une part, et du donjon d'autre part, les positions les moins exposées aux éventuels tirs ennemis, surplombant trop abruptement et étant trop distant éloignés des hauteurs du versant sud de la vallée du Var, et étant en grande partie défilés au nord par la forme et l'isolement du piton rocheux qu'ils occupent. La fausse braie n'abrita d'autre locaux de 1693 à 1914 que ceux de la porte de secours et de son corps de garde.

Hors l'enceinte du château et de sa fausse braie n'a jamais existé qu'un seul bâtiment, apparemment peu fonctionnel, un petit magasin voûté, construit après 1700 à flanc de pente au sud, au pied du donjon.

Les ouvrages proprement défensifs sont répartis sur les trois étages du château : la fausse braie ou première enceinte, considérée par Vauban comme la principale fermeture du château, est un dispositif purement défensif, initialement dégagé de bâtiments à l'exception du corps de garde de la porte de secours. Ses murs parapets sont percés de façon constante de créneaux de fusillade. Sa fonction annexe est de filtrer les accès vers la porte haute du château. A ses deux extrémités sont établies les deux portes du château : au sud, la porte vers la ville, petit ouvrage d'entrée saillant à pont-levis et passage en chicane, jugé trop faible depuis 1700 mais jamais renforcé parce que peu exposé ; au nord, la porte de secours, reconstruite à partir de 1693 avec son corps de garde à la gorge et achevée après 1700 sous la forme d'un ouvrage d'entrée à deux étages d'aspect élancé et de conception néo-médiévale, sa haute élévation, en réalité relativement fragile, ayant pour mission annexe de faire écran aux tirs d'enfilade plongeants sur la fausse braie , à la manière d'une première traverse. Cet ouvrage fait partie du front nord le plus exposé, ce qui justifie que, faute d'être puissant, il bénéficie d'un traitement architectural beaucoup plus ostentatoire que la porte sud.

Le second sous-ensemble, dit château dans lequel on entre au sud par une porte sans défenses propres en traversant un corps de bâtiment qui incluait en étage la chapelle castrale avant 1690, ne comporte qu'un ouvrage spécifiquement défensif, le redan formant éperon du côté le plus exposé, au nord-est, au dessus de la porte de secours. Adapté sur les murs existant à la fin du XVIe siècle, peut-être en partie aux dépens de bâtiments médiévaux détruits à l'occasion, cet ouvrage au murs épais constitue le second étage du front nord, renforcé pour l'artillerie vers 1840.

Le troisième sous-ensemble, dit donjon, juxtapose ses bâtiments, calés sur la moitié sud-ouest de l'assiette sommitale allongée, à une plate-forme de défense en très léger contrebas, défendue d'un gros parapet sur les côtés nord et est avec une mince tourelle cylindrique dite guérite à l'angle. Les deux côtés du mur de cette plate-forme (simple muret garde-corps au sud), percés d'embrasures adaptées à la petite artillerie, refaites avant 1830, constituent le troisième étage de fortification surplombant le redan et formant comme lui un angle vers le nord-est.

Le cumul de ces éléments étagés auxquels il convient d'ajouter en contrebas le fossé avec sa galerie d'escarpe crénelée formant retour en caponnière percé d'une poterne donne au front nord du château, face au point le plus vulnérable, un caractère défensif très affirmé.

Encore doit-on considérer que du point de vue de Vauban et de ses successeurs, manque aux défenses du front nord un élément plusieurs fois proposé depuis 1700 jusqu'en 1836, mais jamais réalisé sous forme d'ouvrage maçonné permanent, le tambour, ouvrage avancé actif en tête de pont défendant la porte de secours à la manière d'une demi-lune ou barbacane.

Nomenclature des ouvrages et bâtiments

Pour faciliter la description des parties constitutives du château, nous reprenons ici le principe adopté depuis Vauban consistant à "coter" par un chiffre ces éléments, ouvrages de défense et bâtiments. La nomenclature retenue ici n'est pas celle de Vauban, mais correspond au chiffrage en vigueur grosso modo depuis la fin du XVIIIe siècle.

Cette nomenclature ouvrage par ouvrage, dans l'ordre numérique (de 29 à 47), permet de donner des précisions qualificatives, descriptives ou chronologiques plus ou moins développées selon le cas.

29 - Porte sud, vers la ville Porte 29. Porte basse sud du château vers la ville ; façade à pont levis.Porte 29. Porte basse sud du château vers la ville ; façade à pont levis.

Créée de toutes pièces en 1693 en exécution du premier projet Vauban qui comporte la création de la rampe d'accès entre ville et château et donne à cette porte neuve le statut de porte d'entrée principale du château. C'est un petit ouvrage de plan carré, de type tour-porte, saillant de tout son volume hors œuvre du mur de la fausse braie. Son soubassement massif construit sur le rocher ne porte qu'un étage, formant passage d'entrée coudé à gauche. La façade d'entrée (ouest), plus épaisse que les autres murs, construite en blocage de moellons, est largement occupée par la porte dont l' encadrement rectangulaire est trop étroit pour laisser passer des charrettes attelées. Cette porte est couverte d'un linteau monolithe et inscrite en retrait entre deux pilastres nus (chapiteaux simplement exprimés par une pierre plus forte de taille plus rustique) portant un entablement très simple recoupé au centre par la saignée verticale de la flèche unique du pont-levis . L'encadrement extérieur à pilastres et entablement recevait en encastrement le tablier du pont en position relevée; un vantail jouait en outre sous l'arrière-voussure. La porte de sortie (nord) sur la fausse braie est couverte en arc surbaissé, avec arrière-voussure initialement destinée à recevoir un vantail ouvrant vers l'intérieur. Les deux autres côtés de ce sas d'entrée sont percées chacun d'un créneau.

Aujourd'hui couvert par un toit à deux pentes (nord / sud) couvert en tuiles creuses, très bas placé immédiatement au dessus du sas, cette petite tour-porte devait être prévue à l'origine sur une plus haute élévation, peut-être jamais achevée. C'est ce que suggère l'aspect pauvre du pignon qui en résulte en façade, saigné par la flèche du pont-levis, comme le fait que cette flèche soit plus longue que la saignée n'est haute, ce qui ne permettait pas de la mettre à l'abri en position relevée. En tête du tablier de pont, le passage est encadré de deux piles en blocage dont les tablettes de couvrement en pierre dure ont été refaites récemment. Ces piles sont attenantes l'une au mur parapet de la fausse braie, l'autre au parapet de la rampe. La flèche en place, vermoulue, date de l'état XIXe siècle.

30 - Fausse braie

Enceinte basse recoupée de trois traverses, bordée de murs parapets maigres en blocage de moellons enduits percés de créneaux de fusillade à fente extérieure encadrée en pierre de taille ; elle abrite et défile la communication entre la porte sud (29) et la porte nord (33), et l'escalier d'accès à la porte haute du château (36). Sans doute construite pour l'essentiel dans la première moitié du XVIIe siècle, sauf peut être les traverses, l'une étant antérieure, les deux autre peut-être des années 1690-1693. Les créneaux de fusillades avaient été refaits à cette dernière époque.

- Le premier segment (30a) à partir de la porte sud (29) est celui qui enveloppe les deux volées de la montée vers la porte haute : il existait déjà sans le reste de la fausse braie à la fin du XVIe siècle (dessin de Turin), formant une sorte de tambour, petit ouvrage de protection avancée de la porte haute formé de trois murs maigres et sans doute crénelés d'origine, raccordés aux façades sud du château. Ces murs ont été repris au XVIIIe siècle à la suite du projet de Vauban, et sans doute vers 1820 pour en normaliser le crénelage et la hauteur, qui suit en partie la montée des volées d'escalier. Le pan de mur est, déjà considéré comme une traverse en 1700 (alors en ruines), restauré comme tel après en lui donnant une hauteur supérieure à celle du mur parapet de la fausse braie, était l'ancienne façade d'entrée du tambour d'origine. Il est probable que sa porte actuelle, à encadrement en pierre de taille couvert d'un arc plein-cintre, avec arrière voussure et jambages destinés à recevoir un vantail, est celle de l'ouvrage du XVIe siècle. Les deux créneaux de fusillade percés dans ce mur entre cette porte et le socle rocheux du château pour défendre les approches pourraient appartenir à ce premier état, mais le doute est permis car ils ne sont pas indiqués sur le plan d'état des lieux de 1700, tandis qu'un seul est porté au plan du projet, dans lequel Vauban proposait d'élargir la porte. Ces deux créneaux seraient donc plutôt postérieurs à 1700.

A cette dernière date, l'escalier vers la porte haute se répartissait sur les deux volées en retour, avec mur d'appui intermédiaire, et leur marches probablement taillées à même le rocher formaient plutôt de profonds paliers successifs, tournant en éventail à l'ouest. Une porte intermédiaire, avec vantail, interceptait la seconde volée au droit du mur pignon est du bâtiment de la "grande salle" (41) ; Vauban prévoyait de déplacer cette porte un peu plus haut. A une date indéterminée entre 1710 et les années 1820, la première volée de la montée a été transformée en escalier maçonné à emmarchement normal, le haut de cette volée étant ainsi fortement remonté, de sorte que l'ancienne seconde volée est devenue une montée pavée en pente douce sans emmarchement ; une guérite carrée (actuellement en ruines) formant petit corps de garde a été construite vers 1820 dans l'angle sud-ouest des murs, en haut de l'escalier, assurant un contrôle des passages montants (petit créneau vers l'escalier), en remplacement de l'élément de barrage supprimé qu'était la porte intermédiaire de la seconde volée.

- Le second segment (30b) de la fausse braie est assez court entre deux traverses, mais relativement large. Son mur parapet comporte deux pans reliés en angle obtus, percés en 1700 de 7 créneaux de fusillade refaits depuis 1693. En 1710, un cabinet de latrines a été aménagé en encorbellement dans le mur est, près de l'angle. Dans les années 1820, les latrines ont disparu mais sont figurées six ouvertures de tir, dont 3 créneaux et 3 embrasures pour petites pièces d'artillerie.

En 1837, le départ d'un souterrain foré dans le rocher vers la caponnière du fossé nord (35) a été ouvert dans la paroi qui affleure dans ce segment de la fausse braie.

Vers 1916, le pan de mur parapet est fut démoli et reconstruit sur une plus haute élévation pour servir de façade extérieure à un nouveau bâtiment d'infirmerie tisanerie de trois travées sans étage (toit en appentis) qui occupe presque tout l'espace disponible, sauf au nord-est où un vide entre ce bâtiment et la traverse est occupé par un cabinet de latrines. Les murs de ce bâtiment aujourd'hui complètement ruiné et décloisonné sont minces, principalement en briques enduites, les 6 baies des deux façades pourvues de linteaux et de grilles en fer ; les sols sont carrelés ou cimentés.

Fausse braie 30. Segment 30 B de la fausse braie, porte XIVe siècle et infirmerie 1916.Fausse braie 30. Segment 30 B de la fausse braie, porte XIVe siècle et infirmerie 1916. Fausse braie 30. Segment 30 B, infirmerie 1916 et porte d'accès aux souterrains.Fausse braie 30. Segment 30 B, infirmerie 1916 et porte d'accès aux souterrains.

La traverse qui sépare ce segment du suivant (30c) a sans doute été surhaussée à la suite du projet Vauban de 1700 pour rendre efficace le défilement qu'elle assurait, mais sa porte, simple arcade (cintre surbaissé) étroite, n'a pas été élargie ni pourvue d'un vantail en bois comme le voulait Vauban.

