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présentation de l'étude sur l'architecture des arènes de Provence-Alpes-Côte d'Azur

Dossier IA13001238 réalisé en 1994

Fiche

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LES ARÈNES PUBLIQUES

1) AIRE GÉOGRAPHIQUE - CADRE HISTORIQUE

L’aire d’implantation des arènes dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur est limitée, à quelques exceptions près, à la partie occidentale du département des Bouches-du-Rhône. Les exceptions se trouvent dans le Vaucluse et le Var. Dans le Vaucluse, Cavaillon reste la seule ville qui conserve des arènes. Celles d'Avignon qui ont eu leur heure de gloire ont disparu, ainsi que celles, plus modestes, de Pernes-les-Fontaines et d'Aubignan. Dans le département du Var, on trouve deux lieux où se manifeste la tradition taurine : Fréjus et les Embiez. Ces deux cas constituent en quelque sorte des épiphénomènes et présentent un caractère accidentel. À Fréjus la présence des arènes antiques a favorisé le développement de la corrida, d'autant qu'un public d'estivants en assure le succès. Cependant, au regard du monde de l'aficion (amateurs de tauromachie) comme de la bouvino1, cette ville occupe une place particulière. Aux Embiez, petite île varoise au large de Six-Fours, les jeux taurins ont été importés par le propriétaire, la Société Ricard, qui a une longue tradition tauromachique surtout à Méjanes en Camargue. La société y a fait construire des arènes en 1992. Ces cas sont les derniers témoins de l'engouement ancien d'une importante partie de la région pour les spectacles tauromachiques. Dès le XVIIe, mais surtout au XIXe et au XXe siècle, on en trouve des témoignages non seulement dans les Bouches-du-Rhône, mais encore dans les départements du Var, de Vaucluse et même dans les Alpes-Maritimes. Les demandes d’autorisations, les interdictions de courses conservées dans les Archives Préfectorales, permettraient de tracer une carte de cette mode, qui dépassa largement le Midi de la France puisqu'on construisit des arènes à Paris et que des quadrilles 2 dont celui du fameux Pouly de Beaucaire, se produisirent dans toutes les capitales européennes. Nice connait les jeux taurins en 1861 et projette de construire des arènes en 1883. Toulon a des arènes probablement depuis 1857 jusqu'à 1913 et Roquevaire aurait organisé des courses en 1845.

Dans le Vaucluse on peut citer entre autres Boulbon qui se voit interdire les mises à mort en 1892, Carpentras qui installe des arènes au lavoir public en 1858, mais surtout Avignon qui connut deux siècles de spectacles taurins du XVIe siècle à 1948. Alain Maureau, spécialiste de la tauromachie à Avignon, écrit : "ce spectacle était fourni, du moins jusqu'à 1841, dans l'enclos de Saint-Roch. Il se transporta ensuite à Bagatelle dans l’ile de la Barthelasse, à l'intérieur d'arènes en bois". Ces arènes souvent abandonnées, à la suite d'incidents, pour celles de Villeneuve-les-Avignon dans le Gard où l'aficion se réfugie dans les périodes d'interdiction, furent reconstruites plusieurs fois. Elles accueillirent toutes les sortes de jeux taurins, de la course provençale aux courses de quadrille du fameux Pouly, et aux mises à mort ainsi annoncées en 1893 : " il y aura des frémissements dans l'atmosphère parfumée de Bagatelle, car l'action des géants escaladant l'Olympe sous l'œil de Jupiter n’est rien auprès de cette grande course à la mode espagnole, que nous offrons au peuple". Dans les Bouches-du-Rhône, des villes et des villages, qui ont aujourd'hui perdu la tradition, organisent au XIXe siècle courses et corridas, bravant souvent les interdictions officielles. Les Baux, Le Paradou, Sénas, Mallemort, Salon, en sont quelques exemples, sans oublier Aix qui avait des arènes en 1887 et installait encore, dans les années1950, des arènes mobiles près du cimetière pour accueillir courses libres et novilladas.

On peut accorder plus d’attention à Marseille qui a occupé une place particulière dans l'histoire de la tradition taurine. Les spécialistes s'accordent à dire que cette métropole, trop éloignée des lieux d'élevage, n'est pas une ville d'aficion. Il y eut pourtant à Marseille des spectacles taurins pendant deux siècles, ou plus. On trouve tout au long de cette période des corridas, des courses provençales mais aussi des combats de taureaux contre des fauves comme ce combat de tigres contre des taureaux qui, prévu en 1908 au stade vélodrome, fut interdit et dut se replier dans une villa du quartier de la Vieille-Chapelle où il connut de nombreuses vicissitudes. La première manifestation dont on trouve trace dans les archives a lieu en 1770 sur la Plaine Saint-Michel. Il s'agit de courses et de combats dans une "enceinte de bois ayant nécessité 6000 planches" 3. Les dernières courses ont lieu dans des stades et des terrains vagues jusque dans les années 1960, après même la disparition des dernières installations fixes. Paul Casanova dans Deux siècles de tauromachie à Marseille propose un plan de situation des 18 arènes qu'il a pu recenser. On peut constater que trois lieux fonctionnaient en même temps à la fin du XIXe siècle : les Arènes du Prado, les Arènes Provençales des Catalans et les Nouvelles Arènes Marseillaises. Cette longue histoire est entrecoupée de nombreux troubles, accidents, incendies, qui entrainent des réactions officielles : effondrement des gradins en 1881 aux arènes du Rouet, incendie aux arènes du Prado en 1896. Pourtant on continue à construire des arènes, à se battre contre les interdictions innombrables, à organiser des jeux dans les lieux les plus divers, l'hippodrome du Château des Fleurs (1861), l'Alcazar, le Palais de Cristal (1891), et même au Skating un spectacle burlesque avec des patineurs en 1880. Bien qu'anecdotiques, ces faits sembleraient prouver qu'il y a eu un milieu d'aficionados à Marseille, mais qu’il a préféré se déplacer vers des plazzas qui lui paraissaient plus intéressantes, dépité par les spectacles de mauvaise qualité qui furent présentés après la fin de la seconde guerre. Marseille, Avignon et de nombreuses localités ont donc participé de cette tradition. Elles n'en sont peut-être pas coupées complètement malgré la perte de leurs arènes.

Mais l’espace actuel de préservation du patrimoine culturel que constituent la tradition taurine et ses manifestations architecturales est bien cette zone occidentale de la Provence. Elle forme approximativement un triangle qui a son sommet aux confins du Vaucluse, sous Avignon. Le côté ouest suit la rive gauche du Rhône et oblique jusqu’aux Saintes-Maries, englobant ainsi la Camargue. Le côté est du triangle suit presque le tracé de l'autoroute A7 de Marseille à Avignon. Deux agglomérations possédant des arènes débordent ces limites vers l'ouest, ce sont Pélissanne et Alleins. Cette zone semble faire pendant à une zone languedocienne concernée par les mêmes enjeux, qui serait formée par les parties sud-est du Gard et de l'Hérault : "un demi-cercle centré à Lunel et allant de Palavas à Nîmes, se raccordant à une ligne tirée de Nîmes à Arles" 4. Cette délimitation de l'aire d'extension de l'élevage bovin de type camarguais correspond à celle de la tradition taurine. Les deux parties, provençale et languedocienne, se raccordent géographiquement, au mépris des divisions administratives, pour constituer le lieu d'un même patrimoine.

L'implantation des arènes publiques (en opposition aux arènes privées des mas) dans le seul département des Bouches-du-Rhône, est très dense au centre de la zone décrite plus haut. Sur les 35 recensées, on en situe 27 dans la Plaine de La Crau, dans les villes et villages situés au sud et au nord des Alpilles, dans le nord du département entre Rhône et Durance. Ce réseau n'est pas homogène mais comporte des irrégularités. On trouve des arènes dans des villages parfois distants de trois ou quatre kilomètres comme Orgon et Plan d'Orgon, ou Noves et Paluds-de-Noves. En revanche on constate des trous dans ce filet comme par exemple Eygalières et ses alentours ou encore la région des Baux et de Maillane. Ces villages ont, à un moment ou à un autre, organisé des jeux dans des arènes improvisées mais n'ont pas eu à cœur de construire des installations durables. Ces manques correspondent-ils à un rejet, à un désintérêt pour les jeux taurins ou à une désaffection plus ou moins récente? A quel moment et dans quelles circonstances le glissement se situe-t-il? Les monographies de chacune de ces communes pourraient seules donner une réponse satisfaisante. Les enthousiasmes, les structures socio-culturelles, les personnalités qui ont permis l'ancrage de la passion taurine et la création d'arènes dans certaines localités ont manqué dans d'autres. Il faut remarquer que Mistral et le félibrige, tout en respectant et défendant le patrimoine culturel taurin, n'ont pas été des catalyseurs dans leur zone d'influence.

Quelques villes littorales : Fos, Port-Saint-Louis, Les Saintes-Maries-de-la-Mer, auxquelles on peut ajouter Salin-de-Giraud et Istres, sur l’étang de Berre, constituent la base méridionale de cette implantation. Les arènes de Méjanes non loin de l’étang du Vaccarès, sont atypiques puisqu'elles sont construites dans une propriété privée hors agglomération, mais servent surtout à des spectacles publics. On ne peut donc les assimiler aux arènes des manades (élevages de taureaux) ni aux arènes des villes. Cependant de par leur importance et leur finalité, elles seront étudiées comme des arènes publiques.

Celles-ci sont presque toutes municipales actuellement (à l'exception de celles de Plan-d'Orgon, Méjanes, Salin-de-Giraud, encore privées). La plaine de Camargue, au Sud-Ouest du département, est le véritable cœur de la tradition taurine entre les deux pays de bouvino par excellence, Provence et Languedoc. C'est elle qui abrite une grande partie des manades (élevage de taureaux) : 33 sur les 51 recensées sur les listes d’associations d’éleveurs de taureaux braves et de manadiers de taureaux camargues. Cette région recèle dans ses mas des arènes privées plus ou moins élaborées, du simple bouvaou (enclos fait de planches) aux constructions en dur. En revanche les agglomérations, très petites il est vrai, n’ont pas construit d'arènes publiques. La plaine de Camargue diffère en cela de La Crau où cohabitent les arènes des mas (15 d'après les listes officielles), et les arènes de villes. Il est peut-être utile de mentionner que les modifications des écosystèmes et un certain développement industriel à partir du milieu du XIXe siècle ont obligé les grands manadiers à chercher de nouveaux parcours et des pâturages d’été plus ou moins éloignés de la plaine de Camargue comme la Petite Camargue, le Gard, la plaine de La Crau. L'exemple le plus célèbre est celui du Marquis de Baroncelli amenant ses bêtes du mas de l'Amarée, près des Saintes-Maries, au Cailar dans le Gard.

A partir de ce fait, on a pu créer un lien entre l’événement que constituait le passage du troupeau dans les villages après l'hiver et le développement des jeux taurins "nous sommes au printemps. Quant aux taureaux, cantonnés qu'ils étaient dans leurs quartiers d'hiver, on ne les avait plus vus depuis l'automne dernier. Les gardians les ramènent du fond d'un pâturage où, vu la saison, la nourriture manque et soudainement ils arrivent.....De pareils moments évoquent le carnaval et les débordements qu'il provoque" 5.

Cette hypothèse expliquerait que les populations les plus profondément et durablement marquées par la tauromachie, en particulier camarguaise, sont celles qui, proches des pâturages d'été, voyant arriver les taureaux à la belle saison et les côtoyant pendant l'époque des fêtes votives, les ont intégrés à leurs divertissements traditionnels. Un rapide historique des relations de l'homme et du taureau jusqu'à leur état actuel, devrait permettre de mieux aborder l’objet réel de cette étude, c'est-à-dire les installations et l'évolution des lieux où cette fréquentation se perpétue, les arènes. Réaffirmer la place du taureau dans les cultes antiques d’Asie Mineure et du monde méditerranéen, de Sumer à la Crète et Rome, en passant par l’Égypte, n’est pas inutile ici pour resituer le regard des hommes sur ces bêtes. La symbolique de ces religions, liée au soleil, au sang, à l'abondance, à la fertilité, a fait de cet animal, plus que de tout autre, l'emblème de la force et de la régénération le vouant à une forme d’adoration passionnée dont la traduction contemporaine serait la fe di biou. Cette expression est ainsi traduite par J.-N. Pelen dans L'homme et le taureau : "la fe : la foi, la passion, le terme désigne cet amour irraisonné et gratuit pour la tauromachie, caractéristique de cette relation de fascination qu'a l'homme pour le taureau..." A contrario l'aversion de certains pour la tauromachie de forme ibérique, mais aussi camarguaise, procéderait, non seulement du désir de protéger l’animal, mais également d'une crainte quasi religieuse née pendant les premiers siècles du christianisme : "la guerre fut déclarée au taureau, animal par trop vénéré par la religion rivale (le culte de Mithra)....Le taureau fut assimilé à une créature diabolique dont le sang était vénéneux; il devint un des attributs ordinaires de Satan et de l'Antéchrist."! Cette supposition pourrait être corroborée par les incidents qui ponctuaient les courses au XIXe, au cours desquelles le public entrait dans l'arène pour "tourmenter " le taureau. La presse se fait souvent l’écho de ces pratiques susceptibles d'inciter les autorités à interdire les jeux. Alain Maureau écrit à propos d'une course dans l'enclos de l'ile de La Barthelasse à Avignon en 1860 "hommes et jeunes gens n'hésitent pas à descendre dans le cirque pour s'amuser avec le taurillon...et très souvent lui faire endurer maintes tortures".

Après ce rappel d'une culture antique, il reste à voir ce qui demeure à partir de l'époque moderne de ces symboles et des rituels qui y sont attachés. "De tels rituels sont déjà présents et documentés au Proche et Moyen-Orient vers le troisième millénaire avant notre ère. Quels rapports ont-ils véritablement avec nos manifestations taurines contemporaines? En sont-ils réellement les ancêtres lointains?" 6. L'origine des courses telles qu'elles se déroulent actuellement n'est pas clairement établie.

S'agit-il d'un héritage antique, d'une pratique populaire et rurale, d'un détournement des opérations d'élevage et de domestication, d'une adoption des coutumes ibériques? Évelyne Duret fait un état actuel des recherches et rappelle les diverses hypothèses dans : "La course camarguaise, aspects historiques", texte publié en 1990 dans "L'homme et le taureau".

A la suite de ses observations elle opte plutôt pour l'origine rurale de ces confrontations, dues à la proximité des bovins vivant à l'état sauvage : "dans le cadre de la domestication l'homme affronte volontairement le taureau pour le marquer. ... .le soumettre au joug et lui faire tirer l'araire ..... La nécessité pratique qui commandait à ces opérations n'excluait certainement pas chez l'homme le plaisir de faire taire sa peur, de mettre à l'épreuve sa force,son agilité et sa rapidité, ni surtout de maîtriser l'animal sauvage". 7

Certains textes font allusion à des jeux taurins urbains dès les XIIe et XIIIe siècles, et plus tard aux spectacles donnés en l'honneur de grands personnages. Il s'agit du combat d'un taureau contre un lion offert au Comte de Provence en 1402 à Arles, d'une course de taureaux lors de la visite de Charles IX et Catherine de Médicis en 1564, toujours à Arles. Ces manifestations urbaines peuvent être issues des aspects ludiques attachés aux pratiques d'élevage, en particulier de la ferrade 8 décrite dès 1551 par Quiqueran de Beaujeu comme une fête. Il est probable que d'autres éléments : influence des jeux antiques, aspect sportif, goût du risque et du dressage, interviennent dans l'élaboration des courses et peuvent difficilement être éludés.