- Le troisième segment (30c) est le plus restreint. Le plan de 1700 figure dans son mur parapet 5 ou 6 créneaux de fusillade refaits depuis 1693, mais l'état actuel des percements de ce mur, qui ne trahit pas trace de reprise, n'en comporte que quatre. Si le mur parapet n'a guère été remanié, les nouveaux aménagements des années 1916 y ont adossé un petit bâtiment bas en appentis construit en béton (moellons inclus) enduit au ciment, avec toit terrasse formé d'une dalle de béton. Les trois cellules de prisonniers que ce bâtiment abrite sont dotées chacune d'un lit en ciment, d'une porte à fort vantail de bois (traverses et écharpe en Z, pentures sur les traverses) surmontée d'un fenestron avec forte grille (linteaux en IPN) et flanquée d'un passe gamelle au ras du sol. Fausse braie 30. Segment 30 C de la fausse braie, cachots et traverse.Fausse braie 30. Segment 30 C de la fausse braie, cachots et traverse.

Lors de la mise en œuvre ces aménagements carcéraux étendus au segment suivant (30d) la traverse intermédiaire, en place dans la fausse braie au moins depuis 1693, rehaussée après 1700, a été entièrement démolie.

- Le quatrième segment (30d) est celui dont le sol est le plus irrégulier, l'affleurement rocheux étant très présent et plus haut dans le secteur nord-ouest de cette aire. Le passage jusqu'à la porte nord ou porte de secours (33) a été en partie aménagé en retaille du rocher pour maintenir le cheminement à un niveau constant. Jusqu'en 1690, le pan de mur nord de ce segment était aligné à la face nord du redan du château (39) et terminé à l'est, au dessus du ravin, par une tourelle circulaire. Une porte nord était percée en plein mur et l'aire de cette partie de la fausse braie ne comportait pas plus de bâtiment que les autres segments. Le début de la reconstruction de la porte nord, vers 1691-1693 a entraîné la démolition de ce mur nord et de cette tourelle. Entre 1693 et 1700 fut construite la partie basse de corps de garde (32) et entre 1700 et 1710 la partie supérieure, suivie de celle de la porte de secours (33), ainsi qu'une travée supplémentaire (31) du corps de garde. Le mur nord du corps de garde, beaucoup plus épais et plus haut que les autres au niveau bas, percé de créneaux de fusillade sur ses deux niveaux, constitue à proprement parler le côté nord de la fausse braie, à l'extérieur duquel le bâtiment de la porte de secours (33) est adossé, et joue le rôle d'une première traverse de défilement ou d'un mur bouclier. L'escalier d'accès aux étages du corps de garde (31-32) et de la porte de secours (33) est taillé à même le rocher au pied de la face est du redan (39); son départ formant un coude immédiatement au revers de la traverse (30c/30d) a été détruit et refait en maçonnerie, dans un axe longitudinal, lors de la suppression de la traverse vers 1916. Le nombre et la répartition des créneaux de fusillade du mur parapet sur le plan de 1700 n'est pas conforme à l'état actuel qui comporte trois créneaux de 1693 dans le pan sud, ceux du pan sud-est ayant été remplacés par une fenêtre à l'usage du corps de garde annexe (31).

31 - Travée annexe du corps de garde (32)

Construite entre 1700 et 1710 au sud de ce dernier, en appui sur le mur parapet (initialement crénelé) de la fausse braie. C'est une construction en blocage de moellons de tout venant, couverte en appentis (versant sud en tuiles canal à égout très saillant), à deux niveaux, le premier accessible par une porte de plain-pied avec la fausse braie, le second desservi depuis l'étage du corps de garde principal (32); ces deux niveaux prennent jour au sud-est par deux fenêtres superposées, celle du rez-de-chaussée ayant remplacé le crénelage d'origine. L'étage est recoupé en deux petites pièces inégales, dont une aveugle depuis une date inconnue (premier tiers XIXe s ?) par un mur de refend maigre.Corps de garde 32. Vue du corps de garde 32 et de l'annexe 31 depuis la fausse braie.Corps de garde 32. Vue du corps de garde 32 et de l'annexe 31 depuis la fausse braie.

L'usage carcéral de ce petit bâtiment remonte au moins au XIXe siècle, mais la réorganisation et l'accroissement de cette fonction vers 1916 a entraîné sa mise aux normes : la porte du rez-de-chaussée a été refaite à l'identique de celles des cachots du bâtiment du segment (30c), y compris le passe gamelle au sol; à l'étage, le réaménagement d'un des deux cachots (celui de l'ouest) a entraîné la percée d'une porte surplombant la fausse braie, au sud du corps de garde (32) desservant un balcon en fer uniquement à l'usage du passe gamelle de ce cachot, percé dans son mur ouest. En outre, une petite travée supplémentaire de cachot en simple rez-de-chaussée a été construite au sud de cette travée, dans l'angle sud-est du mur parapet crénelé du segment (30d), sans doute à la place d'un ancien cabinet de latrines. Ce cachot présente les mêmes caractéristiques que ceux du segment (30c) de la fausse braie (construction en béton avec moellons, toit terrasse en dalle béton, porte à linteau IPN, fenestron grillé, passe gamelle au sol, lit en ciment, etc.).

32 - Corps de garde de la porte de secours

Construction en blocage de moellons enduits avec pierres de taille pour les encoignures et encadrement de baies. Le rez-de-chaussée de ce corps de garde, formant une pièce unique, a été construit entre 1793 et 1700, avec sa voûte en berceau et sa porte percée au sud-ouest sur le passage d'entrée, une cheminée contre le mur aveugle est et un créneau de fusillade au nord. En 1700, Vauban propose de renforcer et terrasser le dessus de la voûte du corps de garde d'1 pied d'épais, le paver, eslever le coridor au rez de ce terrassement ou pavé, et du tout n'en faire qu'une plate-forme qu'il faudra environner d'un parapet de 5 à 6 pieds d'épais du costé de l'avenue, et de 4 1/2 du costé du précipice, et percer l'une et l'autre d'embrasures plongeantes, sçavoir de deux à la teste et autant sur le costé, et après couvrir le tout d'une toiture de charpente recouverte de thuille. Ce programme a été réalisé, la pièce d'étage étant bordée d'un chemin de ronde crénelé au nord (2 créneaux de fusillade, dont un condamné dès avant 1710 par le second étage de la porte de secours) et à l'est (3 créneaux). L'accès à la pièce (porte d'entrée couverte d'un arc surbaissé dans le mur ouest) et au chemin de ronde se fait par l'escalier droit taillé en réserve dans le flanc du rocher au pied du redan (39), escalier qui se prolonge pour desservir les étages de la porte de secours (33). On ignore si cette pièce d'étage avec fenêtre à l'est a été affectée à l'un des usages préconisés par Vauban (magasin à bois ou pour les affûts de canon). Le parapet du côté nord du chemin de ronde a été surhaussé après coup (probablement dès le XVIIIe siècle) pour améliorer le défilement. Au début du XIXe siècle, le corps de garde du rez-de-chaussée est utilisé comme salle de police pour les soldats, la fonction initiale étant transférée à l'étage ; en 1832, le surhaussement du contrefort nord-est de la porte de secours entraîne la condamnation de son créneau nord, et l'aveugle.Corps de garde 32. Escalier d'accès à l'étage du corps de garde 32 et de la porte 33.Corps de garde 32. Escalier d'accès à l'étage du corps de garde 32 et de la porte 33.

Toujours au XIXe siècle, cette pièce du rez-de-chaussée est divisée en deux cellules carcérales par un mur de refend, ce qui impose le percement d'une porte supplémentaire pour la cellule nord. Vers 1916, ces cellules sont mises aux normes en vigueur (modification des portes, etc.) Le corps de garde d'étage reste inchangé, à l'exception de nouvelles portes au sud, l'une percée au XIXe siècle vers l'annexe (31) en plus de l'existante, l'étage de cette annexe ayant aussi été divisé en deux cellules, l'autre percée vers 1916 (menuiserie analogue à celles des cachots) pour desservir un balcon métallique.

33 - Porte nord ou porte de secours

La porte actuelle occupe l'emplacement de l'avant porte du château, ou unique porte de la fausse braie, dans l'état des lieux début XVIIe siècle-1690.

La reconstruction de cet ouvrage d'entrée a commencé entre 1690 et 1693 après démolition du mur nord primitif de la fausse braie, sous la forme d'une tour-porte avec sas en rez-de-chaussée prolongé à l'est d'une casemate ouverte crénelée (un créneau au nord, un autre à l'est), appuyée côté ouest à l'affleurement rocheux. Continué après 1693 et interrompu au niveau du voûtement ( voûte d'arêtes couvrant le sas continue avec le berceau couvrant la casemate latérale), cet ouvrage est pourvu d'un pont-levis à deux flèches. Sa hauteur en 1700 ne dépassait pas celle de la tour-porte sud (29).

Le projet Vauban de cette année 1700 préconisait la démolition de l'ouvrage commencé pour le reconstruire en retrait d'alignement, en continuité de la face nord du redan (39). La construction neuve était à prévoir très soignée (mise en œuvre, choix des matériaux, assise sur le rocher) en considération de la grande hauteur de cette muraille. La porte était proposée de 6 pieds d'ouverture entre piédroits pour le passage de mulets chargés ; la hauteur du mur de la porte devait atteindre l'assise sur le roc de l'angle du redan (39) ou plustost jusqu'à celle ou doit estre estably le coridor (chemin de ronde crénelé contournant l'étage du corps de garde 32). La façade en pierre de taille devait comporter un pont-levis à bascule et non à flèche, et deux fermetures successives dans le passage d'entrée, à voûter en dernier lieu.. La façade de l'ouvrage prévu par Vauban devait s'étendre jusqu'à l'angle nord-est de la fausse braie, où il préconisait de mettre en place une guérite ou échauguette circulaire, assurant le flanquement de la porte par ses créneaux de fusillade, mais participant aussi d'une série d'échauguettes analogues dont il proposait de doter la plupart des angles saillants du mur parapet de la fausse braie.

A la différence de celui du corps de garde (32), le programme réalisé pour l'essentiel avant 1710 s'est considérablement éloigné du projet de Vauban. L'ouvrage amorcé dans la dernière décennie du XVIIe siècle a été conservé et complété sur une élévation plus haute que prévue, comportant deux étages, dont la façade est incrustée à l'est dans les anfractuosités du rocher. En chronologie relative, cette réalisation est postérieure à l'achèvement du corps de garde (32) car elle aveugle un créneau dans le parapet nord du coridor de ce corps de garde.

Porte 33. Vue extérieure nord de la porte de secours et corps de garde 32.Porte 33. Vue extérieure nord de la porte de secours et corps de garde 32. Porte 33. Intérieur du deuxième étage de la porte et de sa bretèche.Porte 33. Intérieur du deuxième étage de la porte et de sa bretèche.

L'élévation de la façade inscrivant le pont-levis à flèches est achevée selon un modèle néo-médiéval, avec deux hautes saignées couvertes reliées par un arc de décharge segmentaire (les flèches délabrées encore en place datent de l'état XIXe siècle). Au revers de ce dispositif de façade, le local ou salle du premier étage de la porte, de plan trapézoïdal, s'étend en largeur (grand axe est-ouest) et comporte un créneau de fusillade débouchant dans la portion de façade comprise entre les deux rainures des flèches, immédiatement sous l'arc de décharge. Un autre créneau est percé (aux deux étages) dans le flanc est de l'ouvrage. A partir de ce premier étage, l'angle nord-est de la porte de secours est doté d'une tourelle de plan carré aux parois maigres portées en encorbellement sur trois consoles de pierre dure (trois ressauts à modénatures à doucine et bandeau). Le corps de cette tourelle est souligné de trois bandeaux plats, deux au niveau du seul premier étage, le troisième au niveau du second étendu à l'ensemble de la façade. Aux deux étages, la tourelle est percé de trois créneaux (face nord et est, flanc ouest) et d'une fenêtre (flanc sud, invulnérable). La salle du second étage donne accès côté nord à une bretèche sur quatre consoles (trois ressauts en quart de rond), au dessus de la porte à pont-levis, percée de trois créneaux d'action frontale (cette bretèche, ruinée, a été restituée vers 1990). De part et d'autre de la bretèche, deux créneaux sont desservis l'un depuis la salle, l'autre (à l'ouest) depuis une étroite amorce de galerie en cul-de-sac sur le rocher entre le départ de la face nord du redan (39) et le mur parapet prolongeant la façade. Le mur de gorge (sud) des étages -le plus haut de l'ouvrage d'entrée- est monté directement sur le mur parapet nord du corps de garde (32) et une harpe d'attente sur la tranche est de ce mur de gorge laisse penser qu'il avait été envisagé de monter la totalité du mur parapet à cette grande hauteur. L'accès au premier étage se fait à partir du chemin de ronde ou coridor du corps de garde, celui du second par un escalier maçonné prolongeant celui qui dessert l'étage et le chemin de ronde dudit corps de garde.