Il est intéressant de noter que dès les premières mentions, soit de solennités, soit de fêtes paysannes, il s'agit de présenter le taureau dans un lieu choisi et délimité.L'amenée des bovins est prétexte à jeux et à bousculades mais la confrontation elle-même réclame un enclos : 11 elle a lieu sur une place aux issues sommairement barrées, aménagée à peu de choses près comme un champ de ferrade. Dans les occasions les plus officielles, la place choisie est soigneusement décorée et pourvue de véritables gradins en bois. 9Cours de mas, places publiques, cours des abattoirs(la tuerie) comme à Marseille en 1775, les amateurs investissent divers lieux dans des occasions de plus en plus nombreuses. La seule règle est de créer un espace où acteurs et spectateurs peuvent jouer un rôle et en changer avec une certaine fluidité.

Aubin-Louis Millin écrit au début du XIXe siècle à propos de la ferrade: "les voitures se placent à la file sur un ovale tracé exprès .... Les voitures tiennent lieu de bancs et de gradins et les chevaux sont rangés derrière : l'arène de cette espèce d'amphithéâtre est couverte de piétons et d'hommes qui se disposent à exercer leur force contre les taureaux"(Voyage dans les départements du Midi de la France, 1807-1811).

Cette description peut s'appliquer à la plupart des enclos abritant des jeux jusqu'au milieu du XIXe siècle, à l'exception de quelques arènes de grandes villes. Il faut en effet souligner que la notion de spectacle organisé et payant est présente à Marseille dès leXVIIIe siècle. Pierre Échinard rapporte dans "Marseille au quotidien" que, pour abriter les courses organisées par les bouchers en 1774, la cour des abattoirs (la tuerie publique) est pourvue d'estrades décorées et d'une tribune pour les violons. Le prix d'entrée est de 12sols pour les premières et 6 sols pour les secondes.

Pour l'ensemble du territoire considéré, il paraît évident que l'arrivée en France de la tauromachie de type ibérique au milieu du XIXe siècle a influencé les jeux taurins traditionnels du sud-est dans le sens de la réglementation et du spectaculaire. De très nombreuses localités provençales adoptèrent les corridas ou des manifestations qui s'en inspirent comme la capea qui mime la mise à mort ou les courses de quadrille qui mêlent à la course des éléments comiques et des jeux d'adresse. La spontanéité des courses locales fut confrontée à l'esthétique, au rythme, à la sophistication de ces nouveaux spectacles taurins menés par des quasi-professionnels. Tous les milieux qui gravitent autour du taureau, des éleveurs aux aficionados, mesurèrent l'intérêt qui pourrait résulter de plus d'organisation et de codification.Ceci est d'autant plus probable que le désordre qui régnait au cours des jeux taurins et les accidents dus aux installations précaires occasionnaient des interdictions fréquentes qui mécontentaient public et responsables.

C'est ainsi que depuis la seconde partie du XIXe siècle, les milieux taurins s'efforcent de faire accepter leur culture. La tauromachie de type ibérique, est confrontée à la loi Grammont (1850) qui met l'accent sur la protection des animaux et qui donne une arme de plus à ses détracteurs. Cependant, encouragée par l'impératrice Eugénie d'origine espagnole, elle bénéficie d'une certaine tolérance. Dès 1867, le Ministre de l'Intérieur précise que les courses seront tolérées dans les localités où elles se pratiquent de temps immémoriaux, formule vague qui est encore aujourd'hui à l'origine de longues chicanes.

Face au succès de la corrida, d'une part, et à la méfiance du pouvoir central, pour qui ces spectacles ont toujours représenté une forme de résistance et une expression d'indépendance, d'autre part, la course camarguaise se doit de modifier son image. Les notables locaux, les amateurs provençaux, tous les intéressés se mobilisent pour élaborer des règlements et obtenir ainsi l'autorisation de perpétuer la tradition.

En 1904, l'élite intellectuelle traditionaliste "donnant naissance à la Nacioun Gardiano (association de maintenance de la langue, du costume et des traditions) porte un intérêt croissant à la passion qu'inspire le taureau, dans le cadre d'un projet plus global de réveil de la conscience nationale provençale" 10.

La personnalité d'un homme comme le Marquis Folco de Baroncelli, manadier qui veut restaurer la race autochtone des taureaux camargues, ou du poète provençal Joseph d'Arbaud, l'intérêt passionné qu'ils affichent pour la course, aident ce spectacle à se débarrasser d'une connotation de grossièreté et de violence, mais aussi de monotonie. Dans ce faisceau de volontés désireuses de défendre et de faire évoluer la course camarguaise, les manadiers et les organisateurs de spectacles ont occupé une place importante. Le désir de présenter des taureaux plus combatifs et plus impressionnants, qui pourraient soutenir la comparaison avec les taureaux de race brave qui combattaient durant les corridas, amena certains éleveurs à effectuer des croisements entre race camargue et race espagnole. Les résultats furent mitigés, puis décevants. Le croisement fut abandonné mais une exigence d'amélioration et de sélection en résulta.

Les conséquences en sont importantes à longue échéance, puisque des bêtes plus difficiles entraînent une professionnalisation de ceux qui les affrontent, ainsi qu'une transformation des installations et des prestations. Les locaux utilitaires comme les torils, la conception de la sécurité du public comme des acteurs, hommes ou bétail, s'en trouvent plus ou moins modifiés. Un rôle déterminant est tenu par les cercles et clubs taurins dont on voit la multiplication à partir des dernières années du XIXe siècle, le premier semble-t-il à Vauvert, dans le Gard, en 1886, puis Avignon en1889, Marseille 1896, Arles en 1897. Les créations sont très nombreuses de 1900 à 1950, quelquefois plusieurs dans la même agglomération pour des raisons politiques ou à cause du grand nombre de demandes. On trouve même des clubs dans des localités qui n'ont pas d'arènes comme Miramas dans les Bouches-du-Rhône ou Pernes-les-Fontaines dans le Vaucluse.

Ces associations qui peuvent s'intéresser autant à la corrida qu'à la course camarguaise avouent leur volonté de contrôle et d'organisation : "le Club Taurina pour objet l'étude de la défense des intérêts des aficionados, de resserrer les liens de confraternité entre les adhérents et de sauvegarder les courses de taureaux en veillant à leur bonne organisation et en les réglementant" (extrait des statuts du Club Taurin de Fontvieille, 1898).

Il ne s'agit pas de faire ici l'histoire des Clubs Taurins, mais de souligner qu'ils ont eu un effet sur l'évolution de la tauromachie, camarguaise en particulier. Ils lui ont donné son prestige par la création de certains trophées, le Trident d'or par exemple, et par leur travail d'affinement des règlements au sein des congrès et fédérations. Le lien le plus direct entre les clubs et le sujet de cette étude, celle des lieux et du cadre construit, est la part que leurs membres ont assumée dans la construction des arènes de villages. Souvent ce sont eux qui ont été confrontés aux difficultés de mise en place des installations. Ils ont dû faire coïncider les exigences du lieu, du spectacle,du confort et de la sécurité des protagonistes, et tout ceci avec peu de moyens techniques et financiers. Les solutions appliquées par ces amateurs bénévoles dans ces circonstances ont marqué durablement les arènes des plus petites agglomérations.

Ces quelques indications sont des jalons qui ont marqué l'histoire de la tradition taurine dans la région, mais n'excluent pas le rôle d'autres acteurs. Les fédérations, Fédération des Sociétés Taurines de France et d'Algérie née en 1910, et plus récemment la Fédération Française de la Course Camarguaise, (F.F.C.C.) depuis 1975, ont permis de regrouper les efforts et de fixer les règles. La presse taurine enfin est, depuis plus d'un siècle, le témoin actif de ce qui est actuellement reconnu comme un sport et un enjeu économique, mais qui reste une passion.

Pour aborder la description des arènes, de leur conception, de leur réalisation, il était utile de situer l'aire d'extension du phénomène et de tenter d'en découvrir, au moins en partie, le substrat culturel. De même, il est indispensable de décrire le spectacle pour appréhender son cadre architectural. Il faut préciser que les activités tauromachiques sont encore de nos jours très variées dans le secteur géographique examiné, la Provence et avant tout les Bouches-du-Rhône.

En dehors de la Ferrade souvent accompagnée de jeux divers qui est surtout en usage dans les mas, on peut voir des spectacles comiques hérités des Charlotades comme le toro-piscine, souvent programmé pendant les fêtes votives.

On pratique encore l'Abrivado (à l'origine arrivée des taureaux sur le lieu du spectacle, aujourd'hui course de gardians encadrant 4 taureaux sur un parcours convenu, pendant laquelle le public tente de soustraire les bêtes à la surveillance des cavaliers), la Bandido (corollaire de l'abrivado au départ des arènes) ou encore l'Encierro (aujourd'hui lâcher de taureaux ou de vachettes dans un espace clos où entrent les amateurs). Il faut cependant préciser que ces divertissements sont plus usités en Languedoc qu'en Provence. La corrida a un public nombreux et fidèle en Provence, où Arles est encore sans conteste un haut lieu. Mais de nombreuses villes de moindre importance, se prévalant d'une longue tradition, en organisent. Il s'agit de Chateaurenard, Istres, Tarascon, les Saintes Maries-de-la-Mer. Certaines arènes sont donc à la fois conçues pour la corrida espagnole et la tauromachie camarguaise, ce qui entraîne quelques particularités.

Pourtant la majorité des lieux visités est vouée à la Course libre ou Course à la cocarde, vraiment issue du terroir et inscrite dans le patrimoine régional. C'est donc ce sport, ou cet art, qui sera décrit en prélude à la description de la scène qu'il occupe.

2) ASPECTS DE LA COURSE CAMARGUAISE

"Sur la piste, un groupe d'hommes vêtus de blanc, raseteurs et tourneurs, regardent vers le toril. Une trompette sonne, la porte du toril s'ouvre, et de l'obscurité surgit un taureau noir, vif, les cornes dressées en forme de lyre". C'est ainsi que Évelyne Duret plante le décor de la course camarguaise. L'enjeu est donc pour les hommes en piste d'enlever sur ce taureau de race camargue, dont la couleur et la forme des cornes sont caractéristiques, un certain nombre d'attributs qui y ont été fixés. Les hommes présents dans l'arène ont des rôles différents, le tourneur doit manœuvrer le taureau de telle sorte que ses partenaires razeteurs puissent affronter l'animal et, à l'aide d'un crochet à plusieurs dents, le razet, le débarrasser des divers éléments décrits plus loin, les attributs, dont il a été pourvu. Le jeu peut paraître simple mais il est en fait très codifié et sa parfaite compréhension demande une initiation. Les hommes obéissent à un certain nombre de règles. Razeteurs titulaires, razeteurs stagiaires et tourneurs doivent être licenciés de la F.F.C.C (Fédération Française de la Course Camarguaise). Les razeteurs titulaires sont répartis en trois groupes et doivent courir dans les courses qui sont rattachés aux Trophées correspondants : Trophée des As, Trophée des Razeteurs, Trophée de l'Avenir. Leur nombre en piste est fixé entre 8 et 12 selon le type de course et l'importance de la piste.

Les razeteurs stagiaires paraissent dans les Courses de Protection organisées avec des taureaux ou vaches de cinq ans maximum et sans notoriété. Les tourneurs sont âgés d'au moins 35 ans et doivent avoir "razeté de façon concrète pendant au moins 10 ans, sauf blessure survenue entre temps" (art. 49 du Règlement de la F.F.C.C). Ils sont en principe 3 ou 4 sur la piste. Ces acteurs de la course ont depuis les années 1970 la possibilité de recevoir une formation dans des Écoles Taurines ou des stages de Clubs. Depuis les années 1930, ils doivent revêtir la tenue blanche et les inscriptions publicitaires qui y sont admises sont étroitement réglementées. Leur outil, le crochet, doit être conforme au modèle de la F.F.C.C et recevoir son estampille. Du simple croc de boucher utilisé vers la fin du siècle dernier, interdit depuis 1912 parce que trop traumatisant pour la bête, il est devenu "un crochet à 4 branches de 8 cm de longueur, dotées de 4 dents ... Une barrette transversale sera permise à la condition formelle qu'elle soit dépourvue de dents"(règlement FFCC). Latitude est laissée au razeteur de le faire façonner et habiller, pour plus d'efficacité et de confort, par un des rares fabricants de la région. Cependant il doit s'en servir avec un certain discernement afin de ne pas blesser le taureau et en particulier ne pas atteindre l'oeil. Les hommes engagés doivent encore avoir une attitude décente pendant la course, ne pas s'asseoir sur le marchepied des barrières, ne pas attirer l'attention du taureau depuis la contre piste, ne pas contester les décisions de la Présidence pendant la prestation. Mais surtout obligation leur est faite de toucher la tête du taureau pour enlever les attributs. La cocarde doit être enlevée à une distance de 4m de la barrière du bord de piste et rester sur le crochet.

Tous les déplacements n'ont pas la même valeur. Le razet de face, ou razet par devant, est le plus apprécié. L'homme y commence sa course face au taureau et va jusqu'à portée des cornes en restant dans le champ de vision de l'animal. On l'appelle quelquefois razet de l'égalité. Ce qui concerne le taureau est également codifié, le nombre des cocardiers (taureaux de plus de 5 ans engagés dans les courses à la cocarde), la durée des périodes durant lesquelles ils sont confrontés aux hommes, les attributs dont il sont porteurs. Une course traditionnelle présente six ou sept taureaux de plus de 5 ans. Chacun doit rester en piste 16 ou 17 minutes, dont 15 de combat effectif. Une ou deux minutes lui sont attribuées au sortir du toril pour s'acclimater au lieu, d'autres instants de répit peuvent être accordés par la présidence après des moments intenses. Une sonnerie marque la fin de l'action et la rentrée de l'animal au toril. Parmi les attributs, dont l'enlèvement est le but de la course, la cocarde est un morceau de ruban rouge placé au milieu du frontal et qui doit mesurer 5cm de long sur 1cm de large. Fixée entre les cornes, elle doit leur être attachée strictement par 5 tours de ficelle d'un côté, 6 tours de l'autre. La ficelle réglementaire ne doit pas être mouillée ni enduite et s'arrêter sur le devant de la corne par au moins deux nœuds. Ces ficelles sont elles-mêmes à enlever, ainsi que le frontal (ficelle qui passe derrière la tête) et le gland blanc qui pend à chaque corne.

L'encocardement, mise en place des attributs par les gardians, soulève parfois des contestations. Les razeteurs prétendant que les manadiers ont intérêt à trop bien les fixer pour que le taureau les conserve plus facilement et paraisse adroit et agressif. Chaque attribut est primé par le public tout au long de l'action. Le speaker annonce le montant des primes et le nom des donateurs au micro de la tribune présidentielle, en ménageant un certain suspense. Le razeteur qui a enlevé tel ou tel élément en observant toutes les règles partage le montant des primes avec son tourneur. La cocarde est occasionnellement présente dans les jeux taurins dès le XVIIIe siècle, sous forme d'un flot de ruban ou d'un cercle de carton. On l'arrache après avoir terrassé le taureau et son enlèvement n'est récompensé que par des vivats et des objets modestes et symboliques. Son usage ne devient courant qu'à l'extrême fin du XIXe siècle, avec l'apparition des primes, alors que les autres attributs apparaissent seulement dans les années 1920. L'ordre de passage des taureaux est, sinon l'objet d'un règlement, du moins fixé par la coutume. L'intérêt du public doit aller crescendo et culminer au quatrième passage. La 5e bête doit soutenir l'enthousiasme et le dernier doit au moins laisser un public réjoui à la sortie. La musique doit saluer les exploits des cocardiers en jouant l'ouverture de Carmen. Ces quelques extraits d'un règlement très rigoureux sont là pour montrer à quel point la Course Camarguaise est passée des pratiques ludiques, qui lui ont en partie donné naissance, à un rituel spectaculaire où le maximum de dispositions est pris pour faire briller le taureau, le protéger, le glorifier, quand il est combatif et qu'il manifeste une certaine intelligence de son rôle. Ceci est à la fois l'intérêt du public et des organisateurs et éleveurs pour qui la Course est un enjeu économique majeur. Les cocardiers, qui ne sont pas tués comme dans la corrida, ont de longues carrières (une dizaine d'années dans certains cas) et acquièrent une véritable stratégie de la course. Ils peuvent reconnaître des espaces propices à leur défense, et se garder dans certaines portions de piste.

On dit aussi qu'ils se cantonna ou encore qu'il restent a querencia. Il arrive aussi qu'ils anticipent l'action du razeteur, lui coupant le chemin, l'obligeant à interrompre son geste et à sauter derrière les barrières où ils le poursuivent quelquefois pour le plus grand plaisir d'une partie des aficionados. Il faut souligner que depuis les grands cocardiers du début du siècle, Provenço, le Sanglier, le Clairon statufié à Beaucaire, les noms des taureaux figurent en vedettes sur les affiches, prenant le pas sur celui des razeteurs et des manadiers. Il est tout à fait compréhensible que cette évolution de plus d'un siècle, qui a modelé le jeu et les protagonistes pour donner ce qui est maintenant la Course Camarguaise, a également largement façonné le lieu où se produit l'action, le pré ou la cour de mas, la cour d'école ou la place de village, sommairement équipés de charrettes, de gradins de fortune autour d'un espace de jeu et de débordement populaire, ne conviennent plus à l'actuel spectacle ordonnancé, formel, et qui doit être lucratif pour continuer à vivre. Les arènes doivent répondre à de nouveaux impératifs.

On assiste selon les cas à un changement radical, une reconstruction ou une restauration, mais qui vont toujours dans le même sens de la codification et de la sécurité du spectacle, tout en préservant les vestiges d'un vécu quelquefois de très longue durée. Les pistes, qui varient dans leurs formes et leurs dimensions, comportent obligatoirement un certain nombre d'éléments jugés indispensables au bon déroulement de la course. Elles doivent être délimitées par une barricade constituée de planches transversales fixées sur des supports verticaux. Ces planches sont de préférence assez mobiles pour éviter une destruction complète de la barrière et les risques de blessures pour le taureau quand il s'y précipite et y donne des coups de cornes. La hauteur de cette barricade doit se situer entre 1,05m et 1,30m. Elle a remplacé ce qu'on appelait autrefois les travettes, sortes de bâtons verticaux plantés en terre et reliés à 2 poutres transversales. Cette palissade, assez ouverte pour laisser passer les hommes, devait arrêter les taureaux dans leur course et protéger le public. Malgré l'inconfort elles constituaient la place de prédilection des amateurs les plus passionnés.

Dans certaines installations sommaires de villages, cette disposition a duré jusqu'à une époque récente. Un vide de 30cm est ménagé entre le sol et le bas de la barrière afin qu'un homme puisse ramper au-dessous s'il n'a pas d'autre moyen de se mettre à l'abri. Un marchepied, de 15cm environ, fixé à l'intérieur du bord inférieur de la barricade, permet au razeteur poursuivi (et quelquefois à l'animal) de prendre son élan pour sauter par-dessus les planches. Un couloir d'à peu près deux mètres de large, appelé contre piste, sépare la barrière, qui délimite la piste, du mur de contre piste, plus haut et qui peut servir de soutènement aux gradins. Ce mur de contre piste est, selon les cas, muni d'un chevron servant lui aussi de marchepied, soit d'un portique métallique auquel il est possible de s'accrocher. Les gradins, qu'ils soient de béton ou installés sur des structures métalliques, doivent satisfaire aux normes de sécurité quant à la solidité et aux facilités d'évacuation. Ces règles, subissant les répercussions des accidents qui se produisent dans d'autres lieux publics, deviennent de plus en plus sévères et posent des problèmes de restructuration aux arènes les plus anciennes.

Les annexes de l'arène se sont multipliées parallèlement aux nouveaux besoins et aux nouveaux objectifs de la tauromachie camarguaise. Le toril, local divisé en cases où les taureaux sont parqués avant et après leur apparition en piste, est l'objet d'une grande attention. "Les torils, suffisamment ombragés et aérés, devront être enduits intérieurement d'un revêtement au ciment lisse, sans rugosité. Avant chaque course, les organisateurs sont tenus de les faire désinfecter .... et garnir de paille. Toutes précautions devront être prises pour la sécurité des gardians à l'intérieur des torils" (art. 3 7 du règlement de la F.F.C.C.). Autrefois, quand les bêtes arrivaient "à pied" ou en véhicules hippomobiles, quelquefois dans des chars sans fond qui servaient surtout à canaliser leur passage dans les agglomérations, les déplacements étaient très longs et les taureaux pouvaient rester en place plusieurs jours pour une fête de village. Le soir ils étaient lâchés dans l'enclos où ils pouvaient trouver un peu d'espace et d'air. Maintenant les cocardiers sont transportés, aller retour à quelques heures d'intervalle. Il semble donc normal qu'on leur assure plus de confort pendant leur court séjour dans le toril, d'autant plus que ces bêtes représentent de nos jours un gros investissement. Les emplacements des torils, ainsi que leur entrée, ont dû être modifiés dans quelques localités pour que le déchargement des bêtes se fasse plus rationnellement. Il reste cependant des arènes où le toril n'est accessible que par la piste.

La sécurité et le bien-être des razeteurs sont également prévus dans le règlement. Un local à usage d'infirmerie est prévu dans toutes les arènes, ainsi que la présence d'une ambulance et d'un médecin pendant la durée de la course. Un vestiaire et une salle de douches sont mis à disposition des razeteurs et des gardians.

La buvette n'est assujettie à aucune règle mais fait traditionnellement partie des installations. Simple baraquement annexe ou partie intégrante de la construction, elle accentue le côté festif et favorise le rassemblement des amateurs. Elle fournit des fonds appréciés aux clubs organisateurs. Ces équipements se greffent peu à peu sur l'enclos initial et transforment plus ou moins le bâti. Une interaction s'est exercée depuis la fin du XIXe siècle entre les diverses composantes de la Course Camarguaise pour une meilleure adéquation des exigences d'un spectacle grand public à une tradition régionale.

L'histoire des bâtiments est difficile à appréhender parce qu'elle n'a pas laissé de traces écrites, plans, archives. Les aménagements ont souvent été l’œuvre de bénévoles, non spécialistes. Des monographies de chaque ville ou village concerné, ainsi que des enquêtes orales, qui dépassent le cadre de cette enquête apporteraient certainement un complément d'informations appréciable.La synthèse des constatations faites sur le terrain devrait cependant aider à évaluer un patrimoine architectural plus complexe que ne le laisse supposer une certaine rusticité.

3) LES BÂTIMENTS

Cet exposé tente d'analyser les informations recueillies sur le terrain en les classant sous sept rubriques :

@ situation

@ Noms

@ structure et fonctionnement

@ Formes et dimensions

@ Matériaux

@ Décor

@ Évolution des bâtiments

Situation

On pourrait distinguer deux grandes catégories d'arènes dans le secteur étudié : celles qui occupent un emplacement central (21) et celles qui sont à la périphérie (8), voire à l'extérieur de l'agglomération( 4).

Sur les 35 sites visités, on en trouve 21 situés dans un quartier central. Ce fait est indépendant de l'importance de la ville, on le vérifie dans des cités importantes comme Arles, qui constitue un cas particulier, mais aussi à Tarascon, Chateaurenard, Istres ou St-Rémy, comme dans les plus petites bourgades, Plan-d'Orgon ou encore Paluds-de-Noves. Ces arènes furent installées à l'origine à côté d'une cour d'école, à Istres, Mouriès, St-Étienne-du-Grès, dans une cour privée de bâtiment agricole à Graveson, Paluds-de-Noves, Plan-d'Orgon. Il faut souligner deux cas originaux, celui d'Eyragues où le mas, dont la cour est utilisée pour les courses depuis 1863, est toujours occupé par la même famille et n'est accessible qu'en traversant la piste. À Eyguières, les arènes ont été aménagées dans un ancien moulin dont subsistent l'aqueduc et certains bâtiments.

n Eyguières, aqueduc.Eyguières, aqueduc. St-Andiol, vue aérienne.St-Andiol, vue aérienne.

Les arènes situées dans un centre ville sont d'implantation ancienne. Elle ont été construites ou remaniées dans un lieu consacré aux jeux taurins quelquefois dès avant le début du XXe siècle. Dans 5 cas, elles ont été installées plus tardivement, entre les années 1960 et 1990 sur des terrains municipaux comme à Port-St-Louis, Saint-Martin-de-Crau,ou Aureille. À Pélissanne, elles occupent un terrain auparavant réservé au rassemblement des troupeaux transhumants, à Saint-Andiol, la mairie a concédé une partie du parc du château devenu municipal. Malgré le désir des aficionados de conserver les arènes sur leur emplacement d'origine afin de préserver la tradition et le lien avec la population, il est quelquefois difficile de concilier leur présence avec les impératifs de circulation et d'ordre public. Ces préoccupations ajoutées aux problèmes fonciers poussent certaines municipalités à envisager leur déplacement vers la périphérie.

C'est actuellement le cas pour deux localités importantes, Tarascon et Istres, qui ont des projets de délocalisation. Dans 12 localités les arènes sont plus ou moins excentrées, construites dans des quartiers pavillonnaires ou quelquefois près des centres sportifs comme à Noves ou Cavaillon. L'installation la plus périphérique est celle de Grans, distante de plusieurs km de l'agglomération. À part les arènes Coinon de Saint-Rémy-de-Provence aménagées dès 1919 dans un faubourg alors éloigné de la ville, englobé aujourd'hui dans un quartier semi-industriel, toutes les arènes excentrées ont été construites à partir des années 1980. Cette situation s'explique en partie par deux faits. Quelquefois les villes se sont trouvées privées d'arènes parce que le propriétaire n'a pas voulu renouveler un bail et que la municipalité n'a pas racheté l'enclos, comme à Barbentane, Maussane, Cavaillon, Orgon.

On trouve également des villes où les jeux se déroulaient dans des arènes démontables installées momentanément sur une place comme à Grans, dans une cour d'école comme à Alleins, ou un autre espace urbain pour Raphèle, Cabannes, Fos., et qui ont désiré récemment disposer d'une structure permanente. Il est évident que la rareté et le prix des terrains depuis les années 1980 ne leur a pas permis d'effectuer cette opération en centre ville. Pour les arènes de Méjanes et de Six-Fours, sur l'île des Embiez, leur implantation doit être envisagée sous un autre angle. Dans le grand domaine de Méjanes, le choix du terrain ne posait pas de problème particulier. Les arènes ont été naturellement situées sur un emplacement facile d'accès, assez éloigné des locaux d'habitation et sur lequel un bâtiment préexistant pouvait être réutilisé comme toril. Sur l'île des Embiez, le choix du terrain ne dépendait que de la volonté de la Société Ricard, propriétaire et constructeur. L'implantation répond aux impératifs de commodité d'accès et d'attrait touristique, tout en étant à l'écart des lieux de grande fréquentation.

Dans la presque totalité des lieux considérés, les arènes sont faciles d'accès. Certaines arènes anciennes situées en centre ville sont construites sur des artères importantes ou des places. Les arènes Barnier de Saint-Rémy-de-Provence ou celles d'Istres ouvrent sur une des principales avenues de la ville, celles de Chateaurenard, des Saintes-Maries-de-la-Mer, d'Eyguières et de Fontvieille sont sur des places qui peuvent servir de parking. Les installations récentes bénéficient de larges espaces et sont à l'abri des problèmes de circulation. Les enclos situés en zone urbaine sont quelquefois à une intersection comme ceux de Pélissanne, de Maussane, ou entre deux rues pour ceux de Saint-Martin-de-Crau, Aureille, ce qui permet de ménager plusieurs accès.

On peut citer cependant des cas où les arènes se trouvent prisonnières d'un réseau urbain peu compatible avec les exigences des spectacles taurins. À Plan-d'Orgon, le public accède aux gradins par un petit portail, après avoir traversé le boulodrome, et les taureaux amenés de la route nationale au arènes par un étroit chemin bordé de maisons, doivent traverser la piste pour entrer au toril. Le chemin d'accès à la piste de Rognonas est encore plus étroit et les camions amenant le bétail doivent manœuvrer dans un coude pour y entrer. La piste de Graveson est située à côté d'un mas et on y entre par un portail incommode après avoir franchi le canal d'arrosage qui longe la route. Le cas le plus pittoresque reste celui de Eyragues où le mas des anciens propriétaires de l'enclos est situé au fond des arènes, et accessible uniquement par la traversée de la piste.

Les arènes Coinon de Saint-Rémy-de-Provence et de Saint-Étienne-du-Grès sont desservies par des artères étroites et si leur accès est peu commode, il ne pose pas de vrais problèmes. Certaines arènes n'ont qu'une entrée, pour le public, le personnel et les bêtes qui n'ont pas d'accès direct au toril. Il n'y a aucune possibilité d'ouvrir un second accès, ni surtout de faire les transformations souhaitables. À Tarascon, par exemple, les gradins et la piste forment un pentagone pour épouser exactement le terrain disponible et ne disposent d'aucune possibilité d'agrandissement. Les terrains occupés par la plupart des arènes sont des terrains plats, exceptions faites des Embiez et d'Orgon qui sont tous deux contre des escarpements auxquels s'adosse une partie des gradins.

Les arènes anciennes sont souvent ombragées de platanes plantés avant même l'aménagement des enclos. Les plus récentes sont sur des terrains nus ou garnis de très jeunes arbres. Les emplacements occupés par les arènes n'obéissent à aucune règle, ils traduisent plutôt un peu de leur histoire. Ceux qui sont occupés de longue date sont centraux, ombragés, mais souffrent quelquefois d'un manque de dégagements et d'espaces de circulation. Les réaménagements et agrandissements sont rendus difficiles par le tissu urbain dans lequel ils sont enserrés. Les lieux investis depuis peu sont quelquefois moins attrayants et moins pittoresques mais sont plus vastes et autorisent des installations plus rationnelles.

Noms

Les arènes ont rarement adopté des appellations particulières.On les désigne le plus souvent par le nom de la ville où elles sont implantées. Dans les communes où il y a deux ou trois enclos, on nomme l'un d'entre eux par le nom de la commune, l'autre par le nom du lieu-dit, par exemple :

-Arènes des Saintes-Maries-de-la-Mer ; Arènes de Méjanes.(commune des Saintes-Maries).

-Arènes d'Arles-Arènes de Raphèle (commune d'Arles)-Arènes de Salin-de-Giraud (commune d'Arles).

-Arènes d'Istres-Arènes d'Entressen (commune d'Istres)

Dans huit cas, les arènes ont pris le nom de leur propriétaire, du fondateur ou d'un dirigeant particulièrement remarquable. On trouve cette situation à :

-Saint Rémy-de-Provence : Arènes Barnier, propriétaire,fondateur

Arènes Chomel-Coinon,propriétaires

-Noves : Arènes Paul Chauvet, dirigeant

-Cavaillon : Arènes Paul Vialaron,responsable

-Éyguières : Arènes Chabaud, fondateur

-Plan-d'Orgon : Arènes Albert Laty, propriétaire, fondateur

-Raphèle : Arènes P. Plantevin, dirigeant

-St-Martin -de-Crau : Arènes Arènes Louis Thiers, dirigeant

Seules les Arènes de Pélissanne ont pris l'appellation du terrain qu'elles occupent : Arènes des Grandes Aires. Les noms sont inscrits au-dessus, ou près de l'entrée principale, au fronton ou sur une plaque. Deux clubs taurins ont pris des noms originaux et méritent d'être mentionnés, ce sont ceux de Noves :''L'Encierro" et de St-Étienne-du-Grès : "La Coleta".