L'ouvrage est couvert en appentis versant au nord, tourelle et bretèche comprise. La couverture est en tuile-canal. Les murs sont montés en blocage de petits moellons de tout venant enduits, la pierre de taille n'apparaissant que pour l'encadrement de la porte à pont-levis, les bandeaux décoratifs, les linteaux et les corbeaux.

Des quelques remaniements subis par le fragile ouvrage contemporain de Vauban, le premier est la pose aux deux étages de tirants en fer croisés reliant d'une part le mur est (longues ancres horizontales) au rocher, d'autre part la façade au mur de gorge (petites ancres), en 1821-1823. Justifié par l'insuffisance du précédent expédient pour arrêter le mouvement de basculement de l'édifice, le surhaussement en 1831 du contrefort massif du soubassement est (construit dix ans plus tôt) a aveuglé deux créneaux en rez-de-chaussée. Enfin la casemate prolongeant le sas à l'est en a été cloisonné par un mur percé d'une porte destiné à l'utiliser comme cachot; ce remaniement ne date peut-être que de 1916.

34 - Pont de la porte de secours

Ce pont avait été reconstruit lors de la campagne de travaux des années 1690-1693, mais ne donnait pas entière satisfaction à Vauban, qui préconisait dans son projet de 1700 d'en redresser le biais et de relever sa culée de 3 à 4 pieds. Ce premier pont, indiqué comme comportant trois piles libres intermédiaires (en bois ?) sur le plan de 1700, a du être reconstruit après le surcreusement du fossé, cette opération n'ayant pu éviter de déchausser les piles. Le pont définitif, vraisemblablement édifié avant 1700, comporte deux hautes et larges piles libres en maçonnerie de moellons (équarris sur la tranche, en blocage sur le parement des faces), s'amincissant légèrement vers le haut. Ces piles portaient deux segments de tablier dormant en charpente (partant en tête d'une culée aujourd'hui absorbée dans des maçonneries postérieures); l'une recevait l'extrémité du pont-levis. La culée, plus large que les piles, en saillie sur l'alignement du front de taille de la contrescarpe dans le rocher, portait un mur écran percé d'une avant porte de tête de pont qu'il était possible de barrer en cas de nécessité

Les principales modifications datent des années 1836-1838 : elles ont transformé le premier segment du pont entre la culée de tête et la première pile en une casemate voûtée, fermée vers l'est d'un mur crénelé, ouvert sur le fossé à l'ouest en passant sous un escalier à l'usage de la poterne alors créée à l'ouest du fossé (35). De ce fait, la première pile n'est plus libre et joue depuis lors le rôle de culée de tête. L'espace entre les deux piles médianes a lui-même été fermé en fond de fossé d'un mur parapet bas (bâti en blocage de tout-venant) percé d'une poterne et de créneaux de fusillade vers le ravin de l'est. Fermant l'espace entre la seconde pile et l'escarpe du front nord de la fausse braie et de la porte de secours, un autre mur parapet crénelé alors construit forme une saillie à deux pans vers le nord-est, raccordé au soubassement du gros contrefort d'angle construit en 1822. Ce mur parapet joue ainsi le rôle d'une caponnière.

35 - Fossé nord, galeries et poterne

Ce fossé existait en de moindres proportions dans l'état médiéval du château, taillé à même le roc, sans revêtement maçonné. Il ne concerne que la partie du front nord directement de plain-pied avec la plate forme extérieure nord et la montagne, créant un nécessaire retranchement . Il s'ouvre directement sur le ravin côté est, mais est fermé du côté ouest par une portion de l'affleurement rocheux laissée à hauteur de la plate-forme extérieure nord.

En 1700, Vauban recommandait d'aprofondir le fossé de 10 pieds, l'élargir d'une toise, augmenter la pente des rampes de son fond, revêtir sa contrescarpe avec tablette en haut, retourner ce revêtement sur la ravine. Rempieter et revêtir le bas du rocher qui surplombe (escarpe, côté château) suivant l'alignement de la culée du pont (embase porte de secours).

En 1710, un programme sensiblement différent avait été réalisé.

Le rocher qui porte la face nord du redan (39) étant en fort surplomb (encorbellement naturel) dans sa partie haute, la partie basse de son élévation en renfoncement progressif jusqu'au fond du fossé a été revêtue d'un mur maçonné, tout en ménageant une galerie d'escarpe intermédiaire dont le surplomb rocheux forme couvrement naturel, sauf dans le tiers ouest, couvert d'une voûte en berceau (mur épaissi pour en recevoir la poussée) . Cette galerie d'escarpe est active, dix créneaux de fusillade équidistants ayant été ménagés dès la construction dans le mur de revêtement. Elle se retourne à peu près à angle droit à son extrémité ouest, pour traverser le fossé et le refermer de ce côté par un organe actif du type "caponnière". Cette branche transversale de galerie, ou caponnière, est voûtée en maçonnerie (berceau surbaissé), d'où l'épaisseur de son mur de revêtement extérieur, percé d'une série régulière de cinq créneaux de fusillade. Les maçonneries de ces murailles de revêtement du fossé et des galeries d'escarpe et de caponnière sont mises en œuvre en blocage de moellons bruts, au mieux sommairement équarris (voûtes), sans utilisation de pierre de taille, même en encadrement de la fente extérieure des créneaux. Les parements étaient enduits.

Fossé 35. Escalier et chemin de ronde de la contrescarpe ; pont.Fossé 35. Escalier et chemin de ronde de la contrescarpe ; pont. Fossé 35. Vue extérieure de la galerie caponnière et de la poterne.Fossé 35. Vue extérieure de la galerie caponnière et de la poterne.

L'unique accès d'origine à ces deux branches de galerie actives en retour d'équerre est un puits vertical taillé dans le rocher, partant d'une amorce d'escalier dans le redan (39) et aboutissant au droit de la partie voûtée en maçonnerie de la galerie d'escarpe. Une échelle, initialement en bois ou en cordes, permettait seule de descendre par le puits depuis le château jusqu'à ces galeries.

La grande campagne de travaux de 1836-1838 a sensiblement amélioré l'économie défensive et distributive tant de ces deux galeries que du fossé en général.

Un nouvel accès plus commode aux galeries a été foré dans le socle rocheux du château, partant du segment (30b) de la fausse braie, et aboutissant dans la galerie d'escarpe au même endroit que l'accès zénithal d'origine. C'est un étroit couloir en tunnel, non revêtu, dont le départ plonge d'environ 3m presque à la verticale (escalier en fer), la majeure partie du développement étant à peu près de plain-pied avec les galeries actives.

Autre modification : du côté nord du fossé, le rocher taillé formant contrescarpe ayant été retaillé en réserve sur près de 2m pour élargir le fossé avant de recevoir son revêtement maçonné, la galerie en caponnière, initialement en cul-de-sac au nord a été prolongée d'autant et percée d'une poterne calée dans l'angle rentrant avec le revêtement de la contrescarpe. Enfin, un forage complémentaire en retour d'équerre a permis d'aménager au bout de la galerie en caponnière, derrière le revêtement de la contrescarpe, une casemate à feux de revers, percée de trois créneaux flanquant directement l'approche de la poterne. Initialement prévue (1836) comme un coffre relié à la caponnière par un escalier coudé, la casemate à feux de revers se présente, à part un rétrécissement à l'entrée, comme un simple retour d'équerre de la galerie de caponnière, de plain-pied, voûtée et crénelée (créneaux encadrés en briques) au même niveau.

La poterne (arcade d'entrée en plein-cintre construite en briques) surplombe de plus de 3m le fond du fossé dans son état définitif, et fait l'objet d'un dispositif de défense passive : une planchette ou pont volant d'une longueur équivalente à la profondeur de la casemate de revers la relie à un court segment de chemin de ronde porté à mi-hauteur du fossé sur un massif de maçonnerie adossé à la contrescarpe. Ce dispositif est complété par deux volées d'escalier elles même adossées à ce chemin de ronde et séparées par un repos intermédiaire au niveau du chemin de ronde et de la poterne. La première volée d'escalier en venant de la poterne descend à droite en retour dans le fond du fossé ; la seconde, dans le même axe et la même pente, monte jusqu'à la chaussée du pont (34), passant entre la culée de tête de ce pont et la première pile, devenue culée de tête après l'achèvement de ces travaux. Le repos et la volée montante de l'escalier sont portés en sous-œuvre par deux grandes arcades ou voûtes, la première en plein-cintre, la seconde rampante et arc-boutée contre le pont. Cette seconde arcade communique avec une sorte de casemate active (créneaux vers le sud-est) voûtée aménagée sous la tête du pont.

Si le mur de contrescarpe, y compris sa partie en relief habillant l'ancienne culée de tête du pont, sont en maçonnerie grossière de blocage, la construction du chemin de ronde et des escaliers est plus soignée. Des pierres de taille dures dressées à la boucharde sont employées pour l'encadrement des deux arcades de l'escalier et pour ses marches. Les éléments de second œuvre (garde-corps en fer) ont disparu.

Fossé 35. Intérieur de la galerie caponnière du fossé, poterne et casemate.Fossé 35. Intérieur de la galerie caponnière du fossé, poterne et casemate. Fossé 35. Galerie caponnière du fossé vue en enfilade intérieure.Fossé 35. Galerie caponnière du fossé vue en enfilade intérieure. Fossé 35. Galerie d'escarpe du fossé au pied du redan 39, vue intérieure.Fossé 35. Galerie d'escarpe du fossé au pied du redan 39, vue intérieure.

36 - Bâtiment d'entrée du château, caserne

Le mur d'enveloppe extérieur de ce bâtiment, formant deux pans qui participent de l'enceinte polygonale du château, est antérieur à la fin du XVIIe siècle, mais les remaniements qu'il a subi ne permettent pas de le dater plus précisément (fin Moyen-Âge, XVIe siècle ?) Il est plus maigre que les autres parties de l'enveloppe du château formant murs extérieurs des bâtiments attenants (37, 41), mais cela s'explique par le fait qu'il n'a jamais porté de voûte.

L'économie d'origine de ce segment des bâtiments semble avoir été d'abriter au premier niveau le vestibule d'entrée du château formant une sorte de large halle (comme il s'en trouve sous certaines maisons de bourgs provençaux surplombant des ruelles ascendantes). Cet usage n'a pas été remis en cause lors des remaniements postérieurs, à la différence de celui de l'ancien étage unique, qui abritait la chapelle du château jusqu'au XVIe ou XVIIe siècle, à en croire le mémoire de Vauban de 1700 (la plus ancienne description précise connue) : A l'entrée du chasteau il y a un vuide de figure bisarre sur lequel il paroist qu'il y avoit autrefois une chapelle très irrégulière appuyée sur le mur d'enceinte qui en est resté tout troüé.

La porte du château percée à même le pan le plus court du mur d'enveloppe est décrite par Vauban comme pas plus grande que celle d'une chambre commune et n'a (yant)qu'une très simple fermeture sans corps de garde ny rien qui l'accompagne ny ne l'assure. Cette étroitesse tenait au fait que l'ancienne arcade d'entrée avait été réduite par un murage partiel, comme le révèle un article du projet de 1700 : Ouvrir la vieille porte 8 de toute l'estendue qu'elle avait autrefois c'est à dire de 6 pieds.