Structures et fonctionnement

Les arènes des villes et villages des Bouches-du-Rhône sont des structures simples adaptées, dans leur majorité, au déroulement de la course camarguaise. Elles sont issues des enclos sommaires traditionnellement installés dans les cours de mas ou les places de villages pour accueillir les jeux taurins. Dans une proportion minime, elles ont également subi l'influence des premières plazas de toros construites en Espagne et "qui sont davantage l'évolution d'une place publique que l'héritage des amphithéâtres romains"( Christian Dupavillon. Architectures de cirque des origines à nos jours. Ed. Du Moniteur Paris,1982. )

Les nécessités imposées peu à peu par les réglements et par la volonté de transformer les jeux en véritables spectacles ont souvent amené une certainerationalisation des structures et une meilleure occupation des espaces. Dans les arènes les plus largement remaniées on constate l'adoption de techniques nouvelles dans l'emploi de certains matériaux, mais le schéma d'origine reste lisible. Quelques enceintes entièrement construites au cours de ces dernières années attestent d'une conception globale et fonctionnelle, sans remettre en cause le plan traditionnel. Seules les structures entièrement métalliques installées dans quelques communes semblent s'écarter de la trame originelle.

Le déroulement de la course camarguaise nécessite un espace clos dans lequel la partie centrale est réservée aux acteurs. C'est la piste, entourée de barrières basses et encerclée par le couloir de la contre piste, sur lequel ouvre le toril. L'autre partie est celle du public, constituée de gradins ou de plates-formes surplombant tout ou partie de la piste. Ces deux parties communiquent peu entre elles, si ce n'est par leurs systèmes d'accès.

Pour simplifier l'exposé. ces espaces, piste et tribunes,seront décrits séparément avec la volonté d'en montrer les relations.

La piste est le centre des installations. Couverte de terre et de sable, souvent bombée pour assurer le drainage, elle est fermée de barrières pleines de 1m à 1,30m de haut, posées à 30cm au-dessus du sol et munies de marchepieds. Autour de la piste un couloir annulaire, large d'environ 2m, la contre piste, occupe l'espace compris entre les barrières de piste et les tribunes. Piste et contre piste communiquent entre elles au moins en deux endroits, à l'entrée de service et devant l'entrée du toril, et avec l'extérieur par une ou plusieurs entrées. Ces entrées sont indifféremment placées dans les angles ou sur les côtés de l'enclos. Les communications se font par des vantaux roulants de dimensions diverses. La piste est au niveau du sol, et se différencie par là des tréteaux du cirque et de l'arène antique qui recouvre souvent des annexes nécessaires au spectacle. Elle est rarement creusée, c'est pourtant le cas à Plan-d'Orgon où le sol est mis au niveau de la RN 7 pour permettre l'arrivée des bêtes.

La piste de la course camarguaise est vide, les razeteurs se mettant à l'abri en sautant la barrière. Dans les arènes qui accueillent également des corridas, des emplacements sont réservés pour l'installation de burladeros, ces chicanes derrière lesquelles s'abritent peones et toreros.

Le toril est un local indissociable de la piste. C'est là que les taureaux attendent le début de la course et où ils sont ramenés ensuite pour attendre le retour vers la manade. Il est, soit inclus dans la structure des tribunes, sous des gradins comme à Istres par exemple, soit accolé à l'arrière d'une portion de tribunes comme aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

Dans les arènes récentes les torils sont le plus souvent adossés, mais il n'y a pas de règle générale. Cette disposition peut se trouver dans des enclos anciens (Méjanes, Rognonas, Eyragues, Saint-Rémy), quand le toril a été installé dans une construction préexistante et relié à l'ensemble. L'articulation entre piste et toril présente alors parfois quelques difficultés si leurs ouvertures ne sont pas rigoureusement face à face.

Cavaillon, accès au toril.Cavaillon, accès au toril. Pélissanne, partie supérieure du toril.Pélissanne, partie supérieure du toril. Pélissanne, intérieur du toril.Pélissanne, intérieur du toril.

Le plus souvent le toril fait face à l'entrée principale et est accessible directement de l'extérieur par une porte postérieure à laquelle vient s'accoler le camion de transport. Mais pour un tiers environ des enclos, l'accès n'est possible que par la traversée de la piste. On peut citer en particulier Eyguières, Eyragues, Graveson, Orgon, Plan-d'orgon, Rognonas, l'enclos Barnier à St-Rémy-de-Provence. Il s'agit surtout d'arènes anciennes trop enserrées dans un espace qui ne permet pas de nombreuses circulations. Le toril, de dimensions diverses, est divisé en boxes, dont un double, au centre, le méjan (ou méjean), qui facilite le tri et la circulation. Il peut être couvert comme dans les grandes arènes des Saintes-Maries, Chateaurenard, ou à ciel ouvert, mais il est toujours conçu sur deux plans. Au niveau du sol, les communications avec la piste ou l'extérieur mènent aux boxes couverts de grosses poutres sur lesquelles les gardians se déplacent pour guider les bêtes. Les portes des boxes sont actionnées de ce niveau supérieur par des broches verticales ou des systèmes de contrepoids. Le dessus des boxes est accessible par des échelles et équipé de passerelles.

Les boxes peuvent être symétriques autour d'un couloir central ou en enfilade, comme à Salin-de-Giraud, où ils épousent le profil de la piste. Le cas du toril des arènes d'Arles est un peu exceptionnel. Installé dans une galerie voûtée de l'amphithéâtre romain, il n'est pas accessible directement. Autrefois les bêtes étaient descendues par une trappe, depuis le niveau des premiers gradins jusqu'au niveau de la piste. Actuellement, une sorte de toboggan tourne sous une des entrées principales et leur permet d'accéder à la galerie concentrique inférieure où sont installés les 12 boxes pourvus de trappes.

Les seules arènes où il n'y ait pas de toril sont celles de l'île des Embiez où ne se déroulent que des jeux avec vaches emboulées, bêtes qui ne présentent pas de danger et réclament moins de surveillance.

L'ensemble de la piste, de ses annexes et du toril est le centre du dispositif qui permet la course. Il peut être complété par des locaux divers, la buvette, les salles de réunion des responsables, infirmerie et sanitaires, ou encore local d'équarrissage dans les arènes qui organisent des corridas. L'équarrissage où le taureau mort est débité immédiatement après la course est situé à côté du toril à Arles ou aux Saintes-Maries-de-la-Mer, ou à l'extérieur, sous un abri sommaire à Istres.

Tout ce dispositif est cerné par l'enceinte et les tribunes.

Dans de nombreuses arènes, le mur d'enceinte fait corps avec les tribunes qui s'appuient sur lui. C'est la conception la plus traditionnelle qui se retrouve dans les enclos les plus anciens. L'entrée pratiquée dans ce mur est souvent précédée des guichets. Elle donne accès aux gradins par des escaliers et des passages intérieurs. Elle débouche également le plus souvent sur la contre piste et la piste. Cette structure est visible à Tarascon, Eyragues, Saint-Rémy, Salin-de-Giraud. La circulation s'y fait plutôt horizontalement en longeant les gradins.

Il arrive qu'une partie de l'enceinte soit constituée par un bâtiment, salle de réunions à Istres et Paluds-de-Noves, Mairie à Fontvieille, école à Mouriès, corps de ferme à Eyragues ou encore à Graveson. Les balcons installés sur ces façades rappellent le schéma d'origine languedocienne des théâtres de bois que les aficionados installaient devant les façades bordant le lieu de la course.

Si l'enceinte est indépendante des gradins, un espace entoure l'ensemble des installations. Il sert à la circulation et mène souvent à de nombreux escaliers placés sur la face postérieure des tribunes. C'est une structure souvent adoptée dans les constructions récentes où les gradins sont soutenus par des piliers de béton comme aux Saintes-Maries-de-la-Mer, ou des supports métalliques comme à Noves, et n'ont pas besoin d'un mur d'appui.

Les deux systèmes peuvent cohabiter dans le même enclos ayant connu différentes périodes de construction. À Eyguières, les gradins sont appuyés contre le mur d'enceinte sauf dans la partie est où la tribune la plus récente est construite sur des piliers. Quel que soit le mode d'appui, l'espace laissé libre sous les gradins est utilisé. Il se présente dans de nombreux cas comme une galerie qui court sous une portion plus ou moins importante des tribunes et qui ouvre sur la contre piste par des baies. Cet aménagement est visible dans 11 arènes, par exemple à Eyguières, Eyragues, Graveson, Fontvieille, Chateaurenard, Paluds-de-Noves et surtout à Mouriès, où la galerie entoure presque complètement la contre piste. Dans ces arènes, la galerie abrite toril, buvette, salles de réunion, infirmerie, elle est également le lieu privilégié d'où les spécialistes regardent les courses sur le même niveau que les acteurs. Quand les tribunes sont soutenues par des piliers de béton, l'espace libéré est accessible par l'arrière comme à Saint-Andiol. Les intervalles entre les supports peuvent être fermés et transformés en locaux annexes.

Mouriès, galerie, tribune.Mouriès, galerie, tribune. Mouriès, façade école, tribune.Mouriès, façade école, tribune. Graveson, galerie sous tribune.Graveson, galerie sous tribune.

Les arènes d'Entressen ou Cavaillon sont des structures métalliques auxquelles on ajoute un mur de contre piste et un petit local servant de toril. Souvent, comme à Fos-sur-Mer, les structures sont mixtes et les gradins métalliques côtoient les gradins de béton. Les arènes de Grans constituent un cas particulier puisqu'elles ont été conçues comme une structure mobile près de laquelle le toril seul a été construit. L'enceinte constituée d'éléments métalliques entoure un ensemble de bancs appuyés sur des tubulures.

Sur l'ensemble des arènes considérées dans la région, si l'on excepte les cas très particuliers d'Arles, amphithéâtre antique, ou des arènes mobiles, on peut dégager deux grands types qui se différencient surtout par la structure des tribunes. On distingue d'abord les gradins qui s'appuient sur le mur d'enceinte d'un côté et le mur de contre piste à l'autre extrémité. Cette disposition ne permet qu'une ou deux entrées, et le public circule plutôt horizontalement en longeant les gradins. La galerie laissée libre sous les tribunes peut entourer toute la contre piste, sur laquelle elle ouvre, et abriter divers locaux, toril, buvette, sanitaires. On trouve encore, rarement, des gradins ou des plates-formes qui s'appuient directement au sol comme à Eyragues ou à Graveson. Dans le second type, les tribunes s'appuient sur des supports espacés, de béton ou de parpaings, qui laissent des vides importants. Sur la face postérieure libérée peuvent alors se situer de très nombreux accès. L'ensemble des tribunes est divisé en sections étroites, accessibles de l'extérieur, où la circulation se fait surtout verticalement. Les espaces libres sont alors accessibles par l'arrière et peuvent abriter les locaux annexes. Pour schématiser, on peut associer le premier type aux structures les plus anciennes, le second type aux aménagements récents. Il faut cependant rappeler que les arènes sont rarement homogènes et que les rénovations et agrandissements font cohabiter les techniques et les conceptions.

Formes et Dimensions

Les dimensions des pistes ne sont pas soumises à des normes et varient selon la forme et la situation des arènes. Elles ont des formes de rectangles aux angles coupés ou d'ovales, sauf celles de Méjanes, Orgon, Saint-Andiol, Grans qui sont rondes, d'un diamètre de 30m environ. Exception faite des arènes d'Arles, 65x40m, il semble que le grand axe n'excède pas les 5Om (Mouriès, Chateaurenard), variant le plus souvent entre 30m et 40m. Le petit axe mesure de 17m à 40m. L'écart entre les deux dimensions est le plus souvent d'une dizaine de mètres, sauf dans les cas extrêmes de Tarascon : 36x17m, ou à l'inverse : Les-Saintes-Mariesde-la-Mer : 42x40m.

La taille des arènes se mesure plutôt au nombre de places disponibles dans les tribunes. Les chiffres sont très variables selon l'aménagement des tribunes, mais aussi de l'espace plus ou moins restreint attribué à chaque spectateur. Des arènes d'Orgon, 300 places à celles de Méjanes ou Chateaurenard, 4500 places on peut diviser les enclos en 4 catégories :

- Moins de 1000 places (11);

- 1000 places (7);

-De 1000 à 2000 places (8) ;

-Au-dessus de 2000 places (9);

Les dimensions des tribunes ne sont pas proportionnelles à celles de la piste. Les arènes de Barbentane ont une capacité d'accueil de 1100 personnes et une piste de 40x30m, alors que celles de Port-St-Louis ont 2800 places pour une piste sensiblement égale de 40x3Sm. Les formes des pistes sont assez semblables, souvent ovalisées, quelquefois rondes, rarement ovoïdes comme à Pélissanne, ou presque en fer à cheval comme à Mouriès, grâce aux barrières de piste qui coupent ou arrondissent les angles. Les superstructures, en revanche, ont des formes variées parce que, pour la majorité elles servent d'articulation entre la forme de l'enclos et celle de la piste, s'adaptant de diverses manières à des espaces préexistants. Dans les arènes qui ont été conçues globalement en une seule campagne ou qui ont été entièrement réaménagées, les tribunes et la piste ont des formes harmonisées. C'est ce qu'on peut voir à Port-Saint-Louis-du-Rhône où des tribunes de même hauteur épousent la forme de la piste, ou encore à Méjanes.

Pour le plus grand nombre cependant, les tribunes sont composées de parties rectilignes, d'importance différente, raccordées ou non entre elles. Elles affectent alors des formes polygonales plus ou moins régulières, proches du rectangle comme à Graveson, de l'hexagone comme à Paluds-de-Noves ou même de l'octogone à Barbentane. Deux arènes ont des formes particulièrement originales. Il s'agit de celles de Tarascon, déjà citées pour l'irrégularité de la piste et dont la configuration pentagonale épouse le profil du terrain. À Mouriès, la forme ellipsoïdale qui bute contre la ligne droite de la tribune sud, rappelle le dessin d'un fer à cheval. Tarascon, vue aérienne.Tarascon, vue aérienne.

La diversité des formes tient également à la diversité des structure et des tailles des tribunes. Souvent des gradins plus ou moins anciens, peu élevés, séparent de hautes tribunes plus récentes. Les arènes de Chateaurenard offrent cette apparence. Les tribunes peuvent être très fractionnées, probablement parce qu'elles sont construites peu à peu, au gré des rénovations comme à Cabannes, ou des possibilités économiques comme à Maussane.

Souvent la Présidence est placée dans une des tribunes les plus élevées, celle-là même qui surmonte le toril. Cependant dans 12 arènes, on trouve la présidence face au toril, une disposition qui est plutôt celle des arènes de corridas. Dans ces 12 cas se trouvent Tarascon, Les-Saintes-Maries-de-la-Mer, Chateaurenard, trois villes qui organisent des corridas ou en organisaient encore dans un passé proche.

La situation du toril influe sur la forme des arènes. Quand il est intégré dans l'enclos, sous une tribune, dans une galerie concentrique ou entre deux séries de gradins, il ne change pas la configuration de l'ensemble. À Chateaurenard, par exemple, le toril est situé sous la grande tribune Nord. Il en est de même à Port-Saint-Louis, Saint-Martin-de-Crau, Salin-de-Giraud, Tarascon, Barbentane, Graveson, Istres, Mouriès. Mais il peut aussi être construit en saillie sur l'enclos et en modifier l'aspect extérieur. Aux arènes Coinon de Saint-Rémy-de-Provence, un ensemble de bâtiments, dont le toril, est accolé à l'enclos et en modifie l'ordonnance. À Noves le même parti a été adopté mais avec plus d'organisation et de symétrie. Il existe peu d'enclos, même parmi les plus modernes mieux structurés, qui aient une forme régulière. Peu qui soient comparables à certaines arènes espagnoles ou du sud-ouest de la France, ou encore aux arènes antiques. Quand ce n'est pas le toril qui fait saillie sur l'enclos, ce sont des annexes diverses : guichets, buvette, infirmerie, sanitaires.

Les arènes de la région restent, dans leur majorité, tributaires des arènes précaires installées dans les cours de mas ou les places publiques, qui leur ont donné naissance.

Matériaux

La diversité des matériaux qui constituent les arènes répond à celle de leurs structures et de leurs formes. Cette constatation s'applique évidemment surtout aux arènes dont l'implantation est ancienne et qui ont connu de nombreux remaniements. Le béton et le ciment occupent une place prépondérante puisqu'ils ont été utilisés, selon les lieux et les époques, dans toutes les parties constituantes d'un enclos, du mur d'enceinte aux gradins et à certains murs de contre piste, ainsi que dans la construction des torils ou des locaux annexes. Ils sont les matériaux de base des arènes de Salin-de-Giraud, Istres, Mouriès, Les Saintes-Maries-de-laMer, Barbentane, Chateaurenard, Fontvieille, Alleins, Port-Saint-Louis, dont ils constituent la structure. Mais ils sont également utilisés pour certaines sections de tribunes dans presque tous les enclos, et pour le mur d'enceinte à Istres et Maussane entre autres.

Quelques torils sont construits en béton, comme à Raphèle (commune d'Arles), Chateaurenard, Saint-Martin-de-Crau, Tarascon, mais aussi des murs de contre piste, pour leur totalité ou en partie, dont ceux de Cavaillon, Eyragues, Méjanes (commune des Saintes-Maries-de-la-Mer), Cabannes, Rognonas, Saint-Étienne-du-Grès.

Le béton a été très utilisé dans les années 1920-1930. Il remplaçait la pierre dans certaines parties d'arènes anciennes, ou constituait le matériau de base des arènes nouvelles. Il est encore employé aujourd'hui, surtout en éléments de support (Les Saintes-Maries-de-la-Mer, Chateaurenard). Il peut aussi former une ossature complétée par un remplissage de parpaings (Barbentane, Saint-Andiol). La pierre reste très présente dans les arènes de la région. Le cas de l'amphithéâtre d'Arles presque entièrement conservé dans son matériau d'origine est évidemment exceptionnel. Mais on compte une douzaine d'enclos qui ont préservé tout ou partie de leurs éléments en pierres, parmi lesquels Saint-Étienne-du-Grès, Chateaurenard, Aureille, Graveson, Tarascon. À Eyguières, demeurent le mur d'enceinte, le mur de contre piste et des éléments de tribunes, tandis que les arènes Barnier de Saint-Rémy-de-Provence sont encore presque totalement construites en pierres, toril compris, comme d'ailleurs à Eyragues, Fontvieille ou Rognonas. Certains appareillages sont d'ailleurs anciens et soignés comme à Graveson où une partie du mur d'enceinte semble appartenir à l'ancien mas et dater du XVIIIe siècle. St-Etienne-du-Grès, partie est.St-Etienne-du-Grès, partie est.

À Mouriès, une section du mur de contre piste, en moellons rejointoyés, exceptionnel dans la région, permet de reconnaître infailliblement ces arènes. Le bois apparaît encore fréquemment sous forme de bancs, installés sur des supports de ciment ou de métal, et servant de gradins. On trouve ces bancs à Fontvieille, Noves, Pélissanne, Plan-d'Orgon, Saint-Rémy et même pour remplacer certains gradins d'Arles. Les poutres de bois sont présents dans tous les torils dont ils constituent une couverture à claires-voies de laquelle les gardians peuvent surveiller et guider les bêtes. Le bois est encore présent dans les charpentes des torils anciens comme celui d'Eyguières. Le métal est largement utilisé dans les arènes les plus récentes. Les tribunes des arènes de Cavaillon, Fos, Entressen sont en grande partie constituées de structures métalliques. À Grans, l'enceinte elle-même est faite de plaques métalliques et seuls le toril et les annexes sont bâtis en parpaings. Il faut rappeler que des gradins métal et bois sont installés dans les tribunes de nombreuses arènes, dans les cas de restauration ou d'agrandissement. À Arles, par exemple, des gradins métalliques remplacent les degrés manquants du monument. Les rambardes de métal sont également très fréquentes au sommet des tribunes et au-dessus des murs de contre piste comme à Salin-de-Giraud.

Décor

On rencontre peu de volonté décorative dans les édifices visités, même si certains ont une façade publique monumentale ou un portail dont il a été question à propos des structures et des formes. Ils seront à nouveau évoqués pour le vocabulaire ornemental qu'ils offrent. Six arènes seulement présentent une vrai réalisation décorative, même modeste et naïve. Ce sont Grans, Orgon, Port-Saint-Louis, Pélissanne, Salin-de-Giraud (commune d'Arles), et Les Embiez (commune de Six-Fours).

Ces six exemples n'offrent pas le même type d'ornements. Pour deux d'entre eux, Salin-de-Giraud et Les Embiez, le décor se situe au niveau architectural et paraît être de l'ordre du pastiche. À Salin-de-Giraud, l'édifice entier s'inspire des arènes antiques ou plutôt d'un néoclassicisme quelquefois présent dans les arènes espagnoles. Le portail cintré encadré de pilastres et surmonté d'un fronton triangulaire fait référence à un vocabulaire décoratif de prestige pour signaler un équipement public. Ce décor monumental pourrait symboliser le respect de la tradition et la promotion des loisirs par Solvay, entreprise modèle dont Salin-de-Giraud est la vitrine. Les arènes de l'île des Embiez sont ponctuées de colonnettes composites au fût ionique, au chapiteau dorique et au piédestal cubique entaillé de triglyphes. Ces colonnes moulées sont plus apparentées aux ornements de jardin qu'aux ordres classiques.

Elles sont situées en divers endroits, sommet des gradins, esplanade d'entrée, etc .... quelquefois au dessus de balustrades. Cette intention antiquisante étonne dans ces petites arènes récentes, d'autant plus qu'elle est absente dans les arènes du mas de Méjanes construites par le même maître d’œuvre, la Société Ricard.

À Pélissanne comme à Orgon, le décor est réalisé en tôle découpée. Une simple silhouette de taureau dressée sur un toit signale les arènes de Pélissanne. À Orgon des figures plus soignées de taureaux, razeteurs et gardians prennent place dans des ouvertures pratiquées dans le mur d'enceinte. Les sujets sont élémentaires et folkloriques dans les deux cas, mais la conception est plus élaborée à Orgon. Les personnages sont en quelque sorte sertis dans le mur galbé dont le parcours, sinueux à cause de la configuration du terrain, témoigne également d'une volonté décorative. Enfin les décors peints sont présents à Port-Saint-Louis et à Grans. À Port-Saint-Louis, des fresques représentant des paysages de Camargue et des scènes de course camarguaise ornent la buvette et encadrent l'entrée du toril. Elles ont été peintes en 1993 par Alain Grangier.

À Grans, l'enceinte est ornée de peintures en trompe-l’œil qui représentent des arcades de pierres devant lesquelles sont placés personnages et taureaux. Ce trompe-l’œil a été réalisé par Jean Marignan, peintre camarguais bien connu des aficionados. Il a été peint en 1988 quand cette enceinte métallique,construite en Espagne par Ocon-Lopez et ayant servi à l'école taurine de Nîmes, fut installée à Grans.

Orgon, décor.Orgon, décor. Grans, décor peint.Grans, décor peint.

Les édifices cités ci-dessus paraissent témoigner d'un parti pris de décor, mais d'autres présentent des éléments ornementaux presque toujours concentrés autour de l'entrée. Il peut s'agir de motifs architecturaux, corniches et mouluration, des façades extérieures des tribunes construites dans les années 1930 pour les arènes d'Istres et Paluds-de-Noves. Il peut s'agir dans d'autres cas de portails anciens, simples mais soignés qui ont été conservés comme à Tarascon, Saint-Rémy-de-Provence (arènes Barnier), Eyguières dont le portail orné de piques s'insère entre deux piliers dans un mur concave.

Les portails plus récents, souvent métalliques, portent pour seul décor le nom des arènes, comme à Raphèle (commune d'Arles), ou encore à Cavaillon ou Saint-Martin-de-Crau. Les décors les plus fréquents sont l'écusson, comme à Chateaurenard ou Istres, et la plaque commémorative, que l'on trouve dans une dizaine de lieux. Très souvent ils évoquent un Club Taurin ou un responsable ayant participé à la notoriété des arènes. C'est le cas à Noves, Saint-Rémy (arènes Coinon), et Arles où une plaque située dans une galerie d'accès, commémore la dynastie des Pouly, manadiers et toreros célèbres. Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, c'est un taureau qui est à l'honneur. À Mouriès, une plaque commémore à la fois l'inauguration des arènes et l'accident qui l'a endeuillée.

La buvette ou la salle du Club peuvent être également des lieux décorés, de peintures comme à Port-Saint-Louis ou Mouriès où des fresques de Jean Marignan voisinent avec des trophées, cocardes et photos. Il est évident que le décor est dans l'ensemble modeste et prend ses sources dans le folklore, avec une prédilection pour le motif de la pique.

Il faut peut-être assimiler à un élément décoratif la couleur rouge omniprésente dans les arènes. La peinture des barrières, des portes des torils et même les inscriptions plus ou moins soignées qui ponctuent un enclos sont indissociables de l'ambiance visuelle des arènes.

Évolution des bâtiments

On trouve dans le secteur étudié plus d'une quinzaine d'arènes implantées de longue date, qui n'ont pas été délocalisées, mais largement transformées, et qui permettent d'appréhender le sens de leur évolution depuis le début du XXe siècle. On peut d'autre part, en regardant les arènes les plus récentes, dégager les nouvelles tendances architecturales qui marquent ce programme depuis une vingtaine d'années.

Les enclos anciens, surtout dans les petites agglomérations, ont conservé les mêmes formes, d'abord parce que les terrains souvent enserrés dans un tissu urbanisé ne permettaient pas de grandes restructurations, mais aussi parce les villages et les Clubs Taurins n'auraient pu investir suffisamment pour effectuer de grandes transformations.On peut affirmer cette permanence parce que très souvent les murs d'enceinte ont été en partie conservés, et également grâce à la présence des grands platanes qui entourent la piste depuis sa création. On peut donc facilement imaginer que certains enclos ont la même taille et la même forme depuis que les ronds de charrettes ont peu à peu été remplacés par des installations spécifiques. C'est ainsi que les arènes de Saint-Étienne-du-Grès ont la même configuration qu'à leur naissance en 1907, comme celles de Graveson qui ressemblent à ce qu'elles étaient à la fin du XlXe siècle.

L'aspect extérieur de certaines arènes anciennes a été cependant modifié dans les années 1930 par la volonté de leur donner une façade publique. Les deux principaux exemples en sont Istres et Paluds-de-Noves. Dans ces deux édifices, un bâtiment à l'architecture soignée, ouvert sur un terre-plein extérieur, a été accolé à l'enclos, signalant son entrée et abritant des locaux annexes. La face interne de ce bâtiment se présente comme une tribune donnant sur la piste à Istres, celle de Paluds-de-Noves ayant disparu.

Cette disposition rapproche ces arènes d'un type landais classifié comme Tribune-arène, dans le catalogue d'une exposition conçue par le CAUE des Landes en 1992. Ce type créé au début du XXe siècle serait localisé dans les bourgs urbains landais. Il est ainsi caractérisé : "La dualité Tribune/ Gradins reste marquée ..... L'arène a un dedans (piste) et un dehors (façade publique)". Cette adoption d'une façade sur rue, qui transforme un lieu protégé et presque un peu secret en édifice public, a été une étape intéressante, bien que peu répandue, de l'évolution des arènes de la région.

Une autre évolution de l'aspect extérieur des bâtiments découle d'une évolution des structures internes. Il s'agit des arènes où le revers des hautes tribunes a modifié l'aspect initial de la clôture. Une telle transformation a été effectuée à Chateaurenard par exemple en 1980.

Enfin il faut signaler les modifications apportées par la généralisation des guichets greffés sur les murs d'enceinte.

L'évolution touche évidemment les matériaux. Le béton, puis de plus en plus souvent les parpaings, servent au remplacement des éléments construits en maçonnerie de pierre à l'origine. Si l'ensemble des arènes implantées depuis les premières années du XXe siècle sur le même terrain n'ont pas subi de grandes transformations au plan de la forme ou des dimensions, il n'en est pas de même pour ce qui concerne les aménagements intérieurs, le nombre des places et l'organisation des circulations. Dès que se mettent en place les installations internes des arènes, les charrettes et les théâtres qui servaient de loges sont remplacés par des tribunes sommaires. Le public se serre au pourtour de la piste aménagé en promenoirs comme il en existe encore, en particulier à Eyragues.

Ces espaces publics sont peu à peu aménagés, longtemps par des bénévoles, pour augmenter la capacité d'accueil et plus récemment pour répondre aux règles de sécurité. On assiste d'abord à un remplissage des espaces par des gradins consistant en bancs de béton ou de bois. Puis, quand les moyens financiers le permettent, de hautes tribunes de béton ou métalliques équipent des sections entières des arènes. On peut voir dans quelques édifices la juxtaposition des divers équipements. À Chateaurenard, la tribune nord achevée en 1984 jouxte le promenoir est, bordé de platanes et du mur de contre piste en pierres, et équipé de simples bancs. Cette modification des gradins qui permet une augmentation des places et une meilleure visibilité s'accompagne d'une volonté de sécurité.

Les nouveaux règlements obligent à porter plus d'attention à la fiabilité des matériaux et à la rationalisation des circulations. Cependant ces transformations se font lentement, sur plusieurs saisons et les arènes dans leur majorité sont très composites, marquées à la fois par la tradition et la modernité. Les règlements qui ont fixé le déroulement de la course pour en faire un spectacle ou un sport, ont induit des transformations importantes quoique peu spectaculaires. Les pistes répondent à quelques impératifs déjà cités au début de ce rapport, comme la hauteur et les caractéristiques des barrières, ou la largeur de la contre piste. Le mur de contre piste autrefois souvent constitué de travettes, comme on le voit encore à Eyragues, est presque toujours bâti en dur, exception faite des arènes où les grilles des galeries en tiennent lieu, par exemple Mouriès.

L'aménagement des torils obéit également à de nouvelles règles. De locaux sommaires qu'ils étaient (quand ils étaient présents), ils sont devenus larges,propres et bien aérés. Le bien-être et la sécurité des razeteurs exige la présence de sanitaires et d'une infirmerie. Ces annexes ne modifient pas toujours l'aspect des édifices puisqu'elles sont le plus souvent aménagées à l'intérieur de l'enclos, sous les tribunes. Si l'enveloppe, le mur de clôture et les rares bâtiments qui y sont accolés, est à peu près conforme à ce qu'elle a été dès la création de l'enclos, à l'inverse l'intérieur s'est construit lentement. Tribunes et locaux internes ne semblent pas connaître de bouleversements, mais plutôt un constant aménagement.

C'est pourquoi si on compare les arènes Laty de Plan-d'Orgon sur une carte postale des années 1920 avec un cliché actuel, on n'observe pas de différences spectaculaires malgré l'augmentation de la capacité d'accueil, la transformation des gradins, le réaménagement du toril. Cette constatation est plus vérifiable dans les arènes des petites agglomérations. On a déjà vu que dans des villes plus importantes l'évolution est plus visible. C'est vrai pour Chateaurenard, Tarascon, pour les Saintes-Maries-de-la-Mer où les arènes construites en 1932 ont été entièrement refaites en 1980 dans un registre plus grandiose et scénographique.

Au mas de Méjanes, les grandes arènes actuelles n'ont rien de commun avec le bouvaou d'origine. À Fontvieille une des transformations les plus originales a consisté à annexer en quelque sorte une façade de la mairie pour y installer une loge d'honneur. Fontvieille, tribune ouest.Fontvieille, tribune ouest.