La façade postérieure de ce bâtiment d'entrée portant la chapelle était en 1700 nettement en retrait de l'actuelle, et prolongeait (en rupture d'axe) celle du bâtiment attenant dit de la grande salle (41). A la jonction de ces deux bâtiments, toujours côté cour, une cage d'escalier en vis formant tour de plan trapézoïdal avait été construite hors-œuvre à une date inconnue, vraisemblablement fin XVIe ou début XVIIe siècle, pour distribuer à la fois la chapelle et la grande salle (41). Le sommier de départ de la grande arcade qui ajourait en totalité le vestibule d'entrée côté cour et qui portait l'ancienne façade de la chapelle est encore visible sur le flanc est de la tour d'escalier. Sous cette grande arcade, l'emmarchement de l'ancien escalier passant du vestibule d'entrée à la "cour", taillé à même le roc, occupait toute la largeur disponible.

Les travaux conduits entre 1700 et 1710 ont profondément remanié ces dispositions. Dans le mur d'enveloppe extérieur, la porte ancienne a été entièrement reconstruite avec un arc surbaissé et une arrière-voussure de même, tandis que le long pan du mur a été percé d'une série de quatre créneaux de fusillade (fente courte sans encadrement de pierre de taille) défendant l'approche de la porte. La façade postérieure a été démolie et reconstruite en avant de son alignement ancien, en prolongement de la façade postérieure du bâtiment (37) situé à l'est. Cette face est ajourée au niveau du vestibule d'une grande arcade (arc segmentaire en pierres de tailles finies à la boucharde) portant à l'ouest sur un piédroit (côté tour d'escalier) et à l'est directement sur l'angle du bâtiment (37). Un nouvel escalier de 11 marches maçonné, droit, moins large que l'ancien et encadré de deux garde-corps rampants, passe sous cette arcade.

Au dessus du vestibule, le bâtiment comportent deux étages et un grenier identiques (prise de jour seulement au sud par deux petites fenêtres rectangulaires très simples, cheminée (en plâtre) dans le mur de refend est) formant chacun d'une pièce unique de plan pentagonal, dans laquelle pénètre l'angle de la tour d'escalier, percé de la porte palière. Ces étages sont séparés par des planchers portés sur des poutres d'axe nord-sud. Les parements des murs en blocage sont enduits, le crépi intérieur du vestibule, récemment restauré est peint en blanc. Le sol du vestibule est une forme cimentée qui s'étend à la première marche de l'escalier vers la cour et aux marches latérales (vers le sous-sol de la tour d'escalier et vers le niveau 1 du bâtiment 37). Comme les autres bâtiment attenants, cette travée d'entrée est couverte sur le grenier en appentis (versant au nord) revêtu de tuiles-canal.

Les étages servaient de chambrée pour la troupe jusqu'à la première Guerre Mondiale (capacité de la vieille caserne en 1832 : 22 hommes), le grenier étant utilisé en dernier lieu comme magasin de literie. Actuellement, ils sont à peu près inaccessibles, l'escalier en vis de la tour (dernier état en bois et plâtre ?) étant complètement détruit.

Bâtiment 36. Vestibule d'entrée du château dans le corps 36, escalier vers la cour.Bâtiment 36. Vestibule d'entrée du château dans le corps 36, escalier vers la cour. Bâtiments 36, 42. Débouché de la porte haute du château (36), galerie 42.Bâtiments 36, 42. Débouché de la porte haute du château (36), galerie 42.

37 - Corps de caserne (dit "caserne de l'aumônier") sur la chapelle et une citerne

Le mur d'enveloppe extérieur de ce bâtiment, formant deux pans qui participent de l'enceinte polygonale du château, est sans doute d'origine médiévale, et parait avoir toujours été adossé de bâtiments. Dans son mémoire de 1700, Vauban donne une longue description des locaux existant à cet emplacement : le premier qu'on rencontre est un petit magasin voûté à plein-cintre à droite en entrant qui a 19 pieds de long dans œuvre sur 10 1/2 de large et 12 de haut à mesurer sous la clef, la voûte est fendue et peu espaisse et les piedroits de la porte en désordre, on a depuis peu basty une chambre au dessus sans communication ny sans avoir ancré ny renforcé la voûte, cette chambre longue de 20 pieds, large de 12 et haute de 10. Tout cela ne vaut pas grand'chose parce que cette voûte a esté longtemps découverte et très faiblement fondée et non ancrée de sorte que les pluyes en ont pénétré les joints et le relachement du mur d'enceinte contre lequel la voûte est appuyée la fait fendre. Derrière ce bastiment est le vuide du grand angle 15 remply de décombres des vieux bastiments sous lesquels s'est trouvé depuis peu une basse fosse revêtue et voûtée de 9 à 10 pieds carrez et haute de 9 sous clef, mal décombrée du roc qui la remplit à demy, ce lieu est un cachot horrible qui n'est propre qu'à cela, dans lequel on a trouvé des ossements de gens que vraisemblablement on y a fait mourir. Dans la partie projet du mémoire, Vauban préconise la démolition / reconstruction du magasin et de sa chambre d'étage récente, à remplacer par deux étages. Le bas servirait de magasin à poudres, les étages de local pour des moulins à bras et de grenier (blé, biscuits, farines).

Bâtiment 36. Vestibule d'entrée, escalier, porte de la chapelle 37, porte haute du château.Bâtiment 36. Vestibule d'entrée, escalier, porte de la chapelle 37, porte haute du château. Bâtiment 37. Chambre du premier étage de la caserne 37.Bâtiment 37. Chambre du premier étage de la caserne 37.

Le programme réalisé entre 1700 et 1710 est très différent : le magasin voûté en rez-de-chaussée qui communique par une porte cintrée (seuil surélevé de 4 marches) avec le vestibule d'entrée (36) du château a été conservé et restauré, percé d'une fenêtre soupirail unique dans le mur extérieur, puis affecté à la chapelle du château. Le vide en soubassement (ancienne basse-fosse) qui lui fait suite au nord-est , au revers du second pan du mur extérieur, a été restructuré pour former une grande citerne rectangulaire (36 m3 800), voûtée comme le magasin / chapelle dont elle est séparée par un mur de refend étanche. Cette citerne, percée d'un soupirail vers l'est, est plus longue que la travée de caserne bâtie dessus.

Entièrement reconstruit à neuf après 1700, cette caserne comporte deux travées de chambres séparées par une travée d'escalier, sur trois niveaux, prenant jour exclusivement au sud-est, par trois fenêtres (une par travée sauf au départ de l'escalier) percées dans le mur d'enveloppe.

La travée sud-ouest et celle de l'escalier se superposent au volume de la chapelle et remplacent la chambre d'étage construite entre 1693 et 1700. La travée nord-est est construite sur une partie du mur de la face est du redan (39) qui était restée inachevée : dans cette partie, l'élévation extérieure se différencie nettement de celle du redan par le parement, qui est enduit comme celui des autres bâtiments et non en pierres apparentes.

On accède au premier niveau de la caserne, quelque peu surélevée au dessus de la "cour" réduite à un passage, par un perron de 6 marches adossé, aboutissant à une porte simple dans la travée de l'escalier. Celui-ci, à deux volées droites et moitié tournante, actuellement en ruines dans sa partie supérieure, est en bois, les marches portées sur de grosses planches clouées sur les limons et engagées dans le mur : la sous-face de ces planches est revêtue d'un enduit plâtre rampant.

Les chambres, couvertes de plafonds à lambourdes transversales, sont chacune équipée d'une cheminée en plâtre, d'un modèle très sobre à chambranle, couronnement galbé et trumeau habillant le coffre. Au second étage, une porte au nord-est de la chambre nord communique de plain-pied avec le chemin de ronde du redan (39). Les locaux et l'escalier sont enduits intérieurement au plâtre, avec plusieurs états successifs de peinture délimitant une plinthe et soulignant l'emmarchement de l'escalier. La capacité de la caserne de l'Aumônerie était de 32 hommes en 1832.

A la fin du XIXe siècle, la chapelle, après avoir été utilisée comme magasin à poudres à partir de la Révolution, servait de salle de police, les chambres du premier niveau de caserne de bureau et de magasin de compagnie, celles du second d'hébergement d'hommes de troupe et de sous-officiers, celles du troisième étant affecté aux hommes de troupe.

Bâtiment 37. Ruines de l'escalier intérieur de la caserne 37.Bâtiment 37. Ruines de l'escalier intérieur de la caserne 37. Bâtiment 37. Chambre du premier étage de la caserne, porte vers le redan 39.Bâtiment 37. Chambre du premier étage de la caserne, porte vers le redan 39.

38 - Regard ou puits de la citerne

Margelle circulaire adossée au mur pignon nord du bâtiment (37). Mise en place au plus tôt avant 1710 (ne figure pas sur la plupart des plans du XVIIIe siècle, sans doute insuffisamment précis).

39 - Le redan nord-est

Le redan nord-est de l'enceinte castrale, œuvre du XVIe siècle tardif restée inachevée à en croire Vauban, ce que confirme le plan d'état des lieux de 1700, montrant que l'extrémité sud de la face est n'a pas toute son épaisseur.

Cet ouvrage se distingue du reste des constructions du château précisément par ses murs épais (2,80m) portant un chemin de ronde ou banquette desservant un parapet d'infanterie percé de créneaux de fusillade. Ce chemin de ronde est intercepté sur la face est de deux traverses qui existaient déjà en 1700. Les deux murs reliés en angle aigu pointé au nord-est occupent l'emplacement de pans de la muraille d'enceinte médiévale polygonale qui sans doute comportait plus de deux pans et ne formait pas un angle aigu. La construction de l'ouvrage a donc consisté à détruire la plupart des pans de murs antérieurs pour y substituer une muraille épaisse et rectiligne homogène, et en partie à reprendre des maçonneries anciennes en les rechargeant en épaisseur par l'intérieur.

Selon une formule architecturale des plus classiques, le niveau de transition entre le mur et le parapet est souligné dans l'élévation extérieure par un boudin (complet sur la face est, seulement amorcé sur la face nord, ou en grande partie supprimé lors d'une restauration). Le parement extérieur de la face est emploie des moellons équarris et assisés jusqu'au boudin, le parapet étant par contre construit en blocage de tout-venant, sauf à l'angle. Les deux faces ont perdu leur symétrie en lors des travaux de 1700-1710, car ceux-ci ont incorporé l'extrémité sud de la face est, initialement de même longueur que celle du nord, dans une travée nouvelle du corps de caserne (37).

Le parement de la face nord est à la fois moins soigné et moins homogène que celui de l'est. Il parait remployer des restes de parements médiévaux plusieurs fois repris ; outre une poterne murée, on note une portion résiduelle de parement en pierre de taille dans un secteur limité, le reste étant en blocage de petit moellon de tout-venant, sauf au retour de l'angle, qui est parementé comme la face est.

Les deux embrasures à canon de la face nord, orientées nord-est, n'ont été percées que vers 1842 pour des pièces d'artillerie en usage à cette époque. Leur encadrement intérieur, faiblement ébrasé et mis en œuvre en belle pierre de taille appareillée, est voûté en plein-cintre, tandis que le vaste ébrasement extérieur est voûté en berceau très surbaissé, avec encadrement moins soigné, quoique aussi en pierre de taille. A la même époque, l'accès à l'aire intérieure du redan, au sud, a été barré de la cour et passage de distribution par un mur traverse percé d'une porte médiane. Ce mur a moins un rôle de défilement que de retranchement du redan, dont l'aire intérieure contenait désormais deux grosses pièces de canon.

Redan 39. Face nord du redan, embrasures et poterne murée.Redan 39. Face nord du redan, embrasures et poterne murée. Redan 39. Détail de la bouche intérieure d'une canonnière 1840 du redan.Redan 39. Détail de la bouche intérieure d'une canonnière 1840 du redan.