Les arènes d'Arles ont subi elles aussi des transformations propres à restaurer les gradins. Les parties détruites ont été en majorité remplacées par des tribunes métalliques en 1990, au même moment où la piste était rétrécie sur les parties est et ouest. Les barrières ont été surélevées et le mur de contre piste équipé d'arceaux métalliques pour satisfaire aux exigences de la Course Camarguaise, et le toril a été réaménagé en 1993.

Les constructions récentes représentent un peu moins de la moitié des arènes dans le secteur considéré. On en compte 17 dont la création se répartit ainsi :

- 6 de 1960 à 1980 ;

- 7 dans les années 1980 ;

- 4 de 1990 à 1993.

Ces constructions, après une très longue période de stabilité du nombre des édifices, sont dues à diverses causes. Dans certaines localités, les arènes étaient construites sur des terrains privés dont les propriétaires ont préféré ne pas renouveler les baux de longue durée. Dans ce cas il a fallu délocaliser.

Ailleurs on a préféré construire de vrais enclos à la place des arènes mobiles traditionnellement installées pendant les fêtes. Il s'agit là de véritables créations. Dans ces installations entièrement conçues durant ces trente dernières années, on peut remarquer une tendance générale. Organisation des gradins,circulations nombreuses, en sont les caractéristiques les plus constantes. Les torils sont le plus souvent de petits locaux accolés à l'enceinte et facilement accessibles.

Ces traits sont traduits dans des formes et des matériaux divers sans qu'on puisse établir une chronologie ou une hiérarchie. La construction d'Alleins (1980) a de nombreux points communs avec celle de Maussane (1990), matériau, conception, alors que dix ans les séparent.

À côté de ces petites unités aux gradins de béton, on trouve à Fos (1986), comme à Entressen (1982), ou à Cavaillon ( 1990), dans des agglomérations de type très différents, des structures en majorité métalliques. On peut associer à ce type les arènes de Grans installées en 1988. Elles sont en effet entièrement métalliques, y compris l'enceinte, et entièrement démontables, exception faite du toril et des locaux annexes construits en dur à l'extérieur de l'enclos.

Il faut ajouter les édifices construits sur de grands supports de béton avec remplissage de parpaings ou de briques, à Saint-Andiol ou à Barbentane. Les arènes de Barbentane sont les plus récentes de la région. Elles ont été construites en 1993 sur un plan conseillé, paraît-il, par la Fédération Française de Course Camarguaise. On ne peut en conclure que ce type, pas plus qu'un autre, prévaudra dans l'avenir. Il est évident que la plus grande liberté est laissée aux responsables, à condition qu'ils observent les nouvelles normes de sécurité.

Dans ce groupe de constructions relativement récentes, deux édifices ont des architectures peu assimilables aux divers types évoqués. Il s'agit d'abord des arènes de Port-Saint-Louis-du-Rhône construites en 1977 par l'architecte parisien Manolakakis. On y trouve un ensemble de gradins en béton assez classique et le même souci de rationalisation et d'organisation déjà soulignés ailleurs, mais avec une réponse plus scénographique. Les dimensions, l'apparence de tumulus, le traitement soigné des nombreux accès, transforment un ensemble de composantes assez simples en un édifice public sophistiqué. Port-St-Louis, tribune est.Port-St-Louis, tribune est.

Dans l'île des Embiez, les arènes présentent des caractéristiques déjà citées. Les sections de gradins de béton séparées par des escaliers, sont bien organisées à l'intérieur. Mais la façon dont elles sont travesties en ruine romantique par de nombreuses colonnes leur confère un caractère très singulier. Il faut souligner que cet édifice n'est pas soumis aux mêmes impératifs que les autres. L'accès étant gratuit, une clôture continue n'est pas nécessaire et la forme générale est plus libre, avec un prolongement sur une esplanade. Il n'y a pas de toril puisque les vachettes sont gardées dans les camions ou à l'extérieur. On observe aussi que les barrières de piste sont simplement simulées par la peinture du mur de contre piste.

L'ensemble de ces exemples permet de dégager quelques éléments qui marquent l'évolution de la conception des arènes.

Au niveau de la construction, il y a une volonté d'utiliser les matériaux nouveaux. Le béton apparaît dès les années 1920, d'abord en grandes surfaces, ensuite en piliers de soutien, puis en éléments d'ossature. Les structures métalliques ou les parpaings sont de plus en plus utilisés par la suite.

Au niveau de la structure les réalisations sont toujours plus influencées par les mesures de sécurité, mais aussi par la volonté d'améliorer la capacité d'accueil et le confort du public, comme celui des acteurs. Cette volonté de transformer l'enclos primitif, héritier de la cour de ferme ou de la place de village, en véritable lieu de spectacle est une constante dans le monde de la Course Camarguaise. Dans les arènes anciennes, le choix des transformations est évidemment soumis aux contraintes du bâti ancien et de l'espace disponible à l'intérieur d'une enceinte et de plantations que l'on veut presque toujours préserver. Mais les contraintes existent également pour les créations récentes qui doivent s'implanter sur des terrains imposés, peu appropriés à ce genre d'installations. Le problème économique est le plus contraignant pour la grande majorité des arènes. Les responsables des arènes des villages, Club Taurin ou autre, sont confrontés à la nécessité d'offrir de meilleures prestations avec des recettes en baisse. La fréquentation souffre de la concurrence et d'une amorce de désaffection pour les jeux taurins. Les constructions sont encore très souvent l’œuvre de bénévoles, sans l'aide d'un architecte, et se font lentement.

4) CONCLUSION

L'ensemble des observations regroupées dans les diverses parties de cette étude permettent d'appréhender l'état actuel des arènes dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et celui de la tradition taurine qu'elles font vivre.

Ce panorama a des limites, dans l'espace d'abord, puisque, à deux exceptions près, seules les installations du département des Bouches-du-Rhône devenu une sorte de bastion de la culture taurine en Provence, existent encore. Dans le temps ensuite, puisque les documents iconographiques, comme les textes, relatifs à ces divertissements et aux lieux dans lesquels ils se déroulent sont rares jusqu'aux premières années du XXe siècle. Auparavant les jeux taurins n'intéressaient le chroniqueur que dans la mesure où ils se trouvaient mêlés à des événements plus prestigieux. Il s'agit en particulier des fêtes données en l'honneur de grands personnages.

Il faut ajouter que l'objet de cette enquête est en constante adaptation. Il ne s'agit pas ici de saisir un état définitif de formes figées, mais un moment d'une évolution.

En dépit de ces limites et des nuances qu'elles imposent, le panorama actuel des arènes permet d'abord quelques observations générales sur ces espaces architecturaux de la culture taurine en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Il est aisé de constater que ce sont dans l'ensemble des équipements modestes, très inspirés par les cadres naturels et historiques des jeux, cours de fermes et lieux de réunions villageoises. On imagine facilement en examinant la majorité des arènes du département ce qu'étaient les espaces originels, comment les aficionados bénévoles et les maçons locaux les ont peu à peu aménagés pour en faire ces lieux de spectacles et de réjouissances populaires, de plus en plus adaptés mais toujours rustiques.

L'économie des moyens employés ou une fidélité au modèle initial sont à l'origine d'une certaine sévérité d'aspect. On ne trouve pas dans le secteur étudié la sophistication qui marque par exemple les arènes du Pays Landais. Dans le catalogue de l'exposition organisée en 1992 par le CAUE des Landes, "Les Espaces de la Tauromachie en Pays Landais" on peut noter cette remarque : "Petites ou grandes ..... elles (les arènes) s'habillent de l'air du temps, des modes et styles du jour. Leur vocabulaire architectural appartient à la production du moment même si elles paraissent affectionner plus particulièrement la nostalgie (style mauresque, néoclassique, andalou ... ) et la référence à leurs grandes sœurs espagnoles".

Rien de tel en Provence, ni d'ailleurs dans la plupart des arènes languedociennes. Les rares exemples de volonté de décor architectural ont déjà été cités, ce sont l'enceinte des Saintes-Maries-de-la-Mer, le portail néoclassique de Salin-de-Giraud et le pastiche antiquisant des Embiez. Ce sont également à Istres et à Paluds-de-Noves les bâtiments de façade construits dans les années 1930.Ceux-ci témoignent d'une certaine recherche, mais sans réelle fantaisie.

Salin-de-Giraud, portail d'entrée.Salin-de-Giraud, portail d'entrée.

Quand on assiste à des remaniements de grande envergure ou à une création d'une certaine ampleur, l'effort se porte sur la conception technique plus que sur le langage formel. On peut expliquer ce manque d'innovation par le fait que les constructeurs ont peu de moyens et sont le plus souvent des amateurs. Il y a cependant quelques cas où les responsables ont fait appel à des architectes. Il y eut Castel, architecte marseillais, à qui fut confié le plan des arènes des Saintes-Maries-de-la-Mer en 1930 (aujourd'hui reconstruites) et celle de Mouriès en 1926. Il est étonnant de constater que cet architecte qui a montré dans de nombreuses réalisations son éclectisme et son attachement à un style Art Déco, construit là une grande enceinte très sobre, sans aucun signal.

Plus récemment à Maussane (1990) ou à Barbentane (1993), les plans de Revalor dans le premier cas, ou de Barré dans le second exemple, se bornent à respecter les directives de la Fédération de la Course Camarguaise, sans interprétation esthétique du programme. Seule la réalisation de Manolakakis à Port-Saint-louis-du-Rhône en 1977 sort du schéma de l'enclos classique, mais pour s'approcher d'une architecture de stade.

Il semble donc qu'on puisse affirmer à l'issue de cette étude que la famille des arènes provençales se caractérise, au-delà des diversités de techniques et de dimensions, par une grande sobriété. En accord avec la sévérité architecturale des mas provençaux, la majorité des enclos ne témoigne pas d'une recherche d'originalité et de décor, mais d'une rusticité locale.

Outre ces quelques observations sur l'aspect des arènes, cette enquête ouvre d'autres perspectives. Elle permet en premier lieu d'aborder la question de leur inscription dans un territoire et, au-delà, dans un contexte urbain. Elle permet ensuite de définir leurs divers types, et de déterminer quelques orientations de leur évolution. On a remarqué au début de ce rapport que la zone de plus grande densité des arènes dans le département des Bouches-du-Rhône se situe dans la partie centrale. C'est dans le nord de cette partie que demeurent le plus d'enclos anciens. On en trouve 10 (sur 16 au total) dans le triangle qui aurait Chateaurenard pour sommet et le niveau des Alpilles pour base. Dans ce secteur, trois agglomérations seulement ont dû délocaliser leurs arènes.

En comparaison la partie sud, au-dessous d'une courbe Salon, Arles, Les-Saintes-Maries-de-la-Mer, n'a pu préserver que 3 arènes anciennes (Istres, Salin-de-Giraud, Les Saintes-Maries), et a connu 5 délocalisations.

Dans la bande centrale, entre Alpilles et Crau, 4 villages ont des constructions anciennes, 2 ont des arènes délocalisées, et trois ont des installations tardives.Les causes des délocalisations sont semblables au sud comme au nord, dans les petites agglomérations et dans les villes. Il s'agit le plus souvent de cessation de bail d'arènes privées, comme ça se produit à Cavaillon, ville de la partie nord ou à Grans, village du sud. Il peut s'agir également d'un besoin de libérer un terrain très central ou mal adapté. C'est vrai à Port-Saint-Louis et à Alleins où les courses se déroulaient sur le port, dans le premier cas, et dans la cour de l'école dans le second.

On trouve peu d'arènes sur la place publique. Les agglomérations où des arènes éphémères étaient installées pour les périodes des fêtes, sur la place publique, n'ont pas construit leurs arènes sur ces emplacements privilégiés. Quand la décision est prise, dès les années 1930 pour Les Saintes-Maries-de-la-Mer, plus tard pour Fos, Noves, Saint-Martin-de-Crau ou Raphèle, de construire un enclos permanent, on choisit un terrain plus ou moins décentré.

Il est impossible dans le cadre de cette étude de donner une explication à cette constatation. Il peut s'agir d'une volonté politique d'écarter un risque de désordre et de canaliser la foule vers un lieu plus facile à contrôler. Il peut s'agir tout simplement d'une inadaptation des espaces concernés et de l'urbanisme à ce programme architectural bien particulier.

Dans un schéma très répandu en Languedoc, la grand'place accueille d'abord le rond de charrettes primitif qui s'enrichit de théâtres et enfin se transforme en véritables arènes. Le cas de Marsillargues dans l'Hérault est exemplaire à cet égard. Investie dès le début du siècle par les jeux taurins, la Grand'Place se confond aujourd'hui avec les arènes, les gradins appuyés au mur de l'église, les tribunes accrochées au café et le toril aménagé dans l'édifice mitoyen.

Les arènes anciennes de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur sont situées dans des terrains clos à l'origine. Cours de mas comme à Graveson, Eyragues, Eyguières, Rognonas, Saint-Rémy-de-Provence, cours de cafés comme à Plan d'Orgon et Paluds-de-Noves, ou encore cours d'école comme à Mouriès ou Saint-Étienne-du-Grès.

Quelques cas font exception à cette règle comme Salin-de-Giraud, ville conçue globalement, qui prévoit un emplacement spécifique pour des arènes dans le plan d'urbanisation. Il faut citer encore la ville des Saintes-Maries-de-la-Mer, où les courses étaient autrefois organisées sur la place de l'église, mais qui choisit finalement d'installer ses arènes permanentes sur la promenade du bord de mer, Pélissanne où les arènes sont construites sur une aire de transhumance et Fontvieille où elles occupent une ancienne carrière actuellement voisine de la mairie et du champ de foire.

Si on ne peut tirer de conclusions à partir de la géographie des délocalisations, en revanche les conséquences en sont visibles. Dans tous les cas, les arènes ont été déplacées vers des terrains périphériques, plus ou moins excentrés, mais quelquefois nus et peu accueillants. L'éloignement, le manque de lien avec le cœur de l'agglomération, peuvent transformer peu à peu le rôle des arènes. Ce lieu qui était le centre de la fête, conquiert une sorte d'autonomie. Il tend à devenir un équipement sportif et à perdre son caractère convivial et chaleureux. Les responsables des arènes encore implantées dans les lieux d'origine sont très conscients de l'attachement du public à un lieu de mémoire. Mis à part de rares exemples où l'emplacement est trop incommode et ne permet pas les réaménagements nécessaires, comme à Istres, ils veulent les préserver et misent sur l'ambiance villageoise empreinte de tradition qui règne dans un vieil enclos ombragé de grands platanes.

Il semble évident au premier examen que les arènes appartiennent à deux grands types, les enclos anciens, et les enclos construits ou reconstruits au cours des dernières trente années. Les premiers, en majorité caractérisés par leur implantation centrale et une forte communication avec l'agglomération, la mixité des matériaux, l'hétérogénéité de la constitution des tribunes, les difficultés d'accès et de circulation, présentent entre eux des analogies de structure. Soit les tribunes, ancrées sur une enceinte quadrangulaire, à l'arrière, et sur le mur de contre piste vers le centre, laissent un vide sous-jacent dans lequel on peut circuler et installer toril et autres locaux. Soit les tribunes sont appuyées sur le sol et les divers locaux sont accolés ou insérés entre les tribunes. Les deux systèmes peuvent coexister dans le même lieu.

Ces arènes, directement issues des installations sommaires qui abritaient les divertissements taurins dans les cours de fermes, en ont gardé la forme générale quadrangulaire, et les pistes aux angles coupés ou arrondis donnent au taureau des espaces dans lesquels il peut se garder.

Les seconds, se distinguant par leur position périphérique, une conception architecturale rationnelle et homogène, ne sont pas enserrés dans une enceinte opaque, mais plutôt entourés d'une clôture grillagée de forme arrondie. Les tribunes soutenues soit par des montants métalliques soit des supports béton (ou parpaings), peuvent être divisées en plusieurs secteurs et libèrent le volume arrière pour permettre la multiplication des accès.