L'ancienne poterne murée est exprimée dans le parement extérieur par un encadrement en pierre blanche avec arc plein-cintre composé de trois pierres longues taillées en intrados et extrados, selon une typologie post médiévale. Cet encadrement de porte, adapté à un simple vantail, peut être comparé à celui de la traverse 30a-30b de la fausse braie, dont on a vu qu'il correspondait sans doute à l'avant porte du château dans l'état de la fin du XVIe siècle. On peut donc proposer de dater cette poterne de la même époque, et considérer qu'elle fait partie de la conception défensive du redan de la fin du XVIe siècle. Son encadrement extérieur étant situé sous le niveau du terre-plein du redan, il est clair qu'on descendait à cette poterne par un escalier s'amorçant sur ce terre-plein et traversant l'épaisseur du mur pour aboutir à une sorte de palier maçonné (traces) communiquant à un raidillon descendant à flanc de rocher au dessus de la fermeture ouest du fossé. Non mentionnée dans les mémoires de Vauban et non figurée sur les plans contemporains, cette poterne était assurément déjà condamnée en 1700, peut-être seulement depuis les premiers travaux de 1690. Elle constituait à l'évidence un point faible par la quasi nullité de ses défenses propres (rien n'empêche toutefois de penser qu'une bretèche dans le parapet du redan pouvait à l'origine la couvrir verticalement). Les créneaux de fusillade de la tourelle (40) qui termine à l'ouest la face nord du redan permettaient une défense flanquante de cette ancienne issue. Les travaux d'approfondissement du fossé et de création de la galerie d'escarpe conduits entre 1700 et 1710 sont certainement responsables de la condamnation de cette poterne, dont l'embrasure dans le mur et l'escalier d'accès ont été réutilisés et modifiés pour desservir le puits d'accès à la galerie d'escarpe. Les travaux d'escarpement (ravalement du surplomb rocheux extérieur) de 1792-1793 ont pu achever d'effacer les restes de l'ancien cheminement de descente taillé à flanc de rocher.

Le chemin de ronde ou banquette est accessible par l'ouest depuis l'aire intérieure du redan par un escalier montant en deux segments (premier segment jadis courbe et taillé dans le roc refait en maçonnerie après 1710 et avant 1775, second segment créé à la même époque, le tout restauré dans les années 1830 avec arase en briques de chant). A l'autre bout, au sud, le chemin de ronde communique directement avec le second niveau du corps de caserne (37) construit entre 1700 et 1710.

Le parapet et son crénelage, réparés une première fois avant 1700, ont été entièrement réformés dans les années 1830 : l'ébrasement intérieur des créneaux de fusillade a reçu alors un nouvel encadrement en briques. L'un des 8 créneaux du parapet nord est une embrasure carrée utilisable pour une petite pièce d'artillerie, ébrasée au dehors ; le plan de 1700 montre trois embrasures de ce type alternant avec les créneaux de fusillade. Les travaux entrepris durant la première guerre mondiale avaient aménagé la partie du chemin de ronde est attenante à la caserne (37) en deux locaux couverts délimités par les traverses en place ; le premier était affecté à la cordonnerie de la place. Aujourd'hui détruits, il restent lisibles par leurs enduits au ciment et l'obturation de certains créneaux. Le chemin de ronde nord avait été équipé d'une couverture en tôle ou en zinc dont subsistent les potences d'appui en fer, encore scellées dans la maçonnerie.

Redan 39 - 40. Restes de la tourelle 40, escalier vers le chemin de ronde de la face nord du redan.Redan 39 - 40. Restes de la tourelle 40, escalier vers le chemin de ronde de la face nord du redan. Redan 39. Chemin de ronde crénelé de la face nord.Redan 39. Chemin de ronde crénelé de la face nord.

40 - Tourelle et terrasse attenante

Terminant la face nord du redan, cette tourelle semi-cylindrique construite au plus haut de l'affleurement rocheux pour cet étage du château n'a guère plus d'élévation maçonnée qu'une simple guérite. Dans le parti initial de la fin du XVIe siècle, elle jouait à la fois le rôle d'organe de flanquement (assurant par ses créneaux un contrôle de l'ancienne poterne de la face nord du redan), et le rôle d'organe de transition entre face et flanc du redan, à l'instar de l'orillon dans les bastions du XVIe siècle. Sur le plan de 1700, les créneaux flanquants de cette tourelle sont exprimées comme des embrasures pour petites pièces d'artillerie ; actuellement, il ne s'agit que de créneaux de fusillade, répartis sur deux étages. Le flanc ouest du redan est en retour d'angle non pas droit, mais obtus, et se compose d'un simple mur parapet crénelé délimitant une petite terrasse haute au pied du rocher portant la plate-forme du donjon. Dans son projet de 1700, Vauban proposait de détruire ce mur pour le refonder plus bas sur le rocher et agrandir d'autant la terrasse disponible : il pensait que cet emplacement ainsi agrandi pouvait recevoir un nouveau bâtiment, plus spécialement la chapelle du château. On verra que les constructions édifiées là bien plus tard répondaient à des besoins beaucoup plus prosaïques.

Dans les faits, la tourelle, la terrasse attenante et son mur parapet n'ont subi aucune modification lors de la campagne de travaux achevée en 1710. A une date inconnue du XVIIIe siècle, antérieure à la Révolution, le mur parapet de la terrasse s'est écroulé dans le précipice, probablement entraîné dans la chute d'une partie du rocher, et a été reconstruit en deux pans délimitant un espace un peu plus réduit qu'à l'origine. Secteur 40. Ruines des locaux sanitaires du début du XXeme siècle.Secteur 40. Ruines des locaux sanitaires du début du XXeme siècle.

Il faut attendre 1828 pour voir apparaître un petit bâtiment dans ce secteur : il s'agit de cabinets de latrines pour la troupe, appuyés sur le mur parapet de la terrasse, au point où il forme un angle; ces latrines s'évacuaient à l'ouest dans le précipice. A la fin du XIXe siècle, des urinoirs avaient été ajoutés en adossement entre ce cabinet et la tourelle. En 1911, ces latrines furent détruites pour céder place à un local technique à usage partagé de lampisterie, chaufferie et douches (actuellement en ruines), tandis que de nouvelles latrines étaient installées en encorbellement (avec conduites en tuyaux et fosse en contrebas) dans la tourelle, éventrée frontalement pour la circonstance. Dans un second temps, les tuyaux de descente de ces latrines ont été coffrés dans une gaine cimentée très inesthétique qui existe encore, alors que le cabinet des latrines en briques est ruiné, réduit à son ossature métallique rouillée.

41 - Corps de caserne dit de "la grande salle"

Ce grand bâtiment de plan rectangulaire, le plus ample d'un seul tenant au sein du château, est aussi le seul dont une partie de l'élévation conserve un caractère de construction médiévale. Il s'intègre dans l'enceinte polygonale du second étage du château, mais constitue un bâtiment de structure homogène auquel les murailles d'enceinte et les autres bâtiments se sont raccordés après coup. Dans la partie inférieure de son élévation sud, ou façade extérieure, sur quelques mètres à partir de l'ancrage au rocher, le parement d'origine et l'angle sud-est peuvent faire l'objet d'une lecture archéologique, du fait de la disparition de l'enduit couvrant. On y observe des pierres de taille de moyen appareil traitées en bossage rustique avec liseré. Elles concernent les premières assises de soubassement et le chaînage de l'angle sur une élévation équivalente à celle de la salle basse. Au niveau des étages supérieur, la qualité du parement se dégrade, n'employant plus que des moellons au mieux équarris, échantillonnés et assisés. A l'intérieur de cette élévation médiévale employant des pierres à bossage, la salle basse d'un seul tenant est tout aussi caractéristique par son voûtement en berceau brisé, avec bandeau horizontal en quart de rond marquant la transition entre le mur et le départ de la voûte. Les trois jours équidistants actuellement percés dans le mur sud recoupent ce bandeau et correspondent à un état moderne, postérieur à 1700 (utilisation comme magasin à poudres vers 1720), retouché jusqu'au début du XXe siècle (au XIXe siècle, cette "cave", recoupée par une cloison, servait de réfectoire et de magasin aux vivres). Dans l'état médiéval, datable au plus tôt du XIIIe siècle, cette salle basse voûtée, à usage de cellier, était soit aveugle soit percée de jours beaucoup plus étroits, réduits à une simple fente au dehors.

Le dessin des archives de Turin montre qu'à la fin du XVIe siècle ce bâtiment comportait deux étages déjà largement percés de fenêtres au sud, un toit à deux pentes, et que deux échauguettes ou guérites semi-circulaires en partie haute étaient portés en encorbellement aux deux extrémités de cette façade. La mauvaise qualité graphique de ce document laisse un doute sur l'implantation de l'échauguette sud-est qui, à la différence de cette su sud-ouest ne semble pas couronner l'angle saillant du bâtiment mais l'angle rentrant qu'il forme avec le mur extérieur du corps d'entrée (36). Ces échauguettes avaient déjà disparu du temps de Vauban.

Les étages, formant deux "grandes salles" superposés, étaient distribués depuis la fin du XVIe siècle par la tour d'escalier en vis de plan trapézoïdal plaquée hors œuvre côté nord à la jonction de ce bâtiment avec celui de l'entrée (36). Ces deux grandes salles, hautes sous plafond (lambourdes transversales portant plancher) comportent une cheminée à chaque bout, au milieu des murs pignons : l'état actuel de ces cheminées en stuc à chambranle, trumeau recoupé par deux corniches moulurées et décor latéral de petits panneaux verticaux ruchés, est postérieur à 1700, peut-être même à 1720 (La légende d'un plan pour 1722 dit que l'intérieur du bâtiment, sous des couvertures rétablies, est en grand désordre depuis toujours). Le plan de Vauban daté de 1700 n'exprime d'ailleurs dans la première grande salle que la cheminée ouest, laissant croire que celles de l'est ont été créées plus tard.

En revanche, à ce niveau, la porte au milieu de la façade nord et les deux fenêtres en façade sud existaient déjà à leur place et dans leurs dimensions actuelles en 1700. Le dessin de Turin exprime les deux grandes fenêtres de la première salle, qui y apparaissent cintrées, mais crédite la salle supérieure de trois fenêtres plus petites, alternées. Si l'on accorde crédit à ce dessin, il faut supposer que les deux fenêtres actuelles de la salle supérieure ont été créées à l'identique de celles de la première salle bien plus tard, en l'occurrence après 1700. En poussant plus loin l'hypothèse, on peut imaginer que dans l'état des lieux vers 1600, la hauteur des murs de façade de ce bâtiment ne dépassait pas le niveau correspondant actuellement à l'appui des deux fenêtres de la salle haute : dans cette élévation réduite tenaient deux niveaux de salle, la première plus basse sous plafond que l'actuelle, avec des fenêtres un peu moins hautes sous linteau (ou sous arc). De la salle haute de ce premier état, d'usage sans doute moins noble, ne témoignerait plus que la curieuse fenêtre isolée dans la façade juste au dessus du couvrement actuel des deux grandes fenêtres de la grande salle du niveau 1. Cette fenêtre plus petite que les autres, qui ne correspond à aucun niveau actuel (au ras du plafond du niveau 1), serait la médiane des trois indiquées sur le dessin de Turin. Cette reconstitution parait créditée par la description de Vauban datée de 1700 : un bastiment consistant à une grande cave voûtée longue de 42 pieds large de 12 et d'autant de haut au dessus de laquelle il y a encore une autre salle de pareille longueur et largeur, et haute de 13 pieds sous poutre (...) il y a sur cette estendue de bastiment un grenier dont la longueur et largeur est la mesme sur la hauteur de 8 pieds sous couverture mesuré au pignon le surplus consiste à un escalier fort en désordre.

Bâtiment 41 - 43. Façade extérieure de la grande salle 41 et bâtiment 43 accolé.Bâtiment 41 - 43. Façade extérieure de la grande salle 41 et bâtiment 43 accolé. Bâtiment 41. Salle basse voûtée de la grande salle.Bâtiment 41. Salle basse voûtée de la grande salle. Bâtiment 41. Cheminée du deuxième étage de la grande salle 41.Bâtiment 41. Cheminée du deuxième étage de la grande salle 41.

Les travaux conduits après 1700, certains achevés seulement en 172430 ont donc comporté la démolition du toit et des planchers, le surhaussement des murs et l'aménagement de deux grandes salles superposées hautes sous plafond, dotées chacune de deux belles cheminées et de deux hautes fenêtres au sud, celles du premier niveau de "grande salle" plus hautes que dans l'état antérieur (l'encadrement des fenêtres actuelles, médiocrement mis en œuvre en moellons enduits et linteaux bois, n'a rien qui rappelle un état médiéval ou XVIe siècle).

La question de la modification de forme du toit est plus complexe à résoudre : une ligne d'arasement visible dans le parement au niveau des linteaux des fenêtres du second niveau témoigne d'une seconde surélévation, la première partant du niveau d'appui des mêmes fenêtres. Le plus plausible semble être que le toit à deux pentes indiqué sur le dessin de Turin vers 1600 avait été remplacé au cours du XVIIe siècle (peut-être seulement en 1690) par un toit en appentis versant au nord, d'où la première surélévation et la suppression des échauguettes. La seconde surélévation repris le principe du toit en appentis, à un niveau permettant aménager le volume d'une "grande salle" haute à la place du grenier vu par Vauban, avec grenier sous l'appentis percé lui aussi au sud de deux travées de fenêtres superposées à celles des salles. Cette seconde surélévation, donnant l'état actuel, date seule des travaux postérieurs à 1700, et doit correspondre à la phase 1704-1707, qui voit la construction de la galerie nord (42) à laquelle s'étend le toit en appentis de la grande salle (couverture en tuiles creuses).

Dès 1710, un mur de refend avait été installé au moins dans le premier niveau de "grande salle", ce qui expliquait la présence de deux cheminées, chacune étant à l'usage d'une des deux pièces résultant de ce cloisonnement. Le décloisonnement correspondant l'état actuel est ancien : les plans indiquent à nouveau un volume unique dès la fin du XVIIIe siècle. Cela pose la question de l'usage de ces "grandes salles" dans la forteresse du XVIIIe siècle, perpétuant une tradition médiévale attachée à ce bâtiment. Le traitement des cheminées en stuc plus soigné et décoré que la moyenne, la grande hauteur sous plafond, suggèrent un programme de salles de représentation publique ou de réception à l'usage du gouverneur de la place-forte, et pourtant les archives indiquent dès 1724 l'appropriation de ces volumes au logement d'une garnison de 60 hommes, usage de caserne toujours d'actualité à la Révolution, et jusqu'au début du XXe siècle. La capacité de la caserne dite La Grande Salle était de 58 hommes en 1832.

42 - Galerie de la "grande salle"

Ce corps de galerie a été construit entre 1704 et 1707 en appui contre la façade nord de la grande salle, en alignement de la face nord de la tour d'escalier en vis préexistante. Il s'élève au dessus d'une longue et étroite cave qui longe le mur nord du bâtiment de la "grande salle" (41) et a été créée (au Moyen-Âge ? au XVIe siècle ?) en couvrant d'une voûte une anfractuosité rocheuse naturelle, ce qui permettait d'aménager une petite cour devant le bâtiment. Les fondements de la tour d'escalier partent du niveau de cette cave, qui est aussi celui de la salle basse du bâtiment de la "grande salle" (41) et celui du vestibule d'entrée du château (36). L'accès à cette cave sous la galerie se fait par le vestibule (36), à l'angle nord-est par une petite porte ménagée dans la saillie que forme le soubassement de la tour d'escalier dans le volume de ce vestibule. Il semble que dans l'état XVIIe siècle, l'escalier en vis de cette tour commençait dès ce niveau de soubassement, à en juger par la description de Vauban en 1700 : un escalier fort en désordre qui distribue à la cave et aux deux salles attenant avec un petit souterrain au devant de ce bastiment (la "grande salle") long de 40 pieds, de largeur inégale réduite à 5 pieds sur la hauteur de 7 dont la voute est enfoncée, il y pleut partout...

La galerie, construite sur l'ancienne cour et chaînée à l'angle nord-ouest de la tour d'escalier antérieure, comporte un premier niveau (dit préau en 1710) de quatre grandes arcades à jour correspondant à l'emprise (tant en longueur qu'en hauteur sous plafond) de la première "grande salle". Au delà de la quatrième arcade ouest, la galerie se prolonge en encaissement dans le rocher pour distribuer la cuisine (43). Les arcades en plein-cintre sont d'un dessin sobre mais de construction très soignée, par comparaison avec le reste des ouvrages du château : entièrement en pierre de taille, elles retombent sur des piliers carrés par l'intermédiaire d'une assise en relief formant bandeau les arcs ont des claveaux passant un sur deux, avec clef en relief. Galerie 42. Rez de cour de la galerie à arcades 42 devant la grande salle.Galerie 42. Rez de cour de la galerie à arcades 42 devant la grande salle.Le sol est composé d'une calade de galets. Au dessus des arcades, la galerie comporte un étage unique sous l'appentis du toit commun à la "grande salle". Cet étage est accessible de plain-pied par le haut de la première rampe (20 marches) de l'escalier découvert montant vers le donjon (45-46) ; outre sa porte d'accès, par l'extrémité ouest, l'étage de la galerie est percé de deux fenêtres très simple. Il convient de noter que cet étage avait une fonction distributive dès sa construction initiale au début du XVIIIe siècle : s'il est aujourd'hui passage obligé et unique accès de la grande salle d'étage, c'était déjà le cas à l'origine : en effet, la modification des niveaux de plafond de la "grande salle" (41) à cette époque ne permettait plus la distribution par la tour d'escalier en vis, faute de concordance des seuils.

L'ensemble du programme initial de ce corps de galerie confirme pour la grande salle un projet "hiérarchisé" au sein du château dans le programme de 1704-1707.

Néanmoins, l'étage de la galerie a servi très tôt de dortoir pour la troupe, au même titre que la "grande salle". La première travée des arcades (est) avait été fermée par des murs maigres au XIXe siècle pour l'aménagement de lavabos (même cloisonnement à l'étage, pour le dépôt des armes).

43 - bâtiment de la cuisine / boulangerie et du four

Ajouté en prolongement ouest de la "grande salle" (41) sur un socle rocheux très accidenté (en appui au nord et nord-est et contre une pan de rocher haut de 4 à 8m au dessus du niveau de cave de la "grande salle"), ce bâtiment est réputé ne dater que de 1690, ce dont on peut douter, compte tenu du fait qu'il était en mauvais état dix ans plus tard.

Cette construction se compose d'un corps de bâtiment presque carré en plan abritant en soubassement une citerne de 24 m3 voûtée en berceau, surmontée d'une cuisine boulangerie, puis d'un étage, complété à l'ouest d'un autre corps à l'origine plus étroit et sans étage, qui abritait un citerneau en soubassement et un four au dessus, à l'usage de la cuisine boulangerie. Vauban décrit cet ensemble en 1700 : au bout et attenant de ce bastiment, il y a une chambre à four de 13 pieds de long, large de 12 et haute de 13, au dessous une cisterne de 10 pa en carré et 11 pieds d'eau avec un cisterneau sur le derrière, l'un et l'autre en mauvais estat. A cette époque, la "grande salle" (41) n'avait encore à l'étage qu'un grenier, qui s'étendait au dessus de cette cuisine boulangerie ou "chambre à four". Les travaux de 1704-1707 donnèrent aux deux étages surhaussés de ce bâtiment annexe d'une travée des dispositions générales communes (hauteur sous plafond, fenêtres au sud, toit en appentis versant au nord) à celles alors mises en œuvre à la "grande salle", un toit commun couvrant les trois éléments: cette travée, la "grande salle" (41) et la galerie (42), tour d'escalier comprise. Ainsi, les enduits couvrant aidant, la "grande salle" et cette travée ajoutée ne forment plus en apparence extérieure qu'un seul bâtiment homogène, avec un rythme de fenêtre régulier en trois travées dans la façade sud. Toutefois, la distribution intérieure dissocie nettement la travée de la cuisine boulangerie, isolée du bâtiment des salles par le mur pignon ouest de celui-ci, devenu mur de refend. La cuisine boulangerie est distribuée par la galerie à arcades, mais sans communication directe avec la salle du même niveau, cette communication directe n'existant à aucun des deux étages supérieurs (grenier compris). Au premier de ces deux étages, formant une chambre à part entière, l'accès se fait au nord par une porte donnant directement sur un repos de l'escalier extérieur montant au donjon, sans aucun lien avec l'étage de la galerie (42).

Sans étage et essentiellement voué à abriter le four dont la bouche s'ouvre sur la cuisine boulangerie, l'annexe ouest, de plan irrégulier, a été en grande partie reconstruite et agrandie à une date mal définie, probablement dans les années 1820. Son mur sud, qui était en retrait de la façade commune à la grande salle (41) et a la cuisine, a été reconstruit en strict alignement de cette façade, et l'élévation a été augmentée de deux étages pour mettre au niveau de celle des façades nord et sud des bâtiments en question. L'angle sud-ouest de ce local, qui est devenu celui de l'ensemble des bâtiments adossés du château, est chaîné en pierres de taille dures et longues appareillées en besace, qui tranche avec un parement courant en blocage de tout venant plus médiocre que celui des bâtiments antérieur, destiné à être masqué par un enduit. Depuis cette reconstruction existe au dessus du four une petite chambre mise en communication avec celle qui surmonte la cuisine et percée d'une petite fenêtre au sud, chambre surmontée d'un grenier éclairé lui aussi par une fenêtre identique au sud. Au niveau du four, un vide technique actuellement inaccessible existe entre le mur de façade sud et le bâti du four, ventilé par un soupirail encadré de pierres de taille. Bâtiment 43. Intérieur de la cuisine, boulangerie du bâtiment 43.Bâtiment 43. Intérieur de la cuisine, boulangerie du bâtiment 43.

La cuisine boulangerie actuelle est très délabrée mais ne parait pas avoir été beaucoup modifiée depuis la fin du XVIIe siècle. Au milieu du mur ouest, la cheminée, ruinée, avait une hotte pyramidale hourdé au plâtre sur des consoles en bois plâtré. La gueule du four (en arc brisé) s'ouvre au milieu du foyer de cette cheminée : il s'agit d'un vaste four à pain, destiné à fournir l'ensemble de la garnison du château. On ignore si ce four a eu un usage mixte au moins durant une période de son histoire, la pièce étant aussi une cuisine au moins depuis le XIXe siècle. Le mur sud est percé de deux petites fenêtres voisines dont une (démurée récemment) curieusement percée près du sol : celle ci est peut-être la seule d'origine, l'autre ressemblant à un percement du XIXe siècle. Le puits de la citerne, avec margelle et mur de margelle circulaire en pierre de taille (couvercle en planches), est pratiquement adossé à ce mur sud au plus près des deux fenêtres, la partie de ce mur entre la fenêtre basse et l'angle sud-ouest de la pièce étant occupée par un potager maçonné à trois arcades compartiment. Des marmites du début du XXe siècle sont encore en place sur ce potager.

Dès les années 1720, la chambre au dessus de la cuisine était considérée comme une annexe de la caserne de la "grande salle", celle au dessus du four ajoutée au premier tiers du XIXe siècle ayant d'abord le même usage. A la fin du XIXe siècle, ces deux chambres contiguës étaient affectées au mess des sous-officiers.