Tout oppose extérieurement ces deux styles d'arènes. Les unes suggèrent l'intimité, abritées derrière leurs murs encore souvent en pierres. Ce sont des îlots d'ombre et de convivialité au milieu du village. Les autres, au contraire, souvent isolées sur un terrain vide, prennent une dimension plus officielle d'édifice public.

Une approche plus attentive des diverses installations, des structures et des formes des bâtiments, oblige à nuancer cette première conclusion.

Il faut préciser d'abord que toutes les arènes acquièrent peu à peu des caractéristiques communes. Les exigences de la réglementation de la Course Camarguaise mise en place par la Fédération, comme les nouvelles normes de sécurité ont réduit les disparités, surtout pour les aménagements intérieurs. Les torils, les barrières de piste ainsi que la contre piste doivent satisfaire aux mêmes conditions dans tous les types d'arènes, en même temps que les circulations deviennent plus fonctionnelles et que l'infirmerie devient obligatoire.

Il faut signaler aussi qu'il y a des exceptions au schéma décrit précédemment, selon lequel les différents types d'arènes correspondraient à leur date de création. Ces exceptions sont peu nombreuses, mais méritent cependant d'être mentionnées. On observe par exemple que des arènes comme celles de Tarascon, les arènes Coinon de Saint-Rémy-de- Provence, mais surtout celles de Chateaurenard, si elles gardent des caractéristiques de leur ancienneté, ne sont plus assimilables aux enclos nés à la même époque dans certains villages.

Elles se sont engagées dans un processus de modernisation, d'agrandissement qui en transforme sensiblement l'apparence. Ces mutations peuvent, à plus longue échéance, modifier l'ambiance et le public. À contrario, dans certaines petites agglomérations, les arènes récentes construites sur les modèles les plus courants, tendent à retrouver, sous un autre aspect, l'ambiance intime et villageoise des plus modestes enclos anciens du département.

Les dimensions, la simplicité de la construction, la reconstitution d'un environnement arboré rapprochent les arènes d'Alleins ou d'Orgon par exemple du petit enclos de Paluds-de-Noves, mise à part son implantation isolée.

Alleins, partie nord-ouest.Alleins, partie nord-ouest. Palud-de-Noves, partie est.Palud-de-Noves, partie est.

Ainsi, au-delà des techniques de construction et de l'implantation plus ou moins urbaine, les clivages pourraient se situer à l'avenir au niveau de l'importance des villes et des moyens que les dirigeants pourront mettre en œuvre. Les arènes les plus importantes pourront mettre l'accent sur la qualité des programmes, le confort, la commercialisation.

Il est possible qu'apparaissent peu à peu deux sortes d'arènes, les unes plus sportives, les autres plus folkloriques. Ces remarques sont subjectives et ne s'appuient pas sur une enquête approfondie. Il faudrait étudier en détail le programme des spectacles proposés dans chaque arène sur plusieurs saisons pour apporter des réponses. Il semble cependant que les différences de gestion et de moyens financiers doivent installer une hiérarchie.

Actuellement la plupart des arènes sont entretenues par les municipalités et administrées par les Clubs Taurins et les comités des fêtes. Pourtant, dans un souci de rentabilité et de meilleure commercialisation, d'autres moyens, comme l'adjudication à un organisateur de spectacles, pourraient se mettre en place. Cette forme de gestion n'existe aujourd'hui que dans les deux grandes arènes organisatrices de corridas, Chateaurenard et Arles.

Le problème de la concurrence devient également de plus en plus aigu à l'intérieur du territoire taurin. Un calendrier pléthorique limité à quelques mois de l'année disperse les aficionados aux quatre coins du département. Les sollicitations de plus en plus nombreuses éloignent des arènes une partie du public de proximité. Chaque responsable se plaint de la désaffection d'une partie de la population qui se dirige vers d'autres spectacles et boude une activité qui rassemblait autrefois tout un village. Curieusement les facilités de déplacement n'incitent pas la population à suivre les courses, d'un village à l'autre, d'une fête à l'autre comme elle le faisait autrefois quand les moyens de locomotion étaient rares.

Ceci s'ajoute au fait qu'un nouveau public de curieux et de touristes n'apporte pas une compensation appréciable. Alors que l'intérêt pour la corrida semble croître, au moins dans les arènes du sud-ouest, en partie grâce aux médias et en dépit d'adversaires nombreux et déterminés, le public de la course camarguaise ne s'étend pas. Pour s'adapter à certaines mutations survenues dans le domaine des loisirs les divers responsables vont devoir inventer de nouvelles motivations et recourir au marketing.

Dans ce contexte moins favorable, les nombreuses villes qui installaient jadis des arènes éphémères y ont renoncé. Pourtant, en dépit de la dégradation de certaines conditions, peu d'arènes permanentes, construites en dur, ont disparu sans solution de rechange, mises à part celles de Marseille et d'Avignon.

Les problèmes ne semblent pas décourager les responsables, qui continuent à entretenir, réaménager et agrandir leurs installations. Plus encore, une cité comme Miramas envisageait d'en construire en 1994. Le projet de grande envergure se situait à l'écart du centre, au quartier Monteau, et prévoyait une capacité d'accueil de plus de 3000 places.

Ajoutons pour l'anecdote qu'un milieu d'aficionados marseillais ne renonce pas à l'espoir de revoir des arènes à Marseille et organise des manifestations estivales en plein air quand l'occasion s'en présente. On a pu voir également, en 1994 et 1995, des arènes installées dans un hangar des Docks à l'occasion de la manifestation annuelle : La Fiesta des Sud. Cette persévérance dans la mise en valeur et le développement de ce patrimoine prouve à l'évidence que la culture taurine provençale est vivante mais doit affronter des conditions sociologiques et économiques plus exigeantes.

Depuis plus d'un siècle, l'histoire des espaces a été associée à celle de la pratique, en accord avec le contexte social. Cette collaboration doit se poursuivre pour trouver des réponses pertinentes aux questions que posent la conservation ou la mutation de ces édifices. Le débat ébauché au sein du milieu taurin sur l'intérêt d'un rattachement aux instances du Sport ou à celles de la Culture témoigne d'un besoin de redéfinir une position et des objectifs. Les problèmes posés par le devenir de l'ensemble des arènes de la région sont nombreux, préservation des modèles traditionnels ou élaboration de types nouveaux, entretien du patrimoine, nouvelles gestions et diversification des pratiques. Seule une observation rigoureuse et ininterrompue pourrait montrer comment seront préparées les solutions, dans quelles perspectives et avec quels partenaires.

LES ARÈNES DES MAS

PRÉSENTATION

L'enquête sur les arènes de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a permis de dénombrer et d'étudier 34 arènes installées dans des villes et villages, et vouées à des spectacles publics. Il a semblé utile de visiter parallèlement quelques-unes des arènes construites chez les éleveurs de taureaux, désignés en Provence par le mot manadiers. La confrontation entre ces deux types d'arènes permet d'en apprécier les similitudes mais également des diversités liées aux différences de taille et de finalité. Avant d'approcher les installations dans lesquelles évoluent manades et manadiers, avant de situer leur fonction et d'en dégager les diverses caractéristiques, il est intéressant de retracer les grandes lignes de l'histoire de ces troupeaux.

La présence de ce cheptel est connue en Camargue depuis l'Antiquité et en Crau depuis le Moyen-âge. Louis Stouff en évalue l'importance à 2000 têtes environ réparties en 15 ou 20 élevages pour le milieu du XVe siècle 11. Les chiffres ont souvent varié et, au début du XIXe siècle, on ne dénombre plus que 500 têtes environ.

L'effectif de ces troupeaux prend un nouvel aspect vers la fin du siècle dernier (3000 têtes réparties en une quinzaine de manades) et n'évolue guère jusqu'à 1940. Cette augmentation correspond à l'essor des divers spectacles taurins. Les jeux de plus en plus élaborés, pour un public plus exigeant,demandent un bétail de qualité. Les manadiers doivent entretenir un troupeau important pour effectuer une sélection efficace.

D'autre part le succès de la corrida amène certains éleveurs à importer des taureaux de race espagnole et à essayer des croisements avec la race camargue. À partir de 1945, ni la réduction des espaces sauvages due en grande partie à l'essor rizicole, ni les difficultés financières affichées par les manadiers, n'ont enrayé l'accroissement du cheptel et des manades. Claire Bouquigny écrit en 1985 : "En 1948 on dénombrait 5000 têtes de bétail ( 1600 camargues et 3400 croisés ou espagnols) pour 32 manades. Puis l'exploitation touristique des activités taurines va occasionner un nouvel accroissement du cheptel bovin avec 8500 bêtes (5800 camargues et 2700 croisés ou espagnols) pour 52 manades recensées en1977 et environ 12000 pour 80 manades en 1985" 12. Ces chiffres tiennent compte des manades du Gard et de l'Hérault. On peut retenir le chiffre de 6500 têtes pour la seule région Provence-Alpes-Côte d'Azur.Cet élevage d'animaux destinés au trait, à la boucherie, plus récemment aux jeux, est de caractère extensif. Cette caractéristique a généré un certain nombre de pratiques permettant de recenser, de déplacer les bêtes et d'en contrôler les qualités.

Les bêtes, libres dans de grands espaces peu clôturés, doivent être reconnaissables par le propriétaire et donc porter des marques caractéristiques d'appartenance à un troupeau. Le jeune animal reçoit les signes distinctifs choisis par le propriétaire. Il s'agit de la marque de la manade et de numéros (dont le dernier chiffre de son année de naissance), par application d'un fer rougi au feu, ainsi que de l'escoussure, échancrure faite à l'oreille selon un dessin propre à un élevage.

Les ferrades, au cours desquelles les animaux sont marqués, prennent des allures d'événements. Elles étaient depuis très longtemps prétexte à se réunir entre voisins etamis pour faire la fête autour de l'animal. Le développement du tourisme autour des activités taurines a amené les éleveurs à organiser des spectacles dans leurs mas. Les ferrades deviennent des attractions qui s'accompagnent de jeux effectués par les gardians, ces cavaliers chargés de surveiller les troupeaux dispersés dans les grands espaces camarguais.

On peut évoquer à ce propos un autre détournement des pratiques pastorales, celui qui est à l'origine des jeux comme l' abrivado ou la bandido. Il s'agit là de la transformation en festivité du déplacement des manades d'un pâturage à l'autre selon la saison. Ces parcours ont donné naissance à un jeu qui consiste à lancer dans les rues des taureaux encadrés par des gardians, au milieu d'amateurs qui cherchent à les détourner de leur itinéraire.

En ce qui concerne les ferrades-spectacles couramment organisées dans les mas, à la demande d'associations, de groupes de touristes, etc. .... elles doivent, pour être rentables, se renouveler plusieurs fois dans la saison et réclament la présence de nombreuses jeunes bêtes. Ceci explique peut-être en partie l'accroissement d'un cheptel qui paradoxalement dispose de parcours de pâtures réduits et doit être nourri de façon beaucoup plus onéreuse par des apports de fourrage. Ces festivités s'étalent souvent sur toute une journée. La ferrade a lieu le matin, quelquefois suivie de jeux de gardians. L'après-midi, le manadier organise des courses de vachettes. Un repas préparé au mas,ou un pique-nique, coupe la journée. Les installations sont conçues pour accueillir ces diverses manifestations, et varient selon le public, le style de spectacle, le repas proposé.

Un lieu est prévu, non loin de l'arène, pour la ferrade proprement dite. Il doit être accessible par les cavaliers qui arrivent des pâturages au galop, poussant les bêtes vers le foyer où elles vont être marquées. Dans la majorité des cas, on trouve un ensemble formé du mas, d'un emplacement ombragé ou d'un préau (où sont installés tables, comptoir et cuisine de plein air) et surtout d'arènes plus ou moins rudimentaires. Celles-ci servent de cadre à des jeux taurins et courses libres dans les manades de taureaux de race camargue et à des tientas (test des aptitudes des reproductrices) dans les manades de taureaux braves. Les structures d'accueil et de convivialité sont évoquées ici en tant qu'annexes du sujet principal de cette étude : les arènes.Les mas, de l'observation desquels sont issues les remarques qui suivent, sont au nombre de 11 sur 53 élevages recensés. Il faut remarquer que ces chiffres (25 élevages de taureaux de race espagnole, 28 de bêtes de race camarguaise) recouvrent des réalités très différentes.

Certaines de ces manades sont constituées de quelques bêtes évoluant sur des terrains assez étroits et sont plus l'expression d'une passion qu'une véritable entreprise. Trois importants élevages de taureaux de race espagnole, sur les 25adhérents régionaux à l'Association des Éleveurs francais de Taureaux Braves, ont été visités. Il s'agit de :

- Élevage FANO. Domaine du Vieux Sulauze 13140 Miramas.

- Élevage JALABERT. Mas de la Chassagne. 13200 Arles.

- Élevage Hubert YONNET. Mas de la Bélugue. 13129 Salin-de-Giraud.

Les élevages de taureaux camarguais sur lesquels a porté cette enquête sont représentatifs de divers types. Bien que les effectifs des troupeaux soient à peu près du même ordre, les structures sont plus ou moins organisées et adaptées aux spectacles. Ils sont au nombre de 8 sur les 28 installés en région Provence-Alpes-Côte d'Azur :

-Albert CHAPELLE. Mas de Pernes. 13310. St Martin-de-Crau.

-Régine CHAUVET. Mas de Cadenet. Fontvieille.

-Norbert CHAUVET. Manade des Alpilles.13210. St Rémy-de-Provence.

-CUILLÉ Frères. Domaine du Grand Badon. 13129. Salin-de-Giraud.

-FABRE-MAILHAN. Mas des Bernacles. 13200. Arles.

-Daniel GILLET. Mas des Fiolles. 13310. St Martin-de-Crau.

-Henri LAURENT. Mas des Marquises. 13129. Salin-de-Giraud.

-Frédéric LESCOT. Mas de Vergière. 13310. St Martin-de-Crau.

Ces 11 élevages sont localisés de part et d'autre du Rhône, presque à égalité entre l'Ile de Camargue et la Crau. Afin de dégager les caractéristiques des divers types de ces arènes privées, ont été établies les rubriques suivantes : *Historique* Situation des arènes* Structure et dimensions* Élévation et décor.

SYNTHÈSE

Des observations faites sur place et classées par rubrique on peut tirer quelques conclusions sur chaque thème.

Au Plan Historique

On constate que deux manades seulement, LESCOT et YONNET, datent de la fin du siècle dernier. Il est vrai cependant que tous les ancêtres des actuels manadiers, exception faite de L. FANO, étaient des hommes du milieu taurin, mais les domaines et les troupeaux ont changé de mains en un siècle.

Un seul élevage date de 1920, celui des JALABERT. Les autres s'étagent de l'après-guerre, (LAURENT 1945 et FABRE 1949) à la décennie 1970 (L. FANO 1972, N. CHAUVET 1978).

Beaucoup de manadiers ont cru aux possibilités offertes par les taureaux croisés. Ils y ont renoncé au plus tard dans les années 1960, se spécialisant dans les taureaux espagnols ou les camarguais. Dans les élevages de taureaux braves, comme FANO ou YONNET, on constate cependant la présence de quelques "camargue" ainsi que de chevaux, nécessaires aux activités touristiques. C'est également au développement du tourisme taurin que l'on doit la construction ou la rénovation des arènes. Les simples bouvaous, enclos de poutres et de traverses de chemin de fer, ont été transformés, la plupart dans les années 1970-1980, en véritables arènes, construites en dur, puis embellies et agrandies au fil des années. Seul reste un enclos de ce type chez N. CHAUVET, dernier éleveur établi.