A l'extérieur, à l'ouest du bâtiment du four, un muret en ruines en 1700 a été utilisé avant 1710 pour construire un très petit local trapézoïdal d'une seule cellule (actuellement en ruines), qui est qualifié en 1828 de "petit cachot" et vers 1900 de magasin aux vivres des sous-officiers.

Les grilles en fer en place dans toutes les fenêtres de la façade sud des bâtiments paraissent avoir été mises en place seulement au début du XXe siècle, en rapport avec l'usage carcéral donné à la plupart des locaux pendant la première guerre mondiale.

44 - Escalier d'accès au donjon

Cet escalier à ciel ouvert formé de deux rampes successives adaptées aux irrégularités du rocher, a été modifié et amélioré, probablement vers la fin du XVIIIe siècle. Dans son état ancien, qui remontait sans doute à l'époque médiévale, la première rampe en partant de la cour devant la "grande salle" (41) avait de grandes marches sans doute taillées à même le roc (avec mur d'appui toutefois), le repos qui suivait était en pente, et la seconde rampe soutenue par un haut mur d'appui était composée de marches fort raides. Le remaniement a tendu à rendre constante la pente des deux rampes, augmentant le nombre de marches de la seconde formant un coude au départ, en réduisant le repos intermédiaire mis à niveau. Une porte à vantail, datant du remaniement de l'escalier, forme barrage intermédiaire entre le haut de la première rampe et le repos.

45 - Plate-forme du donjon

On ignore l'aménagement médiéval qui a précédé cette plate-forme sur la moitié est (la moins haute) de l'arête rocheuse du donjon. Il s'agissait peut être d'une simple muraille de conception organique suivant le contour nord du rocher, comme semble l'indiquer le dessin de Turin.

La création à cet emplacement d'une plate-forme à canons permettant des tirs au nord et à l'est par des embrasures percées dans un mur parapet muni d'une tourelle ou guérite d'angle, n'est pas antérieure au début du XVIIe siècle ; ces constructions sont en blocage de moellons de tout venant enduit, sans luxe.

Le mur parapet de la plate-forme, rectiligne, n'existe que sur les côtés nord et est, cédant place au sud à un simple muret d'appui, en sorte qu'on peut dire que cet ouvrage est ouvert à la gorge, aussi bien dans son état ancien qu'après les travaux (après 1773) de reprise en sous-œuvre des escarpement sud, qui ont élargi la plate-forme en un point où le rocher était échancré, et régularisé le côté sud. Vauban donne une bonne description de l'état des lieux en 1700 : une plate-forme de figure irrégulière de 10 thoises de longueur et de largeur inégalle sur l'un des coins de laquelle il y a une gueritte ouverte par le dessus de 5 pieds de diamètre, cette plate-forme est couverte d'un parapet de 10 pieds 1/2 de haut et 3 d'espais percé de créneaux et du costé de la ville par un simple gardefou eslevé a hauteur d'apuy. On ne connaît pas le mode de couvrement initialement prévu pour la tourelle d'angle, qui était à ciel ouvert et percée de deux embrasures flanquantes comme celle du redan (39). Au XIXe siècle, son mur circulaire avait été rehaussé au dessus de la tablette d'arase de façon dégressive pour recevoir une couverture en appentis versant au sud. Donjon 45 - 46. Plate forme 45, entrée du donjon et de ses locaux 46.Donjon 45 - 46. Plate forme 45, entrée du donjon et de ses locaux 46.

Le long mur parapet nord était percé en 1700 de cinq embrasures "à la française" (ébrasement intérieur et extérieur) dont la plus à l'ouest a été condamnée vers 1821 par l'agrandissement des bâtiments du donjon sur une travée fondée à son emplacement (45c). Le mur est, très court, ne comporte qu'une embrasure. Ces murs parapets n'ont jamais été épaissi, comme il a été proposé depuis Vauban, mais toutes les embrasures ont été réformées entre 1820 et 1830, en donnant notamment une orientation de tir spécifique à celles du mur nord. Une campagne de restauration récente (fin années 1990) a fait disparaître les ruines du vaste bâtiment sans étage, percé de 8 fenêtres au sud, qui avait été construit sur la plate-forme durant la seconde guerre mondiale. Cette restauration a aussi remonté l'encadrement en pierres de taille de la porte d'entrée de la plate-forme et du l'ensemble du donjon, en haut de la seconde rampe de l'escalier d'accès, porte qui était dotée d'un vantail.

46 - Casernes du donjon

Le dessin des archives de Turin montre à l'emplacement des bâtiments actuels une tour maîtresse qui parait plutôt circulaire, raccordée à une muraille, le tout ruiniforme et évoquant en moins élancé le château de Guillaumes (Alpes Maritimes). La construction de nouveaux bâtiments vers 1790-1793 n'a apparemment laissé subsister aucun vestige du "donjon" médiéval, qu'on avait dû préalablement démolir pour assurer une bonne assise sur le rocher des constructions neuves. Vauban donne en 1700 une description précise de ces bâtiments : Ce que l'on apelle donjon est la plus haute partie du rocher qui est escarpée de tous costez (...) le sommet de cette partie est occupé par un petit corps de logis qu'on a rebasty depuis peu consistant à une cave voûtée de 28 pieds de long large de 9 et haute de 8 avec un caveau au dessous de 15 pieds de long, large de 6 et haut de 8. Au dessus de ces caves il y a un petit corps de logis séparé en deux chambres dont la première en entrant est longue de 15 pieds, la 2° de 13 et les deux ensembles larges de 12 et hautes de 9 sous poutre avec chacune une petite cheminée; sur la gauche de ces chambres il y a une cuisine longue de 14 pieds large de 10 haute de 7 avec une cheminée, une cisterne et un évier mal arrangé ; au dessus de tout cela il y a de quoy faire un bon grenier sur toute l'estendue de ce bastiment ; au bas dudit bastiment sur le rez de l'entrée de la cave il y a une plate-forme... L'état actuel des lieux reste généralement conforme à cette description, les locaux étant distribués au sud par un étroit passage en balcon accroché au rebord du rocher desservi par un escalier coudé qui compense la différence de niveau entre la plate-forme (45) et l'assiette des bâtiments du donjon. Ces locaux hiérarchisés étaient affectés au XVIIIe siècle au logement du commandant de la place.

Donjon 46. Intérieur de la cuisine 46 A du bâtiment du donjon.Donjon 46. Intérieur de la cuisine 46 A du bâtiment du donjon. Donjon 46. Chambres du corps principal du bâtiment du donjon vues de l'est.Donjon 46. Chambres du corps principal du bâtiment du donjon vues de l'est. Donjon 46. Chambres du corps principal du bâtiment du donjon vues de l'ouest.Donjon 46. Chambres du corps principal du bâtiment du donjon vues de l'ouest.

Il convient de préciser que le sous-ensemble affecté à la cuisine, avec citerne voûtée en soubassement (24 m3 900), occupe sans doute l'emplacement de la tour maîtresse médiévale, à l'extrémité ouest du donjon, point le plus haut du site fortifié d'Entrevaux, surplombant directement la vallée du Var. Ce bâtiment de plan trapézoïdal presque carré, désaxé du corps de logis attenant et sans communication directe avec lui, reprend de ce fait le principe néo-médiéval d'une tour associée à un logis, principe démenti par l'élévation qui n'est nullement hiérarchisée, l'ensemble étant couvert par un même toit en appentis versant au sud. Cette partie "tour" contenant citerne et cuisine menaçait ruine en 1776 : la citerne n'était plus étanche et une fissure verticale au nord témoignait d'un mouvement de décrochement entre tour et corps de logis. La démolition et reconstruction alors projetées ont bien été effectuées en 1777, et concernent les deux tiers supérieurs de l'élévation du mur nord-ouest et du mur sud-ouest de la "tour" incluant l'angle sud. La distribution intérieure de la cuisine s'en est trouvé changée : A l'origine, la cheminée était dans le mur sud-ouest, calée sur l'angle sud, voisinant avec une fenêtre percée dans la moitié ouest du même mur, au-dessus du potager, et une autre fenêtre était percée au milieu du mur nord-ouest. Depuis la reconstruction, la cheminée (en bois et plâtre, avec jambages incurvés en haut portant manteau saillant et hotte évasée en bas) occupe le milieu du mur nord-ouest, et il n'y a plus qu'une fenêtre, au milieu du mur sud-ouest. Les autres côtés du local, non reconstruits, conservent leurs dispositions d'origine : la porte d'entrée dans la moitié est du mur sud-est, et le puits de la citerne contre le mur nord-est, flanqué à gauche d'un bassin évier surmonté d'un placard vaisselier mural (état actuel refait début XXe siècle, comme le carrelage du sol) avec évacuation des eaux usées par une goulotte traversant presque verticalement le mur nord-ouest (exutoire remontant à l'état d'origine à l'extérieur, formant saignée dans le mur). Le local actuel est dégradé, poutres et planches du plafond dénudées, mais l'enduit des murs conserve des traces de peintures (bandes de couleur entre plinthe et mur).

Le corps de logis a peu été remanié. Ses deux pièces ont chacune deux fenêtres, au nord et au sud (celle au nord de la pièce ouest est condamnée). La porte d'accès sur le passage en balcon donne sur la pièce ouest, dont le plan en trapèze évasé au nord a été mis a profit pour loger dans un espace triangulaire entre le mur sud-ouest et une cloison un étroit escalier en bois montant au comble. Les deux cheminées en plâtre sur bâti bois, adossées au mur de refend, sont du même type que celles du corps de caserne est du château (37). Malgré le délabrement général des enduits, dégradés par le défaut d'étanchéité des toits au cours XXe siècle, d'intéressants détails de mise en œuvre et de décor XVIIIe eu XIXe siècle restent visibles : les plafonds sont entièrement revêtus de plâtre sur lattis, avec adoucissement en quart de rond au raccord des murs et des poutres. Des motifs, assez discrets, de peinture décorative se trouvent en dessus de porte et en frise (ligne d'horizon maritime avec phares, bateaux, etc.). Ce décor pourrait dater des années 1830 au plus tôt car il concerne aussi une troisième pièce ajoutée à l'est du corps de logis vers 1821. Cette pièce, de plan trapézoïdal et d'implantation désaxée en pendant de la cuisine ouest, plus petite que les autres, est construite au dessus de l'escalier reliant la plate-forme (45) aux bâtiments (46). Son soubassement est une sorte de vestibule ou passage voûté en berceau est-ouest, avec montée en pénétration au sud, qui débouche côté plate-forme par une arcade en plein-cintre. Ce passage dessert au passage la porte d'accès aux cave et caveau (voûtés en berceau) du corps de logis fin XVIIe siècle.

L'ensemble des bâtiments est construit en blocage de petits moellons de tout-venant revêtu d'un enduit couvrant (renouvelé au XIXe siècle). Dans le parement extérieur, les pierres de taille blanches sont réservées aux encoignures (4 angles principaux) et aux encadrement de baies (arcade d'entrée, portes, fenêtres des petits côtés) ; seules les fenêtres des longues façades nord et sud ont un encadrement plus rudimentaire, souligné d'un enduit couleur brique.

Le toit en appentis qui couvre l'ensemble, versant au sud, a un égout très fortement débordant, avec panne extérieure soutenue par des madriers sur contrefiches. Ce débord important formant auvent au dessus du passage de distribution des locaux s'explique par la différence de plan de la façade sud, rentrant à trois pans, et de l'égout, en pan unique rectiligne d'une extrémité à l'autre de la façade. La couverture en tuiles creuse et une partie de la charpente viennent d'être refaits (fin années 1990).

Donjon 46. Détail des dessus de porte dans les chambres du corps principal.Donjon 46. Détail des dessus de porte dans les chambres du corps principal. Donjon 46. Détail de décor de plafond dans les chambres du corps principal.Donjon 46. Détail de décor de plafond dans les chambres du corps principal.

47 - Magasin hors les murs du château

Ce magasin de plan rectangulaire allongé, appuyé par son grand côté nord à une paroi rocheuse verticale, occupe une petite plate-forme d'axe sud-ouest / nord-est en contrebas et au sud-ouest des bâtiments du donjon. L'accès se fait par un sentier partant du côté nord de la 9e et dernière branche de la rampe d'accès au château, peu avant le pont-levis sud. Ce magasin apparaît pour la première fois sur un plan de 1721, et avait sans doute été construit entre 1710 et cette date.

C'est une construction en blocage très grossier de moellons de tout-venant sans enduit extérieur, avec voûte en berceau dont les reins ne sont plus protégés de longue date par une toiture, qui devait être à pente unique versant au sud. La porte d'entrée est percée dans le mur pignon ouest, un seul soupirail médian au sud donnant jour et air au volume intérieur sous voûte.

On ne connaît pas la fonction précise, projetée ou effective de ce magasin qui est rarement mentionné dans les archives de génie, et généralement sans indications. Peut-être avait-il été conçu pour servir de magasin à poudre annexe ou d'arsenal pour les armes d'épaule à employer pour la défense de la rampe et de la fausse braie.

1A. D. 13 : B 2, Reg. Pergamenorum, f° 45.2Ces trois fiefs avec châteaux tiennent aujourd'hui dans le territoire communal de Val de Chalvagne, canton d'Entrevaux.3F. Benoit, p. 323, n° 246.4Isnard, Etat documentaire et feodal de la Haute Provence.5R. Greaves, Vade mecum… p.3.6M. Gauche, p. 21.7M. Gauche, p. 25, 31.8M. Gauche, p. 28.9R. Greaves, Vade mecum…, p. 4.10Bouche.11BNF : Ms, Dupuy, n° 150 f° 170 ; A. C. : AA3 ; M. Gauche.12Turin, Archivio di Stato.13A.N. : Mémoire sur la frontière de Provence …14BNF : Rapport anonyme rendu à Louvois, cité par R. Greaves, 1986, p. 5-6.15Vincennes SHAT, Article 8 section 1, Entrevaux, carton I, n° 1.16M. Gauche, p. 69.17R. Greaves, Vade mecum…, p. 7.18Vincennes SHAT, Article 8 section 1, Entrevaux, carton I, n° 6.19Nice, Archives du Génie de la chefferie, art. 2, n° 3., cité par R. Greaves, 1986, p. 23.20Vincennes SHAT, Article 8 section 1, Entrevaux, carton I, n° 5.21Vincennes SHAT, Article 8 section 1, Entrevaux, carton I, n° 11 (2).22Vincennes SHAT, Article 8 section 1, Entrevaux, carton I, n° 15 (1-9).23Vincennes SHAT, Article 8 section 1, Entrevaux, carton II, n° 5-6 ; Mairie d'Entrevaux, plan de l'an II.24Vincennes SHAT, Article 8 section 1, Entrevaux, carton II, n° 31, 32, 34, 35, 41 (5).25Vincennes SHAT, Article 8 section 1, Entrevaux, carton II, n° 50 (2).26Vincennes SHAT, Article 8 section 1, Entrevaux, carton III, n° 1 mémoire du 30 septembre 1828, n° 3 (11).27Vincennes SHAT, Chefferies des Alpes, 4 V 471, Entrevaux, 1899-1922.28Paris, Médiathèque du Patrimoine, Entrevaux, fortifications, Dossier de protection M.H.29M. Gauche, 1962, p. 70.30 Nice, Arch. de la chefferie du Génie, art. 2, n° 19, cité par R. Greaves, p. 27.
Dénominations château, fort
Aire d'étude et canton Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var - Entrevaux
Adresse Commune : Entrevaux
Lieu-dit : le Château
Cadastre : 1816 G non cadastré ; 2006 G 264
Période(s) Principale : 13e siècle
Principale : 4e quart 17e siècle
Principale : 1er quart 18e siècle
Secondaire : 2e moitié 16e siècle
Secondaire : 2e quart 19e siècle
Secondaire : 3e quart 19e siècle
Secondaire : 1er quart 20e siècle
Auteur(s) Auteur : Bonnefons Raymond de,
Raymond de Bonnefons (vers 1545 - 1607)

Ingénieur pour le roi en 1600 en Provence. Il travaille aux fortifications d'Antibes, de Saint-Tropez et de Toulon. Il a pour apprentis son fils Jean et Jean de Beins.


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ingénieur, attribution par source
Auteur : Laurens Jacques, ingénieur, attribution par source
Auteur : Boniquet N., ingénieur, attribution par source
Auteur : de Massiac du Gazel Nol, ingénieur, attribution par source
Auteur : Brusco Thomas Nicolas, capitaine du Génie, attribution par source
Auteur : Grasset, François, entrepreneur, attribution par source
Auteur : Solloment, Jacques, maître maçon, attribution par source
Auteur : Paban, Alexi, maître maçon, attribution par source
Auteur : Le Prestre de Vauban Sébastien
Sébastien Le Prestre de Vauban (1er mai 1633 - 30 mars 1707)

Ingénieur, architecte militaire, urbaniste, ingénieur hydraulicien et essayiste français. Nommé maréchal de France par Louis XIV. Expert en poliorcétique (c'est-à-dire en l'art d'organiser l'attaque ou la défense lors du siège d'une ville, d'un lieu ou d'une place forte), il a conçu ou amélioré une centaine de places fortes.


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Auteur : Niquet Antoine
Antoine Niquet (vers 1640 - 1726)

Ingénieur général des fortifications de Provence, de Dauphiné, de Languedoc en 1680. En 1700, il est à Toulon où il travaille avec Vauban sur un nouveau projet d'aménagement du site : retranchement de la ville, aménagement du port et de la darse, défense de la ville avec des forts et des tours. Auteur des projets de fortification de la place de Seyne (Alpes-de-Haute-Provence) en 1690.


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Auteur : Creuzet de Richerand Guy
Guy Creuzet de Richerand (15 juillet 1652 - 29 octobre 1704)

Ingénieur militaire, ingénieur en chef de la place de Sarrelouis de 1683 à 1692. Directeur des fortifications du Dauphiné en 1690, il dirige le renforcement des fortifications décidé à la suite de l'invasion savoyarde de 1692, à Saint-Vincent-les-Forts, Seyne et Colmars. Construit le fort Saint-Vincent, le fort Joubert et la tour dite Vauban à Saint-Vincent-les-Forts, la citadelle à Seyne, les forts de France et de Savoie à Colmars, réalise d'importants travaux au château de Guillaumes.


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Auteur : Hüe de Langrune Hercule,
Hercule Hüe de Langrune (1665 - 1725)

Hercule Hüe de Caligny, seigneur de Langrune, général du génie. Issu de la famille d'ingénieurs militaires Hüe de Caligny, fils de Jean-Anthénor Ier du nom, il entre dans le corps du génie en 1685. Il est nommé directeur des fortifications des places de la haute Provence en 1705. Source : Wikimanche.

Auteur d'un projet pour la citadelle de Seyne en 1706.


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ingénieur militaire, attribution par source
Toit tuile creuse
Statut de la propriété propriété de la commune
Protections classé MH, 1937/12/23

Références documentaires

Documents d'archives
  • Mémoire sur la frontière de Provence et sur les petites villes et villages qu'il faudrait fermer et fortifier pour la garder. Antoine Niquet, 1690. Archives nationales, Paris : coll. Rosambo, carton 38, n° 13 / 1 et carton 39, n°15.

  • Cartulaire contenant les actes essentiels du Comté de Provence [921-1331]. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : B 2, Reg. Pergamenorum.

    f° 45
  • Mémoire sur la terre d'Entrevaux. Bibliothèque nationale de France, Paris : Ms. Dupuy, n° 150, f° 170.

  • [Rapport anonyme rendu à Louvois]. Bibliothèque nationale de France, Paris : Ms. Fr. 11302.

  • [Document concernant le fort d'Entrevaux]. Archives communales, Entrevaux : AA 3.

  • Fortification des places françaises, place d'Entrevaux. Service Historique de la Défense, Vincennes : Archives techniques du génie, série 1V, art 8, section 1, Entrevaux.

    carton I, n° 1, 5 , 6, 11 (2), 15 (1-9) ; carton II, n° 5-6 : plan de l'an II, n° 31, 32, 34, 35, 41 (5), 50 (2) ; carton III, n° 1 : mémoire du 30 septembre 1828, n°3 (11)
  • [Documents sur Entrevaux venant des archives des directions et chefferies des Alpes, 1899-1922]. 1899-1922. Service Historique de la Défense, Vincennes : Archives techniques du Génie, série 4V, Chefferies des Alpes, 4 V 471, Entrevaux, 1899-1922.

  • Dossier de protection MH des fortifications d'Entrevaux. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Paris.

Documents figurés
  • Vue générale d'Entrevaux [dessin, 1592] / Dessin à la plume par Ascanio Vitozzi, 1592. Archivio di Stato, Biblioteca Antica, Turin : Architettura Militare (Atlas I à V), plans de places fortes françaises, Entrevaux, t. III, f° 36.

  • Entrevaux. Vue générale. Le Fort. Ligne du Sud de la France. [Carte postale] / Carte postale noir et blanc, édition Giletta, Nice, début du XXe siècle, n° 1143. Collection particulière.

  • Projet de restauration de la citadelle d'Entrevaux. Plans des niveaux. 1985. / Dessin, Francesco Flavigny, 1 octobre 1985. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Paris : 0082/004/1002.

    documents n° 069869 (niveau 1), 069870 (niveau 2), 069871 (niveau 3), 069872 (niveau 4), 069873 (niveau 5)
Bibliographie
  • BOUCHE, Honoré. La chorographie ou description de Provence et l'histoire chronologique du mesme pays. Aix : Charles David imprimeur du Roy, 1664, 2 tomes et 2 fasc. de suppl. reliés en 2 vol.

    t. II, p. 419
  • ISNARD, Marie Zéphirin. Etat documentaire et féodal de la Haute-Provence. Digne : imprimerie Vial, 1913, 496 p.

  • Benoît, Fernand. Recueil des actes des comtes de Provence appartenant à la maison de Barcelone, Alphonse II et Raimond Bérenger V (1196-1245). Collection de textes pour servir à l'histoire de Provence. Monaco : Imprimerie de Monace ; Paris : A. Picard, 1925, 2 tomes, CCLXIX, 496 p.

    t. I, p. 323, n° 246
  • GAUCHE, Marcel. Entrevaux "Glandèves" cité médiévale de Provence. Paris, 1962, 115 p.

    p. 21, 25, 28, 31, 47, 49, 69, 70
  • COLLIER, Raymond. Monuments et art de Haute-Provence. Digne : Société Scientifique et Littéraire des Basses-Alpes, 1966, 225 p.

    p. 166-169
  • BORNECQUE, Robert. Aspects médiévaux de la fortification classique en montagne. Dans : Bulletin Monumental, 1976.

    p. 309-328
  • GREAVES, Roger. Vade mecum des monuments d'Entrevaux, guide des fortifications. Nice, 1986.

    p. 3-7, 23-27
  • BORNECQUE, Robert. Vauban et les Alpes. Saint-Léger-Vauban : Association des Amis de Vauban, 1992.

    p. 69-74
  • JACQUET, C. Une trilogie provençale, Glandèves, Entrevaux, La Sedz. Nice : École professionnelle Dom Bosco, s.d.

  • BORNECQUE Roger, COLOMB Pierre, GREAVES R. Vauban en Haute-Provence. Dans : Annales de Haute-Provence, n° spécial, t. LII, n° 296, 2e semestre 1983.

    Vaubanania entrevalais, p. 25-33
  • RIBIERE, Henri. Vauban et ses successeurs dans les Alpes de Haute-Provence. Colmars : Amis des forts Vauban de Colmars ; Paris : Association Vauban, 1992, 123 p.

    p. 99-123
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Mosseron Maxence - Corvisier Christian