L'installation de buvettes, tables de pique-nique ou même restaurants, à côté des mas et des arènes, est une autre conséquence de l'engouement du public pour les jeux taurins et les journées champêtres.

Ces structures d'accueil sont aussi la preuve que la survie de la profession de manadier passe par cette forme d'attractions. Une seule manade a renoncé à ces festivités, c'est celle des Frères CUILLÉ, du domaine du Grand Badon, près de Salin-de-Giraud. Dans cette propriété, les installations d'accueil sont abandonnées et les arènes servent uniquement aux activités d'élevage.

La Situation des Arènes

Les arènes sont le plus souvent implantées à proximité des mas. De ce fait, elles se situent sur des terrains facilement accessibles, desservies par des routes carrossables, parfois à trafic important. Le chemin privé qui dessert le mas conduit également aux arènes ou à un parking prévu à côté. Dans le schéma le plus courant la maison, les dépendances, les installations d'accueil, forment un ensemble que viennent compléter les arènes. Les anciennes bergeries (ou autres communs) ont été parfois transformées en salle à manger ou salle de réception comme chez R. CHAUVET, H. LAURENT, H. YONNET.

Dans cet ensemble les arènes trouvent tout naturellement place sur un vaste terrain communiquant facilement avec les pâturages. Il est en effet important que l'accès des taureaux soit aisé et que leur arrivée puisse revêtir un aspect spectaculaire pour le public groupé autour des arènes.

Arles, mas des Bernacles.Arles, mas des Bernacles. Mas des Bernacles, tribune.Mas des Bernacles, tribune.

Il n'y a pas de règle quant à l'orientation. La végétation et l'ombre ne sont pas systématiquement recherchées. Quand les pâturages et les enclos sont séparés du mas par une route (c'est le cas chez CUILLÉ et chez GILLET), les arènes sont proches de cette route, toujours dans le but d'en faciliter l'accès aux bêtes.

Les arènes de la manade FABRE-MAILHAN aux Bernacles sont exceptionnelles dans ce sens qu'elles sont situées au milieu des pâturages et des marais. Les participants aux fêtes et journées champêtres doivent être motorisés pour rejoindre le mas et les structures d'accueil.

Structure et Dimensions

Les arènes des mas, comme les arènes publiques, sont constituées d'un certain nombre d'éléments plus ou moins indispensables : l'enceinte et la piste où se déroulent les spectacles, le toril (avec ou sans corral et annexes) réservé au bétail, et enfin les espaces aménagés pour le public (tribunes, gradins, buvette etc). Ces divers éléments peuvent différer sensiblement selon que les arènes sont destinées aux bêtes camarguaises ou aux espagnoles et selon les objectifs des responsables.

En règle générale, les arènes des manades de taureaux braves sont rondes et équipées de burladeiros. Dans les installations réalisées dans les manades de taureaux camarguais, les arènes sont des rectangles dont les angles ont été coupés et dont la forme a été ovalisée. Leur piste est limitée par des barrières de planches que l'on peut franchir en s'aidant d'un marchepied pour se retrouver dans la contre piste.

Cependant ces règles connaissent quelques exceptions. On peut citer les arènes de la manade LESCOT (taureaux camarguais) qui sont rondes et dépourvues de barrières. Les arènes de chez Daniel GILLET (taureaux camarguais) qui n'ont pas de barrières, mais un burladeiro à chaque angle.

Ces structures ont longtemps été limitées à de simples enclos faits d'éléments de bois, planches et traverses de chemin de fer, les bouvaous. Elles sont aujourd'hui bien plus sophistiquées. On trouve encore un exemple de ces installations sommaires dans la manade Norbert CHAUVET et chez Hubert YONNET, où elles accueillent les spectacles camarguais et équestres.

Les enceintes sont le plus souvent construites en parpaings, quelquefois sur des assises en béton. Leurs dimensions varient sensiblement. Leurs diamètres peuvent s'échelonner entre 25m et 35m quand elles sont rondes. Pour celles qui sont ovales ou rectangulaires, le grand axe mesure de 25m à 30m. Les espaces réservés au public sont de deux types différents. Certains sont des promenoirs sommaires d'où les spectateurs observent l'intérieur de la piste. D'autres sont pourvus de gradins. Dans la moitié des arènes visitées, on trouve le premier type d'espace, avec des sortes de tertres, aménagés à l'extérieur de l'enceinte, qui permettent aux spectateurs de se hisser et de voir l'intérieur des arènes par-dessus le mur, comme chez GILLET. Ces talus n'excluent pas la présence de petites tribunes d'honneur plus ou moins bien aménagées. Cet ensemble tribunes+ talus équipe aussi bien les arènes réservées aux taureaux espagnols -le "Vieux Sulauze"chez L. FANO- que des arènes destinées aux taureaux camarguais -FABRE-MAILHAN aux "Bernacles". Cette tribune d'honneur est sommaire chez YONNET ou même chez JALABERT, elle est en revanche très soignée et pourvue d'une cheminée et de décors camarguais chez LAURENT, FANO et FABRE-MAILHAN. Salin-de-Giraud, mas des Marquises.Salin-de-Giraud, mas des Marquises.

On rencontre le deuxième type d'espace spectateurs dans certaines manades dont les responsables ont voulu privilégier les aspects touristiques. Ils ont donc aménagé des arènes plus confortables et rationnelles. La piste et la contre piste sont entourées de gradins métalliques, comme dans une des arènes de L. FANO, ou maçonnés, chez LAURENT. Ces structures privées sont ainsi presque semblables aux arènes publiques de certaines petites villes.

Les espaces réservés au bétail et au travail du personnel, toril, corral,couloir de tri, sont accolés aux enceintes. Le toril, même très simple, est présent dans toutes les arènes visitées. C'est souvent un simple cube surmonté de poutres, ouvrant sur la piste par un grand portail. Il communique souvent avec un espace clôturé de pieux et de grillages appelé corral, où les bêtes sont lâchées avant et après leurs apparitions dans les arènes. Le corral est absent chez CHAPELLE, FABRE-MAILHAN, GILLET. Il faut souligner que ce sont trois structures destinées à des taureaux camarguais et dont les arènes communiquent facilement avec les pâturages.

Les corrals sont souvent aménagés à côté de couloirs de tri qui permettent d'acheminer les bêtes une par une vers des destinations différentes comme cases du toril, cages de soins, ou moyens de transport. Les taureaux sont dirigés dans ces couloirs à partir de passages aménagés au niveau supérieur. On les sépare par des panneaux actionnés verticalement au moyen de contrepoids. On trouve ces couloirs surtout dans les arènes destinées aux taureaux braves plus difficiles à guider. Chez JALABERT, H. YONNET et davantage chez L. FANO, les couloirs et enclos s'enchevêtrent jusqu'à prendre des allures de labyrinthe.

Les arènes du mas du "Grand Badon" de la manade CUILLÉ Fres, (qui n'abritent plus de spectacles publics), sont équipées de couloirs de tri. Elles représentent une exception dans les installations destinées aux taureaux camarguais.

Dans l'ensemble, les arènes des mas sont de taille moyenne et de conception simple. Elles proposent un minimum d'aménagements et les éléments indispensables au bon déroulement des jeux. Une nouvelle tendance à plus de confort se fait jour dans certaines d'entre elles qui veulent attirer un large public.

Dans les élevages de taureaux espagnols, certaines installations spécifiques telles que les corrals et les couloirs de tri sont plus sophistiquées.

Décor et évolution

Le décor est peu abondant et très modeste dans les arènes des mas. Cependant, naïf ou sommaire, il est présent sous diverses formes, sauf chez L. FANO, CUILLÉ et R. CHAUVET. Le décor le plus simple reste la marque du propriétaire, celle qui permet d'identifier le bétail, et qui se retrouve peinte sur les burladeiros chez YONNET, ou en métal découpé au-dessus d'une arcade chez CHAPELLE. Les silhouettes de taureaux et de gardians découpées dans du métal ornent le portail chez JALABERT ou encore chez Norbert CHAUVET.

Salin-de-Giraud, mas de Bélugue.Salin-de-Giraud, mas de Bélugue. Arles, mas des Bernacles, dessin sur la paroi de la tribune.Arles, mas des Bernacles, dessin sur la paroi de la tribune.

Les inscriptions et plaques commémoratives de faïence se retrouvent sur le mur d'enceinte des arènes YONNET et sur la tribune d'honneur chez FABRE-MAILHAN. Les tribunes d'honneur sont le siège de nombreux éléments décoratifs. On y trouve des cheminées, des poutres apparentes et des frises décoratives. Dans les arènes des "Bernacles", chez FABRE-MAILHAN, outre un cadran solaire et une inscription, plusieurs décors se combinent. Croix camarguaise et marques de métal ornent l'extérieur tandis que des dessins inspirés de la course à la cocarde et de la ferrade agrémentent les murs intérieurs. La majorité des décors s'inspire du folklore provençal et camarguais, du trident à la marque d'élevage en passant par le gardian, le taureau et le razeteur. Ils sont rustiques et discrets, ajoutant une note pittoresque à des installations souvent élémentaires.

Un décor complètement atypique mérite d'être cité, bien que ne concernant pas directement la structure des arènes. Il s'agit d'un monument sculpté chez LESCOT. Le groupe installé près du mas représente le buste du fondateur de la manade, Joseph LESCOT, auquel une arlésienne tend un bouquet. La scène est située dans une rocaille et accompagnée d'une inscription en provençal. Cette œuvre du sculpteur Pagès de Saint-Gilles, inaugurée en 1929, est originale, mais en même temps évocatrice d'une tradition provençale. À ce titre, elle peut être citée à la suite de ce bref exposé sur le décor typique que l'on trouve dans les arènes.

L'évolution des arènes installées dans les mas visités montre une tendance à la continuité et à l'amélioration des constructions, le plus souvent durant les années 1980. Les bouvaous d'origine ont été remplacés par des constructions en dur à une exception près, celui de N. CHAUVET, très récent. On constate également une nouvelle orientation vers plus de confort dans l'aménagement des gradins, chez LAURENT ou CHAPELLE.

Le décor lui-même fait son apparition dans certaines arènes principalement au niveau de la tribune, par exemple chez FABRE-MAILHAN.

Tout laisse à penser que cette évolution continuera dans les années à venir. Sans connaître de profondes mutations les arènes privées devraient présenter des espaces plus rationnels et plus confortables, au moins dans la majorité des cas, suivant l'exemple des arènes publiques.

Conclusion

Cette étude d'un échantillonnage des arènes privées permet de mettre en lumière un paradoxe du milieu taurin régional. Il est patent que les difficultés économiques liées en particulier à la diminution des espaces de pâture, aux coûts du fourrage et à la concurrence, n'empêchent pas l'augmentation du nombre de manades et la multiplication des arènes et des structures d'accueil du public. Il est évident, comme il a été souligné dans l'introduction, que les éleveurs font confiance à l'engouement du public pour leurs activités. Le tourisme taurin peut en effet constituer un élément de survie pour les manades, bien qu'on l'ait écarté dans certains élevages comme chez CUILLÉ.

Les courses camarguaises ou les corridas s'adressent à peu près toujours aux mêmes catégories de population et ne connaissent pas de hausse spectaculaire du taux de fréquentation. En revanche, les loisirs de plein air, qui associent la découverte des paysages, des animaux et des coutumes, telles qu'apparaissent les activités qui se déroulent dans les manades, touchent un public croissant.

Il est donc naturel que les arènes soient aménagées de façon de plus en plus confortable, pour accueillir des spectateurs nombreux et divers, et de plus en plus professionnelle pour permettre le bon déroulement des animations.

Dans cette perspective d'ouverture à un grand public les manadiers réalisent peu à peu des aménagements inspirés des arènes publiques, mais tout en personnalisant les lieux. Ceux-ci doivent correspondre le mieux possible aux spectacles qui s'y déroulent et au public ciblé.

Certaines manades cultivent une apparence très rustique qui satisfait un public amateur de nature et d'ambiance rurale. D'autres mettent l'accent sur le folklore et se dotent parallèlement de structures d'accueil confortables.

Dans les manades de taureaux braves enfin, l'apparence se rapproche de celle des ganaderias espagnoles.

Pour certaines manades anciennes et bien établies, les installations destinées au public deviennent une sorte de vitrine où sont affichées la prospérité et l'originalité de l'élevage.

1Le terme bouvino désigne aussi bien le milieu du taureau camargue que l'aire d'extension de son élevage et les jeux qui l'entourent.2De l'espagnol "cuadrilla". Désigne la troupe de toreros se produisant dans les courses de quadrille, hybrides de tauromachie espagnole et camargaise.3Pierre Echinard. Marseille au quotidien. Edisud, 1991.4J.J. Lauvergne, R. Pujol. Les bovins de Camargue, des origines à nos jours. Dans l'homme et le taureau. Ed. Glénat, 1990.5J.C. Duclos, M. Tauvines. L'élevage du taureau camargue, pratique et finalités. Dans l'homme et le taureau, op. cit.6M. Pastoureau. Introduction à l'histoire symbolique du taureau. Op. Cit.7Michel Pastoureau. Introduction à l'histoire symbolique du taureau. Op. Cit. 8Opération au cours de laquelle on appose sur les jeunes taureaux la marque de la manade.9E. Duret. La course camargaise, aspects historiques. Op.Cit.10E. Duret. La course camargaise, aspects historiques. Op.Cit.11Louis Stouff. Arles à la fin du Moyen-Age. Aix-en-Provence, Université de Provence,1986. 2 vol.12Claire Bouquigny. Potentialités pastorales des terres salées en Basse-Camargue. Application d'une méthode de détermination radiométrique. Thèse de doctorat, Montpellier,1985.
Aires d'études Bouches-du-Rhône
Adresse

Annexes

  • Liste des arènes.

    LIEU

    Date de création

    Nbre PLACES

    ALLEINS

    1980

    500

    ARLES

    (Raphèle)

    1980

    1000

    ARLES

    Salin-de-Giraud

    1910

    800

    AUREILLE

    1960

    500

    BARBENTANE

    1993

    1100

    CABANNES

    CAVAILLON

    1990

    800?

    CHATEAURENARD

    1890

    4500

    EYGUIERES

    1926

    800?

    EYRAGUES

    1870

    1500

    FONTVIEILLE

    1898

    1500

    FOS

    1986

    1000?

    GRANS

    1988

    2500

    GRAVESON

    1880?

    500

    ISTRES

    (Entressen)

    1982

    300?

    ISTRES

    1901

    1500

    MAUSSANE

    1990

    500

    MOURIES

    1926

    3500

    NOVES

    1987

    1000

    NOVES

    (Paluds-de-Noves)

    1930

    1000

    ORGON

    1970?

    300

    PELISSANNE

    1976

    1200

    PLAN-D’ORGON

    1903

    3000?

    PORT-SAINT-LOUIS

    1977

    2800

    ROGNONAS

    1880

    1000

    SAINT-ANDIOL

    1980

    1000

    ST-ETIENNE-DU-GRES

    1907

    700

    ST-MARTIN-DE-CRAU

    1960

    2500?

    SAINT-REMY

    (Coinon)

    1919

    2000

    SAINT-REMY

    (Barnier)

    1909

    500

    LES

    SAINTES-MARIES

    1933

    3500

    SAINTES-MARIES

    Méjanes

    1945

    4500

    SIX-FOURS

    (Les Embiez)

    1990

    300?

    TARASCON

    1907

    1200

    Nouveau tableau

Références documentaires

Documents figurés
  • Arènes en planches au début du 20e siècle. "Bouvaou". [Arles]. Carte postale, début 20e siècle. Collection L.A.

  • Tri de taureaux dans une manade. Carte postale, début 20e siècle. Edi. Ch. Bernheim Photo.

Bibliographie
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  • VERANDO, Gérard. Istres et la tauromachie, des origines à nos jours. Istres : Centre Municipal d'Information, 1986.

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